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Full text of "Les plantes dans l'antiquité et au moyen âge, histoire, usages et symbolisme .."

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LES PLANTES 



DANS L'ANTIQUITÉ ET AU MOYEN AGE 



PUBLICATIONS PRINCIPALES DU MÊME AUTEUR 

La loi des finales en espagnol. Nogent-le-Rotroii, 1872, in-8. 

Du c dans les langues romanes. Paris, 1874, iii-8. 

De rhotacismo in indoeuropaeis ac praeserlim in gcrmanicis linguis. 
Parisiis, 1875, in-8. 

llerder et la Renaissance littéraire en Allemagne au .wiii'' siècle. 
Paris, 1875, in-8. Epuisé. 

De la littérature allemande au xviii« siècle dans ses rapports a\ec la 
littérature française et la littérature anglaise. Aix-Paris, 1876, in-8. 

Essai sur le patois du Dessin, suivi d un dictionnaire étymologique. 
Paris, 1881, in-8. Épuisé. 

Du caractère et de 1 extension du patois normand. Etude de phoné- 
tique et d'elLnographie, suivie d'une carte. Paris, 1883, in-8. 

Mélanges de phonétique normande. Paris, 1884, in-8. 

Des rapports intellectuels et littéraires de la France avec 1 Allemagne 
avant 1789. Paris, 1884, in-8. Épuisé. 

J.-B. Tavernler, écuyer, baron d'Auhonne, chambellan du Grand- 
Électeur. Paris, 1886, in-8. 

La Flore populaire de la iNormandle. Caen-Parls, 1887, ln-8. 

Les incantations botaniques du manuscrit F. 277 de la Bibliothèque 
de l'École de Médecine de Montpellier, etc. Paris, 1888, in-8. 

Le voyageur Tavernler d'après des documents inédits. (1670-1685). 
Paris, 1890, in-8. 

Le P. Guevarre et les bureaux de charité au .\vn* siècle. Paris, 
1889-1890, in-8. 

Pierre et Xicolas Formont. Un banquier et un correspondant du 
Grand-Électeur. Paris, 1890, in-8. 

La légende de la Rose au moyen âge chez les nations romanes et ger- 
maniques. Màcon, 1891, ln-8. 

La Rose dans l'antiquité et au moyen âge. Histoire, légendes et syni- 
bolisnac. Paris, 1892, in-8. 

J. de Séranon, orateur, voyageur, archéoloîïue, historien. Aix, 1893, 
in-8. 

Fabri de Peiresc, lumianiste, archéologue, naturaliste. Aix, 189'j, in-8, 

Les Jardins dans l'Égyple ancienne. Le Puy, 1894, in-8. 

De la rcpréscn talion du papyrus sur les monuments de lÉgypte 
ancienne. Màcon, 1895, in-8. 

Caen et Rouen. Etude étymologique. Caen, 1895, in-8. 

Le comte du Manoir et la cour de VVelmar. Paris, 1896, ln-8. 



CIIAIIÏHES. — :MPH1.MEHIE I)UR.\Nb, HUE Fui.HEnr. — 1. VI. 97. 



¥-: 



LES PLANTES 



DANS L'AJNTIOUITI-: ET AU MOYEN AGE 



HISTOIRE. USAGES ET SYMBOLISME 



PREMIER !• PARTIE 

LES pr.ANTKS DANS l/(JRIENT CLASSIQUE 

« 
I 

Egypte, Chaldée, Assyrie, Judée, Phénicie 



Charles JORET 

Profi'ss(Mir à l'Un iv l'i-si t o «l'Ai; 
Corrosiiondaiil ilo l'Insiitul 




PARIS 

LIHHAIUIE Emile BOUILLON, ÉDITEUR 
C7, RUE DE RICHELIEU, AlT PREMIER 

1897 

TOCS DROITS UhStRVlis 



UttîARY 

NEW vo- -r 



PRÉFACE 



« Les arbres, dit Pline au douzième livre de son 
Histoire naturelles par leurs sucs plus agréables que 
les céréales, ont adouci la nature de l'homme. Ce sont 
eux qui fournissent la liqueur de l'olive, qui assouplit 
les membres, le vin, qui ranime les forces ; chaque 
année ils produisent spontanément et en abondance les 
fruits savoureux, qui composent le second service de 
nos tables... Les arbres sont employés en outre à 
mille usages indispensables à la vie. Avec eux nous 
sillonnons les mers et nous rapprochons ainsi les pays 
éloignés ; avec eux nous construisons nos édifices ; 
avec le bois des arbres on fait aussi ou on a fait long- 
temps les statues des Dieux. » 

Ce que Pline dit ici des arbres, il aurait, avec plus 
de raison encore, pu le dire du règne végétal pris dans 
son ensemble; sans le monde des plantes, la vie hu- 
maine ne serait pas possible ; elles en sont les auxi- 
liaires les plus utiles et la condition première ; sans 
la culture des plantes alimentaires, comme sans l'éle- 
vage des animaux domestiques, l'homme serait fatale- 
ment resté à l'état sauvage; l'invention de l'agriculture 

1. Chapitre u (i). 






VI PRÉFACE. 

a marqué ses débuts dans la civilisation, et chaque 
nouvelle plante qu'il a acclimatée ou appropriée à son 
usage a contribué à accroître son bien-être, et lui a 
fait faire un pas nouveau dans la voie du progrès. 

Ce ne sont pas seulement des aliments fortifiants, 
des breuvages délicieux ou des matériaux de construc- 
tion, que les végétaux, comme le remarquait Pline, 
nous procurent; ils nous fournissent encore les tissus 
dont nous nous revêtons, les condiments qui assai- 
sonnent nos mets ; leurs Heurs parent nos demeures 
et les temples de la divinité ; leurs parfums les em- 
baument, et les matières colorantes qu'ils recèlent 
servent à teindre nos vêtements ; enfin nous leur de- 
vons les remèdes les plus efficaces, qui guérissent les 
maladies dont nous sommes atteints. Comment s'é- 
tonner après cela de l'estime dans laquelle -les hommes 
des premiers Ages ont tenu les plantes et de la place con- 
sidérable qu'ils leur ont faite dans leurs croyances, 
comme dans leur existence réelle! 

Dans leur penchant au merveilleux et leur recon- 
naissance, ils ont vu en elles « un présent de la puis- 
sance invisible, qui fait naître et croître » toutes 
choses'; elles leur sont apparues comme une manifes- 
tation de la sagesse divine; ils leur attribuèrent une 
vie analogue à la leur propre et les regardèrent comme 
douées, ainsi qu'eux-mêmes, de pensée et de senti- 
ment". Tantôt ils virent dans les plantes des êtres 
semblables à eux, transformés en végétaux après leur 

1. Schweinfurth, De la flore pharaonique. {Bulletin de 
riiistitut égyptien. 2<= .série, n° 3 (an. 1882). Le (,'aire, 1884. 
in-8, p. 53.) 

2. « Ce sont des êtres, des personnes actives, conscientes, 
vivantes. «James Darmesteter, llaurvalAt et Ameretât. Essai 
sur la mythologie de l'Avésta. Paris, 1875, in-8, p. 56. 



PRÉFACI-:. VII 

mort ou par une intervention divine, mais ayant con- 
servé quelque chose de leurs attributions premières ; 
tantôt ils crurent qu'un génie ou un démon particulier 
résidait en elles, qu'il en faisait du moins son séjour 
habituel, qu'elles en étaient le corps, comme il en était 
à son tour l'âme ou en personnifiait la \ie végétative 
et sensible'. Il n'y avait qu'un pas, et on ne tarda 
point à le faire, pour voir dans ces symboles de vie 
des êtres d'une nature supérieure et pour les invoquer 
comme de véritables divinités. 

C'est ainsi que l'histoire des plantes se trouve, dès 
les premiers temps, mêlée à celle même du genre 
humain; on les rencontre dans les mythes les plus 
anciens ; elles figurent dans les traditions religieuses 
et profanes des nations les plus diverses. Les arts leur 
ont emprunté les motifs de décoration les plus gra- 
cieux, la poésie, les fictions les plus ingénieuses et les 
plus belles comparaisons. En un mot, elles ont leur 
place marquée dans l'histoire de la civilisation des 
diff'érents peuples. Mais cette place, on le comprend, 
est dans un rapport étroit avec le génie et la manière 
de vivre de chacun d'eux ; elle dépend aussi et surtout 
do la flore particulière à chaque pays ; elle varie avec 
sa richesse ou sa pauvreté en plantes alimentaires ou 
industrielles, richesse et pauvreté qui varient elles- 
mêmes avec le climat, la nature du sol, l'altitude, le 
degré plus ou moins grand de chaleur, de sécheresse 
ou d'humidité, circonstances dont l'ensemble cons- 
titue le caractère propre de la flore d'une contrée et la 
distingue de celles des contrées voisines, 

Il existe ainsi à la surface du globe un certain 

1. Mannliardt, Der liaumcv.Uus dcr Germanen xind ihrer 
Nachbarstdmme. Berhn, 1875, in-8, p. 5. 



VIII i'iu;;i-A(;i:. 

nombre de régions naturelles, caractérisées par une 
llore et par un climat particuliers. A. Grisebach' en a 
distingué vingt-quatre, dont cinq dans le monde connu 
des Anciens: la région des moussons, qui lui appar- 
tient à peine et qui comprend, outre les îles de la 
Sonde et l'Indo-Chine, la grande presqu'île liindous- 
tanique. La région des steppes, qui s'étend delà Chine 
centrale presque jusqu'aux bords de la Méditerranée, 
en comprenant le Turkestan dans son entier, le pla- 
teau de l'Iran, TArmënie, la Mésopotamie et la plus 
grande partie de l'Asie Mineure et delà Syrie ^ La 
région saharienne, qui embrasse la contrée brûlante 
voisine des bouches de l'hidus, la presqu'île arabique, 
moins la C(3te du sud-ouest, et tout le nord de l'Afri- 
que, à l'exception de l'étroite vallée du Nil, de la 
Cjrénaïque et de la Mauritanie. Au sud de cette ré- 
gion s'étend celle du Soudan, restée à peu près in- 
connue des voyageurs et des géographes de l'antiquité, 
raison pour laquelle je ne la compte pas ici. La région 
méditerranéenne qui embrasse les rivages méridio- 
naux du Pont-Euxin et tous ceux de la Méditerranée, 
y compris dans leur plus grande partie les presqu'îles 
balkanique, italique et ibérique, région à laquelle 
Oscar Drude rattache les rivages océaniens de l'Europe 
méridionale et de l'Afrique septentrionale, ainsi que 
la région des steppes de l'Asie antérieure, des côtes de 
la Svrie et do la mer Eiïée à la chaîne des monts Sou- 



1. Die Ver/clalion lier Erde nach ihrcr klimalischen Anord- 
nung. Ein Abriss der vergleichenden Geo(jruphic der Pflaiizcn. 
Leipzig, 2-^^ éd., 188'i, t. T, p. 1. 

2. (l'est la « Région orientale i)roprcmont dite » d'Edmond 
Boissier, Flora orientahs. Basileae-Genevae, 1867, in-8, t. I, 
préf., p. \ii. 



PRÉFACE. IX 

leiman et à l'Hindokousch'. La région forestière, qui 
s'.étend des rivages septentrionaux de l'Océan atlan- 
tique à ceux du Grand Océan, en comprenant presque 
toute la Gaule, la Bretagne, la Germanie, la Scandi- 
navie, le centre et le nord de la Russie avec la Sibérie, 
moins les côtes de l'Océan glacial, qui forment la ré- 
gion arctique, restée inconnue des Anciens, ainsi que 
la plus grande partie de la région des forêts. 

Ces diverses régions sont caractérisées chacune par 
une flore particulière, différente dans son ensemble de 
celles des contrées voisines par des espèces qui lui sont 
propres'; et dont les conditions climatériques, avec les 
obstacles, — déserts, montagnes ou mers, — qui l'em- 
pêchent de se répandre au delà de son centre de forma- 
tion, assureraient la persistance, si l'action de l'homme 
n'intervenait pour en modifier le caractère et en dé- 
truire l'unité. A l'exception de la région des tropiques 
et des moussons, aucune contrée ne renferme assez de 
plantes alimentaires ou industrielles pour suffire aux 
besoins d'un peuple arrivé à un certain degré de civi- 
lisation ; les nations qui ont peuplé les steppes de 
l'Asie, les forêts de l'Europe ou même les rivages 
bénis de la Méditerranée, ont dû emprunter pour leur 
alimentation, leur industrie ou leur agrément, un cer- 
tain nombre de végétaux à la flore des autres contrées. 
Mais l'homme ne s'est pas borné à faire « vivre et re- 
produire sous sa protection » des espèces transportées 
« loin de leur lieu nataP », il a anobli par la culture 



1. Handbuch der Pflanzengeographie. Stuttgart, 1890, in-8, 
p. 386. 

2. « Divisaearboribus patriae. » Virgile, Georg.. lib. Il, v. 116. 

3. Alphonse de Candolle, Géographie botanique raisonnëe. 
Paris, 1855, in-8, préface, p. xr. 



X PREFACE. 

certaines espèces indigènes ; il en a abandonné d'autres 
comme inférieures à des espèces exotiques analogues 
qui présentent plus d'avantages*; enfin il en a détruit 
d'autres encore par une exploitation excessive ou inin- 
telligente. C'est ainsi que, à part la flore des déserts 
proprement dits et des steppes stériles, qu'il lui était 
dès lors impossible de modifier, le défrichement, la 
culture de plus en plus étendue du sol, enfin l'acclima- 
tation de plantes étrangères, ont changé peu à peu la 
végétation de la plupart des pays habités. 

On l'a bien vu en Europe depuis la découverte de 
l'Amérique"; le peuplier de Virginie [Popidus Virgi- 
niana Desf.), importé des bords du Missipi et du Mis- 
souri, le platane d'Occident et le robinier ou faux-acacia 
[Robinia pseudo-acacia L.), ce bel arbre aux fleurs si 
suaves, apportés de la même région que le peuplier de 
Virginie, ont, avec le peuplier pj^ramidal — le soi- 
disant peuplier d'Italie — [Popuhis fastigiata Poir.) 
et le platane d'Orient [Platanus occidentalis L.), ori- 
ginaires l'un et l'autre de l'Asie antérieure, changé 
l'aspect de nos campagnes. Le pin de lord Weymouth 
[Pinus Strobiis L.), le catalpa (j5?<7?zoma catalpa L.), 
le tulipier [Liriodendi^on tulipiferiim L.), le magnolier 
à grandes fleurs [Magnolia grandiflora L.), importés 
aussi de l'Amérique du Nord sont venus successivement 
transformer nos jardins et nos parcs ; la vigne vierge 
[Ampélopsis hederacea Michx. , Cissus quinquefolia 
Pers.), apportée de la même contrée et la capucine [Tro- 



1. Alphonse de Candolle, Origine des plantes cultivées. Paris, 
1886, in-8, p. 2. 

2. Victor Hehn, Kullurpflanzen itnd Hausthiere in ihrem 
Uebergang ans Asien nach Griechenlond und Italien sowie in 
das iibrige Europa. Berlin, 1894, in-8, p. 502. 



PRÉFACE. XI 

paeolum majus L.), cette jolie plante du Chili, les ont 
embellis. L'acacia de Farnèse {Acacia Farnesiana 
Willd.), le poivrier [Schùnis molle L.), l'arbre à corail 
{Erylhrina corallodendron L.), autres végétaux améri- 
cains de la région des tropiques, ornent de leur feuillage 
élégant et de leurs fleurs parfumées ou de leurs fruits 
éclatants les promenades du Midi. L'oponce {Opuntia 
fîciis indica Webb.), vulgairement figuier de Barbarie, 
et lemaguey ou aloès [Agave americana L.), tous deux 
originaires du Mexique', ont animé d'une vie inconnue 
les rochers stériles ou les lieux sablonneux et déserts 
de la région méditerranéenne. 

La culture des champs de l'Ancien Monde n'a pas 
été moins profondément modifiée ou enrichie que celle 
des jardins et des parcs par les plantes alimentaires 
importées de l'Amérique, à laquelle il a donné en re- 
tour le froment et l'orge. Les habitants de l'Europe 
méridionale et ceux du bassin de la Méditerranée tout 
entier ont reçu avec le maïs, ceux de l'Europe cen- 
trale, avec la pomme de terre, solanée originaire du 
Chili, un aliment substantiel et précieux. Une autre 
solanée, la tomate [Solanum lijcopersicum L.), origi- 
naire peut-être du Pérou, leur a procuré encore un 
condiment agréable et recherché'; et l'on sait quel 
narcotique aussi funeste qu'aimé — le tabac — l'Europe 
et l'Ancien Monde tout entier ont emprunté aux sau- 
vages dégénérés du Nouveau'*. 



1. A. de CandoUe, Origine des plantes, p. 218 et 122. — Id., 
Géographie botanique^ t. II, p. 725 et 739. 

2. A. de CandoUe, Origine des Plantes, p. 231. Il faudrait y 
joindre les piments ou poivrons (Capsicum annuum L.). 

3. 11 n'est question dans ce qui précède que des espèces 
américaines cultivées, mais bien d'autres plantes du Nouveau 



XII PRÉFACE. 

Ce qui s'est ainsi fait à l'origine des temps mo- 
dernes, s'était produit déjà au moyen âge, comme dans 
l'antiquité et dès les premiers siècles de l'histoire. Les 
peuples de l'Ancien Monde: touraniens, sémites, ariens, 
pour ne parler que de ceux-là, ont porté avec eux 
dans leurs migrations quelques-unes des plantes de 
leurs pays d'origine ou des contrées qu'ils avaient 
traversées ou successivement habitées ; ils ont em- 
prunté à leurs voisins ou aux peuples qu'ils avaient 
subjugués les plantes alimentaires, ou industrielles 
qu'ils ne possédaient pas. C'est ce que firent, nous le 
verrons, les Assyriens, quand ils étendirent leurs 
conquêtes de l'Élam et de la Médie, aux bords de 
l'Halys et du Nil, les Pharaons d'Egypte dans leurs 
expéditions au pays de Pount et en Syrie, enfin les 
Mé do-Perses, lorsqu'ils eurent soumis à leur domina- 
tion le bassin de l'Indus et toute l'Asie occidentale. 
Les expéditions et les établissements des Phéniciens 
dans l'Archipel et sur presque toutes les côtes de la 
Méditerranée portèrent dans ces contrées nombre de 
plantes utiles, originaires de l'Asie antérieure, dont 
les colons grecs à leur tour contribuèrent à répandre 
encore la culture ou l'emploi dans l'Europe méridio- 
nale. 

Les conquêtes d'Alexandre, en mettant en rapport 
le monde occidental et le monde oriental, achevèrent 
ce qu'avaient commencé les établissements des Phé- 
niciens et les expéditions des Perses ; elles firent con- 
naître en Grèce plusieurs plantes du plateau de l'Iran 
ou même de l'Inde. De Grèce, où elles furent d'abord 

Monde se sont acclimatées dans l'Ancien; A. de Candolle, 
Géographie botanique, t. Il, p. 723-742, n'en compte pas moins 
de 49. 



l'RKlACK. XIII 

rerues, ces plantes pénétrèrent en Italie, de là elles se 
répandirent en Espagne et en Gaule, puis, après notre 
ère, en Germanie et dans la Grande-Bretagne. Ainsi 
peu à peu la llore indigène des différents pays du 
monde connu des Anciens a été transformée par les 
migrations des peuples qui s'y sont établis, par leurs 
expéditions guerrières ou les conquêtes paciHques de 
leurs marchands et de leurs voyageurs. 

Mais rien n'a plus contribué à enrichir la flore agri- 
cole de l'occident que la domination des Arabes '. Déjcà 
dans l'antiquité, les trafiquants de cette nation avaient 
importé en Egypte et dans l'Asie antérieure quelques- 
uns des végétaux les plus précieux de la péninsule 
hindoustanique; devenus maîtres d'un empire qui 
s'étendait des bords de l'Indus aux rivages de l'Atlan- 
tique, ils furent les promoteurs d'un échange inter- 
national sans égal jusque-là, que devaient continuer 
les croisades et les entreprises maritimes des Véni- 
tiens et des Génois. 

Ce sont les Arabes qui ont introduit le coton et la 
canne à sucre sur les côtes de la Méditerranée; ils y 
ont apporté le bigaradier et contribué à y répandre le 
citronnier, le caroubier et le palmier"; ils y ont fait 
connaître le jasmin sambac, cet arbuste parfumé de 
l'Inde, qu'ils avaient peut-être déjà révélé à l'Egypte 
ancienne, et le margousier {Melia azedarach L.), ori- 
ginaire do l'Iran. Les Turcs, qui ont remplacé les 
Arabes dans la domination de l'Asie antérieure, n'ont 
pas moins servi que ce jjeuple à la diffusion des espèces 
végétales les plus belles ou les plus utiles ^ C'est à 

1. Victor Ilelin. op. laïuL, p. 'i97. 

2. A. de Candolle, Geof/raphie botanique, t. II, p. 626. 

3. Victor liehn, np. land.. p. 491». 



XIV PREFACE. 

eux que nous devons la connaissance du lilas, de l'Hi- 
biscus de Syrie, cette malvacée aux fleurs brillantes, 
de la rose jaune, de l'hyacinthe d'Orient, qui a donné 
de si nombreuses variétés, de la couronne impériale 
[Fintillaria iuiperialls L.), belle liliacée de la Perse, 
apportée, comme la tulipe cultivée et la renoncule 
d'Asie, des jardins de Constantinople dans l'Europe 
occidentale. Les Turcs encore ont planté les premiers 
dans leurs jardins le marronnier d'Inde, qu'ils avaient 
trouvé dans les montagnes de la Péninsule balkanique 
et de l'Asie-Mineure, et si ce n'est pas à eux, c'est à 
un peuple de leur race, les Tartares de Russie, que 
l'Europe centrale est redevable de la culture du blé 
noir ou sarrasin' [Polijgoiium fagopyru))} L.), cette 
polygonacée, originaire de la Sibérie, ainsi que l'es- 
pèce qui porte le nom de ce pays. 

Tandis que les Turcs propageaient ainsi en Europe 
les plantes de l'Asie antérieure, les Portugais y im- 
portaient celles de la région des moussons et de 
l'Extrême-Orient; ce sont eux, en particulier, qui y 
ont fait connaître l'orange douce ^ Leur exemple fut 
suivi par les navigateurs des autres nations, qui pé- 
nétrèrent à leur tour dans l'Océan indien et la mer de 
Chine; c'est ainsi que le mandarinier, originaire de la 
Cochinchine, le néflier du Japon [Mespiliis L. on Eriobo- 
trya japonica Lindl.), le camélia, venu de la même con- 
trée, les rosiers de Bengale et de Banks\ ont pénétré 

1. A. de CandoUe, Géographie botanique, p. 953-955. Id., 
Origine des piaules culiivées, p. 280. 

2. Victor Hehn, op. laud., p. 437. II faut dire toutefoi.s que 
De CandoUe, après Gallesio, attribue cet honneur aux Génois. 

3. Ces deux espèces, ainsi que la rose thé, n'ont été intro- 
duites de Chine en Europe que depuis le commencement du 
siècle. 



l'RKFACIi. XV 

successivement dans les jardins de l'Europe tempérée. 
L'Australie aussi devait en enrichir les promenades de 
végétaux inconnus à l'Ancien Monde; il suffit de citer 
l'eucalyptus, qui s'est si rapidement acclimaté dans la 
région méditerranéenne. 

On le voit, à toutes les époques, les plantes ont été 
entre les divers pays l'objet d'échanges continuels; 
par là, leur histoire est liée étroitement à celle du 
commerce international. Par le bien-être qu'elles pro- 
curent à l'homme, les ressources alimentaires ou in- 
dustrielles qu'elles lui offrent, les emplois si divers 
qu'il en fait, elles prennent place également dans l'his- 
toire générale de la civilisation, dont elles ont été, 
surtout dans le passé, les auxiliaires les plus puissants. 
Dans tous les ordres de l'activité humaine on rencontre 
leur action salutaire et bienfaisante ; leur culture a été 
l'occupation la plus noble des peuples primitifs, comme 
elle l'est encore des nations les plus civilisées ; leurs 
légendes comptent parmi les fictions les plus gra- 
cieuses, et dans leurs formes élégantes les artistes ont 
trouvé les plus beaux motifs de décoration. Aussi à 
quelque point de vue qu'on les considère, les plantes 
méritentdefixer l'attention du penseur et de l'historien 
comme du naturaliste. 

Je ne me propose pas d'en exposer la nomenclature 
ou d'en étudier les caractères; — c'est là l'œuvre 
d'un botaniste et qu'un botaniste seul, comme l'a fait 
M. H. Bâillon dans un ouvrage justement estimé', 
peut entreprendre. — Mon dessein est autre ; je vou- 
drais essayer de retracer l'histoire agricole, indus- 
trielle, poétique, artistique et pharmacologique des 

1. Jlisloiredcs phoites. Paris, in-8, 18Gtj-18"J6, t. i-.\ni. 



XVI PREFACE. 

espèces végétales connues des différentes nations de 
l'antiquité classique et du moyen âge. Je ne me dissi- 
mule pas les difficultés de cette entreprise; elles sont 
d'autant plus grandes que personne jusqu'ici n'a 
abordé ce vaste sujet. A'iclor Hehn a consacré à une 
soixantaine de plantes des monographies, qui sont des 
chefs-d'o^uvre d'analyse et d'érudition ; Alphonse de 
Candolle a étudié, avec un soin et une science qu'on ne 
saurait trop admirer, l'origine de 447 espèces culti- 
vées ; mais ni l'un ni l'autre n'en ont fait connaître 
les emplois si divers, encore moins le symbolisme. Les 
historiens delà botanique n'ont point davantage étudié 
ce côté si plein d'intérêt de la vie des plantes ; ils se 
sont bornés, comme Kurt Sprengel' et Ernest Meyer, 
pour ne parler que des plus célèbres ^ à nous ap- 
prendre quelles étaient les connaissances botaniques 
des naturalistes, médecins et agronomes de l'antiquité, 
comme des temps modernes, et quels progrès ils avaient 
fait faire à la science; ils n'ont point songé à exposer 
en détail ce qu'a été, aux différentes époques, la cul- 
ture des plantes alimentaires et d'agrément, ni à re- 
chercher quels emprunts ont faits ou ce que doivent 
au règne végétal les diverses industries et l'art de 

1. Hisloria rei herbaviae. Amstedolami, 1807-1808, 2 vol. 
in-8. — Geschichte der Bolanik. Leipzig, 1817-18, 2 vol. in-8. 

2. Geschichte der Bolanik, Sludien von Ernst Meyer. Kœnigs- 
berg, 185'i-58, 4 vol. in-8. Malheureusement cette œuvre ma- 
gistrale s'arrête à la fin du xvi'-' siècle. 

3. Il faut encore citer: Karl F. B. Jessen, Bolanik der Ge- 
genwarl und Vorzeit in cidturhislorischer EnUvickcLung. Kin 
Bcitraçi zur Gescliichle der alicndldndisclien Vnlker. Leipzig, 
1864, in-8, résumé excellent dont le titre fait connaitre l'esprit 
et le but. Quant à Vllisloire de ta Botanique de Ferd. Hoefer, 
Paris, 1872, in-12, je ne la mentionne que pour ne pas être 
tro]) incomplet. 



l'IlKFACli. XVII 

guérir', encore moins les arts du dessin et la poésie; 
ils ne se sont pas demandé non plus, et ils n'avaient 
pas, il est vrai, à l'essayer, — c'est affaire au folklo- 
riste, — quelle place le monde si varié des plantes 
occupe dans les croyances et les légendes des diffé- 
rents peuples. C'est cette lacuneque j'ai voulu combler. 
Inutile de dire comment, il y a dix ans, au lende- 
main de la publication de ma Flore populaire de la 
Normandie , j'ai été amené à entreprendre cet ouvrage, 
devant lequel j'aurais reculé, si j'en avais prévu les 
développements et l'étendue ; depuis lors j'y ai consacré 
la plus grande partie des loisirs que me laissent mes 
devoirs professionnels. J'ai 'beaucoup herborisé autre- 
fois, et il y a plus de quarante ans, je me suis livré à des 
recherches d'histoire, que l'état de ma santé et d'autres 
études m'ont forcé pendant longtemps d'interrompre. 
Avec cette Histoire des Plantes, je suis revenu à ces 
occupations favorites de ma première jeunesse ; je ne 
forme qu'un vœu, c'est qu'il me soit donné de la con- 
duire à bonne lin. Si je puis^ achever cet ouvrage, ainsi 
que Y Histoire des rapports intellectuels et littéraires 
de la France et de l AllenuKjne, que j'ai projetée, il y a 
près de trente ans, et dont j'ai, à plusieurs reprises, 
pul)lié des fragments ou fait connaître des épisodes 
détachés, j'y verrai le couronnement le plus cher d'une 
vie consacrée, tout entière, à l'étude et à l'enseigne- 
ment. 

1. Inutile de rappeler ici tous les traités spéciaux de matière 
médicale, dans lesquels on trouve réiuimération des plantes em- 
ployées dans la pharmacopée; j'ai eu à citer déjà et j'aurai plus 
tard à parler longuement de celui de Dioscoride; parmi les 
modernes, je nie bornerai à mentionner F. A. Flûckiger et D. 
Hanhury, Histoire des drogues d'origine cnjêtale. trad. par le 
D' Lanessan. Paris, 1878, 2 vol. in-8. 



XVIII PRÉFACE. 

Il me reste en terminant à adresser mes remercie- 
ments aux personnes qui m'ont aidé de leurs conseils 
ou soutenu de leurs encouragements ; j'en dois de 
tout particuliers à M. Victor Loret, l'égyptologue 
connu de Lyon, qui a bien voulu se charger de revoir 
les épreuves de la partie de ce volume qui traite 
des plantes chez les Egyptiens. Je ne puis oublier 
dans l'expression de ma gratitude mon éditeur, qui 
n'a pas hésité à entreprendre la publication d'un 
ouvrage, dont il était encore impossible de prévoir 
l'étendue, et dont le plan n'était pas même arrêté dans 
toutes ses parties : puisse l'accueil fait à mon livre 
récompenser sa généreuse initiative ! 

Un mot encore au sujet de l'orthographe que j'ai 
adoptée dans la transcription des noms propres et des 
mots d'origine étrangère ; j'ai suivi en général celle de 
M. Maspero dans la quatrième édition de son excel- 
lente Histoire ancienne des peuples de l'Orient; ']e ne 
pouvais prendre un meilleur guide. Comme lui, je re- 
présente par ou Yn des textes chaldéo-assyriens et 
hébraïques et par kh Vh sémitique fortement aspiré, 
\echeth de l'alphabet hébreu. L'étendue de la matière 
m'a forcé d'ajourner l'index général, par lequel devait 
se terminer ce volume ; on le trouvera à la fin du se- 
cond, qui sera consacré à l'histoire des plantes chez les 
Perses et chez les Hindous et ne tardera pas, je l'es- 
père, à paraître. 



Aix, l^'' mai 1897. 



ADDITIONS ET CORRECTIONS. 



Page 30, ligne 15, Kussemel, lire : Koussemeth. 

Page 3'i, ligne 7. Le dokhan, dont il est question dans la 
Bible {Ezecliiel, W, 9), est, non une espèce de sorgho, mais 
le millet, comme je l'ai dit p. 387 et 389. 

Page 50, note 4, Tité, lire : Téti. 

— 93, ligne 26, Chanan, — Canaan. 

• — 106, — 21, en les défendant, — en défendant. 

— 115, — 20, kCnal, — teenah. 

— 118, — 13, rimmoun, — rimmon. 

— 12'i, — 3. Délie, — Delile. 

— 134, — 24, tnppoukh, — lappouakh. 

— 143, — 6, ll"-^ degré, — 21*^ degré. 
Page 155. Je ne crois pas, toute réflexion faite, que le nom 

asmi doive faire croire à une culture ancienne du Jasminum 
sambac en Kgypte. 

Page 163. La plante désignée par l'iiébr. shos/ian parait 
bien avoir été en général une liliacéc ou une iridacée : mais ce 
mot ne servit sans doute qu'assez tard à désigner le lis blanc 
et il a été parfois employé comme nom du lotus. 

Page 180. Il est à peine besoin de remarquer (jue la suppo- 
sition de Wilkinson est absolument arbitraire. 

Page 184, ligne 19, siliques, lire : gousses. 

— 186, — 3, une épaisse, lire : une e.spèce. 

Page 195. Si l'huile d'olive fut appréciée, elle ne fut néan- 
moins guère employée ou l'on n'en fabriqua point en Egypte ; 
les comptes administratif.s de Ptolémée Philadeiphe n"en font 
du moins pas mention, tandis qu'ils parlent d'huile de sésame, 
de ricin, de lin, de cnicus et de coloquinte. Grenfell, Revenue 
Lawsof Plolemy Philddclphus... ediled from a greal Papyrus, 
etc. Oxford, 1896, in-8, pp. 40, 41, 42, 45, 47, 48, etc. 

Page 196, ligne 11, manière, lire : matière. 

— 196, note 1, oxi/ocanthoïdes, lire : oxyacanthoides. 
Page 235. 11 va sans dire que si je la mentionne, je n'accepte 

point l'explication donnée par M. Goodyear de l'origine de la 
rosette. 



XX ADDITIO.N'S ET GOlîRKCTIONS. 

Page 241, ligne 16. gatlon, lire : gallon. 

Page 303, note 2, El Berseh, lire : El Bersheh. 

Page 312, note 2. 11 faut ajouter, à propos des identifications 
arbitraires de MM. Joachim et Liiring, que la Pisiia slratiotes, 
plante de IHindoustan, n'a pu figurer dans la pharmacopée de 
l'Egypte ancienne et que le Chamacrops humilis, palmier de 
la région occidentale du bassin de la Méditerranée, n'a pas dû 
y prendre place davantage. 

Page 329, lignes 3 et 10, Chypre, lire : Cypre. 

— 355, — 11, des arbustes, — les arbustes. 

— 362, — 6, Khasdim, — Kasdim. 

Pages 378, — 26 et 379, ligne 3, Khonsour, lire : Khousour. 

Page 380, — 19, carthamme, lire : carthame. 

Pages 319 et 500. Outre les deux identifications dont j'ai parlé 
pour l'aspalathe, on en a proposé une autre toute différente ; 
on a voulu y voir une espèce de genêt, le Genislti aspalrt- 
Ihoïdes P., — G. acanlhoclada DC. d'après Fraas, Synopsis 
planlarum florae classïcae, p. 49; — mais cette papillonacée 
ne se rapporte point à la description que Pline, XII, 52, a 
donnée de l'aspalathe. Le mieux est donc d'avouer, avec Ed. 
Lefèvre dans la Grande Enci/clopédie, « qu'on ne connaît pas 
la plante (jui fournit le bois d'aspalathe. » 

Page 422, ligne 19, latiforme, lire: lotiforme. 

— 472, — 25 et 473, ligne 4, Ningirsou, lire : Nin-Ghir- 
sou. 

On ne trouvera point de figures dans ce volume ; pour re- 
médier à cet inconvénient, j'ai renvoyé, toutes les fois que j'ai 
parlé des mêmes monuments, à Y Hisloire de Tari de M. Perrot, 
ouvrage magistral, auquel je dois tant et qui se trouve dans 
toutes les bibliothèques. J'ai eu le regret de ne pouvoir citer la 
thèse de M. Georges Foucart, Histoire de l'ardre lotiforme ; la 
partie de mon livre, qui traite du même sujet, était imprimée 
quand a paru ce travail remarquable. 



LIVRE PREMIER 

LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS, 



CHAPITRE PREMIER 

LA FLORE PHARAONIQUE. 

Au nord-est du vaste désert qui va des rivages de 
l'Atlantique à ceux de la mer Rouge et comprend presque 
toute l'Afrique septentrionale, s'étend, semblable à une 
oasis immense, entre les dunes du désert de Libye à 
l'occident et la chaîne des monts arabiques à l'orient, 
l'étroite vallée, qui, peut-être d'un des noms sacrés Hà- 
Kou-Phtali — demeure ou château de Phtah — de la 
ville de Memphis — Mannofri — fut appelée Egypte 
par les Grecs '. Formée par*" les alluvions du fleuve, 
dont les débordements périodiques la fertilisent, cette 
« terre des merveilles » est, suivant l'expression d'Héro- 
dote^ un « présent du Nil. » 

Sorti de la région des lacs intérieurs de l'Afrique, ce 
fleuve, l'un des plus grands cours d'eau qui existent, 



1 G. Maspero, Histoire ancienne des }ieuples de VOrient. 
Paris, 4" éd. 1886, in-12, p. 23. — Id., Histoire ancienne des 
peuples de KJrient. Paris, 1895, in-8, t. I, p. 4:3. 

2. Hisloriac. lib. II. cap. 7. 

I. 1 



2 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

après avoir reçu les nombreuses rivières qui arrosent 
la région tropicale comprise entre le 4' et le 9'^ degré 
de latitude, coule au nord, sous le nom de Fleuve-Blanc 

— Bahr-el-Abyàd — jusqu'à Khartoum, où il reçoit le 
Fleuve-Bleu — Bahr-el-Azrak, TAstapos de Ptolémée, 

— qui lui apporte, avec l'Atbara — l'ancien Astabo- 
ras — le dernier de ses affluents, les eaux et les allu- 
vions des montagnes de l'Abyssinie actuelle \ Se 
frayant avec peine un passage à travers les rochers 
qui barrent son cours tortueux, le Nil, arrivé à Abou- 
Hamed, décrit autour du désert de Nubie un vaste 
demi-cercle jusquà Korosko ; à partir de cette ville il 
reprend la direction du nord, qu'il ne quitte plus, et, 
après avoir franchi une dernière cataracte, celle d'As- 
souan — l'ancienne Syène, — il entre, au 24® degré de 
latitude, dans l'Egypte proprement dite'. Désormais 
rien n'arrête son cours et ses eaux coulent sans obstacle 
jusqu'au point où, divisé en deux branches principales, 
la Canopique et la Pélusiaque, il se jette dans la 
Méditerranée. 

La région qu'enserre la branche pélusiaque à l'est 
et la branche canopique à l'ouest était, à une époque 
antéhistorique, recouverte par les eaux ; la mer venait 
alors baigner de ses flo1;s le pied du plateau sablon- 
neux que domine la grande Pyramide et le Nil se ter- 
minait un peu au nord de l'emplacement où s'éleva plus 
tard la ville de Memphis ^ Les alluvions du fleuve, 

1. Ptolémée, Geographia. lib. IV, cap. 8, tab. 4. — Dumi- 
chen, Geschichte des alleu Aeyi/plens. Berlin, 1879, in-8, p. 6. 

— Cav. Antonio Figari-Bey, Sludii scient ifici suir Egilto e 
sue adiacenze. Lucca, 1864, in-8, vol. I. Introduzione, p. xxiv. 

2. Elisée Reclus, Nouvelle géographie univer>>elle. Paris, 
1885, t. X, p, 73 et suivantes. 

'•j. G. Maspero, Ilisloin' anci' nne. in-12, p. G. 



LA FI,OUK PHARAONIQUE. 3 

en comblant peu à peu le golfe dans lequel il se dé- 
versait, ont donné naissance au Delta, vaste plaine 
marécageuse sans cesse grandissant, qui compte au- 
jourd'hui 23,000 kilomètres carrés et n'a pas moins de 
240 kilomètres et demi à sa base*. 

Ces dimensions considérables, la vallée du Nil ne 
les atteint qu'aux bords de la Méditerranée ; à partir 
de Memphis, sa plus grande largeur ne dépasse pas, y 
compris la vallée secondaire de Bahr-Yousef, 20 à 
25 kilomètres ; au sud de Tlièbes même, elle n'en at- 
teint guère que 15; elle se rétrécit encore au delà 
d'Edfou, et jusqu'à Assouan elle ne compte plus que 3 ou 
4 kilomètres en moyenne^ Au-dessous d'Ombos même 
la chaîne des hauteurs qui borne la vallée sur la droite, 
le Gebel Silsileh — le Silsilis des Grecs — s'a- 
vance jusqu'aux bords du Nil, et le thalweg se con- 
fond presque avec le lit du fleuve. Il est encore moins 
large à Assouan, où les rochers granitiques de la rive 
orientale, en se prolongeant à travers le Nil, forment 
la première cataracte. Là finit l'Egypte historique, et 
les premiers habitants de la contrée y placèrent, avec 
la limite méridionale de leur pays, les sources du 
fleuve « deux fois pur et mystérieux », qui le fé- 
conde'. 

Depuis son confluent avec l'Atbara, où il quitte la 
région des steppes, jusqu'à son embouchure dans la 
Méditerranée, le Nil coule au milieu d'une contrée 
aride et déserte; à l'exception du fond de la vallée, 

1. Elisée Reclus, op. laud.,\.\, p. 93. — Diimichen,r);>. ImuL, 
p. 12, dit 40 milles allemands; Strabon, Géoijraphie. liv. XVII, 
ch. 6, lui attribuait 1.300 stades. 

2. Elisée Reclus, op. laïuL, t. X, p. 472. 

3. Diimichen, GeographUclw Inschriflen . pi. 79. 



4 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

que ses eaux recouvrent chaque année de leur limon 
fertilisant, toute la région présente, pendant neuf mois 
de l'année, l'aspect de la stérilité. La rive droite du 
fleuve, d'Assouan au Caire, est dominée par les monts 
arabiques ; prolongement des hauteurs qui forment la 
frontière orientale de la Nubie, ils envoient vers l'est 
de nombreux rameaux, qui les rattachent à la chaîne 
bordière de la mer Rouge et s'élèvent par place à près 
de 2,000 mètres. Ces monts sont divisés en plusieurs 
massifs d'une composition géologique différente; l'un 
d'eux, qui appartient encore à la Nubie, court de l'est 
à l'ouest jusqu'au delà du Nil et donne ainsi naissance 
aux cataractes \ Plus bas est le massif du Silsileh, 
entaillé de carrières aujourd'hui abandonnées, d'où 
sont sortis les matériaux de milliers de temples et de 
palais. 

Les montagnes de la Nubie, ainsi que les hauteurs 
du désert arabique, sont composées d'un grès quart- 
zeux, que traversent d'immenses filons de roches pri- 
mitives', granit, gneiss, micaschiste, porphyre et dio- 
rite'^ Au nord d'Edfou, les grès font place à des 
calcaires de divers âges, les uns de la période créta- 
cée, les autres de la période éocène ; ce sont des ro- 
ches crétacées qui se dressent en falaises au-dessus du 
Nil, présentant avec leurs assises d'aspect monumen- 
tal, séparées par de sombres ravins, les formes les 
plus pittoresques. Les dernières roches, qui se termi- 
nent au Caire même par le Gebel Moqattam, sont 
presque en entier composées de nummulites et d'au- 

1. l'vlisée Reclus, op. laud., t. X, p. 472-74. 

2. Wiedemann, Aegyptische Geschichle. Leipzig, 1884, voL I, 
p. 12. — Figari, op. laud., p. 20, 159, 163, 164 et 167. 

3. Elisée Reclus, op. laiia., vol. .\, p. 477. 



I,A FI.OllK l'irAHAONrOUE. 5 

très coquillagos unis par un ciment calcaire'. Au delà 
s'étend le désert de sable mouvant de l'isthme. 

A l'ouest du Nil, les terrains primitifs s'enfoncent 
sous le plateau nummulitique du désert de Libye, plaine 
sans fin, parsemée de dunes et dont la stérile uniformité 
n'est interrompue que par quelques oasis lointaines. 
Atteignant une hauteur de 250 mètres aux bords du 
fleuve, ce plateau incline vers l'ouest sa plaine calcaire, 
que recouvre entièrement un sable quartzeux, et s'a- 
baisse dans la région des oasis au-dessous du niveau de 
la Méditerranée". 

Telle est l'Egypte dans son ensemble, une vallée 
d'une merveilleuse fertilité entre un désert de pierre, 
qui l'empêche de s'étendre à l'est, et un désert de 
sable, qui la menace du côté de l'Occident. Le Nil, qui 
l'a formée, la conserve aussi, en arrêtant l'envahisse- 
ment du désert libyque et en lui fournissant l'humi- 
dité doublement nécessaire à la végétation dans une 
contrée où la pluie ne tombe presque jamais. C'est le 
Nil — le dieu Hapi — « dont les flots, en se répandant 
sur les vergers, donnent la vie à l'Égj'pte » ; a maître 
de tous les germes, stabilileur des vrais biens, il crée, 
comme dit un ancien hymne^ toutes les bonnes choses » . 
Le génie des habitants devait compléter l'œuvre du 
fleuve, ce «dieu caché», père du pays qu'ils ont colo- 
nisé. 

D'origine incertaine, mais appartenant, suivant toute 



1. J. Williamson Dawaon, Ef/ypl ond Sj/rin. Their phijsical 
fealurex in relation wilh Bihlehislory. London, 1885, in-12, p. 25. 

2. Elisée Reclus, op. laud.. t. X, p. 478. — A. Figari Bey, 
op. laud.. t. 1. p. 70. 

.3. Papyrus Sallier II, ap. Maspero, Ilisloire ancienne, in-8. 
t. I, p. 40-42. 



6 LES l'LANTKSCIIKZ L[:S ÉGYPTIENS. 

vraisemblance, aux races blanches, qui occupent, de 
toute antiquité, la région méditerranéenne du conti- 
nent libyen \ ils se répandirent peu à peu, en se mê- 
lant peut-être à des colons asiatiques venus à travers 
l'isthme de Suez, dans la vallée inférieure du NiP. 
Cette contrée était loin alors d'offrir l'aspect qu'elle 
a pris depuis; le Delta, peut-être encore en formation, 
était sillonné par les nombreux bras du fleuve et cou- 
vert de marécages; plus loin les débordements non 
réglés du Nil laissaient, en se retirant, de vastes éten- 
dues de terrain submergées ^ tandis que les parties 
hautes de la vallée qu'il n'atteignait pas restaient 
presque stériles. Les eaux du fleuve et des lacs, il est 
vrai, étaient remplies de poissons, d'innombrables oi- 
seaux en couvraient la surface ; les fauves en fréquen- 
taient les rives, offrant une proie facile et abondante 
aux nouveaux habitants ; mais quelles ressources agri- 
coles ou industrielles trouvaient-ils dans la végétation 
indigène? 



I. 



La flore de l'ancienne Egypte n'était pas aussi pauvre 
en végétaux qu'on l'a souvent répété : sans doute elle 
était loin de renfermer les treize cents espèces que 

1. Ed. Meyer, Geschichte des alten Aegyplens. Berlin, 1889, 
in-8, p. 18-23. — G. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 45. 

2. Gardner Wilkinson, The manners and customs of the 
ancient Egyptians. A new éd. revised by Sam. Birch. London, 
1878, in-8, vol. I,p. 2; Max Duncker, Geschichle des Allerthums. 
Berlin, 1887, in-8, vol. I, p. 11 ; Brugscli, Geschichte Aegyp- 
lens. Leipzig, 1877, in-8, p. 8 ; Wiedemann, op. laud., p. 21, 
les font venir de IWsie antérieure. 

3. G. Maspero, op. laud.., in-12, p. 17. 



LA Kl. oui: l'IlAliAONIOlK. 7 

Scliweinfurib lui attribue de nos jours'; beaucoup 
d'entre elles y ont pénétré des contrées étrangères; 
la plupart toutefois y sont indigènes. Mais ces plantes 
n'étaient pas réparties également sur le sol de l'E- 
gypte. C'était dans la vallée du Nil proprement dite, 
en particulier dans le Delta, qu'on en trouvait le plus 
grand nombre; mais la nature de la flore changeait, 
quand on s'avançait des bords de la Méditerranée aux 
confins méridionaux de la terre de Qimit, où elle pre- 
nait le caractère tropical ; elle variait encore plus, si 
l'on quittait les terres inondées de la vallée du Nil pour 
pénétrer dans le double désort qui la borde. Même 
dans le Delta elle différait beaucoup, lorsque de la ré- 
gion calcaire de la Marraaritique, avec sa végétation 
presque entièrement méditerranéenne, on passait dans 
la région sablonneuse de l'isthme, couverte d'espèces 
déjà plus asiatiques". 

Dans le Delta on trouvait en abondance des renon- 
culacées, des crucifères — Matthiola, Malcomia, Lc- 
pidium, etc., — des caryophyllées, tamariscinées, 
frankéniacées, malvacées — Alcaea, Abittilon, Hibis- 
cus, — des géraniacées, zygophyllées, de nom- 
breuses papilionacées, — Ononis, Trigonella, Medi- 
cago, Mf'Hlotus, Trifolium, Lotus, Astragalus, Vicia, 
Latliyrus, — des lythrariées, plusieurs Mcsemhrian- 



1. Sur la Pore des anciens jardins arabes de V Egypte, 
(fiulletin de VInstitut ér/i/f/lien, n° 8 (an. 1887), p. 294.) 

2. A. Figari, Sttidii scientifici sulV Eçiitto. t. I, p. 203. — 
P. .\scherson, Florula Bliinocolurea. (Mémoires de l'Institut 
éfiyplien, t. Il (an 1889). 2« partie, p. 786). — G. Schweitifurth, 
P/Janzengeof/raphische Skizze des gesammten Nil-Gebiets und 
der Uferldnder des Rolhen Meeres. {Mitllieilungen ans Justus 
Pertlies' geo'/raphischer Anstalt, etc. von X. Petermann, 18G8. 
p. 116). 



8 LES PLANTES CHEZ LES E(iYITlE.NS. 

thetniim, des ombellifères, des composées variées — 
telle que le Sphaei^anthes suaveolens , corymbifère 
aquatique au délicieux parfum, des Inula, Gyiapha- 
lium, Anthémis, Chrysanthernmn, en particulier le 
coronarium, plusieurs Senecio, xles Echinopus. Car- 
thamus, Cichoriwn, Picris, Sonchus, la Ceruana pra- 
tensis, astéroïdée particulière à la vallée du Nil*, etc., 
— des convolvulacées, comme la Cressa credca, ré- 
pandue dans toute l'Egypte, et de nombreuses espèces 
du genre type, des Borraginées — AncJiuso, Helio- 
tropium, Echium, — des Solanées et des Scrofula- 
riées, des Labiées, — salvia, Lavendida, etc., — de 
beaux Statice, d'abondantes plantaginées et cliénopo- 
dées — Atriplex, Suaeda,Salsola, — des polygonées et 
des euphorbiacées, le saule africain safsaf, des lilia- 
cées — Allimn, Asphodelus, Muscari — VAlisma ", des 
joncs, comme le Juncus acutiis L. — Vasir des textes 
hiéroglyphiques^; — enfin des cypéracées et de nom- 
breuses ^aminées. Parmi celles-ci il faut citer le 
Panicum obtiisifoliimi, VArwido do?iax, le Phragmites 
Isiaca, le Saccharum aegyptiacum, V Eragrostis aegyp- 
tiaca, des Bromus, etc.; parmi les premières, les Cijpe- 
rus papijrus, escidentiis, aimcomus, alopecitroïdes, ro- 
twidus, etc., le Scirpiis maritijims'", plantes aquati- 

1. G. Schweinfurth, Die tetcten botanisclien Enkkvkunfjen 
in den Gi'nbern Aegyplens. {Dotanische Jahrbucher , t. \\\\ (an. 
1884), p. 3.) 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique , d'après les docu- 
ments hiéroglyphiques . 2"= édition. Paris, 1892, in-8, p. 32. 

3. Victor Loret, Becherches sur plusieurs plantes, XII, 
p. 11. (Recueil de travaux relatifs à la Philologie et à l'Archéo- 
logie égyptiennes et assyriennes, t. XVI). 

4. P. Asclierson et G. Scliweinfurth, Illustration de la flore 
d'Egypte, passim. (Mémoires de rinslilul égyptien, t. II, 
!■■'• partie (an. 1889)^ P- 25-180). 



LA FLOHE l'IlAHAOMOLK. 9 

ques qui remplissaient les bas-fonds des marécages et 
des lagunes que le Nil formait en se retirant, tandis 
que des lotus blancs et bleus en couvraient la surface. 
Une partie de ces plantes, surtout celles qui sont 
particulières à la flore égyptienne \ se retrouvaient 
dans la vallée moyenne ou supérieure du Nil, ainsi 
que dans le Fayoum actuel ou même dans les oasis 
de l'ouest; mais on rencontrait aussi dans ces régions 
des espèces qui leur appartenaient en propre, tel que 
les Polygala erioptera, Hibiscus verrucosus, Corchorus 
tridens, Astragalus falcinellus, Vigna nilotica, Cassia 
oôovata et acutifoUa, Poleiitilla siipina, Vahlia vis- 
cosa, ïashour (Calolropis procera), asclépiadée véné- 
neuse qu'on trouve aussi dans les déserts libyque et 
arabique, les Heliotropium pallens, Solanum coa- 
gulans, Poltjgonum limbatum, Panicum Petiveri, 
Andropogon annulatus, Eragrostis nutans, aegi/p- 
tiaca et cfjfiosiiroïdes', Brotmis 7nac7'ostachijs, etc'. 
Sans doute on n'y voyait pas ces forêts, dont, on l'a 
prétendu', l'Egypte aurait été couverte à l'origine ; 



1. Outre celles qui sont déjà nommées, on pourrait encore 
citer les Senebiera nilotica, Silène villosa. Slesembryanthe- 
mum coplicum, Ammania aei/ypliaca, Psoralea piicata. Trigo- 
nella hamosa et laciniala. Crépis senecioïdes, Senecio arabi- 
cus, Erigeron (legi/ptiacum. Cotn/za Dioscoridis, Echium 
Rauwolfii, etc. — G. Schweinfurth. Pflanzengeographische 
Skizzc des Nil-Gebiets. {Op. laud., p. 119-120.) 

2. Cette dernière espèce « caractéristique du pays de 
Qimit », appelée aussi Leptochloa bipinnata. est souvent dési- 
gnée sous le nom de halfa. Berichte der bolanisclien Gesell- 
sr/iaft. t. II, p. 371. 

3. Illustration de la Flore d'Egt/ple. (Mémoires, t. II, p. 25- 
180.) 

4. Ad. Erman, Aegypten iind aeayplisches Leben im Alter- 
thiim. Tïibiiigen, s. d., in-8, vol. I, p. 27. 



10 ij:s i'i.antks ciikz les kgvptiens. 

néanmoins des espèces arborescentes -variées^ le saule 
safsaf, diverses espèces de tamaris — Taniarix nilo- 
tica, tetragona, arborea, articulata — des acacias, — 
Acacia nilotica, seyal, tortilis, Ehrenbergjana, — le fi- 
guier faux-sycomore, sinon le figuier sycomore, qui 
n'est plus que cultivé aujourd'hui', et que Schweinfurth 
croit originaire d'Arabie', presque partout aussi peut- 
être le dattier, mais à l'état encore sauvage '\ et au 
sud le palmier doum y croissaient en abondance. 

Quelques-uns des végétaux, arbres et plantes herba- 
cées, de la vallée du Nil, se rencontraient aussi dans 
les parties non complètement arides du double désert 
qui la borde. Mais là les choses changeaient; à la fer- 
tilité du Delta et des terres inondées par le Nil, faisait 
place une rare et maigre végétation. Ce n'est pas que 
la stérilité régnât partout; les déserts libyque, isth- 
mique et arabique, eux aussi, ont leur flore, celle 
du Sahara \ caractérisée par des espèces particu- 
lières, mais qui varient du nord au sud, et sont plus 
nombreuses à l'orient qu'à l'occident de la vallée 
du Nil. Tout aride qu'il est, le désert libyque est loin 
cependant d'être dépourvu de toute végétation, dans 



1. Illustration de la Flore d'Egypte, p. 141. 

2. Verhandhmgm der Berliner Gcsellschnft fur Anthro- 
pologie, Ethnologie nnd Urgeschichfe, an. 1891. (Zeitschrift 
l'iir E limnologie, an. 1891, p. 657.) 

'6. Il y a au Musée du Louvre douze dattes qui paraissent 
appartenir à la forme non cultivée du Phœnix daclglifera L., 
sinon à une des espèces non comestibles P. reclinnta, P. sgl- 
vrslris ou P. canariensis. Victor Loret et Jules Poisson, Les 
Ycgélavx antiques du Musée éggijticn du Louvre. {Recueil de 
travaux, t. X\'1I (an. 1895), p. 183). — V Illustration de la 
Flore d'Egypte signale, p. \\1, l'existence du P. canariensis 
L. dans la vallée du Nil, mais seulement comme cultivé. 

4. H. ^ch.\vmev, Le Sahara. Paris, 1893, in-8, p. 187. 



LA FLUKl': l'IiAHAONIQUE. Il 

les parties où la dune ne porte pas la stérilité et la 
mort, on rencontre des crucifères, telle que la préten- 
due rose de Jéricho [Anastatica hierochuntina L.'), 
qu'on retrouve d'ailleurs à l'orient de la vallée du Nil, 
comme à l'occident; plusieurs tamaris, diverses espèces 
de Fagonia, plantes delà famille des zygopliy liées, les- 
quelles, avec le genre qui en est le type, affectionnent 
la région saharienne, de« papilionacées aux tiges épi- 
neuses et presque sans feuilles, comme Vagol [Alhagi 
inanniferum Desv.), répandu, ainsi que le curieux 
retem [Rétama raetam Webb.), dans les- deux déserts 
égyptiens, plusieurs espèces d'acacias, la coloquinte, 
quelques composées aux feuilles velues, des plantaginées 
frutescentes, de nombreuses chénopodées, en particulier 
du genre Salsola, le Coriiulaca monacantha — le hâd 
— plante favorite des chameaux, des Ephedra, mais 
surtout des graminées rigides et velues telles que les 
Aristida, dont une espèce, V A?'istida Zittelii Xsch.., est 
particulière au désert libyque'". 

Ces plantes se retrouvent presque toutes dans le dé- 
sert arabique, mais il en renferme bien d'autres, comme 
le Cocculus leaeba, ménispermée rampante aux tieurs 
d'un beau jaune, des crucifères, comme la Farsetia 
longisiliqua et la Moricandia sinaica, les Reseda Bois- 
serii et muricata, le Corchorus antichorus, les Fago- 
nia latifolia et ghtti?iosa, de nombreuses légumineuses, 

1. D'après G. Schweinfurth, la vraie rose de Jéricho est 
VAste7-icus pyijmaeus Coss., plante du désert arabique. BuUelin 
de l'Imlitut éyyplien, n" 4, (ann. 1883), p. 92. 

2. llluslralion de la Flore d'Egypte, p. 168. On y rencontre 
aussi entre autres les Aristida cilintn, punyens, plumosa, 
scoparia, etc. Cf. Gerhard Rohlfs, Drei monale inder liht/schi'n 
Wilsle mit Beitr(iyenvo7iP. Ascherson, W. Jordan und K. Zittcl. 
Cassel, 1875, in 8, p. 53 et 71. 



12 LES TLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

entre autres des astragales, des acacias — comme 
les Acacia spirocarpa et albida — , végétation arbores- 
cente, qui était représentée aussi par des tamaris — 
Tamarix passerinoïdes et macrocarpa — , le Pistacia 
atlantica, le Balanites aegijptiaca, le Moringa aptera 
et diverses capparidées, comme le Capparis galeata et 
surtout le Maerua imiflora, qu'on rencontre en particu- 
lier dans le pays des Bisharis, sur les côtes de la mer 
Rouge, où il atteint une hauteur de 10 à 12 mètres. 
Ses rameaux qui retombent en berceau offrent aux 
pâtres un asile recherché contre les ardeurs du so- 
leil'. A ces représentants delà flore arborescente du 
désert, il faut ajouter le figuier plumeux-, qu'on voit 
escalader les roches porphyriques les plus arides, et le 
pseudo-sycomore. 

Les composées comptaient également de nombreuses 
espèces particulières à la même région, tels que les 
Astericus pygmaeus et graveolens, V Achillaea fragran- 
tissima, les Artemisia herba-alba ei judaïcà, les Echi- 
noptis spinosKS et glaberrirmis, la Centaiirea eryn- 
gio'ides, les 7.ollikoferia fallax et massavensis, etc. 
On y rencontrait aussi des borraginées, scrofulariées 
et labiées étrangères au désert libyque et à la vallée 
du Nil, par exemple les Heliotropium arbaïnense, 
Scrofularia deserti, Salvia aeggptiaca, les Lavenduhi 
multifida, pubescens et coronopifolia, le Stachgs 
aeggptiaca, la Ballota damascena, les Teucrimn sinaï- 
cmn et leucocladiim, des plantaginées, comme le 



1. G. Schweinfurth, Die lelzten botanischen Entdeckungen. 
(Eiigler's Botanische Jahrhacher far Pflanzengeschichte und 
Pflnnzengeographie, an. 1886. Berlin, in-8, p. 4.) 

2. A. Figari, op. laud., vol. I, p. 211. U Illunlralion de la 
Flore d'Egypte ne mentionne pas cette espèce. 



LxV FLOIIK PHARAONIQUE. 13 

Plantarjo stricta, des chénopodées — Atripiex halimus 
et leucucladum, Suaeda vermiculata, Salsola longi- 
folifiy — Y EupJiorbia dracimculoïdcs et X Andrachne 
aspera, YAUium desertorum, V Urgmea undidata; 
enfin d'assez nombreuses graminées, comme les Pani- 
cum Teneriffae et dicholomum, le Pennisetwn orien- 
tale, le Tragus Berteroanus, \q% Andropogon foveolatus, 
Iiirtus et laniger, les Aristida hirtiglmna, caloplila, 
funiculala, Schiceinfurlhii, VEragrostis ciliaris et le 
Pou sinaïca\ La flore de cette région avait du être, à 
l'origine, bien plus riche, surtout en végétaux arbo- 
rescents que la sécheresse plus grande du climat et 
la main d'homme ont contribué à faire disparaître 
depuis de longs siècles ^ 



IL 



Quelque variée que soit la flore indigène de l'E- 
gypte, elle ne pouvait néanmoins, dépourvue qu'elle 
était des espèces les plus nécessaires à la vie, suffire 
aux besoins d'un peuple arrivé à un certain degré de 
culture. Les céréales lui faisaient défaut, depuis le riz, 
originaire de la région des moussons et resté si long- 
temps inconnu de l'Asie antérieure, jusqu'au froment 
et à l'épeautre, dont la patrie incertaine pourrait bien 

1. Iliuslralion de la Flore d'Egypte, p. 25-180. 

2. Quant aux restes fossiles de la Nicolia aegyj)tiaca Un- 
ger, donton retrouve les débris silicifiés dans le désert situé au 
sudest du Caire, ils n'api)artiennent pas à la flore égyptienne et 
semblent avoir été apportés par les eaux de régions plus 
tropicales. F. Unger, Der versteinerle Wald bei diiro. {SU- 
zungshericlUe der Kaiserlichen Akademie der Wisscnscha/ïen, 
t. XXXlll (an. 1858), j). 209-229.) 



14 LKS rr.AiNTES CIIKZ IA\S EGYPTIENS. 

être la Mésopotamie; elle ne possédait pas davantage 
l'orge, natif peut-être aussi de l'Asie antérieure, ni le 
millet, venu, il semble, d'une région plus orientale, ni 
même le sorgho, encore qu'il paraisse originaire de 
l'Afrique tropicale *. La plupart des légumes et nos 
arbres à fruits étaient également inconnus de l'E- 
gypte préhistorique. Aussi pauvre en plantes alimen- 
taires, la Hore égyptienne pouvait encore satisfaire 
aux rares besoins des populations primitives que les 
ancêtres des Égyptiens paraissent avoir rencontrées 
à leur arrivée dans la vallée du Nil et qu'ils refoulè- 
rent dans l'intérieur du continent". De race négroïde 
probablement, restés sans doute encore à l'âge de 
pierre ^ et, comme toutes les tribus sauvages, vivant 
surtout de chasse et de pêche, ils ne demandaient au 
règne végétal, pour compléter leur alimentation, que 
quelques fruits sauvages et quelques racines. La val- 
lée du Nil les leur offrait. Mais si c'était assez pour 
ces peuplades inférieures, il n'en était pas de même 
pour les colons de race supérieure qui leur succé- 
dèrent. 

Sans doute les Rotoii, « les hommes » — c'est ainsi 
que s'appelaient les nouveaux habitants — n'étaient pas 



1. A. de Candolle, Origine des Plantes cultivées. Paris, 1883, 
in-8, p. 284-310. 

2. Lepsius, Uebei- die Annahme eines sogenannlen prehis- 
torischen Steinalters in Aegi/pten. (Zeilschrift fiir aegyp- 
tische Sprache (an. 1870), p. 113.) 

3. « Es hat eine Steinzeit gegeben, welche weit iiber jede 
historische Nachricht, weit selbst ûber die Anfiinge iigyp- 
tischer Geschichte zuriickreicht. » W. Reiss, Fimde aus der 
Steinzeit Aeggplens. Berlin, 1890, in-8. (Ahhandlungen der 
Berliner anthropologischen Gesellschaft. Sitzung voni 16 nov. 
1889, p. 712.) 



LA i'lA)\\l-: rilAllAOïNIQlIK. 15 

le peuple heureux qu'ont rêvé leurs descendants; divisés 
en un grand nombre de tribus, dont les nomes de l'E- 
gypte pharaonique ont conservé le souvenir, ils durent 
mettre de longues années à s'élever au haut degré de 
civilisation où nous les montre l'histoire la plus recu- 
lée; mais s'ils étaient encore étrangers à l'agriculture, à 
l'époque de leur établissement dans la terre de Qimit, 
« la terre noire », — c'est sous ce nom que les anciennes 
inscriptions désignent l'Egypte', — ils ne durent pas 
tarder à s'y livrer. Leurs relations avec les popu- 
lations sémites de l'Asie antérieure les mirent bien 
vite en possession des céréales et des légumes les plus 
utiles, originaires de cette contrée ou de la région du 
Caucase. 

Ces plantes alimentaires, quelqu'en ait été le nombre, 
suffirent sans doute à ces « serviteurs d'Horus » — 
Shosoii Hor — pendant la première période de leur 
établissement, celle où, partagés en tribus indépen- 
dantes, ils colonisèrent lentement la vallée du Nil et 
la mirent en état de recevoir les cultures nouvelles 
qu'ils lui apportaient; mais quand toute la terre de 
Qimit eût été réunie sous un même sceptre, que la Basse- 
Egypte — To-miri ou pays du Nord — et la Haute- 
Egypte — To-riaiow. pays du Sud" — formèrent sous 
Menés un seul empire, celui des Pharaons, les espèces 
végétales apportées par leurs ancêtres ne purent, pas 
plus que les plantes indigènes de l'Egypte, contenter 
les habitants du jeune et puissant État; leurs besoins 
et leur luxe croissant, ils demandèrent de nouveaux 
végétaux aux pays avec lesquels ils entrèrent tour à 



1. Bnigsch, Geschiclite Acr/i/plens, p. 14 et 20. 

2. Maspoi'o, //istoirc a/iricnne. \n-l2, \). 18. 



16 LES PLANTRS CIIFZ LKS EGYPTIENS. 

tour en relation. Leur agriculture, dès longtemps pros- 
père — elle avait été la condition première de la gran- 
deur de leur empire — fit de nouveaux progrès et 
s'enrichit d'espèces exotiques rapportées par les Pha- 
raons de leurs expéditions dans les contrées étran- 
gères, en Nubie et en Ethiopie, dans le désert arabique 
et la presqu'île du Sinaï, ainsi que dans la Syrie mé- 
ridionale. 

Amenemhat I, fondateur de la douzième dynastie, 
se vante, dans un papyrus, d'être le « créateur», c'est- 
à-dire sans doute l'introducteur de « trois espèces de 
grains S). A cette époque, comme nous l'ont révélé 
les fouilles de M. Flinders Pétrie '", les Égyptiens con- 
naissaient et probablement aussi cultivaient déjà, outre 
le dattier, le palmier doum [Hyphaene thebaica 
Mart.), V Hyphaene argun Mart., palmier de la<vallée 
du désert de Nubie, ainsi que Vhegelig [Balanites 
aegyptiaca Del.), arbre de l'Afrique tropicale, le Mi- 
mnsops Schhnperi Hochst., — le perséa des Anciens 
d'après Schweinfurth ^ — indigène dans l'Abyssinie et 
dans l'Arabie heureuse, où vient aussi le caroubier, que 
le même botaniste a supposé originaire de ce pays'', 
mais qui croît spontanément, dans toute la région 
orientale delà Méditerranée '\ enfin le lin, importé sans 
doute depuis longtemps de la région du "Caucase, le 



1. Papyrus Sallier, II, pi. 1, 7-9, ap. Maspero, Histoire 
ancienne, in-12, p. 95. 

2. Kahun, Gurob and Hawara. London, 1890, in-4, p. 49-50. 

3. BulltHin de Vlnslilut égi/ptieti, n" 3 (an. 1882), p. 67. 

4. BuUelin de VlnsliliU égyplien, n" 8 (an. 1887), p. 306. 

5. A. de CandoUe, Origine des plantes v\diivécs. p. 270. — 
Engler, ap. V. Hehn, Kullurpflanzen, p. 443, le croit encore 
indigène dans la Cyrénaïque, l'Algério et la Sicile. 



I.A h'\A)\\E l'IlAlîAO.NIOUE. 17 

concombre, les radis, les petits pois et la fève, dont 
la patrie est iliconnue, mais presque certainement 
asiatique. 

Ce n'est là probablement qu'une faible partie des 
végétaux exotiques importés jusqu'au xxx*^ siècle avant 
notre ère dans la vallée du Nil ; il est vraisemblable 
que les Égyptiens en avaient déjà reçu d'autres, dès le 
temps de l'ancien Empire, Faut-il ranger parmi ces 
végétaux, le figuier commun et l'arbre baç, cultivés, au 
temps de la douzième dj-nastie, dans le pays d'Edom, 
comme nous le savons par le récit du séjour que l'exilé 
Sinouhit fit alors chez un des chefs de cette contrée'. 
Si l'Egypte ne les possédait pas encore, on peut croire 
que l'invasion des Hyksos dut y introduire ces arbres 
qu'ils connaissaient et cultivaient peut-être eux-mêmes 
dans leur pays. 

Plus tard, les conquêtes des Ahmessides et des Ra- 
messides ne purent manquer aussi de contribuer à 
enrichir la flore horticole et agricole de l'Egypte ; 
poussées au sud jusqu'aux derniers confins de l'E- 
thiopie, à l'est jusqu'aux bords de la mer Rouge, au 
nord au delà de l'Euphrate, elles avaient révélé à ces 
princes l'existence de nombreuses plantes utiles, étran- 
gères à l'Egypte, et, comme leurs prédécesseurs, ils 
durent songer à en introduire quelques-unes dans leur 
propre pays. Un document célèbre permet de nous 
faire une idée du soin avec lequel les Pharaons cher- 
chaient à acclimater en Egypte les végétaux utiles des 
contrées étrangères, même de celles qu'ils n'avaient 
pas visitées. 



1. G. Maspero. Ilixioire ancienne, in-12. p. 97. — Mélnn(j(. 
<rarc/iéolor/ie ('•(juplicnne et tissi/rieniie. \. 111. p. i;Jo. 

I. 2 



18 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

Parmi celles-ci, ily en avait une, longtemps à demi- 
fabuleuse \ dont ils avaient souvent entendu parler ^ 
la «terre divine», où l'on recueillait les aromates, que 
le commerce des caravanes ou la navigation de la mer 
Rouge ^ leur apportait de temps immémorial : le pays 
de Pount, — la côte occidentale de la mer Rouge de 
Souakim à Massouah, plus tard le pays des Somalis 
et môme l'Arabie heureuse \ — La fille de Thoutmès I, 
second roi de la dix-huitième dynastie, la reine Hats- 
hopsitou ou Hatasou, résolut d'y envoyer chercher 
quelques-uns de ces végétaux précieux dont elle ne 
connaissait que les produits. Cinq vaisseaux furent 
équipés dans un des ports de la mer Rouge et, comme 
nous l'apprennent les inscriptions du temple de Deir- 
el-Bahari, élevé par la souveraine égyptienne en sou- 
venir de cette expédition^ ils abordèrent au pays de 



1. Le conte du papyrus de Saint-Pétersbourg, qui date du 
moyen empire, en fait une île inaccessible gouvernée par un 
serpent à tète humaine ; mais il mentionne déj'i la myrrhe, 
l'encens, les huiles et les arbres précieux qu'on y trouvait. 
Erman, Aegi/plen, t. H, p. 671. 

2. « La grande déesse de Poun est citée dans le papyrus de 
l'ancien empire. » E. Chabas, Etudes sur l'antiquilé hislo- 
rique. Chàlon-Paris, 1872, in-8. p. 149. 

3. « Une inscription du règne de Sonkh-Kara de la xi« dy- 
nastie nous relate l'envoi de vaisseaux à Poun pour recueillir 
de !'«/««. » E. Chabas, op. laud., p. 150. 

4. Krall, Das Land Punt. 'VVien, 1890, in-8, p. 75. — J. Lie- 
blein, Handel und Sc/u'ff'arl auf dem rothen Meere in allen 
Zeiten. Leipzig, 1886, in-8, p. 75. 

5. Joh. Diimichen, Die Flotte einer aegyptisclien Koenigin 
ans dem \\u. Jahr/nmdert vor unserer Zeitrechming . Leipzig. 
1868, in-fol., pi. I-.W et p. 17-18. — Aug. Mariette-Bey, Deiv- 
et-Ba/iari. Documents topographiques, historiques et ethno- 
graphiques recueillis dans ce temple. Paris-Leipzig. 1877, in-4 
et atlas, in-fol. Pi. IV-Vll et p. 13-18. 



I.A KLOlti-; PIIAUAOMQUE. 19 

Pount; les indigènes n'hésitèrent pas à entrer en rela- 
tions avec eux et bientôt les échanges commencèrent. 

Les Égyptiens reçurent en retour de leurs présents 
des cynocéphales et des cercopithèques, des lévriers, 
des peaux de léopards, de l'ivoire et de l'or, des aro- 
mates et de l'encens, toutes sortes de bois précieux 
du Tonoutri, — bois d'ébène, bois laas ou toshp, bois 
khisit, — enfin trente et un « sycomores à anti », 
qui, arrachés avec leurs racines et mis dans des cor- 
beilles, furent transportés en Egypte'. « Jamais on n'a- 
vait ramené chose pareille à aucun roi, qui eût été 
depuis que la terre existe ». Ces riches présents furent 
portés à Thèbes, et dans une grande fête, célébrée en 
l'honneur d'Amon, offerts au dieu, « maître de Kar- 
nak ». Les trente et un sycomores à encens furent en- 
suite plantés dans le jardin sacré, et comme s'ils y 
eussent repris et grandi, « le monument nous montre, 
remarque M. Maspero, quelques-uns d'entre eux arrivés 
à leur taille normale. » 

Cet essai d'acclimatation, s'il est le plus ancien que 
les monuments nous font connaître, ne fut ni le pre- 
mier, ni le dernier qui fut tenté en Egypte ^ Il avait 
été précédé de l'introduction des céréales, puis de lé- 
gumes et d'arbres à fruits, inconnus dans la vallée du 



1. G. Maspero, De quelques navigations des Egyptiens sur 
lex côtes de la mer Erythrée. (Revue historique, t. l\(an. 1879). 
p. 21). — Lie!)lein, op. laud.. p. l't-'M . 

2. Une peinture du tombeau de Hekhmara nous montre, 
parmi les présents apportés à Thoutmès 111, un sycomoi'e ou 
arbre à anti. et Ramsés III rappelle à Phtali, dans le Papyrus 
Ilarris, les sycomores d'aromates qu'il avait plantés dans sa ville 
de Memptiis, après les avoir rapportés lui-même des « terres 
divines » de Pount. Wilkinson, The nianners. t. I. pi. II". — 
G. Maspero, Do quelques uavif/ations. p. 30. 



20 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTII^NS. 

Nil ; il fut suivi par celle de bien d'autres végétaux 
rares ou utiles. Commencées dès les premiers temps 
de son établissement, ces importations se continuèrent 
jusqu'à la destruction de l'empire des Pharaons et bien 
au delà : c'est seulement à l'époque de la domination 
perse et sous les Ptolémées que la flore égyptienne 
s'enrichit de plusieurs des espèces végétales les plus 
belles qu'elle ait possédées au commencement de notre 
ère. 



CHAPITRE II. 

l'agriculture dans l'Egypte ancienne 

Aucun document n'est venu nous renseigner sur 
l'état de civilisation auquel les ancêtres des Égyptiens 
étaient arrivés, quand ils s'établirent dans la vallée du 
Nil ; mais tout fait supposer que, s'ils menaient encore 
la vie pastorale et vinrent dans leur nouvelle patrie 
avec leurs troupeaux de chèvres et de bœufs, les seuls 
animaux domestiques qu'ils ont, avec l'àne, — les 
monuments en font foi — dû posséder tout d'abord, 
ils ne restèrent pas longtemps étrangers aux occu- 
pations agricoles ; la nature du pays qu'ils venaient 
coloniser décida de leur manière de vivre'. Dans une 
contrée soumise à des inondations périodiques et 
presque sans pâturages naturels, une existence no- 
made était impossible, la nécessité de demander à la 
culture du sol leur nourriture, et celle de leur bétail, 
contraignit les nouveaux habitants à une vie séden- 
(laire et en fit un peuple de laboureurs" et la nation la 
plus industrieuse que l'ancien monde ait connue. 

1. F. Unger, Dolanische Streifzûge. (Sitzungsberichte der 
kais. Académie der Wissenschaften, t. XXXVIII, p. 70 et suiv.), 
admet l'existence de pâturages, à l'arrivée des ancêtres des 
l'igyptiens dans la vallée du Xil, mais il reconnaît en même 
temps la nécessité où furent les nouveaux venus de se livrer 
à l'agriculture. 

2. Ed. Meyer, Geschichte des allen Aegyptens, p. 25. 



22 IJ;S l'LANTKS CIIKZ LKS liOVlMlENS. 

Le Nil, non contenu par des digues, dévastait alors 
.la vallée qu'il fertilise aujourd'hui ; de vastes maré- 
cages, laissés par l'inondation, en couvraient les parties 
basses, tandis que les parties hautes, où elle n'arri- 
vait pas, restaient arides et impropres à la culture. Il 
fallait contenir et régler les débordements du fleuve, 
en amener les eaux bienfaisantes sur les terres sablon- 
neuses qu'il ne pouvait atteindre et le renfermer dans 
son lit * c'est ce qu'entreprirent de faire les nouveaux 
arrivants \ et, grâce à un système de canaux bien 
entendu et à une habile distribution des eaux sur 
tout le territoire, l'Egypte devint une de's contrées les 
mieux appropriées à une agriculture perfectionnée, 
source première de son étonnante civilisation. 

C'est aux générations sans histoire des premiers 
temps de l'Egypte, aux « serviteurs d'Horus », que re- 
vient l'honneur d'avoir commencé les travaux, qui, maî- 
trisant le Nil, en firent le génie tutélaire et bienfaisant 
de la vallée qu'il avait ravagée jusque-là; ces travaux, 
inaugurés à l'époque des origines de la nation, furent, 
pendant de longues générations, continués par les 
Pharaons, qui se succédèrent sur le trône. Menés, le 
fondateur de l'ancien empire, fit creuser, près de 
Memphis, une digue qui existe encore et sert de clef 
aux réservoirs d'inondation de la Haute-Egypte ^ 

Plusieurs des plus grands princes de la XIP dj'nas- 
tie rivalisèrent avec lui et le surpassèrent. Ousirtesen I, 
fils d'Amenemhat I, le premier d'entre eux, fit cons- 
truire des digues le long de la rive occidentale du 



1. G. Maspero, Histoire ancienne, in-12, p. 17. — Ed. Meyer, 
op. laud., p. 24. 

2. G. Maspero, Histoire ancienne, in-12, p. 43. 



L'Ar.Ricri.TLîur: dans i;i':(;vpte anciknnr. 23 

Nil. Amenemhat III alla plus loin ; frappé du peu de 
résultats que donnaient les réservoirs de faible dimen- 
sion échelonnés le long du fleuve; il forma le projet 
de les remplacer ou d'en compléter l'effet par la créa- 
tion d'un réservoir immense, où l'excédant des eaux, 
accumulé pendant les années d'abondance, resterait 
emmagasiné, pour subvenir aux crues trop faibles, 
menace de stérilité et de disette pour le pays'. Dans 
une dépression naturelle du sol, située à l'ouest et à 
quelque distance du Nil, — le Fayoum actuel, — il 
établit, au moyen de digues, le lac artificiel de Miri 
— le Mœris des Grecs, — et le mit en communication 
avec le fleuve, à l'aide d'un double canal, pourvu 
d'écluses, qui permettaient d'y faire entrer les eaux 
du Nil débordé ou de faire écouler celles qui y étaient 
accumulées. 

Ces entreprises colossales, destinées à faciliter l'irri- 
gation régulière des terres, peuvent nous donner une 
idée de l'importance que les Pharaons attachaient à 
tout ce qui pouvait favoriser l'agriculture. ((J'ai fait 
labourer le pays jusqu'à Abou — Abydos, — dit l'un 
deux, Amenemhat I, dans une inscription ^... je suis 
l'ami de Nopri ^ . . LeNil a accordé à mes prières l'inon- 
dation sur les champs. » Cette inondation était, sous 
un climat brûlant, la condition première de la fertilité 
de l'Egypte ; sans elle, le sol était condamné à la 
stérilité; arrosé, au contraire, parles eaux du fleuve 
et enrichi par leur limon, il devenait d'une surpre- 
nante fécondité. 



1. G. Ma.spero, Ifisloire ancienne, in- 12, p. 108. 

2. Pajjyrus SalliPr II. pi. I, 1. 7-9, ap. Maspcro, oj). laud. 
p. 95. 

3. La divinité des grains. 



24 LES PLANTES CilEZ LES EGYPTIENS. 

» 

Sa mise en culture était d'ailleurs de la plus grande 
simplicité. Quand les eaux du fleuve s'étaient retirées 
et que les vents du nord-ouest avec les chauds rayons 
du soleil d'automne les avaient suffisamment asséchés, 
les Égyptiens donnaient avec un hoyau en bois un 
simple labour à leurs champs, puis ils y répandaient la 
semence que des chèvres^ — Hérodote dit des porcs", ce 
qui ne dut être vrai qu'exceptionnellement et assez 
tard^ — venaient ensuite, remplaçant nos herses, fou- 
ler aux pieds pour la faire pénétrer dans le sol. D'au- 
tres fois ils se servaient pour labourer leurs terres 
d'une charrue légère, traînée par deux bœufs \ mais 
en se bornant à y tracer un sillon peu profond ; tout 
au plus quelques ouvriers venaient ensuite avec un 
hoyau écraser les mottes, pour achever de préparer 
le sol à recevoir la semence qu'on voulait lui confier. 

Quoi qu'il en soit, cinq ou six mois après ce 
labour primitif, les moissons arrivaient à maturité, 
l'orge d'abord, puis les diverses espèces de froment. 
On procédait alors à la récolte ; les chaumes, coupés 
avec une faucille à une certaine hauteur du soP, étaient 



1. Rosellini, Monumenti, t. II, pi. XXXII, 1. — Lepsius, 
Denkmaler. t. III, pi. XVI. Peinture de Giseh (iv" dynastie), 
tombe 15. 

2. Ilistoriae, lib. II, cap. 14. Hérodote dit que les Egyptiens 
ne retournaient pas le sol ; mais les peintures des hypogées 
nous les montrent toujours lui donnant un premier labour. 

3. Wilkinson, The manners, t. II, p. 100. 

4. Rosellini, Monumenii, t. II, pi. XXXII, 2 et 7. — Lepsius, 
Denkmaler, t. V,pl. 106. Peinture de Zaouïet-el-Maïétin (v* dy- 
nastie), tombe 2. — Bas-relief du tombeau de Ti. G. Maspero, 
Histoire ancienne, t. I, p. 67. — Plus tard on se servit aussi de 
chevaux, comme on le voit d'après une peinture de Thèbes. 
G. Ebers, L'Éf/i/ple, trad. par Maspero, t. II, p. 2L1. 

5. Rosellini, Monumenii, t. II, pi. XXXV, 1 et 2, et pi. XXXVI, 



L'AGRICUMUUK DANS l/KGYl'TK ANCIKN.Mi. 2b 

liés en gerbe, puis portés sur l'aire et là foulés aux 
pieds des bœufs' ou, dans la Basse-Egypte", par des 
ânes. Le grain était ensuite déposé dans dévastes gre- 
niers ^ en attendant qu'on le livrât au commerce ou à 
la consommation. 

Tels étaient les procédés employés par les anciens 
Egyptiens pour la culture et la récolte des céréales 
dans les parties de la vallée où les débordements du 
Nil fournissaient une humidité suffisante à la végéta- 
tion. Dans les parties insuffisamment inondées ou pour 
les cultures qui réclamaient de fréquents arrosages, on 
les semait dans des carrés entourés de rigoles qu'on 
remplissait d'eau à l'aide d'une machine analogue à la 
shadouf actuelle des fellahs\ simple levier posé sur un 
.support et à l'une des extrémités duquel était attaché 
une espèce d'auge, qu'on élevait ou abaissait par 
un mouvement de bascule. Souvent aussi, travail 
plus pénible, on puisait directement l'eau dans les 
bassins ou réservoirs avec des cruches qu'on transpor- 
tait, fixées aux deux extrémités d'une espèce de joug, 
au lieu qu'il fallait arroser. C'est ainsi qu'on voit sur 
une peinture de Béni-Hassan ■' deux jardiniers, dont le 
premier a l'un de ces jougs posé sur les épaules, 
tandis que le second est représenté incliné, remplis- 



2. — Lepsius, Denlimuler, t. IV, 106. Peintures de Zaouïet-el- 
Maïétin, tombe 2. 

1. Rosellini, Monumeuli, t. II, pi. XXXIII, 2 et 3. 

2. Wilkinson, The manners, t. II, p. 101. 

.S. Rosellini, Monumenli, t. II, pi. XXXIV, 2. 

4. Wilkinson, The manners of Ihe ancienl Aegyptians, t. 1, 
281. — Mémoires publiris par les membres de la, mission ar- 
chéologique française an Caire, t. V, fasc. IV, p. 607, pi. 1. 

5. Champollion, Les Monumenls de l'Iù/ypte et de ta A'nbie. 
t. II, pi. 185. 



26 LES l'I.A^^TES CHEZ LES EGYPTIEÎNS. 

sant avec l'eau de ses cruches les rigoles de son 
jardin. 

I- 
Les Céréales. 

Des céréales, cultivées dans l'Egypte pharaonique, 
le froment était de beaucoup la plus répandue; il avait 
probablement été importé dans la vallée du Nil dès 
les premiers temps de la colonisation de cette région 
par ses nouveaux habitants ; en tout cas il n'y était 
pas indigène ; mais il s'était bien vite acclimaté dans 
cette contrée, où il trouvait les mêmes conditions de 
végétation que dans son pays supposé d'origine, la 
région de l'Asie antérieure, dont la Mésopotamie est le 
centre', et sa culture devint une des sources principales 
de la richesse et de la prospérité de l'Egypte. De temps 
immémorial elle avait été, comme nous le montre l'his- 
toire de Joseph ^ le grenier où venaient s'approvi- 
.sionner les peuples voisins menacés par la disette. 
Pendant deux mille ans sa fertilité ne se démentit 
pas ; après son asservissement à Rome, elle expédiait 
encore chaque année vingt millions de boisseaux de 
froment en Italie ^ 

1. Unger, Sitzungsberichte, etc., t. XXXVIII. (1859), p. 79. 
— A. de Candolle, Origine des plantes cultivées, pi. 288.— «.Je 
considère comme la patrie vraisemblable du froment la région 
qui s'étend du Caucase, de la mer Caspienne et de la Perse à la 
mer Méditerranée et à la mer Rouge. »Fr. KOrnicke, DicArten 
und Varietàten des Gelreides. Bonn, 1885, in-8, p. 34. 

2. Genèse, cap. XLI, v. 57. Sous Rhamsès I, on voit égale- 
ment les Kliiti venir s'approvisionner en Egypte pendant une 
disette. 

3. Dr. A. Thaer, Die all-àgyjttische Landwirthschafl. Ein 



L'AGniCrLTL'HK HANS LKGVI'TK ANCIKNM;. 27 

Le froment, qu'on a trouvé dans les tombes les plus 
anciennes de l'Égjpte et dont tous les musées possè- 
dent des échantillons, ne diffère point de l'espèce de 
blé ou froment cultivée de nos jours ^ ; c'est le Ti^iti- 
cxnn vulgareWW. ; il portait dans la langue hiéroglv- 
l)hique le nom de sou, copte souo'-. La race connue des 
anciens Egyptiens était le blé dur [Triticwn dunan 
Desf.j, ï entrai des Coptes ■\ 11 faut ajouter que les 
artistes pharaoniques ont représenté les épis de fro- 
ment, parfois sans barbes, le plus souvent avec des 
barbes*: quelles variétés avaient-ils en vue dans cette 
double représentation ? C'est ce que je ne saurais dire. 

Le Triticum vulgare n'était pas la seule espèce de fro- 
ment cultivée dans l'Egypte ancienne; Alph. deCandolle' 
a cru reconnaitre le gros blé ou blé poulard [Trilkuiii 
turgidum L.) parmi des graines tirées de cercueils de 
momies. Unger'^a aussi prétendu en avoir découvert 
des fragments dans une brique d'El-Kab. On vient d'en 
trouver quelques grains parmi les échantillons de blé 
conservés au Musée du Louvre; ils se distinguent par 
leur aspect corné et leur teinte rougeàtro. Comme 
les anciens Égyptiens divisaient le froment en .so?/ 
blanc et en sou rouge, M. Victor Loret incline à voir 

lieitrag zur Geschichle i/er Agriciiltur. Berlin, 1881, in-8. 
p. 18. 

1. Scliweinfurth, Uebet' Pflanzenreste, etc. {Berichlc der 
deutschen bolanisclwn GesoUschafl , t. II (an. 1884), p. 370.) 

2. Victor Loret, La flore pharaonique, p. 23, n" 13. — 
Schweiiifurth, Zeilschrift fnr Ethnolof/ie, an. 1891, p. 655. 

3. Victor Loret, op. laiid., p. 23, n" l'i. 

4. Rosellini, MoiiKmeiHi, pi. XXXIII, 1 et 2, représente avec 
des barbes les épis qui sont répandus sur l'aire, sans barbes 
ceux qui sont encore sur leurs tiges. 

5. Orù/ine des plantes cultivées, p. 288. 

6. Sitzungsberichte. etc., t. XLV (an. 18G2), p. 79. 



28 LES TLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

dans ce dernier le gros blé, tandis que le sou blanc 
serait le blé tendre'. Il est probable que le blé poulard 
aura pénétré en Egypte à l'époque de la domination 
des Hiksos ; très répandue de nos jours dans la vallée 
du Nil, cette espèce semble y avoir été beaucoup 
moins cultivée autrefois, encore que Unger incline ^ 
il est vrai, sans en donner de preuves, à l'y supposer 
indigène. 

L'épeautre [Triticiim spelta L.) était-il aussi cultivé 
en Egypte? Unger l'a admis, en s'appuyant sur le 
témoignage des auteurs classiques. Malheureusement 
ce témoignage n'est rien moins que clair. Hérodote^ 
par exemple, dit bien qu'outre le froment (-ûi'jpo^;) les 
Egyptiens cultivaient encore Yolyra[o\'jçix), que « quel- 
ques-uns appellent zeia i^da) i>\ mais quelle céréale 
l'historien grec désigne-t-il par les mots olyra ou 
zeia? Tout ce qu'il nous en apprend, c'est que les 
Égyptiens s'en servaient pour fabriquer leur pain, et, 
fait bien propre pour surprendre, il ajoute qu'ils regar- 
daient comme une honte de se nourrir de froment, 
ainsi que d'orge. Il semble d'après cela que Vohjra ou 
zeia était assez différent du froment ; mais c'est tout 
ce que nous en pouvons conclure. Théophraste connaît 
aussi le nom zeia, de même que celui à'ohjra, mais 
il mentionne de plus une autre céréale qu'il appelle 
tipha {v.Q-ry et qu'il regardait, au rapport de Galien, 
avec la zeia, comme ressemblant le plus au fro- 



1. Victor Loret et Jules Poisson, Les végétaux antiques du 
Musée du Louvre. {Recueil de travaux, t. XVII, p. 180.) 

2. Sitzungsbtrichte, etc., t. XXXVIII (an. 1859), p. 79. 

3. Ilistoriae, lib. II, cap. 36. 

4. Historia planlarum, lib. II, cap. 4, 1 et lib. VIII, 
cap. 4, 1. 



L'AGRICULTURE U.VNS L'KGYPTf-: ANCIKNNR. 29 

ment. Ce dernier nous apprend' que Dioclès plaçait, 
au point de vue des qualités nutritives, Volyra et la 
tipha immédiatement après le froment, et qu'il en 
faisait deux espèces différentes, tandis que Mnésithée 
les regardait comme une seule et même espèce, mais 
en distinguait la zeia, qui pour lui était une céréale des 
pays froids. Dioscoride', qui ne paraît pas connaître 
la tipha, dit que Volyra donne une farine plus gros- 
sière que la zeia; quant à cette dernière il y en aurait 
deux variétés, qu'on pourrait peut-être identifier avec 
les T. monococcmn L. — notre blé locular ou engrain 
— et T. dicoccum Scbrank — l'amidonnier — simples 
races peut-être de l'épeautre. Pline \ qui mentionne 
les noms de la zeia, de Volyra et de la tipha, ne 
donne aucun renseignement sur les plantes qu'ils dé- 
signent. 

On voit combien la question est obscure. Dans une 
étude sur « l'histoire des céréales », Fink* arrive à 
cette conclusion que les Anciens ne savaient pas ce 
que c'était que la zeia et qu'on ne voit pas quelle diffé- 
rence existait entre Volyra et la tipha, mais qu'on 
peut, avec Sprengel, regarder la dernière comme étant 
l'engrain [T. monococcum L.)^ On n'a point rencontré 

l De alimentorum facultatibus, lib. I, cap. 13. Ed. Kulin. 
(Medîcorum graecorurn opéra. Lipsiae, 1823, t. VI, p. 512.) 

2. De matériel medica, lib. II, cap. 111 et 113. 

3. llisloria naluralis, lib. XVIII, cap. 19 ((3) et 20 (10). 

4. Ueber (lie iUlcren Geschichtender Gelreidearlen.(Abhand- 
lungen der kon. Akademie der Wissenschaften zu Berlin, 
an. 1826, p. 76.) 

5. Fr. Kornicke, op. laïuL, p. 77, croit que les mots olyra 
et zeia servaient également à désigner l'épeautre, mais que le 
second de ces noms se perdit et que le mot olyra persista 
seul, et p. 109, il regarde lipha comme le nom grec de l'en- 
grain. 



30 LES PLAiSTKS CIIKZ LKS Kf.VPTIEXS. 

cette dernière céréale dans les hypogées égyptiens, 
mais Schweinfurth a reconnu des épis et des grains 
de l'amidonnier [T. dicoccwn Schrank), au milieu 
d'offrandes trouvées par M. Maspero dans une tombe 
de Gébéleïn' ; ils appartenaient à la variété tricoccum. 
Il est donc probable que cette espèce était cultivée 
dans l'Egypte pharaonique. L'épeautre proprement 
dit y fut-il aussi connu et cultivé? Unger a prétendu 
en avoir trouvé des grains dans des tombes antiques", 
mais Schweinfurth a affirmé ne l'avoir jamais ren- 
contré parmi les restes végétaux des hypogées égyp- 
tiens ; de Candolle a nié également que cette céréale 
ait été connue des contemporains des Pharaons'. 

Il existe un mot copte buti ou bute, donné comme 
équivalent du grec cAupa et de l'hébreu kussemet \ qu'on 
traduit d'ordinaire par épeautre ; Schweinfurth con- 
sidère ce nom comme désignant plutôt l'amidonnier, 
yemmer des Allemands [T. dicoccum Schr.), espèce 
qu'il regarde d'ailleurs comme une simple variété de 
l'épeautre ; elle aurait, ajoute-t-il, été trouvée par Th. 
Kotschy à l'état réellement sauvage sur les flancs de 
l'Hermon ■'. 11 y aurait eu aussi, dit-il, d'après une 
communication de M. Brugsch, deux espèces de bôti, 
le bôti blanc et le bôti rouge ; mais il ne nous fait 
point connaître en quoi elles pouvaient différer. Le 



1. Bulletin de VInslitut égyptien, n° 7 (an. 1886), p. 420 
et 424. 

2. Schreiben von Dr. Sleudner : Uel)er die Flora in nnd um 
Alexandrien. (Petermanns Millheilungen, an. 1861, p. 310.) 

3. Origine des plantes cultivées, p. 291. 

4. Une Scala traduisant holi par nl-hommos : pois chiche, ou 
al-dourâ : sorgho, on voit que la signification de bo/i est loin 
d'être certaine. * 

5. Zeilschrift fi'ir Ethnologie, an. 1891, p. 655. 



L'AGRICULTlIiK DANS l/KGVI'TF-: ANCILNM-:. 31 

éo/"/ servait à désigner le mois de lybi, — le tubi \\w. 
calendrier copte, — qui va du 17 novembre au 16 dé- 
cembre '; ce mois était personnifié sous la figure d'un 
homme, tenant comme emblème un épi de la main 
droite, ce qui permet de conclure que cette céréale 
était déjà arrivée à sa maturité et montre avec quelle 
rapidité elle croissait. 

Après le froment, l'orge — ati — occupait la première 
place parmi les céréales de la vallée du Nil ; comme 
lui, il j avait, à une époque antéhistorique, été im- 
porté de l'Asie antérieure, où on l'a, sur les points les 
plus divers, rencontré à l'état spontané une de ses 
variétés, l'orge à deux rangs [Hordeum distichon L.)^ 
Les Égyptiens en connaissaient plusieurs races. Unger 
a découvert des fragments de l'orge ordinaire [Hor- 
deum vidgareh.) dans une brique d'El-Kab (Eileitlijia)', 
ainsi que de l'orge à six rangs [H. hexastichon L.) dans 
une brique de la pyramide de Dahshour'* , contem- 
poraine de la XI? dynastie. Parmi les mets funèbres 
d'une tombe de Saqqarah, qui date de la cinquième 
dynastie, Mariette a trouvé une coupe remplie d'épis 
d'orge à moitié brisés et décomposés, que Schwein- 
furth regarde comme appartenant à l'espèce vul- 
gaire ^ Les épis et les grains d'orge trouvés parmi 

1. Schweinfurtli,Ze(7scA/7/^ fiir Ethnologie, an. 1891, p. 65'f. 

2. A. de CandoUe, op. laud., p. 295, lui attribue pour patrie 
la région qui va de la mer Rouge au Caucase et à la mer 
Caspienne. L'espèce .sauvage {Hordeum spontaneum C. Koch), 
dit Fr. Kornicke, op. laud., p. 141, a été trouvée dans la 
région qui s'étend du Caucase à la Perse. 

3. Silzun;jsberichte, t. XLV (an. 1862), p. 79. 

4. SilzunijsherichU', t. LIV, 1 (an. 1866), p. 40. 

5. Ikrichle der deulsehen hotanischen Gesellscltaft. t. II 
(an. 188't), p. 370. — Bulletin de ri)istiliil égyptien, u" 5 
(an. ISS'i), )). 'i. 



32 LES PI,ANTKS CHEZ [.ES EGYPTIENS. 

les offrandes découvertes par M. Maspero dans les 
anciens tombeaux de Gébéleïn appartiennent, au con- 
traire, à l'espèce à six rangs [B. hexastichon L.)\ Le 
Musée de Boulaq renferme aussi plusieurs morceaux 
de pâte faite de grains d'orge — Schweinfurth ne dit 
pas de quelle variété — grossièrement moulus ^ On a 
même découvert, dans les fouilles d'Abd-el-Gournah, 
autour du cou de la momie d'un égyptien du nom de 
Kent, une espèce de guirlande composée de grains 
d'orge à moitié germes^; mais Schweinfurth, qui en a 
fait mention, n'a pas déterminé l'espèce à laquelle ils 
appartiennent. M. Flinders Pétrie a découvert à Ka- 
hounMes grains d'orge plus petits que ceux des 
variétés cultivées de nos jours. Les Égyptiens distin- 
guaient deux espèces d'orge, comme de blé, Yati blanc 
et Vatirouge^\ mais nous ignorons ce qui en faisait la 
différence. 

Wilkinson^ et Unger ', à l'opinion desquels se sont 
rangés Lepsius^ Erman* et Franz Wœnig", ont cru 
reconnaître dans les représentations de scènes cham- 
pêtres de Thèbes et d'El-Kab, ainsi que parmi des 



1. G. Schweinfurth, Sur les dernières trouvailles, etc. 
Bulletin, n° 7 (an. 1886), p. 420. Le Musée du Louvre ren- 
ferme aussi plusieurs centaines de grains de cette espèce. 
Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), p. 180. 

2. Bulletin de VInstitut égyptien, n° 5 (an. 1884), p. 4. 

3. Botanische Jahrbûcher, VIII (an. 1886), p. 12. Kent 
paraît avoir vécu au temps de la x'' dynastie. 

4. Kahun, Gurob and Hawara, p. 30, 2. 

5. Victor Loret, op. laud., p. 23, n° 18. 

6. The manners and customs, t. II, p. 427 et 428. 

7. Sitzungsherichte, t. XXXVIII (an. 1859), p. 99. 

8. Denkmâler, t. III, pi. 78. 

9. Aegypten, t. II, p. 578. 

10. Die Pflanzen im alten Aegypten , p. 172. 



L'AGP.ICI I.TriîF. DANS l/KdYPTK ANCIENNE. 33 

offrandes de Saqqarah et de Gizeh, une autre céréale 
dont Hérodote et Théophraste ne parlent pas, et que 
Pline a mentionnée le premier', le sorgho, ar. dourah 
— Holciis ou Androgopogon soj^ghum Brotero, Sor- 
fjhum vulgare Persoon, — cultivée aujourd'hui sur 
une grande échelle dans la Haute-Egypte, la Nu1)ie, 
l'Abyssinie et le Soudan. Malheureusement les pein- 
tures que l'on invoque ne donnent aucune idée du 
dourah ; la plante qu'elles représentent ne lui ressem- 
blent ni par la hauteur des chaumes, ni par la forme 
des épis, courts et arrondis dans la céréale de ces 
peintures, tandis que ceux du sorgho s'étalent en 
panicule. 

Ce qui a pu faire supposer qu'il s'agit de cette cé- 
réale, c'est la manière dont la récolte en est repré- 
sentée ; d'après une peinture d'El-Kab on ne coupe 
point la plante comme on le faisait pour l'orge ou le 
froment, à l'aide d'une faucille, mais on l'arrache avec 
ses racines, et on en sépare les grains au moyen d'une 
espèce de séran. Comme l'a dit Schweinfurth, il s'agit 
tout simplement de la récolte du lin'. Pv.osellini avait 
rapporté d'une tombe de Thèbes des semences parmi 
lesquelles Hannerd crut découvrir des grains de sor- 
gho'*; mais depuis on a mis ce fait en doute*. Picke- 
ring prétendait aussi avoir vu dans une chambre funé- 
raire de Saqqarah des tiges de dourah mêlées à des 
fragments de papyrus, mais elles n'auraient remonté 

1. « Milium intra hosdecem annosex India in Italiam invec- 
tum est, nigrum colore, amplum grano, harundinaceum cul- 
mo. Adolescit ad pedes altitudine septem, praegrandibus co- 
mis : jubas vocant. » Lib. XVIII, cap. 55. 

2. ZeUschrifl fi\r Ethnolor/ie, an. 1891. p. 654. 

3. S,t:.Hnf/sherirlite. t. XX.XVIII (an. 1859), p. 100. 

't. S. Bircli, ap. Wilkinson, op. laiiiL, t. II, p. 427, note. 

1. • 3 



34 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

qu'au temps de la domination romaine'. Schweinfurth 
n'indique point cette céréale parmi les plantes in- 
digènes de l'Egypte ^ On connaît deux espèces de 
sorgho, cultivées de nos jours dans la vallée du Nil, 
le sorgho vulgaire, le dourah des Arabes, et le sorgho 
sucré [Sorghuni succharatum P.), mentionné, suppose- 
t-on, dans la Bible sous le nom de dokhan, le dokhn 
des Arabes ; de CandoUe admet que c'est là l'espèce 
décrite par Pline ; il la croit originaire de l'Afrique 
tropicale^ ; le dourah n'avait peut-être pas néanmoins 
été importé de cette région en Egypte, et Pline l'y 
fait venir de l'Inde. 

Outre ces céréales, Unger a mentionné encore, 
comme appartenant à la flore de l'ancienne Egypte*, 
le Penniaetum typhoideum DC, le Panicwn milia- 
ceiim L., dont l'origine est obscure, et le Panicum 
italkum L., qui paraît indigène de l'Asie orientale ^ 
Mais le botaniste viennois avoue lui-même qu'on ne 
sait rien de certain sur l'ancienne culture du Pennise- 
tum dans la vallée d-u Nil, et le passage d'Hérodote 
sur lequel il s'appuie pour prouver celle du millet ne 
paraît guère s'appliquer à l'Egypte. Quant au panicaut 
d'Italie, Charles Pickering, qui, à la vérité, ne se pi- 
quait guère d'exactitude, croit l'avoir reconnu dans 
les peintures de la tombe de Ramsès et à El-Kab " ; 

1. « I hâve seen dourra stems intermingled with those of 
the Papyrus in a parcel exhumed at Saccara, possibly as 
ancient as the time of the Romans. » The races of man, 
p. 399. 

2. llluslrcUion delà Flore d'Egypte, p. 163. 

3. Origine des piaules cultivées, p. 307. 

4. Sitzungsherichte, t. XXXVIII (an. 1859), p. 100. 
.5. A. de Candolle. op. laud., p. 303 et 305. 

6. The races of man, p. 376. 



L'AGRICriTURE DANS L'KGYI'TE ANCIENNE. 35 

mais son témoignage est-resté isolé. Une brique de 
cette dernière localité, il est vrai, examinée par 
Unger', renfermait, afRrme-t-il, des caryopses d'un 
panicaut ; mais comme il n'y avait pas de graine, il 
n'a pu en déterminer l'espèce et rien ne dit que ces 
débris appartiennent à l'une des deux précédentes. 

Au cours de recherches ultérieures ^ Unger a cru 
encore découvrir des graines d'une autre céréale, 
V Eragrostis ou Poa abyssinica Link, dans deux briques 
de Dahshour et de Tell-el-Maskhouta; cette plante cul- 
tivée fréquemment aujourd'hui en Abyssinie, donne un 
excellent pain ; mais Schweinfurth préfère rapporter a 
V Eragi'ostis aegyptiaca Link, espèce non alimentaire, 
les grains étudiés par le botaniste viennois ^ ; on peut 
donc mettre en doute que l'^". abyssinica Link ait été 
réellement cultivée dans l'ancienne Egypte. 

Il faut rapprocher des céréales utilisées dans la 
vallée du Nil pour la nourriture de l'homme l'avoine 
rigide [Avena strigosa Schreb.); M. Flinders Pétrie en 
a trouvé quatre grains, mêlés aux offrandes d'orge, 
dans la nécropole de Kahoun (XII^ dynastie)*; il en a 
découvert aussi des restes dans le cimetière gréco- 
romain de Hawara". Cette espèce n'a pas été trouvée 
à l'état spontané et A. de CandoUe la regarde comme 
une simple variété de l'avoine cultivée ordinaire* ; on 
la rencontre parfois encore aujourd'hui en Egypte 



1. Sitzungsberichle, t. XLV (an. 1862), p. 81. 

2. Sitzungsberichle, t. LIV (an. 1806), p. 42 et LV (an. 1867), 
p. 202. 

3. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 21. n" 11. 

4. Kahun, Gurob and Ilairara, p. 50. 

5. Ilairara. Biahmu and Arsinoi% p. 'i9. 

6. Origine des plantes cultivées, p. 301. 



36 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

dans les champs abandonnés, suivant Percy Newberrj'; 
mais ce n'est pas une raison pour qu'elle y ait été 
cultivée autrefois. L'était-elle en Asie-Mineure, ainsi 
que parait le supposer le botaniste anglais ', en l'iden- 
tifiant avec le {ùpi[j.o; — l'avoine — dont parle Galien^ 
comme d'une plante abondante dans cette contrée et 
en particulier dans la Mysie, au-dessus de Pergame ? 
« Il sert, dit le médecin grec, d'aliment aux chevaux, 
non aux hommes, excepté toutefois en temps de disette, 
où l'on en fait alors du pain ». Evidemment rien 
n'indique que le Bromos de Galien fût VAcena stn- 
gosa ; mais que cette espèce ou une autre ait été 
cultivée en Mysie, c'est probablement d'Asie que 
l'avoine rugueuse a été importée dans la vallée du Nil, 



II. 

Plantes fourragères. 

Possesseurs de troupeaux et de bêtes de somme 
d'espèces diverses, les Égyptiens furent naturellement 
obligés de cultiver des plantes fourragères propres à 
nourrir ces nombreux animaux pendant la durée de 
l'inondation, comme à la fin de la saison sèche ; il y avait 
là pour eux une source nouvelle d'occupations agri- 
coles, auxquelles on a jusqu'ici fait trop peu attention. 



1. Il faut dire toutefois que Schweinfurth ne la mentionne 
pas comme indigène dans Vllluslralîon de la Flore d'Egypte. 

2. Hawara, Binhmu and Arsinoë, p. 49. 

'S. De facullalibm alimentorum, \\h. \, cap. 14, éd. Kûhn, 
t. VI, j). 522. 



L'agri(:li.tli{k ka.ns i.kgvi'tk axhk.nm:. 37 

Ce furent des légumineuses surtout qui, dès les temps 
les plus reculés, furent employées à cet usage, comme 
elles servent encore chez nous. Parmi celles que nous 
ont fait connaître les fouilles archéologiques, il faut 
mentionner le trèfle d'Alexandrie, la vesce et la gesse 
cultivées, ainsi peut-être que la gesse velue, enfin le 
pois des champs. 

M. Flinders Pétrie a découvert seize graines de 
trèfle d'Alexandrie {Tri foHiim Alexandriman L.), àKa- 
houn'; cette plante, originaire de l'Asie-Mineure ", 
avait donc été importée en Egypte dès le temps de 
l'ancien empire^; elle y existait sous la XIP dynastie 
et elle n'a pas cessé d'y être cultivée depuis; comme à 
Kahoun, des graines de ce trèfle ont été trouvées aussi 
par le même égj'ptologue dans la nécropole gréco- 
romaine de Hawara'. 

M. Flinders Pétrie a également découvert des graines 
— huit — de pois gris [Pisum arveiise L.) à Kahoun '; il 
en a aussi rencontré, ce qui est moins surprenant, dans 
la nécropole de Hawara*. Avant lui, Unger avait re- 
connu des fragments de cette légumineuse dans une 
brique de Dahshour", qui remonte à l'époque de la 
XI I" dynastie; on ne peut guère douter dès lors que le 
pois gris n'ait été, de même que le petit pois, nous le 



1. Kahiin. Guroh and Hauaru, p. 50. 

2. A. de Candolle, op. laud.. p. 85. 

3. Schweinfurth, Zeitschrifl fiir L'i/inolofjie. an. 1891. 
p. 666. qui croit le trèfle d'Alexandrie originaire de la pres- 
qu'île des lialkans, n'admet pas qu'il ait pu être importé en 
Egypte avant l'époque gréco-romaine. 

^. llaimra, liiahmii and Arsinoi'. p. 52. 

5. Kahun. Guroh and Hairara, p. 50. 

6. Ilawarn, Biahnut and Arsinoë. p. 52. 

7. Silzimijsberic/tle, t. LIV, 1 (an. 1866). p. 43. 



38 LKS PLANTES CHEZ LES 'ÉGVl'riKMS. 

Terrons, cultivé très anciennement en Égj'pte. Il semble 
d'après cela qu'il soit bien plutôt originaire du Cau- 
case, que de la Péninsule italique, ainsi que l'a cru 
A. de Candolle\ 

Une autre légumineuse, originaire de la région si- 
tuée au midi du Caucase et de la Caspienne ^ la gesse 
cultivée [Lathfjrus sativus L.) parait bien aussi avoir 
été connue dans l'ancienne Egypte. Son nom copte pi- 
hoiif semble à M. Victor Loret^ d'origine hiérogly- 
phique. Schiaparelli a trouvé des graines de cette 
gesse dans la nécropole de Drah-Abou'1-Neggah ; mais 
Schweinfurth a mis en doute leur ancienneté*. M. Mas- 
pero en a découvert aussi dans les tombes de Gébé- 
•leïn\ relativement récentes, il est vrai. Des restes de 
cette plante ont été rencontrés également par M. Flin- 
ders Pétrie, dans la nécropole gréco-romaine de 
Hawara". 

Toutefois comme la gesse se rencontre souvent à 
l'état subspontané dans les moissons, on peut se de- 
mander si les graines, trouvées dans ces tombes, pro- 
venaient de pieds sauvages ou cultivés. On pourrait 
faire aussi la même remarque au sujet des gousses et 
des graines de gesse velue {Lathi/rus hirsutits L.) re- 
cueillies aussi par Schiaparelli dans les tombes de Drah- 
Abou'l-Neggah ' ; mais Schweinfurth n'admet pas leur 

1. Origine des plantes cultivées, p. 262. 

2. A. de Candolle, op. laiid., p. 88. 

3. La Flore pharaonique, p. 94, n" 159. 

4. Bulletin de V Institut égyptien, n'^ 6 (an. 1885), p. 265. — 
Bolanische Jahrbiiclier, t. VIII (an. 1886), p. 6. 

5. Bulletin de l'Institut égyptien, n'^ 6. p. 260. — Botanische 
Jahrbiicher, t. VIII, p. 3. 

G. Kahun, Guroh and Ilawara, p. 47, 2. 
7. Bulletin de l'Institut égyptien, n" 6, (an. 1885), p. 265. — 
Botanisclce Jahrhiïcher, t. \\\\. p. 6. 



L'AGUICLLTLUK dans LKGVI'TK ANCIKNNK. 39 

authenticité et croit qu'elles proviennent de battages 
récents. On ne peut dès lors qu'hésiter à considérer 
cette espèce comme ayant été anciennement cultivée 
en Egypte. 

La vesce commune ( Vicia sativa L.), au contraire, l'y 
était-elle réellement? Schweinfurth a trouvé, dans une 
armoire du musée de Boulaq, un fragment de gousse 
de cette papilionacée provenant des fouilles de Drah- 
Abou'l-Neggah'; Unger en a découvert'aussi des dé- 
bris dans une brique de la pyramide de Dahshour. Cette 
plante existait donc en Egypte à une époque reculée ; 
mais y était-elle cultivée ou y croissait-elle sponta- 
nément? C'est là une question qu'il est difficile de ré- 
soudre dans l'état actuel de nos connaissances en bota- 
nique égyptologique, surtout à cause de la facilité avec 
laquelle la vesce devient spontanée. On la rencontre 
dans presque toute l'Asie antérieure et jusque dans 
l'Inde'';' on comprend qu'elle ait pu facilement péné- 
trer en Egypte. 

Ces papilionacées ne furent pas les seules plantes 
employées comme fourrages parles anciens Egyptiens; 
sans parler des céréales, comme l'orge, dont la paille, 
sinon le grain, dut leur servir pour cet usage ; ils eurent 
recours, dans le même but, à bien d'autres représen- 
tants de la flore indigène. Théophraste dit même, sans 
doute en exagérant, que toutes les plantes du pays 
servaient également de fourrages aux bœufs et aux 
brebis. Mais il en cite deux qui, paraît-il, étaient sur- 
tout employées comme tels : 



1. Ihdlelin de l'Inslilul cfji/plirn. n" 5 (an. 1884). j). 10. 

2. Sil:iiii;fslji'ric/itc. t. LIV, 1 (an. 18(36). p. 54. 

3. A. de Candolle, OriQinc des plantes cultivées, p. 86. 



40 LHS l'I..V.NT!:S Clli:/. LliS K(iVI'riENS. 

« Il y a, dit-il', une plante qui croit spontanément 
et en abondance au milieu des moissons , on en re- 
cueille lasemence, quand on sarcle celles-ci, eten hiver 
on la dépose dans la terre humide. Elle lève et pousse 
rapidement; on coupe alors la plante, on la fait sé- 
cher et on la donne aux bœufs, aux chevaux et aux 
bètes de somme. La graine est de la grosseur du sé- 
same, mais ronde, de couleur verte et exceptionnelle- 
ment bonne. » 

SprengeP a cru reconnaître dans cette plante le Cor- 
chorus aestiians L. ; mais cette tiliacée n'est mentionnée 
dans la flore d'Egypte, ni par Schweinfurth, ni par 
Delile; peut-être est-ce le Corchorus trilocularis L. ou 
antichorm Raeusch^ Il est difficile d'ailleurs de se 
prononcer d'après une description aussi vague que celle 
de Théophraste. Quant à la seconde plante mention- 
née par le naturaliste grec, elle semble bien avoir été 
une graminée : 

« Il croît, remarque-t-il\ dans les lagunes et les 
marécages une plante fort précieuse pour la nourri- 
ture du bétail; elle se mange verte et en hiver on la 
donne sèche aux bœufs qui travaillent; ils s'en trou- 
vent très bien, même quand ils ne mangent rien autre 
chose. » 

Sprengel a supposé qu'il s'agissait du Panicum ap- 
pressum Lam. ou grossarium L., espèces qui ne sont 
mentionnées, ni par Delile, ni par Schweinfurth, ni 



1. Ilistoria plantanim, lib. IV, cap. 8, 14. 

2. Theophrasts Nalurgoschichte (1er Gewâchsc ilberselzl und 
erUinlert, ap. Fr. Woenig, op. lauà., p. I3'i. 

3. Illustration de la Flore d'iù/i/plc, p. 53. — Boissier, 
Flora orienta lis, t. I, p. 846. 

4. Ilistoria plantarum, lib. IV, cap. 8, 13. 



L'AGIUCILTIHI-: DANS LKl.Vl'I'K A.NCIK.NNE. il 

par Boissier; mais il peut bien se faire qu'il s'agisse 
d"un panicum, peut-être le P. paspaliodes Pers., [P. 
(jeminalum Forsk.), ou du Saccharum aegyptiacum 
Willd.', plantes communes dans les marécages de 
l'Egypte. 



III. 
• Plantes industrielles. 

A côté des céréales et des plantes fourragères, les 
plantes industrielles occupaient une place considérable 
dans l'agriculture égyptienne ; la plus grande était 
prise par le lin. D'une origine incertaine, il avait sans 
doute été importé de l'Asie antérieure dans la vallée 
du Ntl". Il y apparaît à l'époque la plus reculée. Los 
peintures tombales des Pharaons do la XIP dynastie à 
Kom-el-Ahmar et à Béni-Hassan* nous font assister 
aux diverses scènes de sa récolte et au rouissage du 
lin, ainsi qu'au filage et au tissage de ses produits; il 
était à cette époque et probablement depuis longtemps 
déjà employé à la fabrication des étoffes. L'examen 
microscopique a montré que les tissus dont sont enve- 
loppées les momies étaient en pur lin', et Hérodote 
nous apprend que les prêtres ne devaient porter que 

1. Ilimlralion de la Flore d'Ef/i/ple. p. 159 et 16o. — 
Boissier^ Flora orienlalis, t. V, p. '106 et 'i54. 

2. A. de Candolle, op. laud., p. 97 et 101. — \'ictor Ilelm, 
Die Kullurpflanzeti^ p. 161. 

3. Kosellini. Monumenli delV Efjitto, t. Il, pi. 35,41. 42. 

4. H. Hruysch, Ueher die (h/i/ptisc/ien lieiieiinunf/ni fiir 
Sitidoii uiid lii/sxus. (Allgemeine Monalsc/uifl. Braunscliweig. 
1854, in-8, p. 633.) 



-42 LES l'LANTES CHEZ I.ES ÉGYPTIENS. 

des vêtements faits avec ce textile'. On a trouvé en 
quantité dans les anciennes tombes des capsules de 
cette plante si utile. Unger a attribué celles qu' il a ob- 
servées à l'espèce commune [Limtm usitatissùniim 
L.)^; Schweinfurtb, qui a étudié un grand nombre de 
graines de lin trouvées par Mariette à Drah-Abou'l- 
Neggah, les considère, lui, comme appartenant à l'es- 
pèce à tige basse {L. hwnile Miller) ^ qui n'est 
d'ailleurs peut-être qu'une variété plus petite du L. 
usitatissimmn. C'est une intermédiaire entre l'espèce 
et cette variété qui aujourd'hui est, dit-on, exclusi- 
vement cultivée en Egypte et en Abyssinie *. Sur trois 
graines de lin, conservées au musée de Berlin, Braun 
en a reconnu deux comme appartenant à l'espèce à basse 
tige, mais la troisième lui a paru se rapporter au lin à 
feuilles étroites (L. angitstifolium DC.)^ C'est, parait- 
il, à cette espèce aussi qu'appartenaient la plupart des 
graines de lin trouvées par M. Flinders Pétrie à Ka- 
houn® — 143 sur 163 — , tandis que les 20 autres, 
ainsi que les quatre capsules découvertes à Hawara ', 
se rapportent au Linum himiile^. 



1. Ilistoriae, lib. II, cap. 37. 

2. Silzungslterichte, t. XXXVIII (an. 1859), p. 128, et LIV 
(an. 1866), p. 46. 

3. Bericlite der bolanischen Gesellscha/Ï, t. III (1884), p. 360. 

4. Supplnnenl à Vllluslrntion de la Flore d'Egypte. {Mé- 
moires de r Institut égyptien, t. II, 2« partie, p. 751). 

5. Die Pflanzenresle des iigyptischen Muséums in Berlin. 
(Zeitschrift filr Ethnologie. Berlin, in-8, t. IX (an. 1877), 
p. 290.) Le Linum angitstifolium croît spontanément du Cau- 
case à l'Atlantique. 

6. Kahun, Gurob and Hawara, p. 50. 

7. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 50. 

8. Pline parle de quatre espèces de lin d'Egypte, mais il 
s'agit seulement de formes locales sans importance : « Quatuor 



L'AGIUCLLTIIU-: DANS l/KGVITK ANCIKN.NK. 43 

Une plante aussi anciennement connue devait por- 
ter un nom indigène; suivant M. Victor Loret', elle 
s'appelait màhi dans la langue hiérogh'phique, déno- 
mination qui s'est conservée en copte. Le lin repré- 
sentait avec l'orge et le froment les principales cul- 
tures de l'Egypte pharaonique. « Son commencement, 
dit une inscription en parlant du champ d'Osiris", est 
semé d'orge, son extrémité est semée d'épeautre et son. 
milieu est semé de lin». 

Les anciens Egyptiens connaissaient-ils d'autres 
plantes textiles que le lin ? Le chanvre, son rival dans les 
pays tempérés, parait leur être toujours resté inconnu 
comme textile et môme, quoi qu'on en ait dit^ comme 
stupéfiant; mais on trouve dans la vallée du Nil des 
malvacées dont ils ont pu utiliser les fibres, tel que 
YHibiscns, dont une espèce, le cannabinvs, est cultivée 
de nos jours en Egypte*. Cependant rien ne nous dit 
qu'on en ait autrefois tiré parti. Il n'en a pas été ainsi 
d'une autre plante que Pline appelle gossipion ou xy- 
lon; le polygraphe latin en a donné une description', 

ibi gênera : Tanaticum ac Pelusiacum, Buticura, Tentyricuin, 
cum regionum nominibus, in quibus nascuntur. » Lib. XIX. 
cap. 2. 

t. La Flore pharaonique, p. 107, n° 177. 

2. Victor Loret, Les fèlcs d'Osiris au niais de Khoiak. 
(Recueil de travaux, t. IV, p. 24.) 

3. Unger a voulu y voir le népenthè.s donné par Polydamna 
à Hélène pour lui faire oublier ses maux passés. Sitzun<js- 
berichle, t. XXXVllI (an. 1859), p. 110. 

4. P. Ascherson et G. Schweinfurth, Illustration de la Flore 
d'Egypte, s. v. Dans une communication faite, en 1891,- à la 
Société d'anthropologie et d'ethnogénie de Berlin, M. Schwein- 
furth a paru regarder comme très ancienne la culture de 
cette plante. Zcitschrifl filr lithnulogie. an. 1891, p. 656. 

5. Lib. XIX. cap. 2: « Superior pars Aegypti... gignit 
fruticcm, quem aliqui gossipion vocant, plures xylon, et ideo 



44 LES PLANTES CHEZ LES ECtYPTIENS. 

dans laquelle il est impossible de ne pas reconnaître 
le cotonnier arborescent [Gossypiiim arborewn L.), 
plante de la même famille que V Hibiscus. Cet arbuste, 
auquel Virgile fait allusion dans un vers bien connu des 
Géorgiques\ est indigène dans l'Afrique intertropi- 
cale ; il n'y a donc rien de surprenant qu'on le rencon- 
trât dans la Haute-Egypte. 

Les contemporains des Pharaons ont-ils su utiliser 
cette plante textile ? Pline dit que les prêtres égyp- 
tiens se servaient de préférence de vêtements en coton ; 
H. Brugsch, de son côté, incline à croire que le shent 
ou tablier égyptien était fait d'une étoffe de même 
matière^; enfin des graines du Musée de Florence, 
trouvées par Rosellini dans un vase de Tlièbes, ont été 
reconnues parParlatore, qui les a examinées avec soin, 
comme appartenant au Gossypium arborewn^. Il semble 
donc hors de doute que les anciens Egyptiens ont connu 
et probablement cultivé le cotonnier arborescent. Pol- 
lux, qui était originaire de la région, le dit expressé- 
ment '^, et, comme Pline, il affirme qu'ils tissaient des 
étoffes avec l'espèce de laine que renferment ses fruits, 
mais peut-être ne l'ont-ils fait qu'assez tard, ce qui expli- 
querait l'absence de tissus en coton dans les tombes 
pharaoniques^'?. 



lina Inde facta xylina. Parvus est, similemque barbatae nucis 
defert fructum, cujus ex interiore bombyce lanugo netur ; 
nec alla sunt eis candore moUitiave praeferenda. » 

1. Nemora Aethiopum molli canentia lana. Lib. II, v. 120. 

2. AUgemeinc Monalschrift, an. 1854, p. 652. 

3. Specie di coloni,y>. 16, ap. A. de CandoUe, op. laud.,^. 326. 

4. Onomaslicon. I, 75, éd. Bekker. Berlin, 1846, in-8,p. 293. 

5. M. Victor Loret, op. laud., p. 105, dit, mais sans donner 
aucune référence ni date, qu'on a reconnu, en les examinant 
au microscope, que « quelques-unes » des bandelettes trouvées 



L'AGRinUI.TLHK DANS L'KGVI'TK A.NCIKNNK. 4ô 

Outre les plantes textiles, les Égyptiens cultivaient 
aussi un certain nombre d'autres végétaux pour en re- 
tirer l'huile ou les matières colorantes nécessaires aux 
usages domestiques ou à l'industrie. Parmi les pre- 
miers se rangent, outre l'olivier et l'arbre à noix de 
ben, dont il sera question plus loin, le ricin et le sé- 
same; parmi les seconds, le carthame, le henné et 
l'indigotier. 

Le ricin [Ricinus commioiis L.) n'est point indigène 
en Egypte ; y a-t-il été anciennement connu ou cultivé? 
Unger' a cru reconnaître des plants de ricin dans des 
peintures de Thèbes et de Tell-el-Amarna", et il affirme 
qu'il se trouve au musée égyptien de Vienne, ainsi que 
dans la collection Passalacqua, une graine de cette eu- 
phorbiacée ; il en existe aussi plusieurs au musée du 
Louvre ^ Schiaparelli a également trouvé des graines 
de ricin à Drah-Abou'1-Neggah, mais Schweinfurth en 
amis en doute rancienneté\ et on ignore l'origine de 
celles du Louvre. Quant aux peintures de Thèbes et de 
Tell-el-Amarna qui, d'après Franz Wœnig", représente- 
raient probablement des ricins, l'une, celle de Thèbes, 
est trop conventionnelle ou trop inexacte pour qu'on 
puisse en tirer aucune conclusion, et l'autre, celle de 

dans les toreibes égyptiennes étaient en coton ; Unger, SH- 
zungsbenchte, t. XXXVIII (an. 1859), p. 129, affirme, au 
contraire, que l'examen microscopique des étolTes, décou- 
vertes dans les hypogées pharaoniques, a montré qu'elles 
étaient en til de lin et non en coton. 

1. Sil:ungsherichh\ t. XXXVIII (an. 1859), p. 127. 

2. Wilkinson, The manners of ancienl Egi/ptians, t. II, 
p. 413, affirme aussi qu'on a trouvé le ricin dans des tombes 
de Thèbes. 

3. .Recueil lie travaux, t. X\II (an. 1895), 17, p. 188. 

4. Jiolanisr/te Jalirbilcher, t. \III, p. 6. 

5. l)ic Pfhnizen iin allcn Aot/yploi. p.'^338. 



46 LKS PLANTIlS CIIKZ LKS KGYPTIENS. 

Tell-el-Amarna, représente certainement non un ricin, 
mais une vigne \ On ne saurait trouver là une prouve 
que le ricin ait été cultivé en Egypte au temps de l'an- 
cien empire ; toutefois il est vraisemblable qu'il l'a été 
cà une époque reculée. 

Cette plante, qui, dans les pays cbauds, devient ar- 
borescente et vivace — Dioscoride- compare le ricin à 
un figuier de petite taille'^ — , tandis que dans nos cli- 
mats elle est berbacée et annuelle, paraît être origi- 
naire de l'Afrique tropicale^ ; il n'y aurait donc rien de 
surprenant qu'elle eût pénétré de bonne heure dans la 
vallée du Nil. C'est aussi ce qui arriva; la mention faite 
des graines et de l'buile de ricin dans des recettes du 
papyrus Ebers prouve qu'on connaissait et qu'on culti- 
vait sans doute déjà cette plante sous la XIX" dynas- 
tie''. Un officier d'Apriès, pharaon de la XXVP, Nes- 
ber, gouverneur des provinces méridionales', se vante, 
dans une inscription, d'avoir donné de l'huile de teqem, 
c'est-à-dire de ricin, pour l'éclairage du sanctuaire 
d'Éléphantine^ A cette époque le ricin, — aû).'.y.u- 
Trp'cv, comme l'appelle Hérodote, — devait être com- 
mun dans la vallée du Nil : « On le cultive, dit l'his- 



1. Il en est de même probablement de celle de Thèbes, 
tant elle ressemble à une vigne grossièrement dessinée. 

2. De materia medica, lib. IV, cap. 161 (154). 

3. Pline dit qu'il atteint la hauteur de l'olivier, lib. XV, 
cap. 7. J'ai vu à Vintimiglia des ricins qui avaient trois à 
quatre mètres de haut. 

4. A. de Candolle, op. laial., p. 340. 

5. Chabas, Notice du papijnis Ebers. (L'Egi/ptologie, t. I 
(an. 1876), p. 178). 

6. Paul Pierret, Eludes éiji/plologiques. fasc. II, p. 23, lit 
« l^uile de l'arbre des/ter ». M. E. Revillout, Revue égyplolo- 
giqve. t. II (an. 1882), p. 82, de « l'huile de lnqem. » 



L'AGlilCrLTURI-: DANS I/KCYl'TK A.NCIKNNt:. 47 

torien grec\ an bord des cours d'eau et des étangs. » 
D'après lui, le fruit portait le nom de kiki; c'était 
celui qu'il avait aussi en copte ^ Strabon'^ ainsi que 
Dioscoride\ attribuaient ce nom au ricin lui-même, et 
le premier affirme qu'on le semait dans les champs. Le 
nom hiéroglyphique du ricin teqem, tekam ou deqam, 
atteste la haute antiquité de sa culture en Egypte et 
parait bien indiquer qu'il n'y avait pas été importé 
par l'intermédiaire des Sémites. 

Pas plus que le ricin, le sésame [Sesamiim indi- 
cum DC.) n'est indigène dans la vallée du Nil. A 
quelle époque y a-t-il été importé? D'après A. de Can- 
doUe cette plante oléagineuse est originaire des iles de 
la Sonde"; ce serait de là qu'à une époque préhisto- 
rique elle aurait passé dans l'Inde, d'où elle se serait 
ensuite répandue successivement dans la vallée de 
l'Euphrate et plus tard dans celle du Nil. Cette hypo- 
thèse n'a rien d'invraisemblable, mais il faut dire tou- 
tefois qae toutes les espèces de sésame sont indigènes 
dans l'Afrique tropicale ^ et que par suite la varfété 
cultivée pourrait bien venir de cette région. Le sésame 
porte en arabe le nom semsem ou simsini; faut-il y 
voir l'origine du mot hiéroglyphique shemshem, qili, 
d'après M. Victor Loret', désigne une plante dont les 



1. Ilisloriae, lib. II, cap. 94. 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 49, n" 64. Dans 
la même langue, le nom de la plante est djismis. 

3. Geographica, lib. XVII, cap. 2, 5. 

4. De mater ia medica, lib. IV, cap. 161. Il est surprenant 
que Dioscoride dise que le ricin portait le nom de Sijalanna 
en égyptien. 

5. Origine des plantes cultivées, p. 339. 

6. Sdiweinhivth, Zeilschrift filr /Ht/tnologie, an. 1891, p. 659. 

7. La Flore pharaoniqiir. p. 57. n" 91. 



48 LES PLANTRS CHEZ LES EGYPTIENS. 

graines se mangent, c'est-cà-direle sésame? S'il en était 
ainsi, le sésame serait venu en Egypte par l'intermé- 
diaire des Sémites. Toutefois comme le nom copte de 
cette plante, ohe\ a une autre origine et qu'on ren- 
contre dans les textes biéroglypliiques une plante 
appelée ake, dont on retirait de l'huile, le savant égyp- 
tologue lyonnais s'est demandé si ce mot ake ne dé- 
signerait pas le sésame ; dans ce cas, l'existence de 
cette plante oléagineuse dans la vallée du Nil remon- 
terait nécessairement à une époque très reculée. Peut- 
être y avait-elle été introduite, comme le pense A. de 
CandoUe, à la suite des expéditions des Ramessides 
dans la Mésopotamie, où sa culture parait avoir été 
très ancienne ; mais ce n'est là qu'une supposition. 

Unger^ et Franz Wœnig'^ ont voulu voir des se- 
mences de sésames dans les petites graines dont un 
apprenti boulanger, sur une peinture du tombeau de 
Ramsès III, saupoudre un pain qu'on va mettre au 
four; mais si on se sert aujourd'hui de graines de cette 
plante pour cet usage, on en emploie également d'au- 
tres ; rien ne dit, ainsi que l'a fait remarquer A. de 
Candolle, qu'il n'en fût pas de même dans l'antiquité, 
et il est impossible de reconnaître à quelle espèce 
végétale appartiennent les graines des peintures de la 
XX*" dynastie. Hérodote ne mentionne pas le sésame 
parmi les plantes de la vallée du Nil ; Théophraste, 
qui revient à plusieurs reprises sur les caractères de 
cette plante, en particulier sur la forme de sa tige et 



1. Cette forme est indiquée par M. Loret ; Kirchcr, Lingua 
aeçiypliaca reslilula, p. 194, donne pi-pJiaki. 

1. Silznngsberichle, t. XXXVIII (an. 1859), p. 112. 
o. Die P/l(in:en iiii allen Ae'gypten, j). 178. 



L'AGRICTF.TURE DANS LKGYl'TE ANCIENNI-: 49 

de ses fruits, sur son inflorescence*, ne nous apprend 
rien sur les contrées où on la cultivait. Mais Pline" 
l'indique en Egypte ; il en est de même de Diosco- 
ride\ 

Si on est si peu renseigné sur la culture du sésame 
dans la vallée du Nil, de nombreux documents, au con- 
traire, nous font connaître celle dont le carthame(C^/r- 
thamus tmctorius L.) y était l'objet; mais si les habi- 
tants du pays retiraient aussi de l'huile de ses graines ^ 
c'était surtout à cause de ses propriétés colorantes qu'ils 
cultivaient cette composée. D'où l'avaient-ils reçue, 
ainsi que les autres peuples de l'ancien monde ? Le car- 
thame n'a été trouvé nulle part à l'état spontané, mais 
A. de Candolle incline à le croire originaire de l'Ara- 
bie ^ Quoi qu'il en soit, cette plante fut connue de bonne 
heure en Egypte, M. Schiaparelli a trouvé dans une 
tombe de Shéikh Abd-el-Gournah, qui remonte à la 
XIX" dynastie, un fragment d'une guirlande formée 
de feuilles de saule entremêlées avec des ileurs de 
carthame*. La momie d'Amenhotpou l, découverte en 
1881 par M. Maspero à Deir-el-Bahari, portait sur la 



1. Hisloria planlarum, lib. VIII, cap. 3. 

2. Hisloria nalvralis. lib. XV, cap. 7, 5. 

3. De malcria medica. lib. II, cap. 121. 

4. « Maxime célébrant (Aegypti) cnicon, Italiae ignotam, 
ipsùs autem olco, non cibo, gratam : hoc faciunt e semine 
élus. » Pline, lib. XXI, cap. 53. 

5. Origine des plantes cullivées. p. 131. G. Schweinfurtn, 
Zeilschrift fur Elhnologie, an. 1891, p. 665, le regarde 
comme venant de la Syrie ou de l'Arménie, où croît à l'état 
sauvage le Carlhamus flavcscens W., le type peut-être de 
l'espèce cultivée. 

'6. Dolanische Jahrbiicher, t. VIII (an. 1886), p. 9. — Dul- 
lelin de l'inslilul ègypUen. n" 6 (an. 1886). p. 280. 



50 LES PLANTES CIH^Z LES EGYPTIENS. 

poitrine une couronne semblable \ dont les fleurs 
avaient conservé presque tout leur éclat. Enfin le mot 
7iasi ou nasti, rencontré par Diimichen dans une ins- 
cription hiéroglyphique ^ désigne une plante dont une 
partie de la fleur servait à teindre en rouge. M. Victor 
Loret veut, non sans raison, y voir le cartliame'\ Or le 
même mot, avec l'orthographe nas, se retrouve dans 
une inscription de la pyramide du roi Téti, qui appar- 
tenait à la YP dynastie*. Si ce vocable tias[i) est bien 
le nom du carthame, on a là une preuve de l'époque 
reculée à laquelle cette plante aurait été connue en 
Egypte. Pline, qui donne au carthame le nom dec?ii- 
cos, distingue deux espèces de cette plante précieuse, 
la sauvage et la cultivée; la graine, dit-il, en est 
blanche, grosse et amère. Cette graine fournissait aux 
habitants delà vallée du Nil une huile estimée, tandis 
que de la fleur on retirait la couleur rouge dont leur 
industrie avait besoin. 

Un arbuste, « l'arbre au henné » — S/iagarat-el- 
lletiué des Arabes — (Lawsonia inevmis L.), leur don- 
nait une couleur d'un rouge orange non moins recher- 
chée. Cette lythrariée, qui peut atteindre trois à quatre 
mètres de haut, a des feuilles lancéolées, semblables 
à celles de l'olivier, mais plus larges, moins rigides et 
plus vertes, opposées et serrées contre la tige, avec 
des Heurs à quatre pétales blancs, réunies en corymbe 

1. Bulletin de Vlnslitut égyptien, n° 3 (an. 1882), p. 70. — 
BenchlP fier botanischen Gesellschafl, t. II (an. 1884), p. 365. 

2. Geo(jraphische Inschriften alUigyplischer Denkmàler. 
(H. Brugscli, Recueil de iiwnuments égi/pliens. Leipzig, t. IV 
(an. 1886), pi. 90.) 

3. La Flore pharaonique, p. 66, n° 108. 

4. G. Maspero, /,rt Pyramide du roi Tité. (Recueil de tra- 
vaux, t. V (an. 188'j), p. 50). Cf. Victor Loret, ojt. land.. j). 67. 



L'AGniCUI.TCnK DANS L'KOVI'TR ANCIENNE. 51 

à rextrémité des rameaux et d'une odeur délicieuse; 
elle se rencontre dans toute la région, qui s'étend de 
rinde à la Nubie, sans qu'on puisse dire quel est au 
juste son pays d'origine ' ; Emin Pacha a cru la trouver 
à l'état spontané, à l'est de Latouka au 4° degré de 
latitude septentrionale^ ; mais Schweinfurth a mis en 
doute cette découverte, et il inclinerait cà faire venir le 
henné de la Perse^ où il aurait été importé de l'Inde 
antérieure. En 1820, Minutoli en trouva des feuilles 
dans des tombes antiques'' ; M. Maspero a découvert à 
son tour des boutons et des fleurs épanouies de Law- 
sojiia dans les hypogées probablement peu anciens, il 
est vrai, de Gébéleïn", et plus récemment M. Flinders 
Pétrie en a trouvé aussi des fragments dans la nécro- 
pole gréco-romaine de Ha^vara^ 

Théophraste ne parle pas du Lawsojiia; Dioscoride ', 
qui l'appelle y.ûzp;; et l'a très bien décrit, dit qu'il réus- 
sissait surtout à Canope, et Pline- vante le parfum 
qu'on fabriquait dans cette ville avec ses fleurs. L'arbre 
au henné portait dans la langue hiéroglyphique le nom 
de pouqer, hébreu kop/ier^aLT transposition de lettres, 
en copte koupher ou kouper\ M. Victor Loret" y voit 
l'origine probable du nom grec /.jzpiç et peut-être de 
Y ?LYdihQ faghou ou faghiah. Le mot persan henné désigne 



1. A. de CandoUe, Orùjine des plantes cuUivées. p. "110. 

2. Percy Newberry, ap. Flinders Pétrie, If/fwara, Bia/uini 
and Arsinoë, p. 50. 

3. Zeilschrift fur Ethnologie, an. 1891, p. 658. 

4. Reise zum Tempel des Ammnn. p. 350. 

5. Berichli' dcrholnniscIwaGesellscha/l. t. II(an. 188'i),p. :J60. 

6. Ilaivara. Bialimu and Arsinoë. p. 50. 

7. De maleria medica. iib. I, cap. 12i. 

8. I/istoria nnliiralix. Iib. XII, cap. 51. 

9. Lti Flore ithnraoniqiw. p. 80, n'i 134. 



52 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIEiNS. 

la poudre rouge orange obtenue avec les feuilles dessé- 
chées et broyées du. Laiuso?îia ; Prospero Alpini, qui en 
parle, la nomme archenda^. Avant lui Pierre Belon 
avait aussi remarqué le Lawsonia, « petit arbre 
d'Egypte tousiours verd qui teinct en rouge » et dont 
les habitants, qui le nomment Hernie ou Alcanna, dit- 
il', « font de beaux petits bois taillis ». 

Le Lawsonia fut peut-être cultivé dans l'ancienne 
Egypte autant pour le parfum de ses fleurs que pour 
la couleur qu'on extrayait de ses feuilles; l'indigotier 
ne le fut que pour cette dernière raison. Quel est le 
pays d'origine de cette plante ? Elle n'est pas indi- 
gène en Egypte; mais une espèce à feuilles argentées, 
\ indigofera argentea L., croît spontanément dans 
l'Abyssinie, ainsi qu'au Kordofan et à Sennaar *; peut- 
être a-t-elle été importée de l'une de ces contrées dans 
la vallée du Nil. Un texte hiéroglyphique, relatif à la 
teinture, fait connaître le nom égyptien de l'indigo; il 
s'appelait dinkon, mot qui signifie littéralement « qui 
chasse les tranchées », propriété astringente attribuée 
par Dioscoride à l'indigo*. M. Victor Loret a voulu 
voir dans le vocable dinkon l'origine du nom grec 
'ivoiv-ôv, latin indicum, donné par les anciens à l'in- 
digo''; pour qu'il en fût ainsi, il faudrait que les Grecs 



1. De plantis aegyptiacis, cap. XIII, p. 46. Alpini donne au 
henné les noms de « troène égyptien », ellianne, tamarhendi 
ou « alcanna d'Avicenne. » 

2. Les observations de plusieurs singularités et choses mémo- 
rables trouvées en Grèce, Asie, Judée, Egypte, Arabie et autres 
pays étranges. Paris, 2«^ éd., 1554, in-fol. Livre II, chap. lxxui, 
p. 35. 

3. A. de Candolle, Origine des plantes cultivées, p. 109. 

4. De materia medica, lib. V, cap. 107. 

5. La Flore pharaonique, p. 90, n" 150. Dans cette liypo- 



L'AGRICILTLMK DANS i;i;(;V['TK ANCIliNNi;. 53 

eussent reçu d'Egypte cette plante tinctoriale, ce qui 
n'est rien moins que prouvé. 

Le dinkon, qu'on trouve mentionné plusieurs fois dans 
les papyrus médicaux, a été connu et peut-être cultivé, 
anciennement, dans le pays de Qimit; Pickering 
a supposé que les pains cylindriques de couleur azu- 
rée qu'on voit, sur plusieurs peintures pharaoniques, 
portés solennellement dans des corbeilles, étaient de 
l'indigo'. D'où était-il apporté en Egypte? Probable- 
ment de l'Abj'ssinie, de l'Ethiopie ou de la Nubie, où 
il croît spontanément; mais son nom moderne m'/^ dé- 
rivé du sanscrit nili, fait supposer qu'après avoir été 
importé de ces régions dans l'antiquité, il l'a été de 
l'Inde au moyen âge et peut-être déjà à l'époque gréco- 
romaine. 

thèse, le mot dinkon aurait été transformé en indicon par 
une étymologie populaire. 
1. The races of mnn, p. 375. 



CHAPITRE III. 

l'horticulture dans l'Egypte ancienne 



La culture des jardins n'occupait pas dans la vie des 
Égyptiens une place moins considérable que celle des 
champs ; tandis que la dernière leur procurait les cé- 
réales et les plantes industrielles, la première leur 
fournissait les plantes potagères, non moins néces- 
saires que les céréales à l'alimentation. Si les sujets 
des Pharaons n'avaient pas un régime aussi exclusi- 
vement végétal que l'a dit Pline', les légumes entraient 
cependant, avec les produits des céréales, pour une 
très grande part dans leur alimentation ; les graines 
de quelques légumineuses, les racines ou les feuilles 
de plusieurs alliacées ou crucifères, les fruits de cer- 
taines cucurbitacées étaient recherchés par eux ; aussi 
les cultivaient-ils avec un grand soin dans leurs po- 
tagers ou leurs vergers. 

Les plantes potagères, comme nous le montrent les 
peintures des hypogées, étaient cultivées en plates- 
bandes ou carrés, situés à proximité d'une pièce d'eau, 
où l'on pouvait puiser l'eau nécessaire pour les arro- 

1. Ilistoria nnluralis, lib. XXI, cap. 15(50). 



L'H0HTici:i;ruKi-: dans lkijyi'tiï anciknnk. 05 

serV II nous est impossible d'énumérer toutes les 
plantes qu'on trouvait dans les potagers égyptiens, 
mais le nombre des espèces que nous ont fait con- 
naître les monuments ou les anciens textes est déjà 
considérable; parlons d'abord des légumineuses, dont 
les graines étaient un élément important de l'alimen- 
tation des Egyptiens. 

Une de celles qui furent le plus anciennement con- 
nues et peut-être, quoique Hérodote, par une confusion 
d'cspèces^ ait dit le contraire, le plus généralement 
cultivées, est la fève ; parmi les offrandes funèbres dé- 
couvertes par Mariette à Drah-Abou'1-Neggah (XIP dy- 
nastie), Schweinfurth a reconnu deux fèves, absolument 
semblables à la petite race que de nos jours on cultive 
sur une si vaste échelle en Egypte^. M. Flinders Pétrie 
a également trouvé des fèves dans la nécropole de Ka- 
houn* qui, comme les tombes de Drah-Abou'1-Neggah, 
remonte à l'époque de la XII* dynastie. Ainsi trois 
mill(^ ans avant notre ère la fève existait en Egypte; 
elle n'y est pas indigène; d'où était-elle venue? L'ori- 
gine de cette légumineuse est obscure, comme celle de 
tant de plantes cultivées, mais il semble bien que son 
berceau se trouve dans la région située au sud de la 
mer Caspienne". De là elle se sera, à une époque re- 
culée, répandue dans l'Asie antérieure, d'où les Égyp- 
tiens l'ont reçue ou importée, au temps de leurs pre- 
mières relations avec la Syrie. 

C'est de l'Asie antérieure aussi, où elle parait avoir 

1. Rosellini, o/y. laud., t. II, pi. .XL, 1. 

2. Historiae, lib. II, cap. 37, 6. 

3. Derichte der holanischen GeseUscha/'t. t. II (an. I88'i). p. 362). 
'i. Kahun. Gurub and Hawara, p. 50. 

5. .\. de Candolle, oj). laud., p. 256. 



53 LKS l'I.ANTKS CUfclZ 1-KS KGVl'TlIiNS. 

été cultivée à une époque préhistorique ^ et où une 
espèce voisine {Lem Schnittspahni Alefeld) croît à 
l'état sauvage', que la lentille [Lens escuk?itaM.œnch) 
pénétra en Egypte, à une époque reculée. Parmi 
les offrandes funéraires trouvées, dans des coupes 
en terre cuite, k DraK-Abou'l-Neggah, on aper- 
çoit des espèces de gâteaux composés de lentilles 
réduites en une bouillie grossière. Ces lentilles incom- 
plètement écrasées ont paru à Schweinfnrth ne différer 
en rien de l'espèce cultivée encore de nos jours dans 
la vallée du Nil''. On vient d'en trouver une graine, 
mêlée à deux fragments d'un fruit de genévrier, au 
musée du Louvre \ Les lentilles paraissent avoir été 
appelées arshana dans la langue hiéroglyphique; ce 
nom apparaît d'abord sous la XIX^ dynastie ; c'est le 
copte arshin'\ A l'époque des Ptolémées on semble 
avoir cultivé en grand ce légume dans le Delta ; 
Phacussa, la ville des lentilles, du grec ox/,iq, leur 
devait son nom*'. Pline dit qu'il y avait en Egypte deux 
espèces de lentilles ': l'une qui avait la forme de l'es- 
pèce ordinaire, l'autre plus ronde et plus noire. 

Les lentilles et les fèves si répandues dans l'anti- 
quité n'étaient pas les seules légumineuses que con- 
nussent ou cultivassent les sujets des Pharaons; 
M. Flinders Pétrie a découvert dans la nécropole de 
Kahoun^ une variété de petits pois [Pisum sativwn L.), 



1. A. de Candolle, op. laucL, p. 258. 

2. Engler, ap. Victor Hehn, Die Kiilturpflanzen, p. 215. 

3. lierichtc der bolanischen Gesellschaft, t. Il, p. 362. 

4. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 25, p. 192. 

5. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 93, n" 156. 

6. \\c\0Y Hehn, Die Kidlurpflanzen, p. 209. 

7. Ilistoria imturali.s, lib. XVIII, cap. 30. 

8. Kahun, Gurob ami Hawara, p. 50, 1. M. Flinders Pétrie 



L'HORTICl LTl'KK HANS l/KGVl'TK ANCIENNE. 57 

moins grosse que l'espèce cultivée aujourd'hui'. Il l'a, 
ce qui est moins surprenant, retrouvée également 
dans le cimetière de Hawara. Cette légumineuse si 
recherchée était donc déjà connue dans la vallée du 
Nil dès le temps de la XIP dynastie. Elle y avait 
sans doute été importée de l'Asie antérieure, son ber- 
ceau peut-être, encore qu'elle ne s'y trouve plus à 
l'état spontané". 

Ainsi que le petit pois, les anciens Egyptiens pa- 
raissent avoir cultivé le pois chiche [Cicer arietinuruL.) 
et une espèce de lupin — le Liipinus terrais Forsk. 
— On ne connaît pas le pois chiche à l'état spon- 
tané. A. de CandoUe suppose qu'il est peut-être origi- 
naire de la région située au sud du Caucase et au nord 
de la Perse''; c'est de là qu'il serait passé en Egypte; 
on l'y cultivait à l'époque gréco-romaine. M. Flinders 
Pétrie en a trouvé des graines dans la nécropole de 
Hawara \ qui date du i'"'" siècle de notre ère. M. Vic- 
tor Loret'' a cru pouvoir supposer que le pois chiche 
portait en ancien égyptien le nom de arsJui. 

Indigène, il semble, dans les sables de la région mé- 
diterranéenne", Xelw'^m [Lupinus ter niisYoY^^.)^ a sans 

a aussi trouvé à Kahoun une graine de pois, que M. Percy 
Newberry n'a pu déterminer ; serait-ce la var. elatius, de 
l'espèce cultivée, que Sclnveinfurth (Illustrnlioti de la Flore 
W E(j!iple, p. 69) indique dans le Delta ? 

1. On en a trouvé aussi une espèce plus petite dans les 
stations lacustres de la Suisse et de la Savoie. 

2. A. de Candolle, op. laud., p. 263. 

3. Origine des plantes, cultivées, p. 260. 

4. Ilawara. liia/iDiu and Arsinoë, p. 53. 

5. La Flore pharaonique, p. 92, n° 152. 

6. A. de Ç2i\\(\o\\c, op. laud., p. 261.— Schweinfurtli (Illus- 
tration de la Flore d'Fijijpte, p. 60) le regarde seulement 
comme subspontané en Egypte. 



58 Lt;S PLANTES CHEZ LES ÉGYrTIENS. 

doute aussi, comme le pois chiche, été cultivé dans 
l'Egypte ancienne, ainsi qu'il l'est aujourd'hui, où on 
mange ses graines cuites, après les avoir fait macérer 
quelque temps dans de l'eau salée. M. Flinders Pétrie 
en a découvert de nombreuses graines dans la nécro- 
pole gréco-romaine de Hawara^; mais on n'a pas 
trouvé de restes authentiques de cette légumineuse 
dans les tombes pharaoniques. 

Le cajan [Cajanus indiens L.) a été, tout au con- 
traire, reconnu par G. Schweinfurth parmi les restes 
végétaux trouvés par Mariette à Drah-Abou'1-Neggah ; 
l'existence de cette papilionacée frutescente en Egypte 
remonte donc au moins à l'époque de la XIP dynastie ^ 
Elle y avait sans doute été importée de l'Afrique tro- 
picale, où elle croît spontanément'*; Schweinfurth as- 
sure même qu'on la rencontre à l'état sauvage dans la 
Haute-Egypte. On la cultive encore de nos jours dans 
la Nubie et au Soudan, à cause de ses graines, qui 
ressemblent aux petits pois, mais n'en ont ni le goût, 
ni les qualités nutritives. 

En même temps qu'ils cultivaient ces légumineuses 
pour leurs graines alimentaires, les anciens Egyptiens 
cultivaient pour leurs fruits d'autres espèces végé- 
tales, en particulier diverses espèces de cucurbita- 
cées. Une des plus anciennement connues et plantées 
dans la vallée du Nil, a été la pastèque [Citmillus 
vulgiwis Schrad.); originaire de l'Afrique intertropi- 
cale\ recherchée par les indigènes de cette région. 



1. Kahun. Gnrob and Hnwara, p. M, 2. 

2. Ben'chle (1er bolanischcn Gesellschaft. t. II, p. 363. 

3. A. de Candolle, op. laud., p. 267, dit par erreur que la 
culture en est toute moderne en Egypte. 

4. G. Scliweinfiirtli, B ci Irii ge zuv Flora .1r//t/o/;/«is. Berlin, 



LIKtHTlClLTLIJK DANS l/KCVl'TE A.NCIKNNK. ôfl 

elle ne pouvait manquer de pénétrer de bonne heure 
en Egypte, et c'est de là peut-être qu'elle s'est ré- 
pandue dans l'Asie antérieure et l'Europe méridio- 
nale. Unger a cru reconnaître des fruits de cette 
plante parmi les offrandes funèbres représentées dans 
plusieurs hypogées \ On*en voit bien un, il semble, 
dans la tombe n" 17 de Saqqarah, qui date de la IV" dy- 
nastie'. Dans le cercueil du prêtre Nebseni, décou- 
vert en 1881 à Deir-el-Bahari, monument contempo- 
rain de la XX° dynastie, se trouvaient des fragments 
de feuilles d'une cucurbitacée, que Schweinfurth a 
identifiée avec la variété colocynthoïdes du Citrullm 
vulgaris\ variété cultivée de nos jours, sous le nom d(3 
goiûourma dans la Haute-Egypte. Ces feuilles ramol- 
lies dans de l'eau tiède ont pu être étalées sans peine 
sur le papier et se sont fait remarquer par leur vive 
couleur verte. On a découvert aussi des graines de 
pastèque dans une tombe pharaonique, mais d'une date 
postérieure. Dans la collection Passalacqua se trouvent, 
sous le n" 459, des graines d'une cucurbitacée que 
Kunth n'a rattachée à aucune espèce particulière*, 
mais ({uo Braun regarde comme appartenant au Ci- 
trullus vu/garis"'. La pastèque, nous le savons par le 
témoignage de la Bible, était cultivée en Egypte dès 
le temps de Moïse ^ Il existe en ancien égyptien une 

1877, in-8, p. 250. Engler, ap. V. Hehn, Kulliirpflaii:en,Y>. '.il2. 

1. SilzurKjshi-rirhU', etc., t. XXXVIll (an. 185'.»), p. r2'i. 

2. Lepsius, Den/dii'ilrr. t. Il, pi. 68. 

3. lii'richte (1er bolaiiisrlieii GeselLschafl, t. II, p. 361. 

4. (jrta/offiie rnisonné et liistorique des aniiqiiitrs dccon- 
verles en Erpjple. Paris, 1826, in-8, p. 229. 

5. Ueber l'/lcm:enresle. (Zcitsrhrift fur I.\lhnolo;/i>'). Berlin 
1877, t. IX, p. 303.) 

6. Numeri, cap. XI, v. 5. 



60 LES PLANTES CHEZ LES ÉGVI'TIEiNS, 

plante du nom de bettou-ka^ ; il est difficile de ne pas 
y voir l'origine du co'^ie betuke, ar. battikh: pastèque. 

Les anciens Égyptiens ont-ils possédé aussi le me- 
lon [Cuciimis melo L.)? Unger a cru le reconnaître, 
tout aussi bien que la pastèque, dans de nombreuses 
peintures de monuments antiques '; on n'a pas découvert 
toutefois de restes de cette plante dans les tombes égyp- 
tiennes avant l'époque gréco-romaine ; mais M. Flin- 
ders Pétrie en a trouvé une fleur dans la nécropole de 
Hawara^ ; le melon existait donc dans la vallée du Nil 
au i^"" siècle de notre ère. D'où y avait-il été importé? 
Également indigène en Afrique et en Asie, dans toute 
la région des tropiques'', il avait donc pu être introduit 
en Egypte, soit de la vallée supérieure du Nil, soit de 
rinde ; mais on ignore à quelle époque. 

Ainsi que le melon, Unger a cru aussi reconnaître le 
concombre cliate [Cucumis chate L.) dans les pein- 
tures d'anciens monuments égyptiens, en particulier 
dans celles du temple de Deir-el-Bahari; toutefois il n'est 
pas, comme il le dit", fait mention dans l'Exode de cette 
ciicurbitacée, mais du concombre ordinaire. Le melon 
chate ressemble par le goût et la forme au concombre, 
mais ses feuilles et ses fleurs le rapprochent du melon 

1. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 73, n° 125. 
Comme le copte betuke est traduit dans les Scalae par auber- 
gine sauvage, M. V. Loret s'est demandé si le mot hiérogly- 
phique hellou-ka n'avait pas la même signification, mais 
comment ce mot aurait-il pu désigner une plante étrangère 
à l'ancienne Egypte? Il faut ajouter que Kircher donne à la 
citrouille le nom de mapiepon et non celui de betuke. 

2. Silzimgsberichte, etc., t. XXXVIIl (an. 1859), p. 124. 

3. Ilawara, Biahmu and Arsinoë, p. 52. 

4. A. de Candolle, Origine des plantes cultivées, p. 208. — 
Ëngler, ap. Victor Hehn, op. laud., p. 312. 

5. Sitzunysberichk', t. XXXVIII (an. 1S59), p. 124. 



L'IIOUTICULTURI'] DANS L'KGYPTE ANCIENNE. 61 

commun. Le nom arabe du cucumis chate est qatta, 
dont chate semble être une simple déformation ; or 
M. Victor Loret a cru retrouver l'analogue de ce vo- 
cable dans l'ancien égyptien qadi, qui signifie une 
plante « poussant sur son ventre», et il se demande 
si ce mot ne désignerait pas le melon chate'; mais 
comme qassa, autre forme de qatta, a été emplojé 
pour désigner le concombre, on voit qu'il est difficile 
de se prononcer sur l'existence du melon chate dans 
l'ancienne Egypte. 

Celle du concombre [Cucumis sativus L.) y a été 
mise hors de doute, grâce à la découverte faite à 
Kahoun par M. Flinders Pétrie de feuilles et de tiges 
de cette cucurbitacée " ; elle existait donc dans la 
vallée du Nil dès le temps de la XIP dynastie. D'où 
y était-elle venue? A. de CandoUe croit que la patrie 
du concombre se trouve au nord -ouest de la presqu'île 
hindoustanique''; delà il aurait été apporté, sans doute 
par les Touraniens, dans l'Asie antérieure, d'où il aurait 
passé en Egypte : on voit combien sa propagation vers 
l'occident a été rapide. On a cru que le concombre 
portait en ancien égyptien le nom de shoupi^ — copte 
s/iop'] — mais le sens du mot hiéroglyphique n'est 
pas entièrement certain ; il est donc impossible de rien 
affirmer sur ce point. 

Une autre plante de la famille des cucurlntacées, la 
calebasse [Lngcnaria vulgaris Ser.), se rencontre fré- 
quemment parmi les offrandes funéraires des hypogées 

t. La Flore j)hanionif/iie, p. 75, n° 128. 

2. Kahun. Gurob and Ilawara, p. 50. 

3. L'on'gitie des plantes cultivées, p. 211. 

4. Victor Loret, op. laud., p. 75, n" 129. 

5. Kircher, op. laud., p. 197, donne Xdiîovme pi-shopi. 



62 I,RS PLANTES C.UKI LES ErxYPTIEXS. 

égyptiens ; on en a trouvé, en' particulier à Drali- 
Abou'l-Neggah', des fruits qui sont ainsi contempo- 
rains des Pharaons delà XIP dynastie. Unger" et Franz 
Woenig'^ ont cru aussi reconnaître une tige de cale- 
basse dans une peinture de Thèbes. L'existence de cette 
cucurbitacée dans l'ancienne Egypte paraît donc pro- 
bable ; si elle est, comme le suppose A. de Candolle'% 
originaire àe l'Inde, son introduction dans la vallée du 
Nil prouverait à quelle date reculée remontent les 
relations et les échanges de ce pays avec la péninsule 
hindonstanique^ 

Tandis que les cucurbitacées ont été cultivées en 
Egypte pour leurs fruits, diverses espèces d'aulx et 
de crucifères l'étaient, comme chez nous, pour leurs 
racines. La plus répandue et peut-être la plus ancien- 
nement connue était l'oignon [Allium cepa L.). La 
patrie de l'oignon est incertaine, mais il n'est point 
indigène dans la vallée du Nil : de quel pays y avait- 
il été importé? On paraît l'avoir trouvé à l'état sauvage 
dans l'Afghanistan et le Béloutchistan et Boissieren a 
reçu un échantillon des montagnes du Khorassan^; 
Hasselquist l'a même rencontré aux environs de Jéricho", 
mais il est douteux qu'il y fut spontané. Quoi qu'il en 

1. G. Schweinfurth, Berichte der hotanischeii Gesellsrhaft, 
t. II, p. 361. 

2. Silzungsherichle. t. XXXVIil (an. 1859), p. 125. 

3. Die Pflaiizen im allen Aer/yplen, p. 206. 

4. Origine des pla7ites cultivées, p. 196. 

5. Schweinfurth, Zeitschrift fiir Ethnoloçiie, an. 1891, 
p. 656, semble indiquer une autre espèce de cucurbitacée, la 
Luffa cylindrica Ser. , comme anciennement cultivée en 
Egypte, mais il ne donne aucun renseignement détaillé à ce 
sujet. 

6. A. de CandoUe, op. laud.. p. 54. 

7. VoijKf/e cil Palcslinc, aj). Frauz Woeiiig, o/?. /«(/(/.. p. 194. 



LHOIiTIClII.TlRK DANS l.'KGYPTF, ANCIKNNK. 63 

soit, l'oignon paraît originaire du plateau de l'Iran'; 
de là il s'est répandu dans tout le sud-ouest de l'Asie 
antérieure et en Egypte. Il y était connu dès la plus 
haute antiquité. Si l'on en croit Hérodote', il aurait 
été cultivé sur les bords du Nil plus de trois mille ans 
avant notre ère. 

Les Égyptiens firent de temps immémorial une 
grande consommation de cette alliacée, qui était dans 
leur pays de qualité supérieure. L'estime en laquelle 
les sujets des Pharaons tenaient l'oignon explique le 
rôle considérable qu'il occupait dans les offrandes 
divines ou funéraires. Unger parle d'un oignon trouvé 
dans la main d'une momie ^ ; mais il ne dit pas à quelle 
époque cette dernière remontait, ce qu'il eût mieux valu 
nous apprendre que de rechercher si l'oignon que tenait 
cette momie eût pu repousser. On n'a pas encore re- 
trouvé, dans les texte égyptiens, d'une manière cer- 
taine, le nom hiéroglyphique de l'oignon; mais comme 
le signe qui représente cette plante se prononce houdj, 
M. Victor Loret^ s'est demandé si ce vocable ne serait 
pas le nom, ou l'un des noms, de l'oignon. Eu hébreu il 
s'appelle bczel, ar. basai; on peut rapprocher de ce 
vocable le mot badjar que M. Maspero a lu, dans un 
tombeau de Thèbes, écrit à côté d'un personnage qui 
porte une botte d'oignons. 

Les oignons sont une des plantes qu'on rencontre le 
plus souvent sur les monuments de l'ancienne Egypte. 



1. L'Asie antérieure, dit Scliweinfurth, Zeitachrifl fin' 
Elltnolufjh'. an. 1891, p. 6GG, a des droits particuliers pour 
être leur patrie. 

2. J/islon'ae. lib. Il, cap. 125. 

3. SilzHugsbeiichle, etc., t. XXXVIIl (au. 1859), p. 108. 
». fji Flore phhrnonique. p. 'M. n" 42. 



64 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

Une peinture de Béni-Hassan nous fait assister à leur 
récolte* ; un jardinier les arrache et en fait des bottes 
de quatre à six pieds chacune ; c'était ainsi sans doute 
qu'on les portait au marché. Sur un bas-relief de 
Saqqarah, reproduit en gypse dans le Musée égyptien 
de Berlin', on voit une marchande, qui se rond à la 
ville, portant une corbeille de légumes sur la tète et 
trois bottes d'oignons garnis de leurs feuilles sur 
l'épaule. 

Les artistes égyptiens paraissent avoir adopté trois 
types différents pour la représentation de l'oignon ; 
tant(3t ils lui donnent des feuilles courtes et étroites, 
qui enveloppent jusqu'à sa moitié la tige comme d'une 
gaine ; d'autres fois ils le figurent av^ec de longues 
feuilles renflées et des bulbes arrondis, mais quelque 
peu anguleux, ou encore avec un bulbe obovale et une 
tige longue et cylindrique. M. Franz Wœnig^ regarde 
la première forme comme étant celle de l'ail propre- 
ment dit [Allium satlvwn L.) ; la seconde, à ses yeux, 
représente la ciboule [Zipolle) ou oignon d'été [A. 
cepa L.), et dans la troisième il veut voir l'échalote 
[A. ascalonicum L.). Unger avait cru aussi dans la 
dernière reconnaître cette alliacée. Mais l'échalote 
n'a été trouvée dans aucune tombe et n'est mentionnée 
dans aucun texte hiéroglyphique ; elle ne se rencontre 
même pas de nos jours dans la vallée du Nil ; il est 
douteux qu'on l'y ait jamais cultivée. Elle ne paraît 
d'ailleurs être qu'une forme modifiée et persistante ou 
une race de l'oignon, et A. de CandoUe'* ne croit pas 

1. Rosellini, Monumenli civili, t. II, pi. 40. 

2. Franz Wœnig, op. laitd., p. 196. 

3. Die Pflanzen im alten Aegyplen, p. 197. 

4. Origine des plantes cuUivèes, p. 52. 



L'HORTICULTURE DANS L'EGYPTE ANCIENNE. 63 

qu'elle remonte plus haut qu'au commencement de 
notre ère. Quant à Y échaloigne [Ascalonia] de Théo- 
phraste ' et de Pline ■ ce n'était qu'une variété d'oignon, 
qui ne parait avoir rien de commun avec notre échalote. 
Reste l'ail. Hérodote en mentionne l'existence en 
Egypte dès le temps de l'ancien empire^; la Bible, du 
temps de Moïse *; le Talmud en parle souvent ; Pline 
aussi en fait mention et aujourd'hui encore cette plante 
est une de celles qu'on cultive le plus dans la vallée 
du Nil : d'où y a-t-elle été importée ? On l'ignore, 
mais comme elle pourrait bien n'être qu'une variété 
cultivée, ainsi que le suppose A. de CandoUe'', de 
diverses espèces d'aulx mal définies qu'on rencontre 
depuis la Tartarie jusqu'en Espagne, cette plante 
serait encore venue de l'Asie antérieure dans l'ancienne 
Egypte, où l'on ne peut douter qu'elle ait existé. Schia- 
parelli a trouvé dans une tombe de l'Assassif près 
Thèbes, un faisceau de tiges d'un Alliiim, garnies 
encore de feuilles ; l'examen microscopique a montré 
au Dr. Volkens que, malgré les différences qu'elles 
présentaient, ces tiges appartenaient à l'ail propre- 
ment dif^. L'égyptologue italien a également découvert 



1. Historin plantarum. lib. VII. cap. 4, il. 

2. Historin naluralis, lib. XIX, cap. 32. 

3. Hisloriae. lib. II, cap. 125. 

4. N^ioiiei-i, cap. XI, v. 5. 

5. Origine dea plantes cultivées, p. 52. 

6. Bulletin de Vlnslitul égyptien, n° 6, p. 274. — liola- 
nischc Jahrbiicher, t. VIII, p. 10. Dans le Bulletin, Schwein- 
furth dit que « le tissu de la tige de l'ancien Allium correspond 
entièrement avec celui du poireau, mais diffère sous des 
rapports essentiels de l'ail. » Dans les Jahrbïirher, on lit, au 
contraire : « Dr. \olkens kam schliesslicb zu dem Ergebniss, 
dass dièse Pflanze... dem Knoblauch (.1. Sativum L.), 
au'îehort. « 



66 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS, 

dans un des tombeaux de Drah-Abou'l Neggah trois 
paquets formés de tiges et de feuilles du même AUium, 
pelotonnées sur elles-mêmes et attachées au moyen de 
fibres de feuilles du dattier'. 

Scliweinfurth avait pris d'abord V AUium de l'Assassif 
pour le poireau [AUium porrum L.); cette espèce fut 
aussi anciennement cultivée en Egypte, comme nous 
le savons par le témoignage de la Bible ^ et Pline dit 
que le poireau d'Egypte était supérieur à celui de 
toutes les; autres contrées ^ On avait cru que le poi- 
reau n'était point mentionné dans les textes hiérogly- 
phiques; mais, d'après M. Victor Loret\ il en est 
question, sous le nom aaqi — le copte eshé, igi ou 
idji — dans plusieurs papyrus, h' AUium porrion n'est 
point indigène dans la vallée dn Nil : de quelle région y 
avait-il été introduit? Le poireau paraît n'être qu'une 
variété cultivée de V AUium canpeloprasum L., com- 
mun dans l'Asie antérieure et la région méditerra- 
néenne ^ ; c'est probablement de ces contrées qu'il 
aura été importé en Egypte. 

Les différentes espèces d'aulx sont plutôt des condi- 
ments que des aliments véritables ; une plante à racine 
vraiment comestible, et qui, indigène dans la vallée 
du Nil, y fut peut-être aussi cultivée dès une haute 
antiquité, comme elle l'est de nos jours, est le souchet 
QscwXeni [Cyperus esculeiitus L.); il y a au musée de 
Boulaq une coupe remplie de bulbes de cette cypéracée, 



1. Bulletin, n°6, p. 275. Botanische Jahrbucher, tA'IlI, p. 10. 

2. Numeri, cap. XI, v. 5. 

3. « Laudatissimus in Aegypto. » Hist. naluralis, lib. XIX, 
cap. 33. 

4. Recueil de travaux, etc., t. XVH, p. 181. 

5. A. de Candolle, op. Inud.. p. 81. 



LIIORTICULTlliE DANS LKGVPTE ANCIENNE. 67 

que Mariette a probablement trouvée à Drah-Abou'l- 
Neggah, dans un tombeau de la XIP dynastie*. On a 
également découvert des bulbes de la même plante à 
Gébéleïn% dans une tombe qu'on a supposé être celle 
d'Ani, contemporain de la XX^ dynastie. Il en existe 
des bulbes au Musée de Berlin ; mais Braun les regar- 
dait comme appartenant à une variété particulière et 
non cultivée, le C. mclanorrhizus Del. ^ C'est également 
à cette forme que M. Poisson rapporte les tubercules 
de cette cypéracée, qui sont au Musée du Louvre*. 
Théophraste parle du C. esculeiitus comme d'une 
plante sauvage, qui croissait dans les terrains sablon- 
neux voisins du NiP; il lui donne le nom de malina- 
thallr. Suivant M. Victor Loref^, dans la langue hié- 
roglyphique, cette cypéracée s'appelait gaïou, comme 
le souchet à racine arrondie, et ses rhizomes portaient 
le nom de sJiabin; les Arabes qui en font un grand 
commerce leur donnent celui de habb-el-azis, c'est-à- 
dire « grains exquis ». 

Une autre plante à racine également comestible, 
mais qui, quoique exotique en Egjpte, semble aussi 
néanmoins y avoir été cultivée, assez tard toutefois, 
est la Colocase [Arum esculentum L. ). Originaire de 
l'Inde', elle n'a été connue des écrivains anciens que 

1. G. Schweinfurth, Notice sur tes restes de végétaux con- 
tenus dans une armoire du Musée de Boulaij. (Bulletin de 
rinstitul rgyptien. n° 5 (an. 1886), p. 5.) 

2. G. Schweinfurth, Die lelzten holanischen Entdeckunf/i'n. 
(liotanische Ja/trhiic/wr. t. ^'III, p. 15). Bulletin de rinslilul 
éfi!/tien, n" 6 (an. 188.5), p. 260. 

3. Zeitsc/irift fiir Elhnologie. t. IX, p. 296. 

'». Becueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 5. p. 181. 

5. Hisloria planlaruni, lib. I\', cap. 8, 12. 

6. La Flore pharaonique, p. 27, n" 26. 

7. A. de ("aiidolle, op. laud., p. 59. 



68 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

par l'Egypte, où elle avait pénétré sans doute vers le 
commencement de notre ère. Diodore ' et Dioscoride'^ 
l'ont confondue avec le lotus ; mais Pline l'a bien 
décrite. C'est, dit-iP, « une plante appelée aron en 
Egypte ; elle a la feuille de la patience ; la tige est 
droite, longue de deuK coudées ; la racine est douce, 
au point qu'elle peut même se manger crue ». Impos- 
sible de méconnaître à cette description la colocase; 
mais on voit que cette plante, par suite de son intro- 
duction tardive dans la vallée du Nil, n'appartient point 
à la flore pharaonique. 

Le radis, au contraire, en fait partie. Hérodote 
avait bien parlé de l'existence ancienne de cette cru- 
cifère en Egypte''; mais on avait mis en doute la 
véracité de son récit ; la découverte, par M. Flinders 
Pétrie, d'un radis â Kalioun '' justifie l'historien grec; 
cette crucifère a véritablement existé en Egypte dès 
les temps de l'ancien empire. Originaire probablement 
du nord de la région syro-arménienne'*, c'est de là 
qu'il avait été importé en Egypte à une époque, on 
le voit, très reculée. 

Le radis et les diverses espèces d'aulx étaient-ils, 
avec le souchet comestible, les seules plantes que les 
anciens Égyptiens cultivassent pour leurs racines ? On 
a admis parfois qu'ils connaissaient aussi la betterave ; 
Charles Pickering s'est demandé si une plante qui se 



1. Bibliotheca histonca,\. I, cap. 34. 

2. De materia medica, 1. IV, cap. 414 (L III, cap. 157). 

3. Historia naturalis, lib. XIX, cap. 30. 

4. Ilisloriae, lib. Il, cap. 125, 5. 

5. Kahiin, Gurob and Jlnwara, p. 50. 

6. G. Schweinfurth, Zcitschrif't fur El/mo/ogie, an. 1891, 
. 6G5. 



L'IIORTICULTURK DANS L'ÉGVPTE ANCIENNE. 69 

trouve représentée sur une peinture de Béni-Hassan 
était une betterave ou un radis ' ; Unger inclinait à y 
voir un radis " ; Franz Wœnig n'a pas hésité à la 
regarder comme une betterave^; Rosellini l'a prise 
pour un chou palmiste '* ; le mieux est de s'abstenir. 
Quant au navet, il n'est pas vraisemblable qu'on ait 
jamais, avant notre ère, cultivé cette crucifère en 
Egypte ; le radis était la seule plante de cette famille 
qui y fût semée à cause de ses racines comestibles ; 
mais on en cultivait d'autres pour leurs feuilles ali- 
mentaires ; tel était le chou [Brassica oleracea L.). 

Originaire de l'Europe", cette crucifère fut peut-être 
importée dans la vallée du Nil dès une haute anti- 
quité ; M. Victor Loret a cru en trouver la mention 
dans un passage du papyrus Sallier''; il aurait porté le 
nom hiéroglyphique 5^«?0M^ analogue au coT^tepi-shhit, 
qui désigne ce légume dans une Scala d'Oxford. En 
tout cas le chou était cultivé en Egypte à l'époque 
gréco-romaine ; M. Flinders Pétrie a trouvé des feuilles 
et des graines de cette crucifère dans la nécropole de 
Hawara''. Pline* dit qu'on ne mangeait pas le chou en 
Egypte, à cause de son amertume. Athénée se borne 
à remarquer" qu'au bout d'un an il devenait, sous l'in- 
fluence du climat, amer à Alexandrie. 

1. The races of mnn, p. 371. 

2. Sitzunffsherichte, etc., t. XXXVIII (an. 1859), p. 117. 

3. Die Pflanzen im alten Aegypten, p. 28. 

4. I monumenli delV Egillo e délia Nubia. Monumcnd 
civili. Pisa, 183'i, in-8, t. I, p. 388. 

5. A. de Candolle, op. laud.. p. 68. 

6. Réciter rhes sur plusieurs plantes connues des anciens 
l'^Oilptiois, X, Le poireau, p. ^. {Recueil de travaux, t. X^'I.) 

7. Ka/iun. Gurnb and Ilawara, p. 'i7. 

8. Ilisloria naluralis. lib. XX, cap. 68 (35). 

9. Ik'ipnusophistae, lib. IX, cap. 9 (369). 



70 LKS l'LA.NTKS CIll'lZ LI':S KGVITIENS. 

Indigène en Perse \ naturalisé dès longtemps dans 
l'Asie antérieure, l'Europe méridionale et le nord de 
l'Afrique, le cardame des Anciens — notre cresson 
alénois — [Lepidium sativimi L.) a dû aussi, et même 
assez tôt, être cultivé dans la vallée du Nil ; Miglia- 
rini a cru en reconnaître des graines " parmi celles qui 
se trouvent au Musée égyptien de Florence, il en existe 
aussi une vingtaine au Musée du Louvre ^ et M. Alctor 
Loret rapporte à une racine égyptienne le nom copte 
pi-ghleimi de cette plante*. Il y a donc des raisons d'ad- 
mettre la culture du cardame dans l'ancienne Egypte. 

L'endive [Cichorium endivia L.), qu'on a voulu 
identifier avec la5<?m de Pline^ est indigène dans tout 
le bassin de la Méditerranée " ; elle se rencontre aussi 
à l'état sauvage dans la vallée du Nil'; Maillet trou- 
vait celle qui y croît ainsi spontanément préférable à 
la variété qu'on cultive en France ^ Mais cette plante 
a-t-elle aussi été un objet de culture dans l'ancienne 
Egypte comme elle l'est parfois dans l'Egypte actuelle? 
Je ne saurais le dire, comme j'ignore si la laitue fai- 
sait partie des plantes potagères de ce pays. 

Il existe deux espèces indigènes de laitue en 

1. A. de CandoUe, op. laud., p. 69. 

2. Indication Kuccincle des monuments égyptiens du Musée 
de Florence. Florence, 1859, in-8, p. 75, n" 3624. 

3. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 33, p. 199. 

4. La Flore pharaonique, p. 110, n" 189. 

5. Historia naluralis, lib. XX, p. 32. 

6. A. de Candolle, op. laud., p. 77. 

7. D'après Sch-weinïurih, Zeilschrift fih-E thnologie, an. 1891, 
p. 662, cette espèce sauvage est le C. divaricatum Schousb. , 
type, pour lui, du C. endivia L. 

8. Description de l'Égyple. La Haye, 1740, in- 12, t II, 
p. 101. « Il croit en Egypte, dans les campagnes, une chicorée 
mille fois plus douce que celle de nos jardins. » 



L'IIOKTICULTIKI-: DANS I/KGYl'TE ANCIENNE. 71 

Egypte' ; mais on n'y rencontre pas la scarole [Lactuca 
scariola L.), qui est regardée comme le type de la 
variété cultivée ^ Cette espèce a-t-elle été importée 
dans la vallée du Nil? Le fait n'est pas invraisem- 
blable, mais n'a dû peut-être se produire qu'à l'époque 
grecque. Des graines de la laitue cultivée ont été, il 
est vrai, trouvées au Musée égyptien de Berlin; mais 
A. Braun, qui les a déterminées, doute de leur an- 
cienneté '\ 

Parmi les plantes figurées le plus souvent dans les 
anciens hypogées, au milieu des offrandes funèbres, 
M. Victor Loret a cru reconnaître des laitues pom- 
mées* — évidemment de la variété appelée scarole. — 
La supposition peut être vraie de quelques-unes de 
ces représentations"', mais elle n'est guère admissible 
pour les plantes aux feuill-es agglomérées réunies au 
bout d'une longue tige. Il faut dire toutefois, en faveur 
de l'existence ancienne de la laitue en Egypte, que 
cette plante porte en copte le nom pi-ôb ^ qui semble 
d'origine hiéroglyphique ; M. Victor Loret le rapproche 
des plantes abou ou afa, mentionnées toutes deux 
dans les papyrus médicaux, mais qu'on n'a pu encore 
identifier. 



1. IHuslralion de la Flore d'Egypte, p. 99. 

2. A. de CandoUe, op. laud.. p. 75. 

3. Zeilschrift fiir Ethnologie, t. IX (an. 1877), p. 290. 

4. La Flore pharaonique, p. 68, n" 113. Il est à remarquer 
que Maillet, op. laud., dit que les laitues ne pomment pas en 
Éfïypte. 

5. Par exemple des plantes à feuilles vertes ramassées en 
paquet qu'on voit parmi les offrandes du tombeau de Rokhou. 
Mêmoirps puhtirs pnr les membre.'^ de la .Mission archéologique 
du Caire, t. I, pi. IV. 

6. Kircher, op. laud., p. 196. 



72 LUS PLANTKS CIIKZ LES KGYPTIE.NS. 

S'il n'est pas impossible que les anciens Eg3'ptiens 
aient cultivé la laitue, est-il probable qu'ils aient 
aussi cultivé l'ache ou céleri [Aphim graveolens L.) ? 
Indigène dans presque toute l'Europe, ainsi que dans 
l'Afrique septentrionale et l'Asie antérieure', l'ache 
se rencontre dans les marécages de l'Egypte, et 
sa présence dans la guirlande que la momie de Kent, 
oiiicier de la XX" dynastie, portait sur la poitrine 
montre qu'on lui attribuait peut-être chez les Égyp- 
tiens, comme plus tard chez les Grecs et les Romains, 
une signification symbolique ; mais c'est l'espèce sau- 
vage, Schweinfurth l'a reconnu", que les contempo- 
rains des Pharaons employaient dans les cérémonies 
funèbres. 

D'après M. Victor Loret\ qui croit que VApiimi 
portait en égyptien le nom de mati, copte jnit, les 
habitants de la vallée du Nil auraient aussi connu 
l'ache cultivée, ainsi même que le persil — le « inati 
du Nord « — mentionnés l'un et l'autre, avec l'ache 
sauvage — le « 7nati des marais » — et une autre 
ombellifère appelée « mati de montagne » — peut- 
être le Crithmum pyrenaicum Forsk. — , dans les 
papyrus médicaux. De l'identité du copte mit, qui ne 
désigne que l'ache cultivée, tandis que l'ache sauvage 
est appelée ki-am dans cette langue % avec l'égyptien 
mati, M. Victor Loret conclut que ce dernier mot. 



1. A. de Candolle, op. laud., p. 71. 

2. Botanische Jahrbi\cher, t. VIII, p. 13. 

.3. Recherches sur plusieurs plantes connues des anciens 
Égyptiens, XI, p. 8. (Recueil de travaux, etc., t. XVI.) 

4. Kircher, op. laud., p. 195, donne à l'ache cultivée le 
nom de pi-mit, à Tache sauvage celui de pi-kram et le nom 
de pi-serinou au persil. 



L'HORTICULTURR DANS L'KGYl'TE ANCIENNE. 73 

employé seul, désigne, lui aussi, l'ache cultivée ; cette 
plante aurait donc pris place dans les jardins égyp- 
tiens. 

Le pourpier Portulaca oleracea L.) s'y trouvait-il 
également \ Originaire de la région qui s'étend de 
l'Himalaya k la Grèce', cette plante a été connue de 
rÉgypte pharaonique. M. Maspero a trouvé dans un 
texte hiéroglyphique le nom malihmakJiaï, qu'il faut 
rapprocher du copte mehmouhi, traduit en grec par 
hlzy:/rr^ : pourpier"; il est dès lors difficile de ne point 
admettre que le mot makliinahliai ne désigne pas cette 
plante. Le Pseudo-Apulée attribuait aussi au pour- 
pier le nom égyptien mothmutbn'', qui n'en est évi- 
demment qu'une variante. Le Portulaca oleracea 
existait donc à une époque reculée dans la vallée du 
Nil; Schweinfurth l'y regarde comme indigène*, et il 
n'est pas impossible qu'il y ait été anciennement 
cultivé. 

Une autre plante qui dut aussi pénétrer en Egypte, 
mais à une date relativement récente, est la coranète ou 
jute, ar. molokhiéh [Corchorus oliloriush.). Théophras- 
te% qui paraît bien avoir connu cette plante, parle de son 
amertume passée en proverbe et ajoute que ses feuilles 
ressemblaient à celles du basilic. Pline de son côté 
nous apprend qu'on la mangeait à Alexandrie*; le 
Corchorus était dès lors cultivé de son temps en 
Egypte. De CandoUe ne croit pas qu'il y fût connu 



1. A. de CandoUe, op. lamt.. p. 70. 

2. ^'ictor Loret, La Flore pharaonique, p. 73, n" 12'i. 

3. De hcrhurum virtutibus, cap. 104. 

4. Illuslralion de la Flore crEf/i/ple. p. 50. 

5. Ilislon'a plajitarioii. lib. Vil, cap. 7. 2. 

6. Ilisloria naluralis, lib. XXI, cap. 52. 



74 LES l'LANTES CIIKZ LES EGYI'TIENS. 

anciennement '; Scbweinfurth ne le considère aussi 
que comme subspontané dans la vallée du NiP; peut- 
être y fut-il importé de la région tropicale sous les 
Ptolémées. 

Les figures, dans lesquelles M. Victor Loret a cru 
reconnaître des laitues, ont été prises par Unger pour 
des représentations d'artichauts \ Quelque grande 
qu'ait été en botanique l'autorité du naturaliste vien- 
nois, il est difficile, bien que M. Franz Wœnig n'ait 
pas hésité cà l'admettre, de se ranger à sa manière de 
voir\ et il est plus que douteux que l'artichaut ait été 
connu, encore moins cultivé, en Egypte, avant l'époque 
gréco-romaine. 

A côté des plantes plus ou moins alimentaires dont 
il vient d'être question, les anciens Égyptiens en culti- 
vaient d'autres comme condiments, à cause de leurs 
qualités aromatiques: tels étaient l'anis, la coriandre, 
le cumin et probablement l'aneth et le fenouil. Suivant 
Pline et Dioscoride% l'anis d'Egypte ne le cédait qu'à 
celui de Crète ; cette ombellifère croissait donc en 
Egypte, mais elle n'y est pas indigène ; à quelle 
époque y fut-elle importée ? L'anis [Pimpinella ami- 
sum L.) porte en copte le nom emki ou mki, découvert 
par M. Victor Loret dans deux manuscrits de la Bi- 
bliothèque nationale ^ ; or on trouve dans le Papyrus 



1. Orif/ine des plantes cuHivécs, p. 105. 

2. Illustration de la Flore d'Egypte, p. 53. 

3. Sitz.uncjsberichte, t. XXXVill (an. 1859), p. 112. 

'i. C'est aussi l'avis d'A. de Candolle, op. laud., p. 75. 

5. « Laudatissimum est Creticum, proximum Aegyptium », 
lib. XX, cap. 73, — De inateria medica, lib. III, cap. 58. 

6. Recherches sur plusieurs plantes, etc., XII f, p. 5. (Recueil 
de travaux, t. XVI.) 



L'nORTlCULTlIΠDANS L'KGYPTE ANCIENNE. 75 

Ebers le lermo maqaï, nom d'uno substance qui, 
« desséchée, broyée et triturée », était recommandée 
contre les « oppressions de l'estomac » ; l'habile 
égjptologue lyonnais y a cru trouver la forme antique 
de emkl et par suite le nom de l'anis ; cette plante a 
donc été introduite dans la vallée du Nil, au plus tard, 
au commencement de la XVI IP dynastie ; elle y fut 
sans doute cultivée depuis lors, comme elle l'est encore 
aujourd'hui, surtout dans le Fayoum et la Haute- 
Egypte \ 

La coriandre [C oriandruni sativuin L.) dut l'être 
également au plus tard vers la même époque ; son 
nom hiéroglyphique ounshaou, qu'on rencontre fré- 
quemment, ainsi que le nom de sa graine, owishi', 
dans les papyrus médicaux, en est la preuve. Il existe, 
au Musée de Leyde, deux paquets de graines de co- 
riandre trouvées, dit-on, dans des tombes pharaoni- 
ques ; mais l'origine en est douteuse^ On a découvert 
dans un hypogée de la XXIP dynastie, situé à Deir-el- 
Baliari, des fragments de cette plante que Schweinfurth 
a pu identifier''. Enfin plus récemment M. Flinders 
Pétrie a, ce qui ne saurait surprendre, trouvé une 
capsule de coriandre dans la nécropole gréco-romaine 
de Hawara '\ Pline regardait la coriandre d'Egypte 
comme préférable à celle des autres pays "; mais sui- 

1. Figari. Stiu/ii sulV Efjitto, t. II, p. 97. — Illustralion de 
la Flore cl' Kgyple, p. 80. 

2. Victor Loret, Berherchcs sur jjlusieurs plantes, VI. 
{Recueil de travaux, t. XV.) Dioscoride. liv. III, chap. 4'i (71). 
dit que les égyptiens appelaient ochion la coriandre. 

3. Communication de M. Pleyte. 

'*. Berichle der botanischen Gesellsc/ia/t. t. 11, p. 359. 

5. Hairara, liiahmu and Arsinoë, p. 52. 

6. llistoria naturalis, lib. XX, cap. 82. 



76 LES PLAîs'TES CHEZ LES EGYPTIENS. 

vaut lui, cette plante n'existait pas à l'état sauvage 
dans la vallée du Nil ; elle ne pouvait donc qu'y être 
cultivée. Une inscription parle de la graine ounshi 
du district troïque\ situé en face de Memphis, 

Le cumin [Cumimim cyminum L.), (( le meilleur des 
condiments )s comme l'appelle Pline ^ fut aussi an- 
ciennement connu et sans doute cultivé en Egypte; 
Dioscoride dit que le cumin qui croissait dans ce pays 
prenait place pour sa bonté tout après celui d'Ethio- 
pie ^ On conserve au Musée de Florence une graine de 
cette ombellifère trouvée dans une tombe pharaonique*. 
Le cumin portait dans la langue hiéroglyphique un 
double nom, celui de tapnen, qu'on rencontre souvent 
dans les papyrus médicaux, et le nom de qamnini, 
qui paraît emprunté aux langues sémitiques', — hé- 
breu kmnmon, ar. kammoim. — C'est de Syrie, en 
effet, que cette ombellifère, originaire du Turkestan, 
fut probablement importée en Egypte. 

Le cumin est renommé pour ses vertus carmina- 
tives ; il en est de même de l'aneth [Anethum graveo- 
iens L.) et pour cette raison cette plante fat, ainsi 
que le cumin, cultivée dans l'ancienne Egypte, comme 
elle l'est dans l'Egypte actuelle ^ L'aneth portait, dans 
la langue hiéroglyphique, le nom à'ammisi, qu'on ren- 
contre dans les Papyrus Ebers et de Berlin ; il faut 
rapprocher de ce mot le vocable amisi, e?nisé de 



1. Victor Loret, Recherches sur plusieurs plantes, VI, p. 3. 

2. llistoria naturalis, lib. XIX, cap. 57. 

3. De materia medica, lib. III, cap. 61 (78). 

4. A. Migliarini, Indication succincte des monuments rgyg- 
tiens, p. 75, n° 3628. 

5. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 72, n° 122. 

6. Illustration de la Flore d'Egi/pte, p. 81. 



L'HORTICULTURt: DANS L'KGYPTE ANCIENNE. 77 

quelques Scalae coptes, rendu par le grec xrrfiz'/, ar. 
shebet^; on voit donc que l'aneth était connu et pro- 
bablement cultivé dans la patrie des Pharaons dès les 
premiers temps de la XVIIP dynastie ; plante indigène 
dans l'Asie antérieure et dans la région méditerra- 
néenne', il n'est pas surprenant qu'il ait pénétré en 
Egypte à une époque aussi reculée. 

Le fenouil [Fœniculiim officinale L.)y dut pénétrer 
aussi à une date ancienne. 11 est fait mention dans le 
Papyrus gnostique de Leyde de la plante shamari 
hoout; or M. Victor Loret^ a trouvé dans une Scala de 
la Bibliothèque nationale le nom copte shamar hoout, 
traduit par l'arabe shamàr berri « fenouil sauvage ))\ 
ce qui parait bien prouver que la plante du Papyrus de 
Leyde est le fenouil. M. Loret croit aussi que le mot 
shamàrn, qui se rencontre une fois dans le grand 
Papyrus Harris, désigne probablement la même om- 
bellifère. 11 incline à la retrouver dans la plante besbes 
des Papyrus Ebers et de Berlin, nom qui se serait 
conservé dans l'arabe bisbas, une des appellations du 
fenouil. 



IL 



On vient de voir combien fut considérable — encore 
ai-je du en oublier — le nombre des plantes potagères 
cultivées dans les jardins égyptiens ; mais elles étaient 

1. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 71, n» 120. 

2. Boissier, Flora orientalis. Genève, 1872, in-8, t. II, p. 102G. 

3. La Flore pharaonique, p. 71, n" 121. 

'i. Kircher, op. laucl., p. 193, donne au fenouil ordinaire le 
nom do pi-aneoumor et celui de malatron au fenouil sauvage. 



78 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

loin d'être les seules qu'on y rencontrât. Si, à côté de 
la culture agricole proprement dite, avait pris place une 
culture maraîchère, qui ne lui cédait guère en impor- 
tance, les habitants de la vallée du Nil ne s'en tinrent 
pas là, et, à ces deux cultures si prospères, ils joigni- 
rent, les monuments en font foi, d'abord celles des arbres 
fruitiers, et plus tard celle des plantes d'agrément et 
des fleurs. Quel a été l'état successif de ces dernières 
cultures dans l'Egypte ancienne ? 

Les peintures d'une tombe de Béni-Hassan, qui 
représentent la propriété de Khnoumhotpou, contempo- 
rain de la XIP dynastie, peuvent nous donner une idée 
de ce qu'était, à cette époque, la culture maraîchère et 
fruitière dans la vallée du Nil'. A gauche, on voit une 
vigne, dont trois vendangeurs cueillent les raisins 
déjà mûrs, qu'un quatrième emporte dans des cor- 
beilles ; au delà, s'élèvent deux figuiers, l'un couvert 
de fruits, que cueillent deux ouvriers, aidés dans leur 
besogne par trois singes cynocéphales, l'autre qui on 
est dépouillé. Puis vient le potager, couvert de plantes 
disposées en plates-bandes quadrangulaires, que deux 
ouvriers sont occupés à arroser, tandis qu'un troisième 
personnage, le jardinier de Khnoumhotpou lui-même, 
— il s'appelait Nouflrhotpou — , met en bottes des 
oignons nouvellement arrachés'. Plus loin, à droite, 
se dresse un dattier qui complète le tableau. 

Le jardin pharaonique, tel que l'a peint l'artiste de 



1. Champollion le Jeune, Monuments de rpjgt/pte et de la 
Nubie, t. IV, pi. CCCVII, 3; CCCLVIIL 1, 2.'— Rosellini, 
Mo)iumenti civili (M\as), t. II, pi. XL. — Lepsius, Denkmdler, 
t. IV, pi. 127, tombe 2, face occidentale B. — Percy E. New- 
herry, lieni-IIasan. London, 1893-9 4, in-fol., t. I, pi. XXXIX. 

2. Rosellini, Momnnenti civili (texte), t. 1, p. 383-85. 



L'IIORTICULTURK DANS L'KGYPTE ANCIENNE. 79 

la XIP dynastie, renfermait à la fois, on le voit, des 
légumes et des arbres à fruit. La culture des légumes 
remonte sans doute aux temps les plus reculés de 
l'histoire égyptienne ; celle des arbres à fruits n'est 
guère moins ancienne. Sur une peinture tombale de 
Gizeh', qui date de la IV^ dynastie, se trouve déjà 
représentée la cueillette des fruits du sycomore, ainsi 
que la fabrication du vin. Une peinture de Zaouïet-el- 
Maïétin", un peu postérieure, — elle remonte seule- 
ment à la VP dynastie, — mais encore fort ancienne, 
nous fait assister aux différentes scènes de la ven- 
dange ; on y voit aussi des sycomores, qu'on est en 
train d'abattre et dont plus loin on débite le bois. Sur 
une tombe de Béni-Hassan^, qui remonte à la Xll" 
dynastie, sont représentés des dattiers que des ouvriers 
viennent abattre ; sur une autre tombe, également de 
Béni-Hassan*, celle de Khati, est sculptée de nouveau 
une vigne dont on cueille le raisin. 

La culture des arbres fruitiers avait donc pris de 
bonne heure, à côté des cultures agricoles ou maraî- 
chères, une place qui, modeste d'abord, ira toujours 
grandissant; on les plantait aux bords des jardins pota- 
gers ou des réservoirs aménagés partout où le Nil ne 
portait pas, en débordant, ses eaux bienfaisantes. 
C'est ainsi que sur une peinture tombale de Shéikh 
Abd-el-Gournah", contemporaine de la XVIIP dynas- 

1. Lepsius, Denkmaler, t. III, pi. 53, tombe 16. 

2. Lepsius, Denkmaler, t. IV, pi. 111, tombe 14. 

3. Lepsius, Denkmaler, t. IV, pi. 126, tombe 2. 

4. Rosellini, Monumenti civili (atlas), t. II, n« 37, 1 et 2 ; 
(texte), t. I, p. 368. 

5. ChampoUion le .leune. Monuments de l'Jù/i/ple et de la 
Nubie, t. II, pi. 185, 2. — Uoscllini, Moiiumenli civili, t. H, 
n° 40, 2. 



80 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

tie, on aperçoit un sycomore qui ombrage de son épais 
feuillage un réservoir, où un jardinier vient puiser de 
l'eau ; au delà se dresse un arbre, que Rosellini a 
pris pour un acacia ou un tamaris, plus loin un pal- 
mier doum. Désormais il n'y aura pas une pièce d'eau, 
nous en verrons tout à l'heure de nombreux exemples, 
qui ne soit entourée d'arbres'. Mais ce n'est pas là 
seulement qu'on les trouvait. 

Les jardins, tels que celui de Khnoumhotpou, où aux 
légumes utiles se joignaient quelques arbres à fruits, 
suffisaient peut-être aux besoins des habitants de 
l'ancien Empire ; il n'en fut plus de même pour ceux 
du nouveau, il leur fallait des jardins d'un tout autre 
caractère. L'antique culture maraîchère ne fut plus 
assez pour eux ; si le colon des campagnes s'en con- 
tentait toujours, si elle fournissait à l'artisan des 
villes une ample ressource pour son alimentation, elle 
ne pouvait satisfaire au luxe croissant et aux goûts 
nouveaux des grands ; leurs riches habitations de la 
ville, leurs maisons champêtres surtout réclamaient 
autre chose que des jardins destinés aux besoins ordi- 
naires de la vie ; il fallait à ces résidences somp- 
tueuses de l'ombre et de la fraîcheur ; des arbres seuls 
pouvaient leur en donner, et ceux-ci n'occupaient 
qu'une place restreinte dans les jardins potagers; 
aussi, outre ces jardins, que les grands faisaient cul- 
tiver par leurs métayers ou par leurs serviteurs, ils 
en avaient de tout différents, consacrés à des cultures 



1. C'est ainsi que, sur une peinture thébaine de la XVIII» 
dynastie, le réservoir, où des captifs occupés à construire le 
temple d'Amon puisent de l'eau, est entouré d'une rangée de 
sycomores. Prisse d'Avenues, Histoire de l'art égyptien d'après 
les moniimenis. Paris. 1878, ih-fol., pi. 59. 



L'HORTICULTURE DANS L'KGYPTE ANCIENNE. 81 

tout autres, et qui, tenant à la fois du parc et du ver- 
ger, étaient l'accompagnement obligé et l'ornement 
ordinaire de leurs palais et de leurs villas'. 

C'était Là qu'après les fatigues de la guerre ou le 
soin des affaires les pharaons et leurs ofRciers allaient 
goûter le repos ; là, au bord des pièces d'eau qu'ani- 
maient de leurs ébats des oiseaux aquatiques, à 
l'ombre des arbres rares ou utiles qu'ils avaient réunis 
à grand'peine, ils allaient avec leurs femmes « faire 
un jour heureux » et prendre le frais", jouissance si 
délicieuse dans un pays dévoré par les ardeurs du 
soleil, qu'on n'en concevait pas de plus grande au 
delà de la tombe : « Que je me promène, fait dire à 
un mort son inscription funéraire ^ chaque jour, sans 
cesse, au bord de mes étangs, que mon àme repose 
sur les branches des arbres que j'ai plantés, que je 
me rafraîchisse sous mes sycomores. » Ce n'était pas 
seulement pour les hommes occupés que les jardins 
étaient ainsi un lieu de délassement et de repos, les 
dames aussi y trouvaient une retraite charmante et 
recherchée ; elles aimaient à se promener dans les 
nombreuses allées qui y étaient ménagées ; elles y 
recevaient les visites de leurs amies et y passaient dans 
de longs entretiens les heures brûlantes du jour. 

Les Égyptiens aussi, et cela se comprend, mettaient 



1. « J'ai planté ta ville de Thèbes », dit Ramsès dans le 
Papyrus Ilarris, « d'arbres, d'arbustes, de fleurs /«(ra. men/iet, 
pour ton nez. » PI. Vil. Zeilschrifl filr agyplische Sprac/te, 
t. XI (an. 1873), p. 54. 

2. G. .Maspero. Le tombeau de Nakhti. (Mémoires publiés par 
les membres de la mission archéologique française au Caire, 
t. V, p. 'il2). 

3. Karl Piehl, Xoles de critique. (Recueil de travaux, etc. 
t. I, n" 3, p. 196.) 

I. 6 



82 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

le plus grand soin à entretenir et à embellir ces lieux 
de prédilection ; ils les ornaient d'arbres amenés par- 
fois de lointaines contrées. Un officier de Thoutmès P"" 
(XYIIP dynastie), Anna, intendant des greniers d'Amon 
et directeur des travaux du roi, rappelle avec complai- 
sance, dans son inscription funèbre', les arbres nom- 
breux et plusieurs d'essence rare dont il avait rempli 
son jardin. Dans le papyrus moral de Boulaq, un 
vieux scribe, Khonsouhotpou, félicite son fils Ani du 
domaine qu'il avait acquis et accru. « Tu as, lui dit- 
il", mis en état tes champs, entouré de haies ton 
domaine ; tu as planté autour de ta demeure des syco- 
mores en allées. Tu remplis ta main de toutes les fleurs 
que tu vois. » 

Les jardins, aux yeux des Égyptiens, étaient d'un si 
grand prix que, dans leur anthropomorphisme, ils ne 
croyaient pouvoir offrir aux dieux rien de plus grand 
ou de plus auguste. Parmi les dons que Ramsès III 
fit aux temples d'Egypte, il y avait cinq cent quatorze 
parcs ou bois sacrés. « Je t'ai aménagé d'immenses 
jardins avec des arbres magnifiques et des vignes», 
dit le Pharaon dans la charte de donation, en parlant 
des parterres offerts aux divinités d'Héliopolis.... « J'ai 
fait planter pour toi des bosquets remplis d'arbres divers 



1. Henri Brugsch, Recueil de monuments égypliens. Leipzig, 
1862, in-4, l'« partie, p. 48, pi. XXXVI. — Charles E. Mol- 
denke, Ueber die in alUujypiischen Texlen erwiihnlen Baume 
und deren Verwerthung. Leipzig, 1886, in-8, p. 18. — H. Bous- 
sac, Le tombeau d'Anna. (Mémoires de la mission archéolo- 
gique au Caire, 1896, t. XVllI, fasc. 1, pi. s. n.). 

2. E. de Rougé, Étude sur le Papi/rus 4 dii musée de Boulaq. 
{Comples rendus de V Académie des Inscrijjtions, an. 1861, 
p. 345). — Araélineau, La morale égyptienne quinze siècles 
avant noire ère. Paris. 1892. in-8, p. 90. 



L'HORTICULTURE DANS L'Kf.YPTE ANCIENNE. 83 

et de dattiers, avec de vastes bassins couverts de fleurs 
de lotus et de joncs'. » 

Ces textes nous laissent déjà entrevoir ce qu'était 
un jardin dans l'ancienne Egypte ; les peintures des 
hypogées achèvent de nous le faire connaître '. Établi, 
pour en faciliter l'arrosage, dans le voisinage de quel- 
que canal, entouré, ainsi que la villa dont il dépendait, 
de murs qui en défendaient raccès, le jardin pharao- 
nique était d'ordinaire divisé en plusieurs sections, 
consacrées chacune à une culture particulière et 
séparées les unes des autres par une muraille peu 
élevée ; des bassins y entretenaient une fraîcheur per- 
pétuelle, en même temps qu'ils fournissaient l'eau 
nécessaire aux plantes qu'on y cultivait. Dans le 
voisinage de ces bassins des espèces de kiosques en- 
tourés d'arbres permettaient de jouir en paix du repos 
et de l'ombre. Une large porte donnait accès dans le 
jardin et une allée conduisait à la maison d'habitation 
située le plus souvent à l'extrémité opposée de l'en- 
ceinte. Eloignée du tumulte de la ville et protégée 
contre les ardeurs du soleil, une pareille retraite offrait 
à son possesseur un intérieur calme et paisible, où il 
vivait exempt du souci des affaires et loin des bruits 
du monde. Elle pouvait d'ailleurs offrir les dispositions 
les plus diverses. 

Une peinture deThèbes, par exemple^ nous montre 

1. Aus dem grossen Papyrus I/arn's von Aug. Eisenlohr, 
pi. XWW. (Zeitschrifl fiir (igyplisc/ie Spmche, t. XI (an. 1873), 
p. 98-99 

2. (;. Wilkinson, The manners and ciistoms of thc ancient 
Eggptinns, t. I, p. 377. — Perrot et Chipiez, Histoire de l'art 
dans l'antiquiti'. Paris, 1882, in-8, t. I. Ll'jgyple, p. 482. 

3. J. Hosellini. Monumenti cirili\ t. II, p. 382-8'i. Atlas, 
t. II, pi. LXVllI, 2. 



84 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

une enceinte quadrangulaire, dans laquelle on pénètre 
par deux portes ; celle de droite donne accès dans la 
maison, celle du côté gauche conduit dans le jardin ; 
celui-ci paraît, par le manque de perspective, divisé 
en trois sections ; en haut on voit une treille formée de 
trois vignes couvertes de grappes de raisins déjà 
mûres ; de chaque côté se dresse un arbre sans carac- 
tère bien défini, mais probablement un sycomore. 
Dans la seconde section se voient un grenadier et 
peut-être un perséa. Au delà de ce jardin si simple 
s'étend une cour, au fond de laquelle se trouve une 
espèce d'office garni de vaisselle et de victuailles ; au 
bas se dresse une table d'offrandes. A droite de la cour 
règne une galerie pourvue d'une large fenêtre et plus 
loin apparaît l'habitation. Le moment où l'artiste a 
peint cette villa est celui où la maîtresse de la maison 
et les femmes de sa famille reçoivent la visite de 
dames étrangères, qui viennent prendre part à une 
fête. Celles-ci sont entrées par la porte du jardin et 
s'avancent, en s'inclinant, vers la maîtresse de la 
maison, debout sur le seuil de la porte, et lui offrent 
leurs hommages et des présents. 

tJne autre peinture, qui se trouve également dans 
une tombe thébaine', représente à droite une rési- 
dence d'été précédée d'un portique, devant lequel se 
dressent un obélisque et une espèce de colonne ou de 
mât. Au delà s'étend le jardin, avec son bassin cen- 
tral, alimenté par les eaux d'un canal extérieur, avec 
lequel il communique par une large tranchée ou fossé 
intérieur. De chaque côté de ce fossé et du bassin 
s'alignent des arbres sans caractère distinctif, mais 

t. G. Wilkinson, op. laud., t, I, p. 366, pL 136. 



L'HORTICULTLFΠKA.NS L'KGVI'TE ANCIKNNK. 85 

dans lesquels il faut voir sans doute des sycomores ; 
on en voit également le long de la façade septen- 
trionale de la maison; parallèlement à la tranchée inté- 
rieure sont plantés des papyrus' et un arbuste sans 
forme précise, mais qui représente peut-être un cep 
de vigne. L'artiste ne s'est pas borné à donner cette 
esquisse; il a représenté dans la partie du jardin, voi- 
sine de la villa, une visite faite à la maîtresse de la 
maison par des dames, à chacune desquelles elle offre 
un bouquet. 

Dans ces deux peintures l'artiste pharaonique a 
tenu à nous faire assister à des scènes d'intérieur qui 
nous initient à la vie intime de ses contemporains ; 
dans quatre autres peintures, également thébaines et de 
la même époque, l'une qui se trouve au British Muséum, 
la seconde publiée par les membres de la mission 
archéologique française au Caire, la troisième donnée 
dans les Monuments de Lepsius et la quatrième repro- 
duite par Rosellini, l'artiste, au contraire, a laissé de 
côté les scènes d'intérieur et ne s'est attaché qu'à 
représenter, dans leurs moindres détails, les villas et 
surtout les jardins de son temps. 

Le jardin de la peinture conservée au Britis/i 
Muséum- est d'une grande simplicité. Composé d'un 
enclos rectangulaire allongé, au centre s'étend un 
bassin de même forme, sur lequel on voit des oies 
prendre leurs ébats, tandis que des poissons se jouent 
dans ses eaux, au milieu desquelles poussent six 
touffes de lotus. Autour de ce bassin se trouve une 



1. Il semble aussi qu'il y a seize touffes de papyrus dans le 
bassin. 

2. Xoti/iern Egyplinn r/allery, n" 177. 



86 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYI'TIENS. 

rangée de plantes aquatiques et d'arbustes ; j'ai compté 
cinq touffes de papyrus, un arbuste à fleurs ou fruits 
rouges à peine distincts et un autre arbuste à fleurs 
blanches. Je reviendrai plus loin sur ces deux arbus- 
tes. Au delà et parallèlement à chacun des murs du 
jardin, règne une rangée d'arbres ; en haut, d'abord 
un sycomore, un arbre à basse tige et à feuilles longues, 
avec des fruits semblables à des dattes', un palmier 
doum, puis encore un sycomore, un dattier, peut-être 
un perséa, suivi d'un second palmier doum, enfin un 
troisième sycomore, au pied duquel une femme range 
des figues dans une corbeille. A gauche on voit un 
sycomore entre deux perséas. En bas il y a sept arbres 
analogues à ceux de la partie haute du jardin, mais 
distribués d'une manière un peu différente ; d'abord 
un arbre méconnaissable, ensuite un dattier, un syco- 
more, peut-être un perséa, puis encore un dattier, un 
sycomore et un dattier. Le côté droit est détruit. Là 
se trouvait sans doute la demeure du propriétaire du 
jardin; elle était probablement aussi simple que celui-ci. 
Le jardin de Rekhmara, ofiîcier de Thuutmès III, à 
Shéikh Abd-el-Gournah, — j'aurai encore occasion 
d'en parler dans un autre chapitre — offre un aspect 
bien plus opulent". Le vaste bassin qui en forme le 
centre est entouré d'une première rangée de dix-neuf 
à vingt arbres sans caractère distinctif, mais qui pour- 
raient bien être des jeunes sycomores ; au delà règne 
une seconde rangée d'arbres composée de vingt-six à 



1. On serait tenté d'y voir un jeune dattier, ce qui confir- 
merait l'assertion de Théophraste, que cet arbre peut porter 
des fruits n'étant encore arrivé qu'à la hauteur d'homme. 

2. Mémoires de la mission archéolo;/ique française au 
Caire, t. V, Uv. 1, p. 16(3, pi. XXXVllI. 



L'HORTICULTURE DANS L'KGYPTE ANCIENNE. 87 

vingt-huit dattiers ou doums, alternant entre eux ; 
plus loin on voit une troisième et dernière rangée de 
22 arbres, encore sans caractère bien défini : syco- 
mores, perséas, myrobalans, grenadiers peut-être et 
arbres fruitiers semblables. De la villa le portique 
seul est représenté. 

Sur une peinture d'un des tombeaux de TelLel- Aniarna, 
celui d'Aï, gendre du pharaon Khouniaton, l'artiste 
pharaonique, au contraire, a représenté en son entier 
la résidence du défunt, avec son jardin et ses dépen- 
dances'. Entourée d'une enceinte murée, une porte 
principale, flanquée de deux portes plus petites, y 
donnait accès et conduisait dans une allée ombragée 
d'arbres, qui séparait les deux corps de bâtiments 
principaux ; devant chacun d'eux et au midi se trou- 
vait un bassin, une rangée d'arbres régnait tout autour 
du bâtiment de droite et au nord de la maison de 
gauche se trouvait le jardin avec son large bassin au 
milieu, une espèce de pavillon ou de kiosque à côté, 
une double rangée d'arbres en bas, ainsi qu'à droite 
et à gauche et une simple rangée en haut. Au-dessus 
du corps de bâtiment de droite et au delà de la rangée 
d'arbres qui le bordait au nord, s'étendait la maison 
d'exploitation agricole, avec la basse-cour, les écuries, 
les greniers, etc. Des deux corps de bâtiments celui 
de droite était de beaucoup le plus considérable, celui 
de gauche semble avoir été entouré d'une cour inté- 
rieure plantée d'arbres, et à droite et à gauche de 
laquelle se trouvaient les offices ou les caves, à en 

1. Lepsius, Denkmiiler, t. VI, pi. 95. — Wilkinson, op. Inud., 
t. I, p. 369, pi. 9. — Prisse d'Avennes, Histoire de l'art égyp- 
lien, pi. 45. — G. .Maspero, L'Arc/u'oloyie égyptienne. Paris, 
1887, p. 17. 



88 LES^ PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

juger par le grand nombre d'amphores et de vases 
divers qu'on y voit. 

Quant aux arbres qui entourent les habitations, on 
en compte de cinquante à soixante ; mais il est assez 
difficile d'en reconnaître la nature ; deux en bas pa- 
raissent être des figuiers, si l'on en juge d'après la 
forme de leurs feuilles, qu'on pourrait prendre aussi, 
il est vrai, pour des feuilles de vigne ; les autres étaient 
probablement des sycomores, mais leur forme purement 
schématique ne permet guère de se prononcer avec 
certitude. Plusieurs des arbres du jardin, par contre, 
se reconnaissent sans peine ; on y voit un palmier 
doum, quatre dattiers, dix grenadiers, six arbres qu'on 
peut prendre comme ceux du bas pour des figuiers, 
quatre sans caractère défini, peut-être des sycomores, 
et un dont les rameaux dénudés ne permettent aucune 
identification. 

On voit quelle quantité d'arbres étaient accumulés 
autour de la villa des tombes de Tell-el-Amarna; il y en 
avait un bien plus grand nombre encore dans le parterre 
de la villa d'un chef militaire, contemporain d'Amenhot- 
pou II, septième roi de laXY IIP dynastie, résidence dont 
ChampoUion' et Rosellini'ontdonnéledessin, reproduit 
dans les ouvrages sur l'agronomie, l'archéologie ou la 
botanique égyptiennes de Wilkinson^ Franz Wœnig'', 
Charles Moldenke^ et Maspero^ Leur ensemble for- 



1. Monuments de r Egypte et de In Nubie, pi. 261. 

2. Monumenli civili, texte, t. II, p. 382; atlas, t. II, pi. 69. 

3. The manners and cusloiiis t. I, p. 377, pi. 150. 

4. Die Pflanzen iin allen Aegypten, p. 232. 

5. Ueber die alliigyplischen Bi'mme, p. 41. 

6. U Archéologie égyptienne, p. 15. — Histoire ancienne, 
t. I,p. 291. 



L'HORTICUI/rUKK DANS LKGVI'TI': A.NCIK.NNI::. 89 

niait un vaste carré, entouré de murs crénelés et situé 
à l'ouest d'un canal dont il est séparé par une chaussée, 
que bordait une rangée de sycomores. Sur cette chaus- 
sée s'ouvre la porte d'entrée ; elle donne sur une cour 
intérieure, où se trouve une petite habitation; on dirait 
la loge du portier. Au delà de la cour s'étend le vignoble, 
vaste plant composé de vingt-quatre ceps, conduits 
sur des treillis, et formant un berceau impénétrable 
aux rayons du soleil. Plus loin et à l'extrémité oppo- 
sée à la porte d'entrée s'élève la villa, séparée du mur 
de clôture de droite par une double rangée d'arbres, 
la première composée de quatre sycomores, la seconde 
de dattiers et de palmiers doums. De chaque côté de la 
cour qu'entourent des murs peu élevés sont creusés deux 
bassins rectangulaires ; deux autres bassins presque 
carrés sont situés au-dessus et au-dessous de la vigne ; 
à droite et à gauche de ceux-ci et à gauche des deux 
autres sont plantés des papyrus ; des touffes de papyrus 
encore semblent pousser au milieu de ces bassins, sur 
les eaux desquels se jouent des oiseaux aquatiques, des 
oies et des canards. Près des derniers bassins, et à 
côté des papyrus, s'élevaient deux espèces de kiosques, 
où l'on venait sans doute prendre le frais. 

Le reste du jardin était rempli par des arbres à fruit. 
Des deux côtés de la vigne s'étendait une longue rangée 
de dattiers; au nord et au sud de la villa, étaient 
plantés des sycomores, huit au nord, quatre au sud; 
derrière eux s'alignaient huit dattiers ; une rangée de 
douze sycomores, au contraire, se trouvait au delà des 
bassins du jardin ; en haut et en bas de celui-ci courait, 
parallèlement au mur de clôture, une autre rangée de 
trente-cinq arbres, palmiers doums, sycomores et dat- 
tiers alternant entre eux. Une double rangée de pal- 



90 LES PLAINTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

miers s'élevait aussi le long du mur de clôture de 
droite, tandis que trois sycomores se dressaient de 
chaque côté de la loge du garde, ainsi que huit syco- 
mores au-dessous, huit palmiers au-dessus des bassins 
de droite. Enfin, entre les bassins et ceux du jardin se 
trouvait un petit enclos rempli de douze arbres, peut- 
être des sycomores. Cela faisait en tout, y compris les 
vingt-quatre vignes, deux cent soixante dix-huit arbres. 
On voit par là quel aspect particulier offrait ce jardin ; 
les arbres y étaient multipliés, moins pour l'agrément 
qu'en vue de l'ombre et de la fraîcheur, et il faut ajou- 
ter de l'utilité, puisque presque tous étaient ou parais- 
sent avoir été des arbres à fruits. 

Autant qu'on en peut juger par une représentation 
souvent imparfaite ou conventionnelle, les jardins dont 
je viens de parler, si l'on fait abstraction des deux 
arbustes de la peinture du Musée britannique, ne ren- 
fermaient pas plus de six à sept espèces d'arbres ; le 
jardin de Thèbes à obélisque n'en contenait même peut- 
être que deux ; c'est peu et sans doute il en était sou- 
vent dans la réalité tout autrement; nous connaissons 
au moins un jardin, celui du scribe Anna, qui en ren- 
fermait un nombre bien plus grand'. L'inscription 
funéraire de cet officier nous apprend qu'il avait planté 
dans son parc vingt espèces différentes d'arbres, parmi 
lesquelles d'ailleurs se trouvaient les diverses essences 
dont j'ai signalé l'existence dans les jardins que je viens 
de décrire". Malheureusement sur ces vingt espèces, 

1. Henri Brugsch, Recueil de monuments, pi. XXXVI. — 
G. Maspero, Hi&toire ancienne, t. I, p. 201. 

2. Charles E. Moldenke, op. laud., p. 20. — H. Boussac, Le 
lombeati d'Anna, pi. s. n. La peinture du jardin d'Anna ne 
donne qu'une idée imparfaite du nombre — on en voit moins 



L'IIOIITJCULTUKK DANS L'IiGYPTE ANCIK.NNE. 91 

cinq ou six n'ont pu être identifiées. Restent quatorze 
à quinze espèces connues ; mais elles étaient loin d'être 
cultivées, nous venons de le voir, dans tous les jardins 
pharaoniques, et le nombre de celles qu'on y rencon- 
trait variait d'ailleurs avec l'étendue de ces jardins, 
ainsi qu'avec le goût ou la richesse de leurs posses- 
seurs. Ce n'étaient pas toutes non plus des essences à 
fruits ; à côté d'elles prenaient place des arbres d'orne- 
ment, cultivés pour la grâce ou la beauté de leur feuil- 
lage, mais en bien moins grand nombre toutefois que 
les arbres fruitiers. 

Les plus répandus parmi ces derniers étaient le 
dattier, le palmier doum et le sycomore; le jardin du 
scribe Anna renfermait cent soixante-dix dattiers, cent 
vingt palmiers doums et quatre-vingt-dix sycomores, 
ainsi que trente-un caroubiers ' et douze vignes ; mais 
les autres arbres fruitiers n'y figuraient qu'en nombre 
presque insignifiant; on n'y comptait que cinq figuiers, 
cinq grenadiers, autant d'arbres iiebs'^, trois perséas, 
deux arbres à noix de ben^ et seulement un palmier 
argoun. Quant aux arbres d'ornement, ce même jardin 

de cinquante — et des espèces d'arbres qu'il renfermait; la 
disposition en est d'ailleurs toute particulière ; la maison se 
trouve avec les greniers dans la partie méridionale ; au delà 
est le bassin avec ses lotus habituels, ayant à droite quatre, à 
gauche trois arbres, qui semblent appartenir à des essences 
différentes ; puis viennent trois rangées d'arbres, dont les dat- 
tiers, plantés au milieu de la première, sont seuls reconnais- 
sablés ; enfin au fond et à gauche se trouve le kiosque, où 
Anna et sa femme prennent le frais et devant lequel s'étend 
un plant irrégulier de palmiers doums. 

1. Victor Loret. Recherches sur plusieurs plantes, \U. Le 
caroubier. (Recueil de travaux, t. XV, p. 113.) 

2. ^'oir le chapitre suivant, p. 125. 

3. Mctor Loret, Recherches, etc. I. L'olivier et le morinya. 
(Recueil de travaux, t. Vil, p. 101.) 



92 LES PLANTES CHEZ LES P:GYPTIENS. 

en renfermait trois espèces, en nombre restreint tou- 
tefois : dix tamaris, ainsi que dix saules safsaf et seu- 
lement trois acacias. Aucune de ces espèces ne se ren- 
contrait, à ce qu'il semble, dans le verger de l'officier 
d'Amenhotpou II, ainsi que dans les autres parterres des 
hypogées thébains'. Ils ne paraissent aussi avoir ren- 
fermé ni caroubiers, ni arbres 7iebs ou à noix de ben, 
ni palmiers argouns ; mais les autres arbres à fruits y 
étaient plus ou moins complètement représentés : il y 
avait jusqu'à quatre-vingt-douze dattiers, vingt-deux 
palmiers doums, soixante-douze sj'comores et vingt- 
(luatre vignes dans le parterre du chef militaire con- 
temporain d'Amenhotpou II. 

Telle était à peu près la composition d'un jardin 
égyptien à l'époque de la XVIIP dynastie ; il suffi- 
sait peut-être aux exigences de l'époque ; mais il man- 
quait de variété et on y eût cherché en vain quelques- 
uns des meilleurs fruits de l'Asie antérieure, ainsi que 
plusieurs des plus beaux arbres d'ornement de la 
région méditerranéenne, qu'il devait posséder plus 
tard. Il les acquit successivement, d'abord sous les 
grands princes du nouvel empire, plus tard à l'époque 
de la domination perse et surtout sous celle des Pto- 
lémées. Les expéditions des Ahmessides et des Rames- 
sides en Ethiopie au sud, en Syrie et jusqu'à l'Eu- 
phrate au nord, l'occupation de la terre do Qimit par 
les Perses, qui, partis du plateau de l'Iran, avaient 
étendu leur domination d'un côté jusqu'à l' Indus et de 
l'autre jusqu'aux rivages de la Méditerranée, enfin la 
conquête d'Alexandre et l'établissement de dynasties 



1. On aperçoit, au contraire, un acacia ou un tamaris dans 
le jardin potager de la peinture d'Abd-el-Gournah. 



L'HORTICULTURE DANS L'Kr.YPTR ANCIENNE. 93 

grecques en Syrie et sur le trône d'Egypte, n'avaient 
pu manquer d'avoir leur contre-coup sur l'agronomie 
et l'horticulture, comme sur la civilisation, de l'Asie 
antérieure tout entière et en particulier de la vallée du 
Nil. Ces grands mouvements de peuples et d'armées, 
ainsi que les relations pacifiques et commerciales qui 
les accompagnèrent ou qui les suivirent, eurent pour 
conséquence naturelle de transporter, hors de leur 
pays d'origine, nombre d'espèces végétales ; plusieurs 
pénétrèrent alors pour la première fois dans l'antique 
patrie des Pharaons. 

Dès longtemps les princes égyptiens avaient aimé 
à enrichir leur pays des produits de l'étranger ; l'expé- 
dition pacifique envoyée par la reine Hatshopsitou au 
pays de Pount chercher des arbres à encens, dont j'ai 
parlé plus haut', ne fut pas un fait isolé. Ramsès III 
rappelle dans le grand Papyrus Harris les arbres que, 
lui aussi, avait fait planter dans la cour du temple de 
Thèbes ". Leurs expéditions militaires au delà des fron- 
tières de l'Egypte offraient, d'ailleurs, aux Pharaons 
une occasion naturelle d'importer dans leur pays les 
végétaux utiles qu'ils avaient remarqués à l'étranger. Ils 
n'y manquèrent pas. C'est sous les Ahmessides proba- 
blement, conquérants de la Syrie, que la flore horti- 
cole de l'Egypte s'enrichit de l'olivier^ cultivé depuis 
un temps immémorial au pays de Chanaan. Le pom- 



1. Chapitre i, p. 18. 

2. Zeilschrifl fiir (igi/ptisrhe Sjirnche, t. XL p. 35. 

3. M. W. Pleyte (La couronne de la Justi/ication, p. 13), 
suppose que l'olivier a été introduit en Egypte sous la XIX« 
dynastie ; il me semble plus conforme à la réalité d'en faire 
remonter l'introduction, soit aux Hycsos, soit aux princes de 
la X\'lil'^ dynastie. 



94 LES PLANT KS CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

mier apparaît à l'époque de la XIX" dynastie ; Ramsès II 
rit planter des pommiers dans ses jardins du Delta^ 
L'importation de l'amandier semble avoir été plus tar- 
dive", elle n'eut peut-être lieu que sous les Ptolémées. 
C'est sous ces princes encore, et vraisemblablement 
même sous les derniers d'entre eux, sinon à l'époque 
romaine, que le mûrier à fruits noirs, le pêcher, le ce- 
risier, de même peut-être que le poirier^ furent im- 
portés dans la vallée du Nil. 

En même temps qu'ils s'enrichissaient ainsi d'arbres 
fruitiers jusqu'alors inconnus, les parcs égyptiens s'em- 
bellirent également de nouveaux arbres d'ornement. 
L'introduction du peuplier blanc et du platane, que 
Théophraste montre croissant, bien qu'en petit nombre, 
sur les bords du NiT, doit remonter à une époque 
déjà reculée; celle du chêne, qui, d'après le même na- 
turaliste, se serait trouvé en abondance, avec des 
perséas et des oliviers, dans un bois des environs de 
Thèbes", doit être également ancienne; en est-il de 
même de l'introduction du frêne, qu'il faitcroître aussi, 
de même que l'orme^ en Egypte? Je ne saurais rien 
en dire, pas plus qu'au sujet de l'importation dans la 
vallée du Nil du tilleul, cet arbre de la région tempé- 

1. Victor Loret, Recherches, etc. V. Le pommier. {Recueil 
de travaux, t. VII, p. 113.) 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 83. 

3. M. Flinders Pétrie a trouvé des fruits de ces divers arbres 
dans la nécropole gréco-romaine de Hawara, ce qui n'est pas 
toutefois une preuve absolue que ceux-ci fussent cultivés en 
Egypte ; le poirier même n'y est pas planté aujourd'hui. 
G. Schweinfurth, IlJusiralion de la Flore d'Egypte, s. v. 

4. llistoria plantarum, lib. IV, cap. vui, 2. 

5. Historia plantarum, lib. IV, cap. 2, 8. Théophraste se 
sert seulement du mot opOî sans dire de quelle espèce il s'agit. 

6. llistoria plantarum, lib IV, cap. vni, 2. 



L'HORTICULTURE DANS I/EGYPTE ANCIENNE. 90 

rée de l'Europe, dont M. Flinders Pétrie a retrouvé 
des restes dans la nécropole gréco-romaine de Ha- 
wara*. Cette importation remonte sans doute assez peu 
haut. C'est probablement aussi à une date récente que 
le laurier", originaire de la région méditerranéenne, a 
pénétré dans les jardins de l'Egypte. Si l'introduction 
de ces espèces nouvelles enleva à ces jardins le carac- 
tère intertropical qu'ils avaient eu jusque-là et les 
rapprocha des jardins de l'Asie antérieure ou de l'Eu- 
rope méridionale, c'est à des parcs et à des vergers 
bien plus qu'à des parterres qu'ils ressemblaient. Pour 
être de véritables parterres, il leur aurait fallu ce qui 
semble leur avoir longtemps manqué, des fleurs et une 
végétation herbacée. 

On a admis, il est vrai, que les Egyptiens ont cul- 
tivé les fleurs de tout temps ; mais rien ne tend à le 
prouver, et on peut dire qu'en réalité les choses se 
sont passées autrement. Tels qu'ils sont représentés, 
les jardins des hypogées pharaoniques ne renferment, 
un seul excepté, aucune autre fleur ou plante herbacée 
que les lotus qui en couvrent les bassins et les papyrus 
qui garnissent les bords de ceux-ci. Unger toutefois 
mentionne un jardin représenté, dit-iP, sur les murs 
d'une tombe de Thèbes et où se trouveraient de véri- 
tables fleurs; après avoir remarqué qu'il était situé au 



1. Knhun. Guroh and Hawara, p. 46, 2. 

2. Trouvé par Flinders Pétrie dans la nécropole de Hawara, 
I/airara, Bidhmu and Arsinoë. p. 51. 

3. Silzi'ng.sljcrichtr, t. XXXVIII (an. 1859), p. 105. Unger 
s'est contenté de citer la tombe n" 11, indication vague que 
Franz Wd-nig s'est borné à reproduire. Il sagit ici évidemment 
des peintures de fantaisie ({u'on voit sur les parois du tombeau 
de Ramsès II. 



96 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

bord crun canal, à en juger par les hachures destinées 
à figurer l'eau : « Près de ce canal, ajoute- il, sont dis- 
posées par rang des plates-bandes de fleurs en forme 
de demi-lune, chacune d'elles couverte d'une espèce de 
fleur différente, mais d'une seule. Cependant, re- 
marque-t-il encore, comme ces fleurs sont représentées 
d'une manière conventionnelle, il est à peu près im- 
possible de les reconnaître; j'inclinerais toutefois à 
voir dans l'une d'elles une corymbifère et j'en pren- 
drais une autre, dont les feuilles seules sont figurées, 
pour une espèce de betterave. » Il est trop évident 
qu'on ne peut rien conclure d'une pareille peinturé ; 
pour l'artiste pharaonique elle n'a été qu'un motif de 
décoration et les plantes qu'il a représentées n'ont 
pas plus de réalité dans la nature que les quadrupèdes 
à tête d'oiseau qu'on aperçoit sur d'autres monuments. 
La présence dans les sarcophages de débris de 
plantes ou de guirlandes de fieurs n'est pas non plus 
une preuve aussi concluante de la culture de ces der- 
nières qu'on a souvent voulu le croire. Une partie des 
débris végétatix trouvés dans les tombes pharaoni- 
ques appartiennent à la flore des champs ou des ma- 
récages, tel que le coquelicot, la dauphinelle orien- 
tale, la centaurée déprimée, le chrysanthème à cou- 
ronnes, l'épilobe, etc.'; les couronnes qui en sont 
faites ne prouvent pas plus que ces plantes fussent 



1. G. Schweinfurth, BuUelin de l'Instihit égijptien, n° 3 
(an. 1882). p. 72, suppose que le coquelicot et la centaurée 
déprimée ont été introduits en Egypte comme plantes d'orne- 
ment ; mais si l'on n'y rencontre plus aujourd'hui cette espèce 
de centaurée à l'état sauvage, rien n'indique qu'elle ne s'y 
trouvât pas autrefois et le coquelicot se voit encore dans les 
moussons du Delta. 



L'HORTICULTURE DANS L'EGYPTE ANCIENNE. 97 

cultivées par les anciens Egyptiens que les bouquets 
de bluets et de bruyère commune qu'on vend dans 
nos rues n'indiquent que ces fleurs croissent dans des 
jardins et non dans les champs ou dans les landes. 

Il ne saurait y avoir de difficulté que pour les plantes 
qui n'existent plus aujourd'hui en Egypte, comme la 
dauphinelle orientale et la centaurée déprimée, ou qui 
ne s'y rencontrent, croit-on, que cultivées ou naturali- 
sées, telle que l'alcée ou guimauve à feuilles de figuier ' ; 
mais les premières, introduites avec les cultures, ont 
pu finir par disparaître, après avoir subsisté dans la val- 
lée du Nil un temps plus ou moins long, disparition qui 
est moins surprenante que celle du papyrus, tout indi- 
gène qu'il était en Egypte. Quant aux secondes, c'est-à- 
dire aux plantes qui sont cultivées de nos jours ou se sont 
naturalisées, il faudrait mieux en connaître l'histoire 
qu'on ne le fait pour se prononcer. Schweinfurth s'est 
demandé ■ si l'alcée à feuilles de figuier, qu'on trouve 
à l'état sauvage dans le Liban, et la dauphinelle orien- 
tale, plante de la région méditerranéenne, ne pour- 
raient pas se rencontrer quelque jour en Egypte, d'où 
elles ont disparu à l'état spontané. Ainsi les raisons 
qu'on a invoquées jusqu'ici en faveur de la culture des 
fleurs dans les jardins de l'Egypte pharaonique sont à 
peu près sans valeur. 

Toutefois le moment vint où, dans la vallée du Nil, 
on cultiva les plantes à fleurs, comme on le faisait de 
temps immémorial pour les arbres à fruits. A quelle 
époque remonte cette culture particulière? Rien n'est 



1. G. Schweinfurth, Bulletin de Vlnslilut égyptien, n" 8 
(an. 1887), p. 318. 

2. Bulletin de l'instilul ér/ijptien, ii° 3 (an. 1882), p. 70. 

I. 7 



98 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

venu nous l'apprendre jusqu'ici ; peut-être commençâ- 
t-elle dès le temps des Ahmessides ou du moins des 
Ramessides. Un document officiel en constate du moins 
l'existence sous cette dernière dynastie. Dans la charte 
où Ramsès 111 énumère les dons qu'il avait faits aux 
divinités de Thèbes, de Memphis et d'Héliopolis, le 
Pharaon parle, à phisieurs reprises, des fleurs qu'il avait 
fait planter dans les bosquets sacrés. Ainsi, rappelant 
le domaine consacré au dieu de Thèbes et les vastes 
jardins dont il était embelli, il ajoute qu'il s'y trou- 
des « serres — c'est ainsi que traduit Eisenlohr' — avec 
des fleurs de tout pays, des arbustes et des lotus». Et 
parlant ailleurs des jardins immenses, ainsi que des 
bosquets, remplis d'arbres et de dattiers, qu'il avait 
consacrés au dieu d'Héliopolis, il dit encore qu'on y 
trouvait des bassins « couverts de lotus et de joncs, et 
des fleurs de tous pays, douces et parfumées». 

Sans doute il faut faire la part de l'emphase habi- 
tuelle aux documents officiels de l'ancienne Egypte, et 
ces mots « fleurs de tous pays» ne sauraient être l'ex- 
pression de l'état véritable de la culture horticole au 
temps du nouvel empire. Mais sous ces exagérations 
ordinaires aux scribes pharaoniques, on ne saurait 
nier qu'il n'y ait un fond de vérité, et qu'on ait sans 
doute cultivé des fleurs, peut-être même exotiques, 
dans les jardins des Ramessides. Il dut en être de 
même sous les dynasties suivantes; mais c'est après 
la conquête perse, sous les Ptolémées, et encore plus 
à l'époque gréco-romaine, que le culte des fleurs acheva 
de se développer et prit une véritable importance en 



1. Ans dem gros^en Pajji/rus Harris, pL VIII et XXVII. 
(ZeilAchrifl fi'ir âgyptisc/ir Sprarhc t. XI, p. 5't et 99). 



L'HORTICULTURE DANS L'KGYPTE ANCIENNE. 99 

Egypte. L'horticulture fît de grands progrès dans le 
monde hellénique'; les Égyptiens s'y livrèrent avec 
ardeur et avec succès, ainsi qu'en témoigne Athénée '; 
désormais les plantes de leur pays ne leur suffirent 
plus ; ils en demandèrent d'inconnues aux pays étran- 
gers : arhustes et plantes herbacées d'ornement y 
pénétreront à la fois. 

Les arbustes y prirent place, à ce qu'il semble, les 
premiers. La sesbanie d'Egypte iSesbania apgyptiaca, 
Pers.), cet arbrisseau d'origine nubienne, dont on a 
trouvé des fleurs dans la tombe d'Ahmès P'"^, était peut- 
être dès lors cultivé dans les jardins de Thèbes ; elle 
no dut pas être le seul arbuste qui }■ fut planté. Sur la 
pointure n*" 177 de la galerie nord du Brilisli Muséum, 
dont j'ai parlé plus haut, on voit, comme je l'ai remar- 
qué, au bord du bassin central, à côté des touffes de 
papyrus, deux arbustes, l'un, à fleurs rouges, mais à 
peine distinctes, ainsi que les feuilles, et qu'il est dès 



1. Dans son étude sur Les premiers établissements des Grecs 
en Ér/yple (Paris. 1893, in-^, p. 234). M. D. Mallet semble 
croire que le goût des fleurs, avec celui des couronnes, était 
venu d'Kgypte en Grèce ; mais c'est là une pure supposition. 
« Nulle part, dit-il, les fleurs n'étaient plus variées et plus 
nombreuses que dans la vallée inférieure du Xil. » Quoi qu'en 
aient pu affirmer les poètes grecs, qui d'ailleurs n'en parlaient 
que par ouï dire, rien n'est moins conforme à la réalité, et la 
plupart des fleurs dont les Egyptiens des derniers temps 
faisaient des couronnes étaient exotiques et ont dû être im- 
portées dans leur pays. Il faut ajouter que le témoignage 
d'Apulée qu'invoque M. Mallet ne peut rien prouver pour 
l'époque pharaoniciue. 

2. Deipnosopliistae. lib. V, cap. x.w (196): 'II yàp AI'yjttto; 
oià TO'j; ■/.T-.zJO'/-.xi ~i a-av'a); y.al x.aO' (oiav £v£aTr,y.uîav âv Ixa'poi; 
çuôfiEva To'-O'.; i^Oova ysvvà /al oià -avxo';. 

3. G. Scbweinfurth, Bulletin de VInstitut égyptien, n" 3 
(an. 1882). p. 68. 



100 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

iors impossible d'identifier; l'autre, à fleurs blanches, 
en bouquets terminaux, à feuilles qui paraissent en- 
tières, dans lequel j'inclinerais avoir l'arbre au henné, 
s'il était permis de se prononcer en présence d'une 
peinture aussi confuse et si cet arbrisseau était réelle- 
ment indigène dans l'Ethiopie orientale comme on l'a 
dit'. Recherché pour la belle couleur orange que donnent 
ses feuilles, l'arbre au henné ne devait pas l'être moins 
pour le parfum de ses fleurs, à une époque surtout où 
le jasmin était sans doute encore inconnu en Égjpte. 
Il n'y aurait donc rien de surprenant à ce qu'il eût été 
importé de bonne heure et cultivé dans les jardins 
pharaoniques. C'eût été aussi naturel et plus facile que 
d'y planter les « sycomores à encens » que la reine 
Hatshopsitou fit apporter du pays de Pount à Thèbes. 
Avec cet arbuste bien d'autres devaient pénétrer, 
mais beaucoup plus tard, dans les jardins égyptiens, 
tel que le myrte, la rose à cent feuilles, le jasmin sam- 
bac, originaire de l'Hindoustan, qu'on a cru, peut-être 
par erreur, reconnaître dans une tombe de Déir-el- 
Bahari^ mais dont M. Flinders Pétrie a découvert des 
débris certains dans la nécropole gréco-romaine de 
Hawara^ Le savant égyptologue anglais y a aussi ren- 
contré des fleurs de la rose sainte, variété cultivée de 
la rose d'Abyssinie\ S'il fallait en croire Phne^ par 
malheur si souvent inexact, les Ptolémées auraient 
également fait planter en Egypte le ladanum ou ciste 



1. Voir plus haut, chap. u, p. 51. 

2. G. Schweinfurth, Berichle dtr botanischen Gesellschaft, 
t. II (an. 1884), p. 268. 

3. Kahun. Giirob and Hawara, p. 47, 1. 

4. Ilaxvara, Biahinu and Arsinoë, p. 48. 

5. IIIsl. nalnralis, lib. XII, cap. xwvn. 



L'HORTICULTURE DANS L'EGYPTE ANCIENNE. 101 

ladanifère. C'est encore sous ces princes, sinon seule- 
ment à l'époque romaine, que fut aussi introduit en 
Egypte le lierre*, cet arbuste grimpant de la région 
tempérée de l'Europe et de l'Asie antéçieure. 

Après ces arbrisseaux ou en même temps qu'eux 
prirent place dans les jardins égyptiens des fleurs 
herbacées ; de temps immémorial, — nous le voyons par 
les diverses peintures des hypogées, — les plantes sym- 
boliques du papyrus et du lotus blanc, avaient figuré 
dans les réservoirs et les étangs ; il en fut peut-être 
de même du lotus bleu, indigène comme eux dans la 
vallée du Nil. Le lotus rose, exotique au contraire, n'y 
fut planté que beaucoup plus tard, seulement à l'époque 
perse, dit Schweinfurth'. Quant aux fleurs de jardin pro- 
prement dites on les voit apparaître à l'époque des 
Ahmessides ondes Ramessides. Une peinture de la villa 
d'Apoui, contemporain de Ramsès II, est la première 
où l'on en aperçoive. 

Sur une des parois du tombeau de ce personnage, 
« porteur de ciseau » , est représenté, avec le portique de 
sa maison, deux bassins couverts de lotus et flanqués 
tous deux de papyrus •\ Quatre jardiniers sont occupés 
à puiser de l'eau à l'aide de shadoufs, établis à l'ombre 
des arbres du jardin, un puissant sycomore et quatre 
autres arbres dont deux pourraient bien être des sidrs 
[Zizyphiis spina-Christi W.), les deux autres des juju- 
biers communs [Zîzyphiis vulga?'isLsim.), accompagnés 
chacun d'un tamaris ou d'un saule safsaf. Nous n'avons 
jusqu'ici sans doute rien qui distingue ce jardin des 

1. Trouvé par Flinders Pétrie dans la nécropole de Hawara. 

2. Biillelin de rinslilul érjj/plien. xv> 3 (an. 1882), p. 65. 

3. Mémoires publiés par les membres f/e la mission archéo- 
logique française au Caire, t. V, fasc. IV, p. 607, pi. 1. 



102 LKS l'LANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

parterres pharaoniques que nous connaissons ; ce qui 
est nouveau, c'est la présence de deux touffes de plantes 
d'ornement; l'une aux. fleurs composées, terminales et 
de couleur bleue, parait être le bluet oriental [Centau- 
rea de pressa Bieb.), dont on a précisément découvert 
des restes dans une tombe de cette épocjue, l'autre aux 
feuilles radicales, lancéiformes et entières, aux fleurs 
également terminales, isolées et blanches, portées sur 
un pédoncule, a tout l'aspect d'une liliacée ou d'une 
plante analogue\ mais sa représentation conventionelle 
rend difficile de dire à quelle espèce elle appartient. 

Quoi qu'il en soit, il semble bien qu'il y ait là un 
commencement de culture florale ; et à partir de cette 
époque, sinon plus tôt, à côté des arbres fruitiers ou 
d'ornement prendront place dans les jardins égyptiens 
quelques fleurs ou plantes d'agrément. Telles furent 
peut-être la dauphinelle orientale, l'alcée à feuilles de 
figuier, même l'iris de Sibérie, que Percy Newberry 
croit avoir reconnue sur une peinture de la tombe de 
Thoutmès III à Karnak ", la menthe poivrée, découverte 
en 1884 par M. Maspero, à Shéik Abd-el-Gournah^ 
plantes auxquelles il ne serait pas impossible que 
fussent venues se joindre quelques représentants de la 
flore indigène comme l'héliotrope de Nubie au parfum 
délicieux*. Toutefois ce fut beaucoup plus tard, et 

1. On serait tenté d'y voir un Arum colocasia. On retrouve 
d'ailleurs cette plante dans la planche où Prisse d'Avennes a 
figuré des « plantes et fleurs tirées des monuments », mais il 
a donné à la corolle la couleur jaune. Histoire de l'art é(jyp- 
tien, t. II, pi. 62. 

2. Flinders Pétrie, Kahun, Gurob and Ilairara, p. 47, 1. 

3. Berichte der deutschen bolanischeit Gcsellscha/'t, t. II 
(an. 1884), p. o61.—Z('ilsrhrift fiir Elhiiolofjie. an. 1891, p. 666. 

4. Flinders Pétrie, Kahun, Gurob and Haxvara, p. 47, 1. 11 



L'HORTICULTIRE IJANS L KGïi'TK ANCIENNK. 103 

seulement depuis l'établissement de relations suivies 
avec la Grèce, surtout sous les Ptolémées et même à 
l'époque de la domination romaine, que pénétrèrent 
en Egypte le convolvulus épineux, qu'on n'a trouvée 
à l'état spontané que dans la Gédrosie et les déserts 
de la Perse méridionale', la célosie argentée, gra- 
cieuse amaranthacée de la région soudanienne^ le 
réséda odorant, dont la patrie est incertaine^, ainsi 
que la marjolaine, qu'on croit originaire de la Grèce ^, 
peut-être la douce-amère et le narcisse tazzette ', 
importé probablement de la Palestine, plantes dont 
M. Fiinders Pétrie a découvert des débris dans la 
nécropole de Hawara®. 

faut dire toutefois que ni Sphweinfurth, ni Boissier ne font 
mention de cette espèce en Egypte. 

1. Fiinders Pétrie, Kahun, Gurob and Ilnuara. p. 47. 1. 

2. Fiinders Pétrie, Hawara, Biahmu and Arsinoc, p. 51. 

3. Flora orientalis. Genève, 1876-83, in-8, t. I, p. 423. — 
Kahun, Gurob and Arsinop. p. 46, 2. 

4. Percy E. Newberry, On some funeral ivreaths discovered 
in Ihe cemeten/ of Hawara. {The archaeological Journal, 
t. XLVI (an. 1889), p. 428.) 

5. Les vér/éinux du musée èf/yptien du Louvre. (Recueil de 
travaux, t. XVII. p. 186). 

6. Fiinders Pétrie, Hawara, Binhmu and Arsinor, p. 51. 
Malheureusement l'étude que M. Percy E. Xewberry a faite 
des plantes découvertes par M. Fiinders Pétrie est pleine de 
fautes d'impression ou de rédaction ; c'est ainsi qu'il y est 
question d'une Matlhiola lihrator, espèce de giroflée qui 
n'existe pas ; qu'au lieu du myrte est mentionné le Lychnis 
cfeli-rosa L. etc. G. Schweinfurtli, Fiinders Pétries Ausyra- 
bungcn im Fajum. (Petermann's Geographische Milthei- 
lungen, t. XXXVI (an. 1890), p. 54.) 



CHAPITRE IV. 

LES ARBRES FRUITIERS ET LES ARBRES d'oRNEMENT 
LES PLANTES d'aGRÉMENT 



Parmi les arbres cultivés clans les jardins ou les 
vergers égyptiens, les espèces à fruit occupaient la 
place la plus considérable ; au premier rang y figura, 
depuis au moins vingt-cinq siècles avant notre ère', le 
dattier [Phœnix dacUjlifera L.). Indigène dans la zone 
chaude et sèche, qui s'étend du Sénégal au bassin de 
rindus ', ce palmier a dû être acclimaté de bonne heure 
dans la vallée du Nil, s'il n'y a pas existé de tout temps. 
M. Moldenke'^ a admis qu'à leur arrivée dans ce pays 
les ancêtres des Égyptiens l'y auraient trouvé déjà 
cultivé ; cette circonstance que le nom bennou ou 
bounnou, benra, que le dattier porte dans la langue 
hiéroglyphique, est égyptien, lui a fait supposer du 
moins qu'ils n'avaient pas reçu cet arbre de l'étranger. 



1. Th. Fischer, cité par Engler, ap. Victor Hehn, Kultur- 
pflanzen, p. 273. 

2. Car. Frid. Phil. de Martius, Ilisloria naturalis pcilmarum. 
Monachi, 1836-50, t III, p. 260. —A. de Candolle, Géographie 
botanique raisonnée, p. 343. — Id., Origine des plantes cul- 
tivé en. p. 240. 

3. Ueber die altdgyptischen Baume, p. 31. 



LES AUlîRES FRIITIEUS. 105 

Charles Pickering a, tout au contraire, considéré le 
dattier comme exotique et en plaçait, sans preuves 
d'ailleurs, l'importation en Egypte, au temps de la 
XIP dynastie \ Ce qui est vrai, c'est que cet arbre 
n'apparaît d'abord sur les monuments que vers cette 
époque. Une peinture de Béni-Hassan ^ qui en est 
contemporaine, représente deux hommes, suivis par 
des chèvres, occupés à abattre des dattiers. Toutefois 
si les débris de feuilles de dattier, qui, d'après Unger'', 
auraient été trouvés dans les hypogées de Saqqarah, 
sont bien authentiques, il y aurait là un témoignage de 
l'existence, sinon de la culture, en Egypte, de ce pal- 
mier, à l'époque de la VP dynastie. 

Le mot bennou, suivant M. Moldenke, signifie 
« qui porte de doux fruits »; il semble indiquer qu'à 
l'époque où les Égyptiens le donnèrent au Phœnix 
dactijlifera, ce palmier était déjà anobli par la culture. 
Où cette culture a-t-elle pris naissance ? A quel peuple 
revient le mérite d'avoir découvert la fécondation 
artificielle des dattiers? Cari Ritter a supposé* que 
cet arbre précieux était resté longtemps à l'état sau- 
vage et que l'espèce en avait été anoblie d'abord par 
les Nabatéens de la Babylonie, assertion répétée 
depuis par Victor Hehn"; mais n'est-il pas plus vrai- 
semblable de penser que la culture et la fécondation 
artificielle du dattier furent découvertes simultané- 
ment dans plusieurs des contrées où il croit spontané- 



1. The races of man, p. 373. 

2. 'l'ombe n" 2. Lcpsius, Dex/iinâler, t. II, pi. 'lO. 

3. Silzungsberic/ile, t. XXXVIIl, p. 105. 

4. Die Erdiiunde itn Verhdltniss ziir Naiur und zur Ges- 
chichte des Mensrhen. lîeiiin, 18i7, in-8, t. XIII, p. 775. 

5. Die Kullurpflanzen, p. 263. 



106 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

ment? En tout cas on ne voit guère comment les 
Égyptiens du moyen empire, à plus forte raison leurs 
ancêtres, auraient pu les recevoir des habitants des 
bords de TEuphrate. 

Quoi qu'il en soit de l'époque où la culture du 
dattier s'établit dans la vallée du Nil\ elle finit par y 
prendre la plus grande extension; elle y trouvait 
d'ailleurs, surtout dans la Thébaïde et les oasis, les 
conditions les plus favorables : un sol sablonneux et 
humide, avec un climat sec et brûlant. Sous la XVIIP 
dynastie cette culture apparaît comme florissante et 
une des plus importantes de la contrée ; le jardin 
d'Anna, nous l'avons vu, renfermait 170 dattiers; 
celui du chef militaire contemporain d'Amenhotpou II, 
dont j'ai donné plus haut la description, n'en conte- 
nait pas moins de 93. Le port élevé et élégant du 
palmier, la bonté de ses fruits, les nombreux usages 
auxquels on employait son bois et même les fibres de 
ses feuilles, suffisent pour expliquer la prédilection 
dont il était l'objet; aujourd'hui encore il est l'accom- 
pagnement indispensable des \illages arabes, que sa 
couronne de feuilles domine, en les défendant contre 
les ardeurs du soleil, leurs humbles maisons en terre 
et en a créant pour les plantes non désertiques, qu'on 
y cultive, un milieu tempéré où elles peuvent vivre »". 

1. A côté du palmier cultivé subsista l'espèce sauvage; il 
semble bien que ce soit à cette espèce qu'appartiennent les 
dattes conservées au Musée du Louvre. Recueil de travaux^ 
t. XVn, p. 183. — Schweinfurth, Zeitschrift fiir Ethnologie, 
an. 1891, p. 65 et 66, remarque que l'on rencontre par place 
des dattiers qui ont conservé les caractères du type sauvage ; 
il incline néanmoins à regarder le dattier cultivé comme 
dérivé du P. reclinata Jacq., qu'on rencontre dans les mon- 
tagnes de l'Abyssinie et de l'Arabie méridionale. 

2. Henri Schirmer, Le Sahara, p. 205. 



LES ARBRES FRUITIERS. 107 

Fait surprenant, Hérodote', qui parle de la beauté 
et de la fécondité des dattiers de l'oasis d'Augilas, ne 
dit rien de ceux de l'Egypte; mais Théophraste, au- 
quel on doit des renseignements si précis sur la 
culture de cet arbre et sur les régions où on le ren- 
contrait, n'a pas oublié de mentionner les palmiers de 
la vallée du Nil; il nous apprend même" que dans ce 
pays, comme en Syrie d'ailleurs, il y en avait qui 
donnaient déjà des fruits au bout de cinq ans et 
n'étant encore arrivés qu'à la hauteur d'homme. 
Strabon fait aussi mention des dattiers d'Egypte ' ; 
mais, d'après lui, ils étaient de l'espèce la plus com- 
mune, et il Yâ jusqu'à dire que dans le Delta les fruits 
en étaient presque immangeables ; toutefois il en était 
autrement dans la Thébaïde et en particulier dans 
Tîle de Méroé, dont les palmiers, remarque-t-il, l'em- 
portaient sur ceux de tous les autres pays. Aujourd'hui 
c'est encore dans la Haute-Egypte, ainsi que dans les 
oasis, que le dattier réussit le mieux et donne les 
meilleurs fruits. 

A côté du dattier prenait place dans les parcs 
égyptiens le palmier à éventail, Jiiama — le doif?ii des 
Arabes — [Hj/phacne thebaka Mart.): il yenavaitl'20 
dans le jardin d'Anna. Originaire de l'Afrique tropicale '^ 
et croissant aujourd'hui encore spontanément dans 
les vallées de la Nubie et de la Haute-Egypte ^ cet 
arbre, on le voit, était cultivé déjà dans la vallée 



1. Ilisloriit', lib. I\', cap. 172. 

2. Ilisloria planlarum, lib. II. cap. 6, 7. 

3. Geographica, lib. XVII, cap. 1, 51. 

'». E. Boi.ssier, Flora orienlnlis, t. V, p. 46. — 0. Dnide, 
Ilandbuçh dvr Pflanzenfii'ographic. p. 'i64. 
5. Uluslration de la Flore d'Fyi/ple, p. ri7. 



108 LES PLAiSTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

moyenne du Nil au xviii'' siècle avant notre ère. Si les 
fruits de ce palmier trouvés par M. Flinders Pétrie 
à Kahoun n'étaient pas importés de l'Ethiopie, il faut 
même admettre qu'il fut planté en Egypte huit siècles 
plus tôt. Le palmier doum tirait son nom indigène 
marna, « divisé en deux parties »', de la bifurcation 
que sa tige présente dans sa partie supérieure. Théo- 
phraste, qui l'appelle cucifère (/.cjy.'.é^cpoç), en a fait 
son caractère distinctif : 

L'arbre qu'on appelle cucifère, dit-iP, présente, dans son 
Ironc et ses feuilles, une grande ressemblance avec le dattier, 
mais il en diffère en ce que, tandis que la tige du dattier est 
simple et entière, son tronc se bifurque en deux branches 
secondaires, dont chacune se divise elle-même en deux autres, 
qui portent des rameaux courts et peu nombreux. 

C'est avec ce tronc bifurqué que le palmier doum 
est représenté d'ordinaire sur les peintures des hypo- 
gées égyptiens, en particulier sur celle du parc de 
l'officier d'Amenhotpou II ^ Sur une peinture de Tell el- 
Amarna\ au contraire, l'artiste pharaonique l'a repré- 
senté avec une tige simple, mais avec des feuilles en 
éventail, leur forme caractéristique. 

Les fruits du palmier doum, qu'on a trouvés en im- 
mense quantité dans les tombes pharaoniques et dont 
on peut voir des échantillons dans tous les musées 
égyptiens d'Europe ^ sont remarquables par leur forme 
et leur grosseur. 



1. Charles E. Moldenke, op. laïuL, p. 66. 

2. Ilistoria plantarum, lib. IV, cap. II. 

3. Voir plus haut, chap. III, p. 88. 

4. Lepsius, Denkmâler, t. III, pi. 95. 

5. Migliarini, op. laud., p. 74, n" 3605. — S. Birch, Catalo- 
fjue of tlie rollcclion of Egyptian anliqnities. al Alnwick Caslle. 



LES ARBRES FRUITIERS. 109 

Ils diffèrent de la datte, dit Théophraste', parleur dimen- 
sion, leur forme et la saveur ; assez volumineux pour remplir 
la main, ils sont ronds et non oblongs; de couleur jaunâtre, 
ils renferment un suc doux et agréable au goût. Ils ne sont 
pas, ajoute-t-il. disposés en grappes comme les dattes, mais 
croissent isolés les uns des autres. Le noyau en est gros et 
très dur. 



Ces fruits portaient en égyptien le nom de qouqoir, 
origine évidente du radical 7.:j/,'., du mot y.^uy.'.îcpip;;, et 
du mot-z-ôï; \ que, dans un autre passage \ Théophraste 
attribue à un palmier qui croit en Ethiopie, et qni 
n'est autre évidemment, sa description même en fait 
foi, que le y.ojy.'.dçip:; ou cucifère. C'est le cuci de 
Pline % lequel, dans ce qu'il en a dit, s'est borné à co- 
pier le naturaliste grec ; toutefois il a ajouté, au sujet du 
fruit, qu'il renferme une amande douce, tant qu'elle 
est fraîche, mais qui, séchée, durcit au point de n'être 
plus mangeable qu'après une macération de plusieurs 
jours. Dans un hymne, oii un poète pharaonique com- 
pare Thot à un doum haut de soixante coudées ^ il est 
question de ces amandes et du suc qu'elles renfer- 
maient. Les fruits du palmier doum ne pouvaient être 
comparés à ceux du dattier ; ce n'était pas pour eux 
aussi, mais bien plutôt pour son port et pour la dureté 



London, 1880. in-4, p. 184, n° 1437. — Les végétaux du musée 
égyptien du Louvre. {Recueil de travaux, t. XN'Il, p. 182). 

1. llistoria plaularum, lib. IV, cap. 2, 7. 

2. Mctor Loret, Recherches sur quelques plantes^ I. Les 
Palmiers dL'ggpte. (Recueil de travaux, t. 11, p. 24.) 

3. Charles Joret, Des noms de palmier. (Revue des éludes 
grecques. Paris, in-8, an. 1892, p. 417.) 

4. Historia plantarum, lib. 11. cap. vi, 10. 

5. Historia naturalis, lib. XllI, cap. 18. 

6. Victor Loret, Les palmiers iC Egypte. (Recueil de travaux, 
t. 11, p. 2)!.) — Charles Moldenke. op. laud., p. 69. 



110 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

de son bois, que co bel arbre était cultivé dans les parcs 
égyptiens, dont il était un des ornements. 

On y plantait aussi, mais bien plus rarement, le 
palmier argoun [Hyphaene arrjun Mart.), — le drllah 
des Arabes; — originaire de l'Ethiopie, il croît en- 
core aujourd'hui en Nubie, où le voyageur Kotschy 
l'a retrouvé en 1837 \ dans la vallée formée par la 
courbe que décrit le Nil entre Korosko et Abou-Hamed ; 
il avait été importé de cette région dans la moyenne 
Egypte, où il ne fut jamais commun et d'où il a dis- 
paru; il y avait un palmier argoun, mais un seul, dans 
le jardin du scribe Anna. Cet arbre était-il cultivé 
dans d'autres parcs égyptiens? On serait tenté de le 
supposer, d'après le grand nombre de fruits qu'on en a 
rencontrés dans les tombes pharaoniques et qu'on voit 
dans les musées égyptiens ^; mais il pourrait se faire 
aussi que ces fruits eussent été importés directement 
de leur lieu d'origine. 

Quoi qu'il en soit, les fruits du palmier argoun, 
sinon cet arbre lui-même, furent connus en Egypte dès 
les temps du moyen empire ; M. Flinders Pétrie en a 
découvert plusieurs dans la nécropole de Kahoun^ 
contemporaine de la XIP dynastie. On en a également 
trouvé dans les tombes de Drah-Abou'1-Neggah, qui 
remontent à la môme époque*. Le palmier argoun 
portait en ancien égyptien le nom de mama-n-khanen , 



1. Journal of Botany, feb. 1877. 

2. Il y en a en particulier quatre au Musée du Louvre. 
{Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 7, p. 182. 

3. Kahun, Guvob and Hawara, p. 49. 2. 

4. G. Schweinfurth, Ueher Pflanzenresle. (Berichte der 
hotanisrhen Gesel/schafl. t. Il (an. 1884), ]). :{69). 



LES AKBRKS FRUITIERS. 111 

« ciicifère à noyaux » \ comme si les noyaux, de ses 
fruits eussent été plus gros que ceux du palmier doum 
ou que, étant dépourvus de péricarpe charnu, ils eussent 
été composés presque exclusivement d'un noj'au, ce qui 
en est le caractère véritable et les distingue des fruits 
du palmier doum ou matna ordinaire. 

Si le dattier finit par prendre une place prédomi- 
nante dans les cultures égyptiennes, plus ancien que 
lui dans la vallée moyenne du Nil, s'il n'y est pas in- 
digène, le sycomore (Ficus sycomorus L.), en avait oc- 
cupé à l'origine une bien plus considérable, mais qu'il 
ne conserva qu'en partie. Il était si répandu dans la 
vallée du Nil, au temps de l'ancien empire, que 
l'Egypte a parfois été appelée <( la Terre des syco- 
mores »", et le nom de beaucoup de localités était tiré 
de celui de cet arbre. Le nom indigène du sycomore, 
iieha ou nehi, copte nouhi, «• qui protège », est dérivé 
de l'ombre fournie par son épais feuillage ; il remonte 
à l'antiquité la plus reculée ; il était devenu synonyme 
d'arbre en général; aussi, avec l'adjonction d'un quali- 
ficatif, servait-il à désigner les arbres exotiques encore 
inconnus ^ 

Avant l'importation du figuier, les fruits du syco- 
more, quoique un peu douceâtres, devaient être très re- 
cherchés ; son bois ne l'était pas moins ; aussi ne cessa-t- 
on de le planter dans les parcs et les places publiques 



1. Ou marna en khaninl. Victor Loret, Les palmiers d'Egypte. 
(^Recueil, vol. II, p. 2i.) — Charles Moldenke, op. laud., p. 71. 

2. Inscription de lioaette, lig. 11, ap. Charles Moldenke, 
op. laud., p. 83, note. 

3. Dans les inscriptions de Deir-el-Bahari, les arbres à 
encens, apportés à la reine Hatasou, sont appelés « sycomores 
à encens » : nehnonit nt ânti. 



H2 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

de l'Egypte; le scribe Anna, nous l'avons vu, avait 
90 sycomores dans son jardin ; on en comptait 92 dans 
celui de l'officier d'Amenhotpou II, et les vergers de 
toutes les villas représentées sur les murs des hypo- 
gées pharaoniques en renferment quelques-uns. Re- 
poser et respirer le frais à l'ombre de ses sycomores 
passait pour la jouissance suprême, celle qui devait 
être le plus enviable pour les morts dans l'autre vie. 
« Il parcourt son domaine du couchant (sa nécropole), 
il prend le frais sous ses ombreux sycomores », dit 
Anna de lui-même* dans son inscription funéraire. 

Le sycomore est un des arbres le plus ancienne- 
ment représenté sur les monuments; une peinture des 
pyramides de Gizeh, contemporaine de la V° dynastie, 
nous fait assister à la récolte de ses fruits'. Deux per- 
sonnages, montés chacun dans un sycomore, en cueil- 
lent les figues, que des serviteurs, debout au pied de 
ces arbres, reçoivent et rangent dans des corbeilles. 
Une peinture d'une tombe de Zaouïet-el-Maïétin^ qui 
remonte à la VP dynastie, représente des hommes en 
train d'abattre des sycomores, dont les chèvres s'em- 
pressent de venir brouter le feuillage. Il n'est presque 
aucune représentation de villa ou de jardin, où l'on 
n'aperçoive quelques sycomores, et souvent, on se le 
rappelle, en grand nombre\ D'ordinaire, ils étaient fi- 



1. Brugsch, Recueil, t. I, pi. XXXVI, trad. Moldenke, op. 
laud., p. 19. 

2. Lepsius, Denkmdler, t. III, pi. 53, tombe 16. Une scène 
analogue, mais où on ne voit que la partie inférieure des syco- 
mores, est représentée sur la tombe 14 de Zaouïet-el-Maïétin. 

3. Lepsius, Denlunaler. t. IV, pi. IH, t. 14. 

4. Par exemple dans la peinture du jardin du chef militaire, 
contemporain d'Amenhotpou II. 



LES ARBRKS FRUITIERS. 113 

gurés d'une manière schématique et couverts de feuilles 
à peine distinctes'; plus tard les artistes pharaoniques 
les représentèrent avec des feuilles éparses et lan- 
céolées et des fruits attachés au tronc par bouquets ; 
parfois aussi ils supprimèrent les feuilles, mais en 
laissant les fruits'. Le sycomore jouait un rôle con- 
sidérable dans le culte; ses fruits en particulier étaient 
une des offrandes les plus ordinaires qu'on faisait aux 
morts; aussi en trouve-t-on de nombreuses représen- 
tations dans les peintures des hypogées et de non moins 
nombreux spécimens dans les tombes pharaoniques et 
dans les musées égyptiens '\ 

De tous les arbres de l'Egypte, le sycomore fut un 
de ceux qui attira le plus l'attention des écrivains de 
l'antiquité classique : 

Le sycomore, dit Théophraste '-, r, Tjy.afj.'.vo;, ressemble beau- 
coup à notre figuier, à la fois par le feuillage, la hauteur et le 
port; mais ses fruits offrent ceci de particulier qu'ils poussent 
sur le tronc lui-même; ils ressemblent à ceux du figuier pour 
la forme et la grosseur ; par le goût, ils rappellent les figues 
d'Olynthe, mais ils sont plus sucrés et n'ont pas de pépins. 
Ils ne peuvent arriver à maturité que quand on y pratique 
une incision ; mais cette incision, une fois faite, ils mûrissent 
en quatre jours. Quand ils ont été enlevés, d'autres repous- 
sent à la même place et cela peut se répéter jusqu'à trois fois 



1. Champollion, Description de VEfjijpte, t. II, pi. 162. — 
Mémoires des membres de la mission française au Caire, t. Y. 
fasc. IV, p. 607, pi. 1. Tombeau d'Apoui. Ici les fruits sont 
représentés isolés. 

2. C'est le cas pour quelques-uns des sycomores de la pein- 
ture 177 du Musée britannique. 

3. II y en a plusieurs, en particulier, au Musée du Louvre. 
Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 16, p. 188. 

4. Ilistoria ])lanlarum, lib. IV, cap. ii, 1. 

I. 8 



114 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS 

et davantage même, dit-on, chaque année. Cet arbre distille 
un suc laiteux ; le bois en sert à une foule d'usages. 

Pline * n'a fait que répéter, en le traduisant, ce que 
Tliéophraste avait dit du sycomore, mais il s'est 
étendu plus que le naturaliste grec sur les nombreux 
emplois du bois de cet arbre, d'après lui aussi le syco- 
more aurait donné, non pas trois, mais quatre et même 
sept récoltes de fruits par an. 

A côté du sycomore il faut placer le figuier commun 
[Ficus carica L.), l'un des arbres les plus communément 
cultivés dans l'ancienne Egypte, quoiqu'il ne le fût pas 
autant, il s'en faut, que le sycomore. Il n'y avait que 
5 figuiers dans le jardin d'Anna contre 90 sycomores. 
Le figuier est souvent mentionné dans les textes pha- 
raoniques et on le voit aussi fréquemment représenté 
sur les monuments, mais il y apparaît moins ancien- 
nement que le sycomore. Une des peintures de la 
tombe n" 2 de Béni-Hassan ^ qui date de la XIP dy- 
nastie, représente un serviteur qui cueille les fruits 
d'un figuier et en remplit une corbeille de papyrus ou 
de jonc qu'il tient à la main; plus loin un autre se 
prépare à enlever, à l'aide de courroies, une corbeille 
déjà remplie, déposée sur le sol, tandis que trois singes 
cynocéphales, qui ont aidé à cueillir les figues, se paient 
de leur peine, en dévorant quelques-uns de ces fruits 
savoureux. La fidélité du dessin ne laisse place à aucun 
doute au sujet de l'arbre ou des fruits représentés par 
l'artiste pharaonique. 

Cette peinture nous montre que le figuier existait 



1. Hisloria naluralis, lib. XIII, cap. 14. 

2. Côté occidental B. Lepsius, Denkmaler, t. IV, pi. 127. — 
^^).^clliln', Muinuncnli civili, t. Il, pi. ;vj, 2. 



LES ARBRKS FUL'ITIERS. 115 

en Egypte vingt-trois ou vingt-quatre siècles avant 
notre ère. Il y fut cultivé bien plus anciennement; des 
listes d'offrandes, qui datent de la IV et de la V* dy- 
nastie, permettent de conclure à la présence du figuier 
— l'arbre teb ou tab — dans la vallée du Nil à cette 
époque reculée', car il n'est guère possible de sup- 
poser que les figues mentionnées dans ces textes eus- 
sent été importées des pays voisins. D'ailleurs un do- 
cument, qui remonte à 4000 ans avant notre ère, nous 
apprend que dans la villa d'Amten, officier d'un haut 
rang contemporain de la IV dynastie, se trouvait une 
plantation considérable de figuiers et de vignes". 

Mais de quelle contrée la culture de cet arbre, étran- 
ger à la ilore indigène, avait-elle été importée dans la 
vallée du Nil? Le comte de Solms-Laubach, dans son 
étude sur « L'origine, la domestication et la diffusion 
du figuier commun ))^ incline à croire qu'elle a été dé- 
couverte d'abord, au sud-est de la presqu'île arabique, 
chez le clan des Bahrù de la tribu des Qouçâa, au dialecte 
desquels le nom du figuier — sém. /i'n, héb. ta'nat — 
parait emprunté '; cette culture aurait passé avec eux 
dans ridumée et de là dans la Célésyrie. En tout cas, 
c'est aux Sémites que l'Ancien monde en est rede- 

1. Charles ^k)ldenke, op. laud., p. 96. 

2. Lepsius, Denkmdler. II, pi. 3-7. — Cf. Charles Moldenke, 
01). laud.. p. 97. 

3. Die Ilevkunft. Donipslirulion und Verhreitimy des gcirnhn- 
lichen Feiijcnftauiits (Ficus carica L.), p. 77. Abhandluui/en 
der Koniglirhen Gesellsrhafl zu Gôttinrji'u, t. XXVllI.an. 1881, 
n" 2). Schweinfurth, Zritxchrifl fiir Elhnolo(jie. an. 1891, 
p. 657, croit le figuier originaire du pays de Pount. 

'i. Paul de hagarde, Ceber die semilisc/ien Namen des Fei- 
ijenbaums und de?- Feigen. {Nachriclilen von der Kon. Gesell- 
sc/iaft der Wissenschaflen und der Universitdt zu Giillingen, 
an. 1881, p. 378-382.) 



116 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

vable ; c'est d'eux que l'Egypte l'a reçue vraisembla- 
blement à travers l'isthme de Suez ou la Mer Rouge'. 

Dans le bois sacré du temple de Denderah se trou- 
vait un arbre appelé koujith qui n'est mentionné, ni 
parmi ceux qui croissent dans le jardin d'Anna, ni 
parmi les arbres d'aucun autre parc connu : à quelle 
espèce végétale appartenait-il ? La ressemblance de ce 
mot koimth avec le copte kente « ficus » a fait penser 
à Diimichen" qu'il désigne l'espèce de figues appelées 
xoT-ava par les Grecs, nom que Pline^ sous la forme 
cottcma, indique comme étant celui des petites figues 
de Syrie. Les Arabes donnent aujourd'hui encore aux 
figues sauvages du désert le nom de kottaijn'*, qui 
n'est autre que le cottcma des Grecs et de Pline. Il n'y 
a donc point de doute sur l'identification faite par Dii- 
michen; mais cette variété de figuier parait avoir été 
peu commune en Egypte et n'y avoir été cultivée qu'as- 
sez tard. 

Dans rénumération des arbres qu'Anna, le scribe 
de Thoutmès I (XVIIP dynastie), avait fait planter 



1. Toutefois, il faut dire que le figuier croît à l'état sauvage 
dans toute la région qui s'étend de la Perse orientale et même 
du Gange supérieur aux rivages de l'Atlantique, entre le 25'= 
et le 40-42« degré de latitude. (A. de Candolle, op. laud., 
p. 235. Engler, ap. V. Hehn, p. 98.) On a même trouvé des 
restes fossiles de cet arbre au nord de cette dernière limite 
dans le terrain quaternaire du bassin de Paris. Gaston de 
Saporta, Sur l'existence constatée du (iriuier aux envii'ons de 
Paris à V époque quaternaire. {Bulletin delà Société géologique 
de France. Série 111, vol. 11 (1873-74), p. 442.) 

2. Diimichen, Bauurkunde des Denderalempels, pi. XIX. 
Cf. Charles Moldenke, op. laud., p. 18, note et p. 100. 

3. Hisloria naluralis, lib. XIII, cap. 10 (5). 

4. Wilkinson, Tke manners of the uncient Egyptians, t. II, 
p. 'i08. 



LES ARHIŒS FHUITIKKS. 117 

dans son parc, on trouve cinq anhmen; c'est là la 
plus ancienne mention que l'on connaisse de cet arbre, 
mais ce n'est pas la seule ; sous la forme anhmâni ou 
arhmâni, on le trouve également mentionné au nombre 
des arbres d'une villa de Ramsès II (XIX^ dynastie)'; 
parmi les dons en nature offerts aux temples d'Egypte 
par Ramsès III (XX** dynastie"), il y avait, avec des 
pommes et des figues, des raisins et des dattes, etc., 
des fruits à'ahrmâniK II est également question dans le 
Papyrus Ebers de l'écorce AeVahrmâni^. MM. Charles 
Moldenke^ et Victor Loret ' ont presque en même temps 
et indépendamment l'un de l'autre, ce qui donne plus 
de force à leur démonstration, reconnu dans cet ana- 
men, anhmâni ou arhimâni — ce ne sont pas là les 
seules formes que présente ce mot — le grenadier, en 
copte erman ow herman . Cet arbre était donc cultivé en 
Egypte dès l'époque de la XVIIP dynastie; mais la 
diversité même des noms qu'il y portait, non moins que 
leur forme exotique, montre qu'il n'y était pas indigène : 
de quel pays et à quelle époque y avait-il été importé? 
De CandoUe a rendu vraisemblable que le grena- 
dier est originaire de la région située au sud du Cau- 
case et de la Caspienne, jusqu'au golfe persique^; il 
paraît l'avoir été aussi dans tout l'Afghanistan et le 
Béloutchistan'. C'est de là qu'il se serait répandu dans 
toute l'Asie occidentale et dans le bassin de la Médi- 



1. Papyrus Anaslasi, IV, pi. II, 11, 3-5. 

2. Papyrus Ilarris. K. Piehl, Dict., iv 1, p. 6. 

3. Pi. XVI, 15-18 et XIX, 19-22. 

'i. Ueber die alt/igyplisclu'n Baume, p. 115, note. 

5. Ftecherc/ies sur plusieurs plantes, etc., III. Le Grenadier . 
(Recueil, vol. VIÏ. p. 109.) 

6. Oriyine des plantes cultivées, p. 184. 

7. Knjjler, iip. Victor Hehn, Kulturp/lanzen, p. 239. Boissier 



118 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

terranée ; avait-il pénétré en Egypte avant la XVIIP dy- 
nastie? Dans le désert, les Israélites, entre autres 
plaintes, reprochaient à Moïse de « les avoir conduits 
dans des lieux stériles, où ne croissaient ni figuiers, 
ni vignes, ni grenadiers'». Ils avaient donc vu le grena- 
dier en Egypte ; mais si ce fait confirme les témoi- 
gnages qui l'y font croître, il ne nous apprend point 
si cet arbre y était cultivé longtemps avant l'exode des 
Hébreux; peut-être avait-il été importé par les Hyksos 
dans la vallée du Nil. En tout cas, c'est, il semble 
bien, par l'intermédiaire des Sémites que le grenadier 
a été connu des Egyptiens ; le nom qu'il portait chez 
ce peuple rappelle l'hébreu rimmoun, arabe roum- 
man, berbère armoun. 

Le grenadier paraît avoir été assez commun en 
Egypte à l'époque du nouvel Empire ; on le rencontre 
fréquemment sur les peintures des anciens hypogées, 
et on a trouvé souvent aussi des fruits de cet arbre 
dans les tombes de la même époque. Dans le jardin de 
la villa d'Amenhotpou IV (XYIIP dynastie), peints sur 
la muraille d'un tombeau de Tell-el- Amarna", on 
voit dix grenadiers reconnaissables à la forme des 
fruits et des feuilles. C'est Là la plus ancienne repré- 
sentation que l'on connaisse du grenadier. Sur une 
peinture un peu postérieure d'une autre villa, cet arbre 
a été figuré sans feuilles, mais avec des fruits arrivés 
à leur complet développement ^ Les grenades se re- 



admettait aussi que le grenadier est indigène dans une partie 
de la péninsule des Balkans et des îles de l'.Archipel. 

1. Numeri, cap. xx, v. 5. 

2. Lepsius, Denlimâler, t. V, pi. 95. 

3. Champollion, Monuments, vol. Il, pi. 17'!. — Rosellini, 
Monumenli civili, vol. 11, pi. 78, •!. 



LKS AHIMIES FUUITIERS. 119 

trouvent fréquemment, avec les figues et les grappes 
de raisin, dans les représentations des offrandes faites 
aux dieux; on en voit en particulier parmi les of- 
frandes de Ram ses IV, pharaon de la XX* dynastie'. 
C'est à cette époque aussi que remontent les plus an- 
ciennes grenades découvertes dans les tombes ^ Les 
fleurs de grenadier que M. Maspero a trouvées dans 
un hypogée de Shéik-Abd-el-Gournah paraissent plus 
récentes^; elles ne datent peut-être que de la XXVP 
dynastie. 

Cet arbre semble s'être modifié sous le climat de 
l'Egypte; Théophraste* dit que les fruits des grena- 
diers qu'on plantait ou semait dans cette contrée 
avaient quelque chose de sucré avec une saveur vi- 
neuse. Pline mentionne^ deux variétés de grenadiers 
d'Egypte, l'une à feuillage rouge et l'autre à feuillage 
blanc. Les produits de cet arbre occupaient une grande 
place, nous le verrons, dans la médecine égyptienne, 
ainsi que dans la confiserie et l'art du liquoriste. 

Si l'on ignore à quelle époque le grenadier a été im- 
porté en Egypte, on ne connaît pas davantage la date 
à laquelle le Mimiisops, exotique comme lui, fut trans- 
planté dans la vallée du Nil ; mais cet arbre dut y être 
cultivé dès les temps les plus reculés ; on en a trouvé 
des restes dans les tombes des époques les plus di- 
verses ; celles de Drah-Abou'1-Neggah et de Gébéleïn 

1. Franz Wœnig, op. laïuL, p. 326. 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 77, n° 131. Elles 
paraissent plus petites que les grenades ordinaires; Schwein- 
furth les compare à celles de la pre.squ'ile du Sinaï. 

3. G. Schweinfurth, Berichte der deulschen hotanischen 
Gesellschaft. t. II. p. 360. 

'i. I/ùlorîa plantariim. lib. II, cap. 2, 7. 
5. Ilisloria naiKni/is. lib. XIII, cap. 36. 



120 LES PLANTKS CIIKZ LES ÉGYPTIENS. 

en renfermaient des fruits \ Si ces fruits ne remontent 
point d'une manière certaine jusqu'à la XIP dynastie, 
comme on l'a cru parfois ", il n'en est pas moins vrai que 
le Mimusops était connu dès cette époque en Egypte; 
la découverte faite par M. Flinders Pétrie de fruits et 
de feuilles de cet arbre dans la nécropole de Kalioun^ 
prouve qu'on le connaissait et peut-être aussi qu'on le 
cultivait dans la vallée du Nil dès le temps des Ousir- 
tesen. 

Mais si l'existence, sous l'ancien Empire thébain, du 
Mimusops dans la terre de Qimit parait incontestable, 
on a été longtemps avant de reconnaître à quelle espèce 
appartiennent les spécimens trouvés dans les hypogées 
antiques. Le botaniste Kunth, quia étudié les plantes 
de la collection Passalacqua*, et Migliarini, auteur du 
Catalogue du Musée de Florence ^ avaient rapporté les 
débris de Mimusops de ces collections à la variété elengi 
L. Cette espèce étant originaire de l'Inde, il est par suite 
bien douteux qu'elle ait pu être conmie en Egypte du 
temps de l'ancien Empire tliébain. En étudiant de plus 
près, en 1877, les échantillons deMùmisops au Musée de 
Berlin, Braun a reconnu qu'ils appartenaient à une es- 
pèce différente, le M. kummel Bruce ^ plante abys- 
sinienne, dont le fruit, de la forme et de la grosseur 

1. G. Schweinfurth, Die lelzten bolanischen Eiildec/iwigen. 
(Botanische Jalirbuchcr, t. VIII (an. 1886), p. 7.) 

■2. Schweinfurth, ibid., les regarde comme étant de l'époque 
gréco-romaine. 

3. Kahun, Gurob and Jlawara, p. 49, 2. 

4. Calalof/ue raisonné et historique des antiquités décou- 
vertes en l'jffi/pte. Paris, 1826, in-8, p. 22, 8. 

5. Indication succincte des Monuments historiques, p. 74, 
n" 3613: « Noyau singulier du fruit, Mimusops elengi. « 

6. Ueber Pflanzenresie ans aUagijplischen Grnbern. (Zeit- 
schrifl fiir Ethnologie, t. IX (1877), p. 801. 



I,[:s AHBI'.KS Fia ITIKI'.S. IJI 

d'un cynosbatos, est assez agréable à manger, à cause 
de son goût sucré; tandis que son novau, relative- 
ment volumineux, renferme une amande d'une saveur 
amère '. 

C'est à cette espèce qu'Asclierson a également at- 
tribué les feuilles des couronnes du musée de Lejde". 
Mais par une comparaison attentive de nombreux 
échantillons provenant d'Abjssinie avec les feuilles 
des guirlandes anciennes^ Schweinfurth a constaté 
l'identité des dernières avec le M. Scltimpen. Hochst', 
espèce dont les feuilles, portées sur des pétioles longs 
et minces, sont plus elliptiques et moins obtuses que 
celles du M. kummel*. Le M. Schimpcri indigène, 
comme le M. kummel, en Abjssinie, ainsi que dans 
l'Arabie méridionale '", fut importé en Egypte à une 
époque reculée et, à partir de la XXIP dynastie, ses 
feuilles furent employées dans la fabrication des cou- 
ronnes funéraires. 

Schweinfurth a regardé le Mimusops Schimperi 
comme le Perséa des Anciens Schreber*' et Sprengel" 
avaient identifié cet arbre fameux avec le Cordia myxa. 



1. Mctor Loret, La Flore pharan/tique, n» 98. p. 61-62. 
M. Loret a en vue le fruit du M. Schimperi H. ; mais ce qu'il 
en dit s'applique également à celui du M. laimmel H. 

2. W. Pleyte, La couronne de la jasti/îcation. (Actes du 
sixième Conf/rès international des Orientalistes, tenu en 1883 
à Leide. Lcide, 1885, t. IV, p. 15.) 

3. Bulletin de l'Institut égyptien, n" 3, p. 67. 

'i. A. de Candolle, Prodromus, t. VIII, p. 203 et 672. 

5. Scliweinturtii, Zeitschrift filr Ethnographie, an. 1891, 
p. 656. 

6. De persca Acgi/ptiorum. (Magazin fiirdie liutanili. lierj^g. 
V. Homer u. Usteri. Licf. IV^ 'i6 et V. W.) 

7. Theoplirasfs Naturgeschichte dcr Geiriichsc. t. II. p. 130, 
ap. Franz Wœnii;-, op. laud., p. 320. 



122 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

E. Meyer* y voyait le Diospyros?nespilifo?'mis Schim^er. 
Delile-, suivi par Unger% Brugsch, Piehl et d'autres, 
le Balanites aegyptiaca Del. Malheureusement rien 
n'a permis jusqu'ici de trancher la question. La des- 
cription qae Théophraste a donnée du perséa* ne con- 
vient entièrement à aucun des arbres auxquels on 
l'a rapportée. Cet arbre toujours vert du naturaliste 
grec, dont le port, les feuilles et les fleurs sont ceux 
du pommier, ne ressemble à aucun d'eux. Il faut en dire 
autant du fruit, de la grosseur d'une pomme, d'après 
Théophraste, mais oblong et semblable à une amande, 
au noyau moins gros, mais plus tendre que celui 
du coccyméléa — le Cordia myxa — , à la chair d'une 
saveur douce et agréable, légère à l'estomac. Cepen- 
dant quelques-uns de ces derniers caractères peuvent 
se rapporter au fruit du Mimusops ; ils excluent, au 
contraire, le Cordia myxa et ne peuvent s'appliquer 
au Balanites aegyptiaca, pas plus, quoi qu'en ait pensé 
E. Meyer, qu an Diospy?'os méspiliformis, arbre dont 
il se borne à dire d'ailleurs « qu'il est peut-être le per- 
séa )) ; le Biospyros ne paraît pas au reste avoir été 
cultivé en Egypte. Il n'en fut pas de même du Cordia 
my.ra et en particulier du Balanites aegyptiaca, dont 
on a retrouvé des débris dans les hypogées. 

Indigène dans les vallées désertes de la Nubie méri- 
dionale et en Abyssinie, ainsi que dans le Soudan orien- 
tal et occidental et le territoire du Nil Blanc^ le Bala- 



1. Botanischo Erlaiilernnf/en zu Sirahons Geofjraphie. 
Konigsberg, 1852. in-8._ p. 116. 

2. Description de VÈfiypte. Paris, 1824, in 8, t. XIX, p. 273. 

3. Sitzunrisberirhte. t. XXXVIII (an 1859), -p. 125. 

4. Ilistoria planlarum. lib. IV, cap. 2. 5. 

5. A. de CandoUe, Prodromiis. t. I, p. 708. — Delile, op. 



LES AIII3RËS FKLITIERS. 123 

nites aegyptiacn Del. [Ximejiia aegyptiaca L.) — le 
lebakh des anciens auteurs arabes, le hegelig des 
Arabes d'aujourd'hui — dut pénétrer de bonne heure 
en Egypte et y être fréquemment cultivé; des fruits 
de cet arbre ont été reconnus par Schweinfurtb dans 
des tombes antiques', et M. Flinders Pétrie en a dé- 
couvert aussi en abondance dans la nécropole de Ka- 
houn, qui remonte à la XIP dynastie ; Rohlfs a trouvé 
également des noyaux de Balanites dans une ancienne 
tombe de l'oasis de Dakhel au désert de Libye-; les 
musées égyptiens de Florence*, de Berlin^ et de Pci- 
ris^ en renferment aussi des fruits. 

D'une hauteur moyenne, aux rameaux épineux, avec 
des feuilles ovales, le Balanites porte des fruits allon- 
gés, de la grosseur d'une prune — les bas-reliefs leur 
donnent la forme d'une amande ou d'un œuf — ; ils 
renferment un seul noyau ; d'un vert sombre avant la 
maturité, ces fruits prennent, quand ils sont mûrs, 
une couleur brun-orangée ; la chair, d'abord d'un goût 
astringent, prend à la longue une saveur douceâtre et 



laud., p. 269. — Th. von Heuglin, Reise im Gebiel des weissen 
Ail, p. 41 et 82, ap. Franz Wœnig, op. laud.. p. 319. 

1. Bidlclin de l Institut f^gyplien, n" 3 (an. 1882), p. 6(5, n° 5 
(an. 1884), p. 5, n" 6 (an. 1885), p. 268. 

2. Verhandlungen der Berliner Gesellschaft fiir Anthropo- 
logie, etc. Berlin, an. 1875, p. 58. 

3. Migliarini, Indication succincte, p. 74, n'^ 3607. Sous le 
11" 2692. p. 56, est indiqué aussi un bâton recourbé en bois de 
Balanites aegijptiaca. 

4. Braun, l'eber Pflanzenreste. {Zeitschrift fiir Ethnologie, 
t. I.X. p. 306.) 

5. Y. LoretetJ. Poisson, Éludes de botanique égyptienne. 
Les végétaux antiques du Louvre, 31. {Recu6.il de travaux 
t. XVII. p. 196.) Los fruits des échantillons du Louvre sont 
plus allongés que ceux du type moderne. 



12i LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

légèrement amère ; l'amande aussi est amère et on en 
retire une huile estimée. Cette olacinée, décrite lon- 
guement par Délie, croît encore aujourd'hui en Egypte 
à l'état subspontané. M. Moldenke, qui ridentifie avec 
l'antique perséaS a cru la reconnaître dans l'arbre 
shoiib ou shauhou, dont il se trouvait 31 pieds dans 
le jardin d'Anna, mais M. Loret voit dans l'arbre s/^o^/ô 
le lentisque^ M. Maspero, de son côté, a identifié le 
Balanites aegyptiaca avec l'arbre ashed ou asltdou des 
textes hiéroglyphiques^ arbre dans lequel M. Moldenke 
avait voulu voir* le Cardia mijxa ou sébestier. 

Indigène peut-être en Nubie et en Abyssinie, ainsi 
que dans le territoire de la rivière des Gazelles, con- 
trée où il est un des principaux représentants de la 
flore arborescente, le Cordia my.ra L. croissait aussi 
dans l'ancienne Egypte et on le trouve encore fréquem- 
ment dans l'Egypte actuelle. On en voit des noyaux 
dans les Musées égyptiens de Florence^ et de Vienne ^ 
et M. Flinders Pétrie en a découvert des fruits dans la 
nécropole gréco-romaine de Hawara'. D'une hauteur 
d'environ quatre mètres, l'écorce grisâtre, couronnée 
d'une large cime, le sébestier a les feuilles presque 
aussi larges que longues et les fleurs en corymbe ; il 
produit un fruit noirâtre et savoureux, à la chair vis- 
queuse et de la grosseur d'un gland. Il semble être le 



1. Ueber die altagyptischen Baume, p. I2'i. 

2. La Flore pharaonique, p. 103, n" 169. 

3. Procecdings of the sociehj of biblical Arckarologi/, 
XIII (an. 1891). p. 'i98. 

4. Op. laud.. p. 107, note. 

5. Migliarini, op. laud., p. 74, no 3610. 

6. Unger, Sitzunrj.'iberichle, t. XXXVIll, p. 113. 

7. Ilairarn, Biahmu and Arsinoë. p. 48. 



I,KS ARliRKS FliLITlERS. 12.j 

coccymelea de Théophraste', arbre qui, d'après le natu- 
raliste grec, se rencontre en abondance dans la Thé- 
baïde et dont les fruits desséchés et écrasés servaient 
aux habitants de cette contrée à faire des gâteaux'. 
M. Moldenke a identifié le jujubier avec l'arbre asht 
ou ashdou\ qu'on rencontrait dans les bois sacrés de 
dix-sept des nomes égyptiens; M. Victor Loret, 
lui, y avait vu le sébestier'; mais il a renoncé à cette 
interprétation, depuis que M. Maspero a attribué au 
mot as/idou une signification différente. 

Comme l'arbre ashdou, et plus souvent encore, on 
rencontre l'arbre nebs, nabas ou noubsou dans les textes 
hiéroglyphiques. M. Moldenke a cru pouvoir identifier 
cet arbre avec le sébestier^ ; Brugsch avait vu en lui 
d'abord le sycomore, puis le mûrier*'; avec bien plus 
de raison M. Victor Loret' y a reconnu le jujubier 
{Ziztjplius lotus L. ou spina-Christi W., Rhamnus na- 
peca Forsk.), identification que M. Maspero est venu 
confirmer par de nouvelles et toutes puissantes raisons\ 

1. Ilisloria phinlarum, lib. \\\ cap. 2, 10. 11 faut remarquer 
toutefois que Tliéophraste attribue au coccymelea une hau- 
teur considérable et compare sou fruit à une nèfle, caractères 
qui ne conviennent guère au sébestier. 

2. Ibn Baithar, Trailé des simples, w 5" .(Notices et ext)'ail.'>\ 
t. XXV, 2, p. 236.) 

3. îl avait d'abord vu dans l'arbre asht le jujubier (Z2'::y;j/i;/s 
spiria C/iristi W.). Op. laud.. p. 107, note 1. 

4. Flore pharaonique, p. 64, n" 101. 

5. Op. laud., XI, p. 108. Toutefois, il faut dire que dans une 
note de la même page il incline à y voir le lotus {Zizyphus 
lotus W.) 

6. Wierlerhuch, 750, et Dictionnaire géographique, s. v. 

7. I.a Flore pharaonique, p. 98, n" 16(). 11 lui donne la 
forme plus complète iiabas. mot qui rappelle le nom arabe 
nabak du fruit. 

8. .\oles au jour le jour, 12. (Proceedings of ihe socieig of 
biblicnl Archaeology, t. Xlll, p. 496.) 



126 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

Cet arbre — le sidr des Arabes — appartient, sui- 
vant Schweinfurth ', à la flore indigène de l'Egypte; 
cultivé aujourd'hui dans les jardins et les parcs de 
cette contrée, on le rencontre aussi fréquemment à l'état 
sauvage dans la haute vallée du Nil, où Cailliaud l'a 
signalé dans ses voyages au delà de la seconde cata- 
racte^. 

Le jujubier porte un fruit, iiabak, qui, arrivé à son 
complet développement, ressemble, dit Athénée'', pour 
la couleur à une datte, pour la grosseur à une olive, 
mais renferme un très petit noyau. M. Flinders Pétrie a 
trouvé quatre de ces fruits dans une tombe de Kahoun\ 
Les fouilles de M. Maspero à Gébéleïn ont fait aussi 
découvrir des baies et des graines de cette rhamnée^ 
que Schweinfurth a pu étudier et reconnaître ^ Il est 
d'ailleurs fait mention des fruits du nabas, c'est-à-dire 
du jujubier, dans la plupart des listes d'offrandes. Cet 
arbre avait donné son nom à la ville nubienne de Pnob- 
sou". Le nabas était ainsi connu et probablement aussi 
cultivé en Egypte dès les temps les plus reculés ; on 
l'a identifié avec le lotos des écrivains grecs ^ et la 



1. Bulletin de V Institut égtjptien. n» 8 (an. 1887), p. 308. 

2. Voyage à Méroc, t. IV, p. 878. 

3. Deipnosophistae, lib. XIV, 65. 

4. Kalmn, Guroh and Ilawara, p. 42, 2. 

5. Btdletin de Vlnstilut égyptien, n" 6 (an. 1885), p. 260. — 
Bolanische Jahrhûcher, t. VIII (an. 1886), p. 3. 

6. On a trouvé six fruits de cet arbuste parmi les plantes 
égyptiennes du Musée du Louvre. {Recueil de travaux, t. XVII, 
27, p. 193.) Bonastre l'y avait déjà signalé, Journal de Chimie, 
t. XIV (an. 1828), p. 434. 

7. G. Maspero, Proceedings of the society of Iriblical Ar- 
chaeology, t. XIII, p. 497. 

8. Fraas. Flora classica, p. 94. — 0. Lenz, Botanik der 
Grier/ien. p. 519. 



LES ARHIiES FlUITIERS. 127 

description qu'a donnée Poljbe' de ce dernier ne peut 
guère convenir qu'au Zizijfjhus lotus ou spina-Christi. 
Théuphraste, au contraire, parait plutôt désigner le 
micocoulier [Celtis australis L.) par le nom de lotos et 
le jujubier par celui de paliouros,- ; il en est de même 
de Pline', qui au reste n'a guère fait que copier, en 
l'abrégeant, le naturaliste grec'. 

Parmi les arbres à fruits de l'ancienne Egypte, il 
faut encore ranger le caroubier [Ceratonia siliqua L.j. 
M. Flindcrs Pétrie a trouvé à Kaboun une gousse et 
six graines de cette légumineuse, répandue de nos 
jours sur tous les bords de la Méditerranée ; il dit 
aussi en avoir découvert à Gourob deux gousses et 
sept graines, et M. Greville Chester en aurait rencontré 
également des restes dans les tombes de Thèbes'. Un 
fruit, qui figure parmi des offrandes dans la peinture 
d'un hypogée de Béni-Hassan, a été regardé par Un- 
ger comme une gousse de Ceratonia, et Kotscliy a 
rapporté en Europe une canne trouvée à Thèbes dans 
le cercueil d'une momie et qu'on a reconnue, cà l'exa- 



1. Athénée, Deipnosophislae. lib. XI\', cap. 65 (561 o?). C"est 
aussi, il semble bien, de fruits du Zizypkus, que, d'après Hé- 
rodote (lib. IV, cap. 177), se nourrissaient les Lotophages. 

2. Ilisloria planlarum, lib. IV, cap. 3. Il faut dire toutefois 
que quelques caractères, entre autres la forme du fruit et la 
taille de l'arbre, conviennent bien peu au micocoulier. 

3. Ilisloria naluralis, lib. Xlll, cap. 32 (17). 

4. On a trouvé, au Musée du Louvre, un fragment de noyau 
qui a paru appartenir au jujubier commun {Zizyphus vidgaris 
L.) Recueil de travaux, t. XVII, n" 28, p. 19i): mais comme on 
ignore l'origine de la collection végétale de notre grand Musée, 
il est impossible de conclure de cette trouvaille, à moitié 
douteuse encore, à l'existence du jujubier commun en Egypte 
à l'épofiue pharaoni(|ue. 

5. KiiliHU. Guro/i and Ilauara. p. iS. I et 50, 1. 



128 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

meii microscopique, comme étant en bois de carou- 
bier'. On ne peut guère douter dès b^rs que cet arbre 
n'ait été connu et probablement aussi cultivé en 
Egypte à une époque très reculée. Il se rencontre 
encore aujourd'bui, bien qu'il n'y soit pas commun, 
dans la vallée du Nil. Y est-il indigène ou y a-t-il été 
importé? Théophraste affirme que le caroubier — 
v.zpori'.x — ne croissait point en Egypte"; mais com- 
ment expliquer alors la dénomination de figuier d'E- 
gypte qu'on lui donnait — à tort, remarque-t-il, il est 
vrai ? — Il ajoute qu'il croissait en Syrie et en lonie, 
ainsi qu'aux environs de Cnide et de Rhodes, c'est-à- 
dire dans la région orientale de la Méditerranée ; c'est 
elle que de Candolle regarde comme son pays d'ori- 
gine, ainsi peut-être que la Cyréna'ique^; il a dû se 
répandre de là dans tout le bassin méditerranéen. On 
vient de voir qu'il était connu, sinon cultivé, en 
Egypte, -sous la XIP dynastie. Strabon, qui l'appelle 
v.zpx'J.x, le fait même croître en Ethiopie*. 

Dans le Papyrus des signes, découvert à Tanis par 
M. Flinders Pétrie', après la figure de la gousse, on 



1. Unger, Sitzimgsberichte. t. XXXVIII (an 1859), p. 132. 

2. Historia planlannn. lib. IV, cap. 2, 4. 

3. Origine des plantes cultivées, p. 268. On le trouve aussi 
dans le Yémen, où A. Deflers en a vu dans les gorges du 
Sabor, près Tâez, à 1,400 mètres d'altitude, des troncs de 1 
à 2 mètres de circonférence et de 10 à 12 mètres de hauteur. 
Voyage au Yémen. Journal d'une excursion botanique faite 
en 1887 dans les montagnes de V Arabie heureuse. Paris, 1889, 
in-8, p. 134. 

4. Geographica. lib. XVIII, cap. 2. E. Meyer a cru que le 
géographe grec s'était trompé. 

5. Two Jiieroghjphic Papyri froui Tanis. London, 1889, 
p. xvn, no5 2, 3. 



LES AHHHKS FRIITIERS. 129 

lit : « fruit de l'arbre noudjim »; M. Victor Lorot * 
traduit par « fruit du caroubier «, noudjim ou noiitem 
étant, suivant lui, le nom du caroulner, et s'écrivant 
« au moyen d'une gousse » ". Il a cru aussi retrouver 
la mention des fruits du noudjim ou du caroubier dans 
une vieille recette de parfumerie, qui indique la pré- 
paration d'un parfum destiné à oindre les membres 
divins. Le signe hiéroglyphique de la gousse étant 
employé dans les inscriptions des plus anciennes 
pyramides ^ M. Victor Loret en conclut à l'antiquité 
du mot noudjim ^ et par suite à celle du caroubier 
dans la vallée du Nil. M. Moldenke* a rencontré la 
mention d'un arbre not'ein, mais il n'est pas parvenu 
à le déterminer; ce mot, qui est sans doute le même 
que nout'em ou noudjim, se présente, dit-il, après la 
chute du t, sous la forme abrégée nem ; si ce dernier 
mot est identique pour la signification avec nout'em et 
noudjim, comme il y avait seize arbres nem dans le 
jardin d'Anna, le caroubier aurait été planté dans le 
parterre de l'officier de Thoutmès I. M. Moldenke n'a 
pas été plus heureux dans l'explication du mot ses- 
notem, que pour celle du vocable not'em^'\ il Ta expliqué 
par « bois de cèdre » ou de « cyprès », tandis qu'il faut 
le traduire sans doute, avec M. Victor Loret, par 
« bois de caroubier. » 



1. Victor Loret, Recherches sur plusieurs plantes. \\\, 1893, 
p. 10. {Recueil de travaux, t. XV.) 

2. La Flore jikaraonique, p. 83, n" l't6. 

3. M. Moldenke a vu dans cette gousse un fruit d'acacia. 

4. Il faut dire toutefois que l'identité de la gousse et du mot 
noudjim ne prouve pas que celui-ci ait toujours nécessaire- 
ment signifié caroubier. 

5. Ueber die altiigyptischen Rdume, XXIII, p. 139. 

6. Op. laud., XX, p. 133. 

1. 9 



130 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

Le fruit du caroubier s'appelait en ancien égyptien 
darouga, autre forme, dit M. Victor Loret, de garouta, 
mot qui signifie gousse et répond au copte garaté ; 
mais à côté de ce vocable, qu'on peut rapprocher de 
l'arabe kharob et qui paraît d'origine sémitique, il y 
en avait deux autres purement égyptiens djaïriet ouhâ 
ou honâ; le premier, qui signifie « aigrelet », ne s'est, 
d'après M. Victor Loret ', appliqué d'abord qu'à la pulpe 
seule du fruit ; plus tard il a servi à désigner le fruit tout 
entier et s'est substitué au mot plus ancien ouhâ. 
Celui-ci, qui signifie « être recourbé en forme de crois- 
sant », servait à désigner la gousse du caroubier, sur- 
tout la gousse fraîche, tandis que garouta était plutôt 
le nom de la caroube sèche. 

Parmi les arbres fruitiers anciennement cultivés en 
Egypte, il faut placer l'olivier et l'arbre à noix de ben, 
encore que les fruits en soient plutôt employés pour leurs 
propriétés oléifères que comme comestibles. L'olivier 
n'est point indigène en Egypte et l'on ignore à quelle 
époque il a été importé dans la vallée du Nil ; mais 
croissant spontanément dans presque toute l'Asie 
antérieure, des steppes du Pendjab aux bords de la 
Méditerranée^, cultivé à l'époque la plus reculée en 



1. Recherches sur plusieurs plantes, IX, p. 13. {Recueil de 
travaux, t. XV.) — La Flore pharaonique, p. 89. 

2. D'après Engler, ap. Victor Uehn (Kultiirpfla)tzen, p, 117), 
l'olivier serait aussi indigène dans la presqu'ile des Balkans, 
ainsi qu'en Italie, en Sicile, en Espagne et dans toute la 
Mauritanie. A. de Candolle (Origine, p. 215), le croyait ori- 
ginaire de la région syrienne, Schweinfurth (Bulletin de 
rinslitut égyptien, an. 1887, p. 305) le supposait importé de 
l'Arabie heureuse; depuis (Zeitschrift f tir Ethnologie, an. 1891, 
p. 663) il s'est borné à dire qu'il a d'abord été cultivé en 
Syrie. 



LKS ARHRKS FRUITIERS. 131 

Sjrie, il dut pénétrer de bonne heure en Egypte. 
En tout cas, il existait dans la vallée du Nil au temps 
des Ramessides ; s'il n'est point sur qu'il soit, comme 
l'ont cru Rosellini' et Franz Wœnig^ représenté sur 
une peinture des hypogées de Tell-el-Amarna, qui 
remontent à la XVIIP dynastie, un document, qui 
date de la XX°, le Papyrus Harris, en fait connaître la 
culture d'une manière certaine et on pourrait dire offi- 
cielle. L'un des rois de cette dynastie, Ramsès III, 
rappelle lui-même, dans ce papyrus, les plantations 
d'oliviers qu'il avait faites en l'honneur des Dieux \ 

Ainsi l'olivier était connu et fut même cultivé en 
Egypte sous la XX" dynastie ; on a trouvé d'ailleurs 
dans les tombes de cette dynastie et des suivantes des 
couronnes faites de feuilles d'olivier. M. Maspero a aussi 
découvert dans une tombe de Shéikh Abd-el-Gournah 
des fragments de guirlandes faites en feuilles d'olivier '' 
et le Musée de Leyde possède deux couronnes sem- 
blables, dont l'une est encore intacte. M. W. Pleyte 
a cru, d'après ces faits ^ pouvoir reporter l'introduc- 
tion de l'olivier en Egypte à l'époque de la XIX" dy- 
nastie. Elle remonterait bien plus haut, si les noyaux 

1. Monumenti dell' Egilln. t. II, pi. 78. 

2. Die Pflnnzen im allen Aegypten, p. 329. 

3. Papijrus Harris. von Eisenlohr, XXVII, XLIX. {Zeil- 
achrift fur aegiiplische Sprache.i. XI (an. 1873), p. 99, 155, etc.) 

4. G. Sclnveinfurth, Ueber Pflanzenresle. (Berichte der bola- 
nischen Gesellschaft. t. II (1884), p. 368). 

5. « Si les momies qui les portent (les couronnes d'olivier) 
appartiennent à la .\X« jusqu'à la XXV-^ dynastie, nous pou- 
vons déduire de là, comme date de Tintrod notion de l'olivier 
en Egypte, à peu près la XIX*" dynastie. » La couronne de la 
jitsti/ii-a(wn. (Actes du sixième Congrès international des 
Orientalistes, tenu en 1883 à Leide. 4^ partie. Leide, 1885, 
in-8, p. 13.) 



132 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

d'olive, découverts par Schiaparelli dans une tombe 
de Drah-Abou'l-Neggah, étaient bien contemporains de 
ce monument et provenaient de cultures égyptiennes. 
Ils ont paru à Schweinfurth appartenir à deux races 
distinctes ^ ; peut-être se rapportent-elles à l'olivier 
ordinaire [Olea europea L.) et à sa variété de Nubie 
[Olea niibica Schw.), que Percy Newberry a reconnue 
parmi les restes végétaux trouvés à Hawara^. Miglia- 
rini a, dans son catalogue du Musée égyptien de Flo- 
rence ^ attribué certaines feuilles de guirlandes 
funéraires à une autre espèce, l'olivier sauvage [Olea 
oie aster L.). 

Suivant Théophraste *^, l'olivier croissait en Egypte, 
mais seulement dans la Thébaïde, non près du Nil 
toutefois, mais à une certaine distance — trois cents 
stades — du fleuve, « dans les terres qui n'étaient 
arrosées que par des sources »; le naturaliste grec 
avait ici sans doute en vue les oasis du désert libyque, 
oii l'olivier pousse encore de nos jours d'une manière 
merveilleuse. Théophraste ajoute que l'huile d'olive 
égyptienne n'était pas inférieure à celle de la Grèce, 
mais l'odeur, dit-il, en était moins agréable. D'après 
Pline % les olives d'Egypte auraient été très charnues, 
mais auraient donné peu d'huile. Strabon ® vante la 
beauté et la fécondité des oliviers du nome d'Arsinoë 
— le Fayoum actuel, — et il dit que l'huile en était 



1. Bulletin de VInslilut égyptien, n" 6 (année 1885), p. 266. 

2. Flinders Pétrie, Haumra, Diahmu and Arsinuf, p. 48. 

3. Indication succincle des Monuments égijpliens, p. 72, ii" 2465. 

4. Historia plantarum, lib. IV cap. 2, 9. 

5. « In Aegypto carnosissimis olei exiguum ». Lib. XV, 
cap. 4. 

6. Geographica, lib. XVII, cap. 1, 35. 



LES ARBRES FRUITIERS. 133 

excellente, quand elle était faite avec soin; mais il 
ajoute que le reste de l'Egypte était dépourvu d'oliviers, 
à l'exception des jardins d'Alexandrie ; on y voyait des 
oliviers qui produisaient des fruits, toutefois sans 
fournir de l'huile. 

Brugsch' a attribué à l'olivier le nom bek, bek-t, 
beka. baka, qu'on trouve dans les textes hiérogly- 
phiques, comme celui d'un arbre dont on retire un 
breuvage et un parfum; d'autres égyptologues ont cru 
qu'il était désigné par le mot t'ettir ; la forme authen- 
tique est djadi, radical qui se rencontre avec ce sens 
depuis l'époque des Ramessides'. Les textes où il 
apparaît montrent qu'on faisait en Egypte une grande 
consommation d'olives, comme fruits comestibles, 
mais encore plus pour en extraire l'huile des lampes 
sacrées . 

Le nom baq, qu'on a attribué parfois, je viens de le 
dire, à l'olivier, désigne en réalité un tout autre arbre, 
mais des fruits duquel on extrait également de l'huile, 
c'est le jixXav:; arp-T-lx do Théophraste, XeMyrohalanum 
de Pline. M. Victor Loret avait cru pouvoir identifier 
cet arbre avec le Moringa oleifera Lam.'*; mais 
Schweinfurth'' ayant trouvé une graine de Morinr/a 
aptera Gaertner parmi les restes végétaux découverts 
par Schiaparelli à Drah-Abou'1-Neggah, le savant égyp- 

1. Ilierogl. demolisches Wœrterbuch, vol. II, pi. 425-426. 

2. Charles Moldenke, op. laud., p. 117 et 119. 

3. Victor Loret, La Flord pharaonique, p. 59. Le signe 
hiéroglyphique pour les mots Cellu et djadi est d'ailleurs le 
même. 

4. Im Floi'c pharaonique, p. 8(), n" 145. 

5. Les dernières découvertes botaniques dans les anciens 
tombeaux de VÊgypte. (Bulletin de l Institut éqi/ptien. n" 6. 
1886, p. 270.) — iiotanische Jahrbiicher, t. VIII (an. 1886), p. 8. 



134 LES PI.ANTKS CIIKZ LES EGYPTIENS. 

tologue a renoncé à sa première interprétation et admis 
que le baq des textes hiéroglj^phiques est bien l'es- 
pèce de Moringa déterminée par le botaniste allemand '. 
Le Moringa aptera, nommé yesser [yesar) en arabe, 
se rencontre fréquemment dans les vallées du désert 
arabique, ainsi que dans l'oasis de Dakhléh.'". Il en est 
fait mention dans les textes des plus anciennes dynas- 
ties. 

Les arbres fruitiers dont je viens de parler sont ceux 
qui furent le plus anciennement cultivés dans les jar- 
dins de l'Egypte pharaonique ; c'étaient ceux d'ailleurs 
que leur offrait la tlore indigène ou des contrées voi- 
sines ; mais ils ne suffirent pas toujours aux habitants 
de la vallée du Nil et quand ceux-ci furent en rapport 
avec l'Asie antérieure ou avec la Grèce, ils leur em- 
pruntèrent quelques-unes de leurs espèces indigènes ; 
commencée dès le temps des Ramessides, cette impor- 
tation nouvelle se continua jusqu'aux premiers siècles 
de notre ère. 

La plus importante des espèces qui ait été ainsi accli- 
matée en Egypte est le pommier [Pyrus malus L.) ; 
il y fut cultivé dès le temps des Ramessides ^ Son nom 
hiéroglyphique rf«/?z^, qu'il faut rapprocher du mot arabe 
taffah, copte djepeh, hébreu lappoukh, se rencontre 
déjà dans le papyrus Anastasi III. « Les grenades, les 
pommes, les [olives] et les figues du jardin fruitier », 
comme traduit M. Victor Loret^ Ramsès Ilj je l'ai 



1. Recherches sur plusieurs plantes, l. (Recueil de travaux, 
t. VII, p. 101.) 

2. Illustration de la Flore dEgyple. p. 60. 

3. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 82, n" 137. 

4. Recherches sur plusieurs plantes. V. « Le pommier. » 
(Recueil de travaux, vol. VII, p. 113.) 



LES AUBHES FRUITIERS. 135 

déjà dit, fit planter des pommiers dans ses jardins du 
Delta. On voit Ramsès I-II donner aux prêtres de 
Thèbes, pour leurs offrandes, 348 paniers de pommes'. 
Le pommier était donc cultivé dans la vallée du Nil 
dès le temps de la xix" dynastie, et son nom à forme 
sémitique montre qu'il }• était venu sans doute de la 
Syrie; il avait dû être apporté dans cette dernière con- 
trée de l'Asie Mineure ou de la région du Caucase, son 
vrai pays d'originel 

Si le pommier a été ainsi cultivé en Egypte à une 
époque reculée, en a-t-il été de même du mûrier, de 
l'amandier, du pêcher, du cerisier et du poirier dont 
M. Flinders Pétrie a trouvé des fruits dans la nécro- 
pole de Ha^vara^ Cela est peu probable. Rien ne 
prouve d'abord que les fruits de Hawara fussent tous 
de provenance indigène, et supposé qu'ils l'aient été, 
on serait tout au i)lus en droit d'en conclure que les 
arbres qui les portaient étaient cultivés dans la vallée 
du Nil à l'époque gréco-romaine. Il n'est pas impossible 
toutefois que quelques-uns d'entre eux aient été im- 
portés en Egypte, sous la domination des premiers Pto- 
léméesou même plus tôt; mais la plupart ne purent y 
être transplantés que vers le commencement de notre 
ère*. En tout cas on ne leur connaît pas de nom hiéro- 
glyphique", et la forme hellénique des noms coptes de 



1. Grand Papyrus Marris, pi. XL, a, 14-15. 

2. A. de Candolle, op. laud., p. 187. 

3. I/airara. Biahmu and Arsinoë, p. 'i8 et 50. — Kaliun, 
Gurob and Ilawara, p. 47, 2. 

4. Ces divers arbres sont aujourd'hui cultivés en Egypte, 
à l'exception du poirier, dont Schweinfurtli ne fait point 
mention dans VlHusIration de la Flore d'Egypte. 

5. C'est par erreur que Brugsch a attribué celui de 7iet' à 



136 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

leurs fruits peut faire croire qu'ils n'ont été connus des 
Égyptiens que par l'intermédiaire des Grecs. Tels sont 
ceux de l'amande, leuke, de la pêche, ou-persi, de la 
cerise, tamaskion, de la poire, apidia^; quant au mû- 
rier, M. PercY Newberry dit, il est vrai, qu'il est 
souvent mentionné dans les inscriptions hiérogly- 
phiques de la XIX' dynastie"; mais il n'en donne au- 
cun exemple. Il y a là une erreur évidente du bota- 
niste anglais. Originaire du Pont et de la Médie, le 
Morus nigra L. ne paraît point avoir été connu des 
anciens Sémites; il a dû l'être encore moins de 
rÉgypte pharaonique ^ 

M. Flinders Pétrie a trouvé aussi dans la nécro- 
pole de Hawara une noisette et des noix'*; faut-il en 
conclure que le noyer et le noisetier étaient cultivés 



l'amandier. Hier.-demolisches Woei'terbuch, suppL 713. Cf. 
Moklenke, op. laucL, XXV, p. 143. 

1. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 83 et 84, n"=* 138, 
139, 140, 141. Les pommes, les poires, les prunes, qu'on mange 
aujourd'hui en Egypte sont mauvaises et y sont pour la plupart 
importées, ainsi que les cerises, les noix et les noisettes, de 
la Grèce ou de la Syrie. P. Ascherson et Magnus, Ueber Pflan- 
zenreste. [Zeitschrifl fur Ethnologie, t. IX, p. 294.) 

2. Flinders Pétrie, Kahun, Gurob and Hawara, p. 48, 1. 

3. M. Victor Loret {La Flore pharaonique, p. 46, n" 60), 
regarde le nom copte ou-mation du Morus nigra L. comme 
une dénomination populaire grecque, le mot ou-katmis. au 
contraire, par lequel est désigné le Morus alba L., lui paraît 
être d'origine égyptienne ; mais comment le mûrier blanc, 
indigène seulement dans la Chine et la Mongolie, aurait-il pu 
être connu en Egypte avant le mûrier noir, originaire de la 
région du Caucase? Le Morus alba ne paraît pas avoir été 
importé dans l'Asie occidentale et par conséquent en Egypte 
avant le moyen âge. A. de Candolle, op. laud., p. 120 et 122. 
— V. Ilehn, op. laud., p. 318. 

4. Kahun, Gurob and Hawara, p. 47, 2. — Ilawara, 
Biahmu and Arsinoë, p. 50. 



LES AliDHKS FRlITlIiRS. 137 

en Egypte? Rien de moins légitime; arbuste des pays 
froids ou tempérés, le noisetier ne paraît pas avoir été 
planté dans la vallée du Nil, où il ne pourrait guère 
s'acclimater. Quant au noyer, il n'est aujourd'hui en- 
core que rarement cultivé en Egypte'; il ne devait pas 
l'être davantage au f siècle de notre ère, si même il 
l'était déjà. En tout cas il l'y était depuis peu. Le nom 
copte de la noix, koïri ou katré, déformation évidente 
du pluriel grec vApjy., montre bien que le noyer a dû 
être importé de la Grèce en Egypte. Quant au nom 
copte de la noisette, pantoki, il semble une simple 
transformation de l'arabe boiindouq^, ce qui témoigne 
encore en faveur d'une provenance exotique^. 

Ce que je viens de dire du noisetier et du noyer s'ap- 
plique aussi au cédratier; sans doute cet arbre a été 
anciennement cultivé en Eygpte; mais il n'a dû, 
quoique M. Victor Loret ait cru le contraire', y 
être importé qu'à une époque relativement récente, 
sinon postérieure à notre ère\ Il n'y a donc pas lieu 

1. Illuslralion de la Flore cV Egypte. (Mémoires de r Institut 
égyptien, vol. II (1889), i^^ partie), p. 141. 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 45. n° 58. 

3. « Hazel nut is likely to hâve reached Hawara by means 
of trade», dit M. Percy Newberry, A'rt/H<«, Gurob and Hawara, 
p. 48, 1. Je parlerai plus loin des fruits de pin pignon trouvés 
à Drah-abou'l-Xeggah. (liulletin de rinstilvt égyptien. n° 5 
(1884). p. 6), et dont il existe aussi un exemplaire dans la col- 
lection égyptienne du Musée du Louvre. (Recueil de travaux, 
t. XVII, 14, p. 187). 

4. Le cédratier dans rantirjuité. Paris, 1891, in-8. (Extrait 
des Annales de la Société botanique de Lyon, vol. X\'ll). 
Il existe aussi un citron — il a dû même en exister deux — 
au Musée du Louvre ; mais la présence, même dans cette 
collection, de ce fruit, originaire de l'Inde, suffit à faire douter 
de son ancienneté. 

5. Bévue critique, an. 1893, I. t. XXX\', p. 113. 



138 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

de parler ici de cet arbre; c'est quand j'étudierai la 
flore de l'Asie antérieure, où il apparaît d'abord, qu'il 
conviendra d'en faire l'histoire, ainsi d'ailleurs que 
des cinq ou six derniers arbres fruitiers, dont il vient 
d'être question, et qui sont indigènes ou ont été cul- 
tivés depuis la plus haute antiquité dans cette région. 

Mais il est un arbre à fruit — la vigne — dont il 
me faut parler maintenant, à cause de l'ancienneté de 
son importation dans la terre des Pharaons, et de l'ex- 
tension qu'y prit sa culture. La vigne {Vitis vhiifera 
L.), paraît originaire de la région forestière, qui 
s'étend du Turkestan et du Caucase aux montagnes de 
la Thrace *; mais de là elle s'est répandue dans toutes 
les parties du monde connu des Anciens. Les Sémites 
la cultivèrent dès les temps les plus éloignés. L'his- 
toire de Noé a symbolisé la découverte des propriétés 
enivrantes du jus de raisin". L'offrande de pain et de 
vin, faite par Melchisédech en l'honneur d'Abraham ^ 
montre l'usage des produits de la vigne connu en Sy- 
rie près de vingt siècles avant notre ère. On sait, par 
le récit du Livre des Nombres \ que, avant l'établis- 
sement des Hébreux, la vigne était, avec le figuier et 
l'olivier, cultivée dans le pays de Chanaan, et qu'elle 
y portait des fruits d'une merveilleuse grosseur. 

Elle était aussi alors et depuis longtemps connue en 



1. A. de CandoUe, op. laud., p. 153. — A. Grisebach, Die 
Verjelalion der Erde, t. I, p. 3'23. — 0. Schrader, Tliter- und 
P/lanzengeof/raphie. p. 27. — Engler, ap. Victor Helin, Kid- 
turpflanzen, p. 87. 

2. Genesis, cap. L\, vers. 20 et 21. 

3. Gniesis, cap. xiv, vers. 18. 

4. Numeri, cap. xni, \er%. 21. 

5. Franz Delitzsch, Die Bibel und der Wein. Leipzig, J885, 
in-8, p. 8. 



Li:S AR15IŒS FRLITIEItS. 139 

Egypte. Osiris, preuve de son ancienneté, était regardé 
comme l'inventeur de sa culture'. Des peintures con- 
temporaines de la TV\ de la VP et de la XI P dynasties 
représentent la cueillette du raisin et la fabrication du 
vin". Il est souvent question de la vigne dans les 
textes hiéroglyphiques de l'époque des Ahmessides et 
des Ramessides; on en voit aussi de fréquentes repré- 
sentations sur les monuments contemporains. Sur la 
table des offrandes d'une des peintures du tombeau de 
Rat'eserkasenb (XV1II° dydastie), on voit quatre jarres 
de vin enguirlandées de pampres couverts de raisins'. 
Le scribe Anna, nous l'avons vu, avait fait planter 
douze vignes dans son jardin et on en comptait vingt- 
quatre dans le parterre de l'officier d'Amenhotpou II. 
Le papyrus Harris nous apprend que Ramsès III fit 
établir des vignobles en plusieurs lieux de la Haute et 
de la Basse-Egypte*. On voit par les peintures des hy- 
pogées de Béni-Hassan et d'El-Amarna que les anciens 
Égyptiens plantaient leurs vignes en rangs parallèles 
et les conduisaient sur des treillages, de manière à 
former des berceaux impénétrables aux rayons du 
soleil. 

On a souvent rencontré des débris de vigne dans les 
hypogées. Schiaparcllia trouvé à Drah-Abou'1-Neggah 



1. Franz Wœnig. op. laud., p. 259. 

2. Lepsius, Denkmaler, t. III, pi. 53. tombe n" 6 de Gizeh 
(IV<^ dynastie); t. IV. pi. IH, tombe n" 14 de Zaouïet-el-Maïétin 
(Vh- dynastie) ; ibid.. pi. 127, tombe 2 de Béni-Hassan 
(XII'= dynastie). — Rosellini, Monumenti civili, t. II, n"' 37, 38 
et 40. 

3. Mcmoiros de la mission archéologique au Caire, t. Y. 
fasc. IV (an. 189:5), pi. H. paroi F, p. 575. 

4. P. VII, I. 10. {Zeilschrifl filr (igi/plisr/ie Sprache. t. .\I 
(un. 1873), p. 35.) 



140 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

des paquets de feuilles, dont quelques-unes étaient 
encore en parfait état de conservation ; après les avoir 
ramollies dans de l'eau tiède, Schweinfurth a pu les 
étaler dans l'herbier de Boulaq'; elles ressemblent aux 
feuilles de l'espèce encore aujourd'hui cultivée en 
Egypte ; mais la face inférieure en est recouverte 
d'une espèce de feutre de poils blancs. Parmi les restes 
végétaux découverts par Mariette dans la même loca- 
lité se trouvaient entre autres des raisins secs, qui 
appartiennent, d'après Schweinfurth ^ à la variété 
noire à grosses baies recouvertes d'un duvet bleuâtre. 
Dans les fouilles faites à Gébéleïn par M. Maspero, 
on a rencontré aussi des grains de raisin à peau 
épaisse, de 16 à 17 millimètres de longueur sur 10 à 
11 de largeur, avec trois à quatre graines, abrupte- 
ment atténuées en pointe tronquée et mesurant en 
longueur, largeur et épaisseur respectivement 7, 4 et 
3 millimètres \ On voit de ces raisins dans la plupart 
des musées égyptiens d'Europe\ Braun, qui a étudié, 
avec un soin particulier, ceux qui sont au Musée de 
Berlin^ a trouvé qu'ils renfermaient chacun trois 
graines ; quant à la dimension, ils se rapprochent des 
raisins de Corinthe, mais devaient être plus foncés. 
Enfin, dans les raisins rapportés de Hawara par 
M. Flinders Pétrie, M. Percy Newberry a reconnu la 
Vitis vinifera L. var. Corinthiaca^. Les Égyptiens 

1. Botanische Jahvbûcher, t. VIII (an. 1886), p. 8. 

2. Bullelin de r Institut égyptien, n° 5 (1884), p. 9. 

.3. Bulletin de V Institut èf/i/ptien. n» 6 (an. 1886), p. 260. 

4. Il en existe une trentaine de grains au Musée du Louvre, 
à peau épaisse et à grosses graines. Recueil de travaux, t. XVII, 
29, p. 194. 

5. Zeitschrift filr Ethnologie, t. IX (an. 1877), p. 306. 

6. Hawara, Biahmu and Arsinoë, p. 50. 



LES ARRRES D'ORNEMENT. 141 

avaient d'ailleurs plusieurs espèces de raisins, tels que 
le thasien qui, d'après Pline', était sucré et légèrement 
laxatif, l'ecbolos*, qui aurait, d'après lui, provoqué 
lesavortements. 

Le nom hiéroglyphique de la vigne, ainsi que celui 
du raisin, était arouri — le copte aloli. — Le raisin 
vert s'appelait gangani, en copte shelshèili, le raisin 
séché au soleil ashep ou shep^. Quant au vin il portait 
le nom de arp. 



Les arbres à fruits n'étaient pas seuls cultivés dans 
les jardins égyptiens, le besoin d'ombre et de fraîcheur 
y fit aussi planter, ainsi que dans le voisinage des 
villes, des arbres ou des arbustes d'ornement*. La 
flore indigène en offrait un certain nombre, remar- 
quables par la grâce et l'élégance de leur feuillage, 
tels que les tamaris, les acacias et le saule safsaf; 
plusieurs d'entre eux, sinon tous, furent cultivés dans 
les parterres pharaoniques. 

On compte en Egypte huit espèces de tamaris", 
dont l'une, le T. arborea Bunge, est môme spéciale à 



1. Ilisloria naluralis, lib. XIV, cap. 9 (7). 

2. Ilisloria naluralis. lib. XIV, cap. 24 (18). 

3. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 101, n° 167. 

4. « J'ai planté (autour de) la ville de Thèbes des arbres, 
des arbustes, des fleurs », dit Ramsès III dans le grand pa- 
pyrus Harris, pi. VII. Zeitschrifl fiir aegyplische Sprache, 
t. XI, p. 54. 

5. Ce sont, d'après Vllluslralion de la Flore iVEgyple, les 
T. telrarjuna Ehr. , nilotica B.. mannifera Ehr., arborea B., 
arliculala Vahl, amplexicaulis Ehr., passer inoides Del. et 
macrocarpa Ehr. 



142 LES PLANTES CHEZ LI'IS EGYPTIENS. 

cette contrée^; deux surtout sont représentées aujour- 
d'hui dans les plantations : le T. arliculata Vahl — 
ar. athl ou açl, — dont on fait des avenues, et le T. 
nilolica Bunge, — ar. tarfah. — Ce dernier vocable 
est traduit dans les Scalae coptes par she-n-osi, tandis 
que »f/ répond à pi-nam ou pi-nom^ ; M. Victor Loret 
incline à reconnaître dans \od copte l'équivalent du 
terme hiéroglyphique aser, qu'on rencontre dans l'ins- 
cription du tombeau du célèljre Khnoumhotpou à Béni- 
Hassan ^ Ce mot qu'il faut rapprocher du nom hébreu 
du tamaris ashel, doit donc être traduit aussi par ta- 
maris ; il servait sans doute à désigner plus particu- 
lièrement le T. nilolica; mais on le donnait probable- 
ment aussi à d'autres espèces du genre. 

L'inscription du tombeau de Khnoumhotpou parle 
d'un bois de tamaris que possédait l'illustre mort ; celle 
du tombeau d'Anna nous apprend que le scribe d'x\men- 
hotpou II avait planté dix tamaris dans son jardin. 
Unger a découvert des fragments de T. nilolica dans 
une brique d'El-Kab*; la momie de Kent, personnage 
de la XX'' dynastie, reposait sur un lit de branches, 
reliées par des fibres de dattier et que M. Schwein- 
furth a reconnues comme appartenant à la môme es- 
pèce de tamaris ^ M. Flinders Pétrie a trouvé aussi 
des débris de ce bel arbre dans une tombe de 
Kahoun^ 

1. Illuslralion de la Flore iVEgypte. p. 50. 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 79, n" 133. 

3. Lepsius, Denkmàler, t. II, pi. 124. Cf. Charles Moldenke, 
op. laud., p. 129. 

4. Silzungsberichle, i. XLV (an. 1862), p. 81. 

5. Bulletin de Vlnslilul égyptien, n° 6 (an. 1885), p. 282. — 
Botanisclœ Ja/irbiicher, t. YIII (an. 1886), p. 14. 

6. Kahuu, Gurol) and Ilavara, p. 50, 1. 



LES ARimKS I)'0RM:MENT. 143 

En comprenant le Prosopis Stephaniana Willd. 
ou Acacia heterocarpa Del., il y a en Egypte huit 
espèces d'acacias'; deux paraissent avoir été plus par- 
ticulièrement cultivées: Y Acacia jiiloticaYovs\i., va- 
riétéderJ.. arahicaWiWd., etV Acacia set/ai L. Au nord 
du IP degré de latitude, l'acacia du Nil ne se rencontre 
aujourd'hui que planté dans les jardins et les prome- 
nades, mais on l'y trouve fréquemment. Il ne devait 
pas à une époque reculée être moins commun à l'état 
spontané, et on peut supposer qu'il formait un des 
principaux éléments des forêts qui durent à l'origine 
couvrir une partie de la vallée du Nil; suivant Théo- 
phraste', cet arbre était, de son temps, très répandu 
dans laThébaïde. 

Mais si V Acacia nilotica croissait à l'état spontané 
en Egypte, on le cultivait aussi, à l'époque pharao- 
nique, comme on le fait de nos jours, dans les parcs 
et les jardins. Anna en avait trois dans le parterre de sa 
villa ^; ce bel arbre figurait dans 24 des 42 bois sacrés 
des nomes égyptiens. Strabon parle d'un bocage d'«c«n- 
thcs tJiébaïciucs — acacias — qui se trouvait auprès du 
sanctuaire d'Acanthos en Lybie*. On a trouvé fréquem- 
ment des débris de cette mimosée dans les hypogées 
pharaoniques ; M. Fiinders Pétrie a découvert dans la 
nécropole de Kahoun divers ustensiles en bois, ainsi que 
des gousses, d'acacia". Unger a cru aussi reconnaître des 
débris de gousses du même arbre dans une brique d'El- 



1. Illustration de la Flore d'Égi/pte, p. 71-72. 

2. Ilistoria plantaram, lib. IV, cap. 2, 8. 

3. Charles .Moldenke, op. laud., IV, p. 74. 

'i. Dahshour. Geographica, lib. XVII, cap. 1, 35. 
5. Kahun, Gurob and I/aicara, p. 50, 1. 



14i LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

Kab\ Quelques-unes des guirlandes qui ornaient les 
momies d'Ahmès I et d'Ahmenhotpou I étaient faites 
en fleurs d'acacia du Nil'. 

L'Acacia nilotica est souvent mentionné dans les 
textes égyptiens; il portait, dans la langue hiérogly- 
phique, le nom de shent ou shant, — hébreu shett, ar. 
saut, copte shonte ou shanti^ ; — les Grecs lui don- 
naient celui d'à/,av6a Théoph. ou à'y.vavJ.y. Diosc. ; les 
Latins l'appelaient acantJuis ou spina aegyptiaca. Son 
port, la beauté de ses fleurs, employées pour faire des 
couronnes, la dureté de son bois, qui le rendait propre 
aux usages les plus divers, la multiplicité de ses épines, 
dont toute la plante, à l'exception du tronc, était cou- 
verte ; enfin la gomme — kami'", copte komé, origine 
probable du grec xi\j.\u, lat. giiimni, — qui sortait na- 
turellement à travers l'écorce, mais coulait surtout en 
abondance des incisions faites à l'arbre, avaient frappé 
les Anciens; Théophraste^ et après lui Pline" en ont 
longuement parlé. 

On rencontre souvent dans les textes hiéroglyphiques 
une espèce d'arbre du nom de ash, dont le bois était, 
comme celui de l'acacia du Nil ou shent, employé dans 
les constructions, en particulier pour faire des bateaux, 
des portes ou des boiseries. C'est ainsi que sur une 



1. Silzungsberichle, t. XLV (an. 1862), p. 81. 

2. G. Schweinfurth, [Jeber Pflanzenreste. {Bericlile der 
holanischen Gesellschaft, t. II (1884), p. 363.) 

3. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 84, n° 142. 

4. A. Wiedemann, Sammlung allagyptisclier Worter , welche 
von klassischen Aiitoren umschrieben oder iibersetzt tvorden 
sind. Leipzig, 1883, in-8, p. 26, donne les formes kemai, 
kema. 

5. Historia plaiilarum, lib. IV, cap. 2, 8. 

6. IJiston'a naluralis, lib. XVII, cap. 19. 



LES ARBRES D'ORNEMENT. 145 

inscription de l'obélisque de Thèbes, transportée aujour- 
d'hui à Rome, Thoutmès HI se vante d'avoir fait 
construire en bois ash une grande barque dédiée à 
Amon'. Dans l'inscription qui rappelle la restauration 
du grand portail du temple d'Edfou, il est dit aussi que 
les portes en ont été faites en bois de l'arbre ash ' : quel 
était cet arbre ash, dont le bois était ainsi employé 
dans l'industrie pharaonique? Depuis M. de Rougé on 
s'est généralement accordé à y voir une espèce d'acacia, 
sans doute VA. seijalDeX., espèce indigène en Egypte 
comme l'acacia du Nil, mais dont les feuilles sont com- 
posées d'un moindre nombre de folioles^ Une inscription 
du temple de Hibé, qui nous apprend que les portes 
en avaient été faites en bois de l'arbre ash, ajoute 
que ce bois venait des contrées de l'ouest et que l'arbre 
qui l'avait fourni portait le surnom de pir-she?i\ 

M. Victor Loret, qui mentionne ce vocable et lui at- 
tribue le sens de « grains chevelus », l'a donné d'abord 
comme le nom des Heurs de 1'^ . Farnesiana Willd ^ ; 
mais cette espèce américaine n'ayant pu évidemment 
être connue dans l'ancienne Egypte, il s'est demandé 
depuis si l'arbre pir-shen, dont les fleurs portent dans 
les recettes de parfumerie le nom de sannâr, ne serait 



1. J. de Horrack, A'^otice sur le nom hiéroglyphique du cèdre. 
{Revue archéologique, t. X (an. 1864), p. 45.) Il faut dire que 
M. de Horrack traduit ash par cèdre. 

2. H. Brugsch, Eine neue Bauurkunde des Tempels von 
Edfou. {Zeitschrifl fin- aeggptische S/jrache,t.X\U(3LU. 1875), 
p. 122. — Charles Moldenke, op. laud., VI, p. 89. 

3. M. Victor Loret dit que cet acacia, appelé talh en arabe, 
porte dans les Scalae le nom de pi-tnrinon ; Kircher qu'il 
cite aussi traduit tout simplement pi-tarinon par virgullum. 

4. Charles Moldenke, op. laud., VI, p. 91. 

5. La f'iore pharaonique, p. 86, n° 144. 

I. lu 



146 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

point VA. spirocarpa Hochst., en arabe sanunor. C'est 
là une hypothèse ingénieuse, mais difficile à accepter ; 
l'A. spirocarpa, arbre du désert arabique méridional, 
n'a guère pu être \Qpir-shen des contrées de l'ouest, dont 
parle l'inscription hiéroglyphique. En réalité, ce nom 
désigne Vash ou A. seyal, comme nous le voyons par 
l'inscription du temple de Hibé\ 

Il n'est point certain que l'arbre ash eût été planté 
dans le jardin d'Anna, mais il se trouvait dans les bois 
sacrés de dix-sept nomes. Rencontrait-on dans ceux-ci 
d'autres espèces d'acacia? On l'ignore, mais le fait n'est 
pas improbable ; on pourrait le croire en particulier pour 
les A. albida Del., Ehreiibergiana Hayne, tortUis H. et 
helerocarpa Del. [Prosopis Stephaniana Willd), très 
répandus dans l'Egypte ; on a du moins trouvé au Mu- 
sée du Louvre un fragment de guirlande, faite de fleurs 
à! A. tortilis et cinq gousses d'A. heterocorpa'^ , ce qui 
montre que, s'ils ne les cultivaient pas, les anciens 
Egyptiens connaissaient et utilisaient ces espèces, 
comme les A. nilotica et seijal. Ils connaissaient 
aussi le Mimosa polyacantha L., dont « les feuilles 
ailées, dit Pline ^, se replient quand on les touche ». 
Cet arbre, qu'on rencontre aujourd'hui encore dans la 
Haute-Egypte, croissait autrefois, suivant le poly- 
graphe latin, aux environs de Memphis. 

Il se trouvait dans le jardin d'Anna huit arbres 



1. « Ses portes ont été faites en bois d'as/i de la région de 
rOccident, (arbre) dont le nom est pir-shen ». H. Brugsch, 
Ueher eine Bauurkunde von Edfu. {Zeilschrift fur âgyplische 
Sprache, t. XIll (an. 1875), p. 123). 

3. Hecueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 22 et 23, p. 191. 

4. Ilïsloria naturolis, lib. XIII, cap. 19. 



■ LES Annr.Es o'ornemknt. ht 

ther, ter ou tari'' ; ce nom — copte tôré ou tJiôri' — 
désignait le Salix safsafForsk., espèce de saule indi- 
gène dans la vallée du Nil, ainsi que dans les oasis, 
mais qu'on plantait également dans les parcs et en 
haies. Ses feuilles élégantes et flexibles servaient à faire 
des guirlandes. Les momies des pharaons de la XVllI" 
dynastie, Ahraès 1 et Amenhotpou II, trouvées, en 1881 , 
à Deir-el-Bahari, étaient ornées de couronnes faites de 
feuilles de safsaf ' ; la momie de la princesse Nesi-Khon- 
sou de la XXIP dynastie en était également parée. 
Schiaparelli aussi a découvert dans une tombe de 
Shéik Abd-el-Gournah% des débris d'une couronne 
faite de feuilles de saule et de fleurs de carthame. 

Ces arbres ne durent pas être les seuls de la flore 
indigène qui furent cultivés dans les jardins ou les parcs 
pharaoniques ; y planta-t-on aussi la Maerua uniflora 
Vahl — le mérnii des Arabes — arbre immense, qui 
est un des ornements du désert éthiopien ; on en a re- 
trouvé des fruits et des graines dans une tombe de 
Gébéleïn^ ; mais ce n'est nullement une preuve qu'il fût 
cultivé dans la vallée du Nil. On peut en dire autant 
du Cocciihis leaeba D., arbrisseau rampant des déserts 
égyptiens, dont on a trouvé également des baies dans 
la tombe d'Ani à Gébéleïn^ 

A-t-on cultivé dans l'ancienne Egypte le térébinthe 
[Pistacia terebinthus L.) et le lentisque [Pistacia 

1. Charles Moldenke, op. laud., p. 126. 

2. Kircher, Scala mnrjna, p. 175, àonne pi-lhôri. 

3. G. Schwcinfurth, Ueber Pflanzeti reste. (Berichte der 
holnnischen Gesellschafl, t. II (an. 188'»), p. 369.) 

4. G. Schweinfurth, Die Ictzten botaiiischen Enldeckungen. 
(liolanische Jahrbiicher, t VIII (an. 1886). p. 9.) 

5. G. Scliweinfurth (liotanische Jahrhiicher, t. VIII, p. 4. 

6. Bolanische Jahrliikher, t. VIII, p. 15. 



148 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

lentisctis L.), arbres qui appartiennent à la flore médi- 
terranéenne? M. Moldenke a cru pouvoir identifier le 
térébinthe avec l'arbre âru^, planté dans les bois sacrés 
de deux nomes; mais, suivant M. Victor Loret, le nom du 
térébinthe n'a pas encore été trouvé dans les textes 
égyptiens^; seule la résine qu'on en tire, la térébenthine, 
y est mentionnée dès les temps de l'ancien empire; son 
nom hiéroglyphique paraît avoir été sounter, conservé 
dans le copte sonte ou. sonti i.< résine ». Il est vrai que le 
soimter était parfois tiré, comme on le voit par les inscri- 
ptions de Deir-el-Bahari ^ du pays de Pount, ce qui ferait 
supposer que l'arbre qui le produisait était exotique. 

Quoi qu'il en soit, il est d'autant plus vraisemblable 
que le Pistacia lerehinthus existait dans l'Egypte 
ancienne qu'un des nomes de cette contrée portait 
le nom de « Nome du térébinthe » \ Quant au lentis- 
que, d'après Galien^ il croissait autrefois en Egypte, 
ce qui ne doit pas surprendre, car une espèce voisine, 
le Pistacia allantica Desf., s'y rencontre encore 
aujourd'hui à l'état spontané ^ Le lentisque s'appelait 
shoub, suivant M. Victor Loret ^ dans la langue 
hiéroglyphique et la résine qu'on en retirait portait 
le nom àe fatti ; elle était d'un usage fréquent dans la 
parfumerie égyptienne. 

S'il est probable seulement que le lentisque ait été 



1. Ueber die allâgyptischen Bitume, XXIV, p. 142. 

2. La Flore pharaonique, p. 97, n^ 164. 

3. Victor Loret, op. taitd., p. 97. 

4. G. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 72. 

5. De facullatibus alimenlorum, VII, 69. 

6. P. Ascherson, dans le Supplément à l'Illustration de la 
Flore d'Egypte (^Mémoires, t. II, p. 752), indique au lieu du 
P. allaniica, le P. khinjuk, comme croissant en Egypte. 

7. La Flore pharaonique, p. 97, n" 165. 



LES ARBHKS D'ORNEMENT. 149 

cultivé en Egypte, il est certain que des « sycomores 
à encens » y furent plantés ; la reine Hatshopsitou 
(XVHP dynastie) en envoya chercher, nous l'avons vu, 
au pays de Pount, et l'un des rois de la XIX* dynastie, 
Ramsès III, en fit planter, comme elle, dans les jardins 
du dieu de Thèbes'. II paraît que ce double essai 
d'acclimatation réussit. Abd-allatif affirmait avoir vu 
encore quelques-uns de ces arbres aromatiques et l'on 
rapporte, dit M. Victor Loret", que le dernier périt en 
1613. A quelle espèce végétale appartenaient-ils? Il est 
probable que c'étaient des Bosivellia Carteri Franchet^ 
une des espèces qui représentent, dans le pays des 
Somalis, la tribu des Burséracées, dont les précieux 
représentants donnent l'encens et la myrrhe. 

On a trouvé dans les tombes de Deir-el-Bahari et de 
Drah- Abou'l-Neggah des fruits du genévrier de Phénicie 
[Juniperus phoenicea L.)*, et M. Flinders Pétrie en a 
môme découvert des rameaux entiers à Hawara, dans 
la momie d'un crocodile^ ; cet arbre ne paraît pas avoir 
été indigène en Egypte, y était-il cultivé? Il portait 
dans la langue hiéroglyphique les noms de ouan, aoun, 
ouar, arou, dont la diversité même semble indiquer une 
origine étrangère*; le bois de genévrier, utilisé dans 
l'industrie, est désigné dans les textes comme « bois 



1. Grand Papyrus Harris, {Zeilschrifl, t. XIII, p. 55.) 

2. Le cédratier, p. 43. 

3. Dr. Hamy, Élude sur les peintures ethniques d'un tombeau 
Ihi'bain de la XVIII" dynasiic. Paris, 188'i. p. 23. 

4. G. Schweinfurth, Ueber Pflanzenreste. (Berichte der 
bolanischen Gesellschaft, t. II, p. 369.) Il existe deux frag- 
ments d'un pareil fruit au Musée du Louvre. Recueil de tra- 
vaux, t. XVII, 12, p. 186. 

5. Ilawara, Biahmu and Arsinoë, p. 48. 

6. Victor Loret, Zrt Flore pharaonique, p. 41, n° 51. 



150 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

syrien », dénomination qui en rappelle la provenance 
exotique. Les baies de genièvre, perahou, mot qui 
paraît à M. Victor Loret dériver d'un radical sémi- 
tique, étaient employées dans la médecine égyptienne ; 
il n'est donc pas surprenant qu'on en ait trouvé dans 
les hypogées pharaoniques. 

On rencontre dans un texte religieux de la pyramide 
du roi Pépi, de la VP dynastie, le mot sib^^ qui sert à 
désigner le cèdre ; dans la tombe de Ti à Saqqarah 
sont représentés aussi deux ouvriers en train de tra- 
vailler du bois de cet arbre ; supposant qu'au temps de 
l'ancien Empire, les Égyptiens n'avaient pas de rela- 
tions commerciales avec la Syrie, M. Victor Loret en 
a conclu que le bois de cèdre mis en œuvre par les char- 
pentiers du roi Ti était de provenance indigène, en- 
core qu'aucune conifère ne croisse spontanément en 
Egypte ^ En tout cas, si l'on a jamais rencontré le cèdre 
dans la vallée du Nil, il y a disparu de bonne heure et 
on ne paraît pas avoir jamais songé à le planter dans 
les parcs ou les bois sacrés. Mais dès une époque re- 
culée on importa en Egypte du bois de cèdres coupés 
sur le Liban ■^; on y fit aussi usage de la résine qu'on 
retire de cet arbre. On peut croire que le cône de cèdre 
conservé au Louvre, loin d'être de provenance indi- 
gène, est un fruit apporté de la Syrie. 

Les deux cônes de pin pignon découverts par Ma- 
riette dans une tombe de la XIP dynastie à Drah-Abou'l- 



1. Victor Loret, La F love pharaonique , p. 42, n° 52. 

2. Ed. Bonnet, Le plante egiziane del Museo reale di Torino. 
(IVuovo Giornale Botaniro llaliano (Nuova série), t. II 
(an. 1895), p. 82.) 

3. G. Maspero, Bècil de la campagne de Mageddo. (Recueil 
de travaux, etc., t. II, p. r±8 et 150.). 



LES ARHRES D'ORNEMENT. 151 

Neggah, mais dont Schweinfurth a mis en doute l'anti- 
quité*, sont aussi sans doute des fruits importés de la 
région méditerranéenne ; on peut en dire autant 
du cône de même espèce, qui existe au Musée du 
Louvre"^ et de ceux que M. Flinders Pétrie a décou- 
verts dans la nécropole'* gréco-romaine de Hawara ; 
ce sont des fruits importés d'un arbre exotique, non 
d'une espèce arborescente indigène ; rien ne dit même 
qu'on ait jamais cultivé le pin pignon à l'époque pha- 
raonique, dans les parcs égyptiens*. 

On y planta, au contraire, des espèces exotiques, 
apportées de l'Asie antérieure ou même de l'Europe, 
telles que le chêne, le peuplier blanc,- le platane même. 
On cultive de nos jours trois espèces de chêne en 
Egypte, les Quercus Sube?' L., pedunculata Ehr. et 
Ixsitanica Lam.^ : les y rencontrait-on déjà avant notre 
ère? M. Flinders Pétrie a trouvé une paire de semelles 
en liège à Hawara*' ; mais rien ne prouve qu'ils ne fus- 
sent pas d'importation étrangère ou que le chêne liège 
fût alors planté en Egypte. D'après Migliarini ' une 
guirlande, dont les restes fragiles sont conservés au 
Musée de Florence, était composée de feuilles de Quer- 
cus aesculus L. et de saule, mêlées à des pétales de 
lotus blanc ; malheureusement Migliarini s'est trompé 

1. Bulletin de l' Institut égyptien, n" 5 (an. 1884), p. 6. 

2. Victor Loret, Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), li, 
p. 187. 

3. Hawara, Biahmu and Arsinoe, p. 50. 

4. D'après Schweinfurth (^Illustration, p. 179), il y est encore 
rare aujourd'hui. 

5. Illustration de la Flore d'Égi/pte, p. 141. 

6. Ilairara. Biahmu and Arsinoë, p. 52. 

7. Indication succincte des Monuments égyptiens du Musée 
de Florence, p. 72. Le Q. aesculus est étranger à la flore de 
l'Asie antérieure. 



152 LES PLA>'TES CHEZ LES EGYPTIENS. 

si souvent dans ses déterminations qu'on est en droit 
de se demander si les feuilles qu'il a observées appar- 
tiennent bien au Q. aesculus. Etait-ce le Q. hisitanica 
ou le Q. peduncidata, variété du rouvre, qui se trouvait, 
avec des perséas et des oliviers, dans le bois de Tlièbes, 
dont parle Théophraste ^ ? Comme le naturaliste grec 
s'est servi ici du simple mot Bpjç, sans y ajouter au- 
cune épithète, il est impossible de se prononcer à cet 
égard. Mais quoi qu'il en soit, les chênes de Tlièbes 
avaient dû être importés de l'Asie antérieure ou de 
l'Europe, leur patrie. 

C'est des mêmes régions aussi que fut tranplanté en 
Egypte le peuplier blanc qu'y fait croître également 
Théophraste"; la beauté de son feuillage avait sans 
doute frappé les habitants de la vallée du Nil ; cette 
circonstance explique qu'ils aient essayé d'acclimater 
dans leur pays cet arbre, ami du voisinage des eaux. 
Peut-être y plantèrent-ils aussi le peuplier de l'Eu- 
phrate [Popidus euphratica Oliv.), qu'on rencontre 
aujourd'hui dans la petite oasis ^ et dont on a trouvé 
un fragment de guirlande au Musée du Lo livre \ L'ombre 
qu'il donne et son large feuillage les engagèrent à y 
planter le platane, objet, nous le verrons, d'une véné- 
ration si grande chez les Anciens. On pourrait supposer 
que le peuplier blanc et le platane furent introduits 
dans la vallée du Nil seulement sous la domination 
perse ; il ne semble pas du moins que ce soient des 
Sémites qu'ils les aient reçus. 

Il est probable que le tilleul, dont M, Flinders Pe- 

1. Historia planlarum, lib. IV, cap. 2, 8. 

2. Historia plantarnm, lib. IV, cap. 8, 2. 

3. Illuslraiion de la Flore iV Egypte, p. 142. 

4. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 15, p. 187. 



LES AUI5HKS D'ORXEMK.NT. 153 

trie a trouvé des fragments dans la nécropole de Ha- 
wara', ne pénétra que beaucoup plus tard dans la 
patrie des Pharaons. Il dut y être importé d'Europe, 
probablement de la Grèce. C'est aussi de ce pays, sinon 
de l'Asie occidentale, que le laurier fut introduit en 
Egypte, oîi depuis il n'a pas cessé d'être cultivé. D'après 
M. W. Pleyte", plusieurs momies du Musée de Leyde, 
qui datent, il est vrai, de la basse époque, portent des 
couronnes en feuilles de laurier; M. Flinders Pétrie a 
également découvert à Hawara des débris de guirlan- 
des qui, suivant M, Percy Newberry, sont faites de 
feuilles du Laurus nobilis^. 

Ce fut pour son feuillage odorant, mais peut-être 
encore plus pour l'emploi qu'on en faisait en couronnes, 
que cet arbre fut importé dans la vallée du Nil. L'u- 
sage des couronnes, qui apparaît dès la plus haute anti- 
quité et dont le goût alla toujours en augmentant, fit 
naturellement rechercher les plantes qui pouvaient les 
fournir, La flore égyptienne en offrait un nombre assez 
considérable à l'état sauvage; on dut songer, pour se 
les procurer plus aisément, à les cultiver dans les jar- 
dins, et comme ces plantes indigènes finirent par n'être 
plus suffisantes, on en importa des pays étrangers. 
C'est ainsi, nous le savons, que plusieurs espèces exoti- 
ques, arbres, arbustes ou plantes herbacées, pénétrè- 
rent successivement dans la vallée du Nil, dont elles 
enrichirent et complétèrent la flore horticole. 

Quels furent les arbustes à fleurs les plus ancienne- 
ment cultivés dans les jardins égyptiens ? Il est pro- 

1. Kahun, Gnrob and Hawara, p. 47, 1. 

2. La couronne de la jmtifuation. (Actes du sixième Con- 
grès inlernalional des Orientalistes, IV*" partie, p. 6.) 

3. Ilaicara, Biahinu and Arsinoc, p. 51. 



loi LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

bable que la sesbanie [Sesbania aegypiiaca Pers.) fut un 
des premiers que l'on y planta. Cette papilionacée 
dut attirer de bonne heure, parla beauté de ses fleurs, 
l'attention des habitants de la vallée du Nil, où elle 
est indigène; j'ai rappelé plus haut qu'on en a trouvé 
des guirlandes qui ornaient la momie d'Ahmès P'" * ; au- 
jourd'hui encore on s'en sert pour faire des clôtures"; 
il n'est pas impossible qu'on l'ait plantée dans les 
jardins dès le temps des Pharaons, encore que son 
nom n'ait point été relevé dans les textes hiérogly- 
phiques. 

Le nom de l'arbre au henné s'y rencontre, au con- 
traire, mais rarement et seulement dans des textes de 
parfumerie; on a trouvé aussi des restes de cet ar- 
buste dans une tombe du nouvel Empire, postérieure 
toutefois à la XX° dynastie^; il est probable qu'il fut 
importé en Egypte au plus tard sous les Ramessides. 
Le parfum de ses fleurs, non moins que la couleur 
qu'on retire de ses feuilles, devait également le faire 
rechercher et désormais il ne dut plus cesser de prendre 
place dans les cultures égyptiennes. M. Flinders Pétrie 
en a trouvé des débris dans la nécropole gréco-romaine 
de Hawara*. 

Pickering^ etUnger^ ont pensé que les rameaux verts 
que les chanteuses et les danseuses des peintures pha- 



1. Schweinfurth, Bullelin de V Institut égyptien, n" 3 
(an. 1884), p. 68. — Ueber Pflanzenrestc {Bericlite der bota- 
nischen Gesellschaft, t. II, p. 363.) 

2. A. Figari, Studii scientifici sull' Egitto, t. II, p. 226. 

3. Schweinfurth, Uebei' Pflanzenreste, etc. {Berichte der 
botanischen Gesellschaft, t. II, p. 360.) 

4. Haivara, Biahmu and Arsinoc, p. 50. 

5. The races of man, p. 375. 

6. Sitzunrjsberichtc, t. XXXVIII, p. 131. 



LES AltUllES IJOH.NKMENT. 155 

raoniques tiennent parfois à la main étaient des bran- 
ches de myrte; mais c'est là une simple supposition. 
ThéopbrasteS il est vrai, parle du myrte d'Egypte et 
dit que dans ce pays il était particulièrement odorant. 
Pline'^ affirme aussi que cet arbuste était cultivé dans 
la vallée du Nil, et Figari^ ainsi que M. Flinders Pé- 
trie*, en ont trouvé des rameaux dans d'anciens hypo- 
gées, le premier à Bubastis, le second à Hawara; mais 
ces hypogées sont de l'époque gréco-romaine. Il est 
probable que le myrte ne fut introduit en Egypte que 
sous les Ptolémées et peut-être même sous les derniers 
princes de cette dynastie. 

C'est probablement aussi à cette époque qu'y fut 
importé le Jasminum samhac L.; M. Percy Newberry 
a reconnu cette espèce hindoustanique parmi les restes 
végétaux découverts à Hawara par M. Flinders Pé- 
trie^; Schweinfurth a cru aussi reconnaître des fleurs 
de cet arbuste ou d'une espèce voisine dans une cou- 
ronne trouvée en 1881, à Deir-el-Bahari*'. Ascherson, 
de son côté, dit^ avoir vu au musée de Zurich une cou- 
ronne de même origine dans la composition de laquelle 
se trouvaient des tleurs d'une espèce de jasmin sem- 
blable au sambac. Il faut ajouter que le nom copte 
asmi^^ la fleur du jasmin paraît bien d'origine égyp- 
tienne*, circonstance qui peut faire croire à une cul- 

1. Hutoria planlarum, lib. VI, cap. 8, 5. 

2. Hialoria natuvalis, lib. XV, cap. 29. 

3. Sludii scirnlifïci sidl' Egilto, t. II, p. 220. 
'i. Hawani, Biahmu and Arsinoë, p. 51. 

5. Kaliun, Gurob and Ifairara. p. 47, 1. 

6. UefjerP/Ian:en)'esie.(Dcn'cht('der holanischen GescllschafL 
t. II, p. 368.) 

7. herichle der holanischen Gesellschafl, t. I, p. 5'i6. 

8. ^'ictor Loret, La Flore pharaonique, p. 58, n° 93. 



156 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

ture ancienne de cet arbuste au doux parfum dans la 
vallée du Nil. 

Bien que Ebers l'ait donné à une de ses héroïnes*, 
le nom de la rose n'apparaît sous la forme ouartou — 
copte ouert — que dans des textes démotiques, et il 
est probable que la reine des fleurs, originaire de la 
région du Caucase, ne pénétra en Egypte qu'assez tard, 
peut-être même pas avant l'époque des Ptolémées ; 
sa culture devait bientôt prendre une grande extension 
dans le nome d'Arsinoé ; on l'y trouvait en abondance 
au commencement de notre ère. Ce fut l'espèce à cent 
feuilles qui y fut d'abord introduite; mais une autre 
espèce, forme voisine de la Rosa sancta Rich., laquelle 
paraît être une variété cultivée et acclimatée en 
Abyssinie de la Rosa gallica L.^ y fut aussi importée; 
M. Flinders Pétrie en a trouvé des restes dans la né- 
cropole gréco-romaine de Hawara^ 

J'ai dit plus haut que- cet égy ptologue y a aussi 
trouvé le lierre, arbuste européen, importé au plus tôt, 
sans doute à cause de sa signification religieuse, sous 
les Ptolémées. Il portait en égyptien, dit Plutarque\ 
le nom de -/evSaip'.ç <( plante d'Osiris ». Quant aux autres 
arbustes ou arbres d'ornement, qui purent être intro- 
duits depuis cette époque dans la vallée du Nil, ils 
n'appartiennent pas à la flore pharaonique, c'est quand 

1. Ouardn. Romande V ancienne Egypte, 1882. 

2. Fr. Crépin, Sur les restes de roses découverts dans les 
tombeaux de la nécropole d'Arsinoé. (Bulletin de la Société 
royale de botanique de Belgique, t. XXVIII (an. 1888), 2« partie, 
p. 184.) 

3. Hawara, Biahmu and Arsinoé, p. 48. 

'i. De Iside et Osiride, cap. 37. C'est l'égyptien khi-n-ousiri 
« arbre d'Osiris », Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 69, 
n° 115. 



LES FLEURS D'AGRKMENT. 157 

il sera question de celle de leur pays d'origine qu'il 
conviendra d'en parler, ainsi que des arbres fruitiers 
qui furent importés en même temps dans l'Egypte 
grecque ou romaine. Mais il me faut dire un mot des 
fleurs et des plantes d'ornement qui paraissent y avoir 
été anciennement cultivées. 



III. 



Si en Egypte, comme chez tous les peuples d'ail- 
leurs, les fleurs ne furent à l'origine l'objet d'aucune 
culture, elles finirent cependant, quelques-unes au 
moins, par prendre place dans les jardins, et non 
contents de celles que leur ofi'rait leur pays, les habi- 
tants de la vallée du Nil en importèrent plusieurs des 
pays voisins ; les Pharaons qui envoyaient des expé- 
ditions lointaines pour leur rapporter des aromates ou 
les rares produits du Tonitru ou du Pount, qui fai- 
saient représenter sur leurs "édifices les végétaux ou 
les animaux, inconnus des contrées qu'ils avaient sub- 
juguées', ne pouvaient manquer d'importer dans leur 
patrie quelques-unes des plantes exotiques qu'ils 
avaient remarquées dans leurs expéditions. C'est ainsi 
que furent successivemertt cultivées dans les jardins 
égyptiens, à côté peut-être de quelques plantes indi- 
gènes, des plantes exotiques dont j'ai donné les noms 
dans le chapitre précédent, la célosie argentée, l'hé- 
liotrope de Nubie, l'iris de Sibérie, le bluet oriental, 
Talcée à feuilles de guimauve, le réséda odorant, la 
menthe poivrée, l'immortelle [Helichrysum staechas 

1. Peintures de Karnak faites sous Thoutmès III. G. Maspero, 
L' Archéologie rgxjplicnne. Paris. 1887, in-8, p. 90. 



158 LUS PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

L.)S et d'autres encore. Toutefois ces plantes n'ont 
pas d'histoire et elles n'ont d'importance la plupart 
que par l'usage qu'on en fit pour les couronnes ; c'est 
donc seulement quand il sera question de ces dernières, 
qu'il conviendra de parler de ces fleurs successivement 
acclimatées ou cultivées dans les parterres pharaoni- 
ques. 

Il en est une cependant pour laquelle il me faut 
faire exception, parce qu'elle vient d'être l'objet 
d'une assez longue étude par MM. Poisson et Loret^: 
c'est le lis blanc. On ne connaît point d'une manière 
certaine le pays d'origine de cette fleur^ qui joue, 
depuis deux mille ans, un si grand rôle dans la sym- 
bolique et la poésie des peuples de l'Asie antérieure et 
de l'Europe. Toutefois, quelle qu'en soit l'origine, le lis 
paraît avoir été, comme la rose, cultivé assez tôt dans 
la partie occidentale du bassin de la Méditerranée, 
mais seulement sans doute après celle-ci; Théophraste, 
qui parle longuement de la rose, ne dit rien du lis. 

Comme la rose aussi, le lis se répandit successive- 
ment dans les diverses contrées de la région méditer- 
ranéenne ; il pénétra ainsi en Egypte. Il servait à pré- 
parer un parfum ou huile odorante célèbre, Viaiguentum 
susmu?n. L'auteur du traité De la nature de la femme, 



1. Au lieu de cette espèce méditerranéenne, mais étrangère 
à la flore de l'Egypte, M. Percy Newberry a indiqué le Gna- 
phalium luteo-album L., commun dans le Delta. Schweinfurth, 
Petermann's Miltheilungen, an. 1890, p. 54. 

2. Recueil de travaux, t. XVII, n° 10, p. 185. 

3. « Habitat in regione montanâ... sed ubique cultum et 
fere non semper spontaneum. » Boissier, Flora nrientalis, 
t. V, p. 173. Le botaniste genevois croyait cependant en avoir 
un échantillon d'un pied indigène, récolté dans le Liban, 
auprè^^ de Ghafir. 



LES FI-EURS D'AGKKMKNT. lo9 

attribué à Hippocrate, en fait déjà mention ; mais il 
est douteux qu'il le considérât, ainsi qu'on l'a dit', 
comme propre à l'Egypte. Dioscoride^ qui s'est étendu 
longuement sur la préparation du soiisinon, vante celui 
qu'on faisait en Phénicie et en Egypte, Galien 
parle aussi du sousinon blanc d'Egypte'. Dioscoride* 
donne au lis les noms égyptiens de (7'j[j.5a'.©oj et de 
t(xao; — les symphaephos et tialos d'Apulée^ — 
M. Victor Loret ne serait pas éloigné d'attribuer à ce 
dernier vocable une origine ancienne, et il nous apprend 
qu'une liliacée du Musée du Louvre, « trouvée, dit 
l'étiquette, sur la poitrine de la momie d'une jeune 
fille )), et qu'on avait regardée jusqu'ici comme une 
scille, serait, d'après M. Poisson, un lis blanc*. Quoi 
qu'il en soit de cette identification, que l'état incomplet 
de la plante permet de contester, on peut admettre 
que le lis a été cultivé en Egypte; mais il est vraisem- 
blable qu'il n'y a pénétré qu'après la conquête perse, 
sinon seulement sous la domination grecque ; il n'y a 
d'ailleurs joué aucun rôle ni dans le culte, ni dans l'or- 
nementation. Il n'en a pas été de môme des quatre 
plantes aquatiques, les trois premières indigènes et 
l'autre exotique: le papyrus, le lotus blanc, le lotus bleu 
et le lotus rose, dont l'utilité et le caractère religieux 
exigent que nous étudiions en détail chacune d'elles. 
Indigène en Egypte, d'oîi il a disparu, et en Nubie, où 



1. Littré, Œuvres complètes iV Hippocrate, t. VII, p. 361, 
note 9. 

2. De mnteria medica, lib. I, cap. 62, p. 63. Hdit. Sprengel. 

3. Steph. Lexicon f/raecum, s. v. aoja-.vov. 

4. De maten'a medica. lib. III, cap. 106. 

5. De herbarum virtutibus, cap. 108. 

6. Recueil de travaux, t. XV'II (an. 1895). 10, p. 185. 



160 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

il est encore abondant, le papyrus était autrefois com- 
mun clans le pays de Qimit; les nombreuses- représen- 
tations qu'on rencontre de cette cypéracée sur les an- 
ciens monuments en sont une preuve, et témoignent de 
la place considérable qu'il occupait dans la vie des 
anciens Égyptiens. Son nom hiéroglyphique était Art*, 
les Grecs lui donnèrent celui de pj|3Xoç^ ou de r.ir.'jpoq^, 
en latin papyrus. Sa tige triquêtre, qui peut atteindre 
de quatre à cinq mètres de haut — Théophraste dit 
quatre coudées — garnie à la base de quelques feuilles, 
nue à sa partie supérieure, et couronnée par une 
panicule élégante, d'abord pyramidale, mais qui, 
lors de son complet développement, s'étale en forme 
de bouquet, en font déjà une plante ornementale ; les 
divers usages auxquels il servait le rendaient encore 
plus précieux. 

Choisi comme symbole du Delta, le papyrus crois- 
sait, en abondance, dans les marécages qui avoisinaient 
le Nil et dans les eaux calmes dont la profondeur ne 
dépassait guère un demi-mètre, le rhizome de la gros- 
seur du bras, rampant au-dessus de la vase, où il en- 
fonçait de nombreuses radicules, avait parfois, suivant 
Théophraste*, jusqu'à dix coudées, et les stolons qui 
en surgissaient formaient à eux seuls une espèce de 
fourré inextricable; les plantations de papyrus ser- 
vaient aussi de refuge aux innombrables oiseaux aqua- 
tiques, qui peuplent les marais de l'Egypte. Les pein- 
tures des hypogées nous représentent les chasseurs qui 



1. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 29, n° 28. 

2. Hérodote, Ilistoriae, lib. II, cap. 92. 

3. Théophraste, llislona plantarum, lib. IV, cap. 3, 3. 

4. Ilislui-ia plantarum, lib. IV, cap. 8, 3. 



LES FIJ:URS D'AGRK.MENT. 161 

les poursuivent, montés sur des bateaux plats, au milieu 
de leurs humides retraites'. 

Le papyrus ne croissait pas en Egypte seulement à 
l'état sauvage; on le plantait aussi dans les parcs, au 
bord des pièces d'eau dont il conservait la fraîcheur; 
c'est ainsi que dans le jardin de l'officier d'Amenhotpou 
11, dont j'ai donné plus haut la description, on voit, de 
chaque côté des quatre bassins qui y sont creusés, 
une rangée de papyrus. On en voit aussi des touffes à 
l'extrémité des bassins des jardins d'Apoui^ On ne 
cultivait pas seulement le papyrus à cause de son port 
élégant et gracieux, mais aussi à cause de son utilité ; 
ses feuilles et ses tiges, ses racines mêmes, servaient à 
de nombreux usages et en faisaient une des plantes les 
plus précieuses de la vallée du Nil. 

Les nymphéacées occupaient encore une place plus 
grande dans la vie des anciens Égyptiens. Plusieurs 
plantes de cette famille ont été cultivées ou croissaient 
spontanément en Egypte à l'époque pharaonique, la 
plus commune et celle qu'on trouve le plus ancienne- 
ment représentée sur les monuments antiques est le 
Nijmphaea lotus L., indigène, d'ailleurs, dans la vallée 
du Nil. On le reconnaît sans peine '' à ses pétales blancs, 
parfois bordés de rouge, à ses sépales lancéiformes, au 



1. Lepsius, Denkmàter. t. I\'. pi. 106. Zaouïet-el-Maïetin 
(VI'' dynastie), tombe 2. 

2. Mémoires puldiès par les membres de la Mission française 
au Caire. Le tombeau d'.\poui, paroi B, t. V, fasc. 4. 

3. Kn particulier sur la peinture de la tombe II de Zaouïet- 
el-Maïetin. (Lepsius, Denkmaler, t. IV, pi. 105) et sur celle de 
la tombe d(> Ti au musée Guimet. tableau 2. peintures qui re- 
présentent Tune et l'autre une joute sur l'eau, ainsi que dans 
la peinture 177 de la galerie égyptienne au Brilish Muséum, 
dont j"ai déjà parlé et dans celle du jardin d'.Vpoui. 

1 11 



162 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

nombre de quatre, à ses feuilles arrondies et profon- 
dément échancrées, à ses fruits en forme de capsule de 
pavot. On a trouvé dans la tombe de Ramsès II, pha- 
raon de la XIX" dynastie, un grand nombre de pétales 
de ce lotus très bien conservés'. Il en existe cinq fleurs 
au Musée égyptien du Louvre ^ 

Hérodote a mentionné d'une manière expresse cette 
nymphéa parmi les plantes aquatiques de TÉgypte. « Il 
pousse, dit-iP, dans les campagnes inondées par le 
Nil une quantité prodigieuse de lis que les Égyptiens 
appellent lotus. » Il parle ensuite de leurs graines, sem- 
blables à celles du pavot et dont on se servait comme 
aliment, ainsi que de leurs racines comestibles. Théo- 
phraste a décrit, en détail, le Nymphaea lotus'', sa 
corolle blanche, composée de pétales étroits rappelant 
ceux du lis, mais qui, plus nombreux, sont appliqués les 
uns contrôles autres, sa tige et ses feuilles, analogues 
à celles du Nehimbium, mais plus petites et plus faibles, 
sa capsule enfin, qui, divisée en compartiments, égale 
en dimension le plus gros pavot et renferme un grand 
nombre de graines, semblables à celles du millet. Le 
botaniste grec signale aussi cette propriété du lotus 
blanc, commune à toutes les nymphéacées, qu'au cou- 
cher du soleil ses pédoncules se recourbent et cachent 
sous les eaux les fleurs qui se ferment alors, pour se 
rouvrir, en même temps que les pédoncules se dressent, 
quand le soleil reparaît sur l'horizon. 

Le lotus blanc portait en ancien égyptien le nom de 



1. G. Schweinfurth, Ueber Pflanzenresle. (Berichie der 
botanischen Gesellschafl, t. II (an. 1884), p. 359.) 

2. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), 34, p. 199. 

3. Historiae, lib. II, cap. 92. 

4. Plantarum historia. lib. IV, cap. 8, 9. 



LKS FLFinS ri'AGRKMKNT. 163 

seslicn ou soushin, copte shôshan, dont il faut rappro- 
cher l'hébreu shôshan et l'arabe sousan, vocables qui, 
toutefois, désignent, non le lotus, mais le lis blanc \ 
Cette nymphéacée, qui apparaît sur les plus anciens 
monuments et était regardée comme l'emblème de la 
Haute-Égjpte, parfois même de l'Egypte tout entière, 
croît spontanément dans la vallée du Nil ; on l'y ren- 
contre aujourd'hui encore, comme au temps d'Hérodote 
et de Théophraste ; lorsque le Nil inonde les campagnes, 
elle se développe peu à peu et fleurit à l'époque de la 
plus haute crue des eaux, pour se faner et périr, quand 
celles-ci se retirent dans le lit du fleuve. 

Le Nymphaea lotus n'était pas la seule nymphéacée 
qu'on trouvât dans les canaux, ainsi sans doute que 
dans les bassins des parcs égyptiens ; avec lui y crois- 
sait le lotus bleu [Nymphaea caerulea Sav.), indigène, 
comme lui, dans la vallée du Nil, mais dont ni Héro- 
dote, ni Théophraste n'ont parlé; Athénée^ est le pre- 
mier auteur ancien qui en ait fait mention ; mais ce 
nymphéa — le \U-<:>zz, comme il l'appelle — est figuré 
souvent sur les monuments pharaoniques ; Delile''a été 
jusqu'à dire que les Egyptiens l'ont « peint et sculpté 
dans leurs temples plus fréquemment qu'aucune autre 
plante ». On le trouve représenté dès les temps de 
l'ancien empire. Un jeune veau blanc sur une peinture 
du tombeau de Ti (V dynastie) porte au cou, en guise 



1. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 113, x\° 193. — 
Cf. Sur les noms égyptiens des lotus. {Recueil de travaux, 
t. I, p. 190 et suivantes.) Outre le nom de sous/tin, Franz 
Wœnig, op. laud.. p. 23, attribue aussi au lotus blanc les 
noms (le nekheb. nesheb, nelieb. 

2. Di'ipnosophistae, lib. XV, cap. 21 (677). 

3. Flore d'Egijpte, p. 423. 



ICi LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

de clochette, un lotus bleu attaché par un ruban rose'. 
Sur la planche 74 du grand ouvrage de Rosellini", on 
voit un lotus qui, d'après Unger^, est certainement le 
JSymphaea caerulea. Le même botaniste parle aussi 
d'un papyrus du musée égyptien de Londres où se 
verrait encore une représentation de cette nymphéacée. 
Schweinfurth^ a trouvé des fleurs entières de lotus 
bleu avec leurs longs pédoncules dans la tombe de 
Ramsès II restaurée sous la XXP dynastie ; les pétales 
et les sépales de cette plante, remarque le voyageur 
naturaliste, entrent pour une part considérable dans la 
composition des guirlandes de fleurs de cette époque, 
et on les rencontre également dans celles d'autres 
dynasties. M. Flinders Pétrie a découvert des restes de 
cette nymphéacée dans la nécropole gréco-romaine de 
Hawara^ 

La couleur des fleurs du Nijmphaea caerulea le dis- 
tingue tout d'abord du lotus blanc ; mais il en diffère 
aussi par d'autres caractères : la corolle est plus arron- 
die, les pétales lancéolés, moins rayonnants, au nombre 
seulement de douze à quatorze, les feuilles sont plus 
petites, ovales, évasées en forme de cœur. Le nom 



1. Musée Guimet, tab. VI. Cf. Victor Loret, UEgyple au 
temps des Pharaons, p. 114. 

2. Moninnenti delF Egillo, t. II. 

3. Bolanische Slreifziige. Silznngsberichte, etc., t. XXXVIII, 
p. 123.) On pourrait croire que c'est là tout simplement une 
figure de fantaisie, comme celle du n° 4, qui représente des 
lotus jaunes. 

4. Ueber Pflanzetiresle. (Ben'chfe der bolanischen Gesell- 
schafl, t. II, p. 357.) — Bullelin de Vlnslilut égyptien, n° 3 
(an. 1882), p. 60. 

5. Ilawara, Biahmu and Arsinoë, p. 52. 



LES FLKUIIS D'Ar.IlKMK.NT. 165 

hiéroglyphique du lotus bleu est >iarpat\ Cette plante 
de l'ancienne Egypte, qui croissait encore dans la 
basse vallée du Nil, il y a moins d'un siècle, en a dis- 
paru de nos jours ; on ne la trouve plus que dans le 
bassin supérieur du fleuve vers le 14^ degré de latitude, 
mais plus au Sud il couvre toutes les eaux stagnantes, 
en compagnie du lotus blanc ". 

Dans le cercueil d'un nommé Kent, enseveli à Shéik 
Abd-el-Gournah sous laXX" dynastie, M. Schweinfurth'' 
a remarqué une guirlande formée en partie « de pétales 
et de Heurs naines et choisies exprès de lotus bleu » ; 
dans cette forme plus petite du JSymphaea caerulea, M. 
Victor Loret' a cru reconnaître la variété siellata Willd. 
de cette nyraphéacée, variété reconnue par Delile"; 
mais dont on peut se demander si les contemporains des 
Pharaons l'avaient distinguée de la forme plus grande. 

En même temps que le lotus blanc et le lotus bleu 
avec sa variété, qui croissent spontanément dans la 
vallée du Nil, on cultivait dans l'ancienne Egypte une 
autre nymphéacée, exotique, elle, et plus remarquable, 
sinon plus célèbre : le lotus rose {Nelumbhim speciosum 
Willd). A quelle époque ce lotus, que M. de CandoUe a 
cru à tort indigène, mais qui est originaire de l'Inde, 
a-t-il été transplanté dans la patrie des Pharaons ? 
Jessen** parle de son importation, mais sans en fixer la 
date ; SchNveinfurth la croit récente ; l'absence du 

1. \'ictor Loret, La Flore j/haraonifjue, p. 116, n" I9i. — 
Recueil de travaux, t. I, p. 194. 

2. Franz Wœnig, op. laud.. p. 34. 

3. Les dernières découvertes. (IJidletiH. n" 6 (1885), p. 280.) 

4. La Flore pharaonique, p. 118, n° 195. 

5. Flore d'Fi/i/pte. p. 422. 

6. liotanih der Gei/enirart iind Vorzoit in culturhislorischer 
Entwickelunfj. Leipzig, 1864, in-8, p. 3. 



166 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

Nelumbium dans les peintures des hypogées pharao- 
niques, tandis qu'on le rencontre dans celles de l'époque 
gréco-romaine^ lui a fait admettre que cette belle nym- 
phéacée n'avait été apportée en Egypte qu'après la con- 
quête perse'. M. Victor Loret est d'une autre opinion ; 
il suppose que l'introduction du lotus rose remonte très 
haut dans le passé, mais que son caractère de plante 
sacrée l'a fait représenter sur les anciens monuments 
d'une manière conventionnelle, qui n'a pas permis de 
l'identifier jusqu'ici'. Pour lui, il n'hésite pas, dans les 
fleurs des nymphéacées aux couleurs vives et variées, 
qu'on aperçoit sur certaines peintures du nouvel empire, 
à voir des fleurs de Nelumbium. 

L'explication est ingénieuse; mais j'avoue qu'elle ne 
me convainc pas. Les nymphéacées des peintures aux- 
quelles fait allusion M. Victor Loret sont de simples 
motifs de décoration sans caractère distinct ; on ne peut 
rien en conclure. D'ailleurs, le lotus blanc était, lui aussi, 
une plante sacrée, ce qui n'a pas empêché les artistes 
pharaoniques de le représenter avec une vérité qui le 
fait reconnaître à première vue. C'est lui qu'on voit sur 
tous les canaux et les réservoirs des jardins de l'ancien, 
comme du nouvel empire ; pourquoi n'y aurait-on pas 
représenté également le Nelumbium, s'il y avait été 
réellement cultivé comme le lotus blanc ? A l'époque 
des Ptolémées, oui il n'avait rien perdu de son carac- 
tère sacré, on n'a pas hésité à le peindre ; il est diffi- 
cile de comprendre pourquoi on ne l'aurait pas fait 

1. Bulletin de r Institut l'-qi/ptien, n° 3 (an. 1882), p. 64. — 
Ueber Pflanzenreste. {lierichte der botanischen Gesellscha/t, 
t. II, p. 357.) — Zeitschrift fi'ir Ethnologie, an. 1891, p. 659. 

2. Recueil de travaux, t. I, p. 193. — La Flore pharaonique, 
p. 111, n" 192. 



LES FLEURS D'AGREMENT. 167 

SOUS la XVIII' et la XIX' dynastie, s'il avait été connu 
alors dans la vallée du Nil. Il existe au Musée britan- 
nique un paysage du temps des Ptolémées où l'on voit, 
parnli les plantes qui y figurent, des Nelumbium recon- 
naissables à leurs feuilles orbiculaires et à leurs fruit* 
en pommes d'arrosoir'. Depuis cette époque, le lotus 
rose devint de plus en plus fréquent sur les monuments 
même en dehors de l'Egypte ; le Musée de Naples pos- 
sède une grande mosaïque venant de Pompeï, où les 
fruits de cette belle nymphéacéo figurent parmi les 
autres produits caractéristiques du Nil'. 

M. Victor Loret attribue au lotus rose le nom de 
lU'kheb ou nesheb, qui apparaît dans les textes hiéro- 
glyphiques dès la XVIIP dynastie, mais qu'on a attri- 
bué aussi au lotus blanc '. Hérodote est l'auteur le plus 
ancien qui ait fait mention du Nelumbium ; après avoir 
parlé du lotus blanc, auquel il donne le nom de lis : 

Il nait encore dans le i\il, ajoute-t-il *, d'autres lis, mais 
semblables à des roses ; leurs fruits, qui ont la forme d'un nid 
de guêpes, renferment des graines nombreuses, de la gros- 
seur d'un noyau d'olive. 

Théophraste a complété le peu que nous apprend, 
Hérodote : 

La fève (d'Egypte) — c'est le nom qu'il donne au Nelum- 
bium — croit, dit-il '■', dans les marais et les eaux stagnantes ; 
sa tige, de la grosseur du doigt, analogue à celle du roseau, 

1. Unger, Bolanische Streifzilge. (Sitzungsberichte der 
Wiener A kademie, t. XXXVIll (an. 1859), p. 118.) 

2. Scbweinfurth, De la Flore pharaonique. (Bulletin de 
r Institut égyptien, a" 3 (an. 1882), p. 65.) 

3. M. II. E. Liiring, Die i'iber die medicinischen Kenntnisse 
der alten Aegypter berichtenden Papyri, Leipzig, 1888, in-8", 
p. 162, attribue, lui, ce nom au lotus bleu. 

i. Historiae. lib. IL cap. 92, l'i. 

5. Hisioria plantarum, lib. IV, cap. 8, 7. 



168 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

mais non noueuse, est remplie de cloisons, comme un rayon 
de miel ; elle peut atteindre une longueur de quatre coudées et 
se termine par une capsule qui a la forme d'un nid de guêpes'. 
Chacune des cellules dans lesquelles elle se divise renferme 
une espèce de fève qui fait saillie ; elles sont au nombre 
de trente au plus. La fleur, deux fois plus grande que celle 
du pavot, est d'un rose pâle ; elle dépasse de beaucoup la sur- 
face de l'eau. Les feuilles qui l'entourent, portées sur des 
pétioles de même longueur que le support du fruit, sont 
grandes et rappellent par leur forme le chapeau thessalien. 
Quand on écrase la graine, on voit au-dedans un petit corps 
replié sur lui-même — le germe — duquel sort la tige. La 
racine est plus épaisse que celle du roseau et est cloisonnée 
comme la tige. 

Pline" n'a rien ajouté d'essentiel à la description de 
Théopliraste ; pour la rendre plus exacte, voici quelques 
caractères complémentaires empruntés pour la plupart 
à Delile^ Les feuilles du lotus rose, entières, d'un vert 
gai et mollement velues, ont 45 à 50 centimètres de 
large ; leurs pétioles qui s'élèvent de 4 à 7 décimètres 
au dessus de la surface des eaux sont garnis d'aiguillons 
recourbés, ce que Théophraste dit à tort des racines ; 
celles-ci sont charnues, noueuses et traçantes ; quant 
aux fleurs, elles ont jusqu'à 15 à 20 centimètres de 
large; elles dépassent de 1 mètre 1/2 à 2 mètres le 
niveau de l'eau et ont une forte odeur d'anis ou de 
cannelle ; les pétales nombreux, obovales aigus, sont 
disposés sur trois rangs, les intérieurs sont plus petits ; 
ils sont couronnés d'une frange épaisse de filets d'éta- 
mines, qui environne l'ovaire ; celui-ci, évasé à sa par- 
tie supérieure, est, à son complet développement, large 
environ comme la paume de la main ; les graines ovoïdes 



1. Il serait plus exact de dire d'une pomme d'arrosoir. 

2. Hisloria naturalis, lib. XVIIl, cap. 30. 

3. Flore d'Egypte, p. 427. 



LES Fi.r.uiis i»\vGi',i-;Mr:.\T. iGO 

et un peu saillantes ont l'écorce dure, noire et lisse 
et renferment une amande douce, blanchâtre et char- 
nue, bonne à manger, pourvu qu'on en rejette le germe 
intérieur qui est amer. 

Théophraste regardait le Nelumbium comme crois- 
sant spontanément en Egypte, mais, ajoute-t-il, on 
en sème aussi les graines ; on les entoure d'une couche 
de limon, mêlé de paille, pour qu'elles s'enfoncent plus 
sûrement et qu'elles ne pourrissent pas. « On peut créer 
ainsi de véritables plantations de fèves (d'Égvpte) ; car, 
une fois que les graines ont germé et pris racine, elles 
ne meurent plus ». Strabon* parle d'une de ces plan- 
tations de lotus roses, — il les appelle, comme Théo- 
phraste, « fèves d'Egypte », — qu'on voyait, sem- 
blable à une forêt aquatique, aux environs d'Alexandrie; 
« elle offrait, dit-il, un aspect agréable et qui réjouissait 
la vue. On allait dans des barques garnies de cabines 
diner au milieu de ces Jotus et à l'ombre de leurs larges 
feuilles ». 

1. Geogrnphka, lib. XVII, cap. 1, 15. 



CHAPITRE V. 

LES PLANTES DANS l' ALIMENTATION ET DANS l'iNDUSTRIE. 

La flore indigène de l'Egypte et celle des pays voi- 
sins, qu'ils mirent — on en a vu de nombreux exem- 
ples — si souvent à contribution, offraient aux habi- 
tants de la vallée du Nil de quoi satisfaire à leurs 
besoins les plus pressants, comme aux exigences de 
l'industrie et des arts qu'ils poussèrent si loin ; elle 
leur fournissait à la fois des aliments sains et forti- 
fiants, des boissons rafraîchissantes et agréables, des 
tissus souples et légers pour se vêtir, des matériaux 
variés pour se construire des maisons et des embarca- 
tions, fabriquer leurs meubles ou les ustensiles indis- 
pensables à la vie ; il faut ajouter, objet d'étude pour 
un autre chapitre, des aromates pour le culte ou la 
parfumerie, des remèdes dans leurs maladies. 



Si les premiers habitants de l'Egypte furent avant 
tout un peuple de chasseurs et de pécheurs, ils trou- 
vaient aussi une partie de leur nourriture dans les 
fruits sauvages et les plantes bulbeuses qui croissent 
spontanément dans la terre de KiInit^ Les populations 
supérieures, qui les chassèrent ou les asservirent ne 

1. Unger, Silzungsberichle, t. XXXVIII, p. 77. 



LES l'LANTES DANS L'ALIMENTATION. 171 

dédaignèrent point ces mets simples que leur offrait 
d'elle-même la nature ; mais ils y joignirent d'autres 
aliments végétaux plus nutritifs et plus variés qu'ils 
demandèrent à la culture des champs. Aussi loin que 
nous pouvons remonter dans le passé, nous trouvons 
les habitants de l'Égj'pte en possession des céréales ; 
les apportèrent-ils avec eux? Les reçurent-ils par l'inter- 
médiaire du commerce ? Nous l'ignorons ; mais ce qui 
est hors de doute, c'est que dès les temps les plus 
reculés ils leur demandèrent une partie de leur alimen- 
tation. 

On a vu plus haut' comment ils cultivaient ces plantes 
précieuses ; quand ils les avaient récoltées — orge, 
froment ou variétés d'épeautre — et que, en les faisant 
fouler aux pieds des bœufs ' ou des ânes '\ ils avaient 
séparé de la paille le grain nourricier ; ils écrasaient 
celui-ci entre deux pierres plates ou le broyaient dans 
une espèce de mortier^; plus tard peut-être, car les 
monuments ne nous renseignent pas à cet égard, ils 
eurent recours à des moulins à bras, composés de deux 
meules, dont l'une mobile et percée d'un trou pour y 
verser le grain tournait sur la seconde fixe et placée 
au-dessous ^ La farine obtenue par ce procédé primi- 
tif était séparée du son, au moyen d'un tamis en 
papyrus ou en jonc tressé, puis transformée en pain. 



1. Chapitre ii, p. 24. 

2. Rosellini, Monumenti, t. II, pi. .\.\.\ii et .\.\.\ni. — Lep- 
sius, Denkmaler.t. IV, pi. 106. Zaouïet-el-Maïétin, tombe 2, d. 

3. Lepsius, Denkmaler, t. II, pi. 9. 

4. C'est ce qu'a cru S. Birch. Cf. Wilkiiison, op. laud., t. I, 
p. 359, note 2. 

5. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 359. 



172 l.ES PLANTES CHEZ I,ES Ér.YPTIENS. 

Les peintures du tombeau de Ramsès III ' nous font 
assister aux divers procédés de la panification ; nous y 
voyons des ouvriers pétrir, ici avec leurs mains, là 
avec leurs pieds", la pâte dans une espèce d'auge ou 
de cuve en pierre ; quand elle avait été suffisamment 
travaillée, on la passait au maître boulanger, qui la 
façonnait en pains aux formes les plus diverses'*. La 
farine d'orge et de froment servait indifféremment, 
ainsi que celle d'olyra et de zeia, à faire ces pains ; la 
farine d'orge,. Hérodote semble dire aussi celle de 
froment — mais il faut peut-être entendre par là la 
farine de gros blé, — donnait naturellement un pain infé- 
rieur et par là même dédaigné*; avec la farine d'oljra 
et de zeia on faisait un pain meilleur et plus léger, dont 
les Égyptiens se nourrissaient surtout, suivant l'histo- 
rien grec. 

Les anciens habitants de la vallée du Nil semblent 
avoir ignoré l'emploi de la levure ; pour rendre leur pain 
plus agréable et plus digestif ils y mêlaient sans doute 
diverses plantes, en particulier, une lichénée, la 
Pannelia furfuracea Asch. ; on a trouvé dans la cachette 
de Deir-el-Bahari une corbeille remplie de ce lichen, le 
sheba ou shibah des Arabes, qui s'en servent aujourd'hui 
encore comme de levure pour faire leur pain et lui 



1. Tombeau de Ramsès III à Thèbes. Wilkinson, op. laïuL, 
n. II, p. 34. 

2. « Les Égyptiens, dit Hérodote, lib. II, cap. 36, pétrissent 
la pâte avec les pieds, l'argile avec les mains. » 

3. Wilkinson, op. laud., t. II, p. 34. — Franz Wœnig, op. 
laiid., p. 177. 

4. Hérodote, lib. II, cap. 36, 2, va jusqu'à dire, ce qui doit 
être au moins en partie inexact, que les Egyptiens regardaient 
comme une honte de se nourrir d'orge et de froment. 



LES PLANTES DANS l.'ALLMENTATIO.N. 173 

donner un goût qu'ils recherchent'. \j?i Par me lia fiir- 
furacea est étrangère à l'Egypte ; on l'importe des îles 
de l'Archipel où elle croît en abondance. Forskâl avait 
déjà signalé cette coutume ^ et il a mentionné l'impor- 
tation de ce lichen et d'une autre espèce du même 
genre, Xd^Parmelia prunastri, dont il avait vu des ba- 
teaux chargés débarquer à Alexandrie. 

Si le pain était un des aliments les plus recherchés 
par les Égyptiens, le monde végétal leur en fournissait, 
parfois même sans culture, d'autres encore, et en quan- 
tité telle qu'ils auraient pu, dit Pline ^, se passer de 
céréales. Les habitants du Delta trouvaient en parti- 
culier dans les plantes aquatiques, si abondantes dans 
cette région, une partie importante de leur alimenta- 
tion ; les racines de quelques-unes d'entre elles, les 
graines, seules ou avec les racines, de quelques autres 
leur offraient une nourriture salubre et peu coûteuse : 
tels étaient le papyrus, plusieurs espèces de souchets 
et les diverses nymphéacées. 

Après avoir arraché les papyrus (jui croissent en abon- 
dance dans les endroits marécageux, les habitants du Delta, 
dit Hérodote^, coupent la partie supérieure de la tige, qu'ils 
réservent pour différents usages ; quant à la partie inférieure, 
ils la mangent ou la vendent. Ceux qui veulent la rendre plus 
délicate la fout rôtir dans un four ardent. 

Si l'on en croyait Théophraste, c'eût été surtout 
comme aliment que le papyrus était utilisé en Egypte. 

« Tous les habitants, dit-il^, mangent les rhizomes de cette 

1. Sclnveinfurth, A' la Flore pharaonique. (Bulletin de 
rinslitut rfjyplit'n, n» :{ (an. 1882), p. 74. 

2. Flora aef/yptico-araljica . p. 193. 

3. Ilisloria iialuralis, lib. X.Xi, cap. 50. 

4. Ilisloriae, lib. II, cap. 92, 5 et 6. 

5. Ilisloria planlarum, lib. IV, cap. 8, 4. 



174 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

plante, soit crus, soit bouillis ou grillés. Ils en sucent aussi 
les tiges en rejetant ensuite les fibres, après les avoir mâ- 
chées. » 



Diodore fait également mention de l'usage que les 
Egyptiens faisaient du papyrus dans leur alimenta- 
tion ; parlant de la sobre éducation des enfants ' : 

Ils ne leur coûtent presque rien à élever et il les accou- 
tument à la plus grande frugalité. Ils leur donnent à manger 
n'importe quel mets grossier et facile à préparer, tels que des 
rhizomes de papyrus cuits sous la cendre, ainsi que des racines 
d'autres plantes aquatiques, soit crues, soit bouillies ou 
grillées. 

Parmi ces plantes il faut citer le souchet comestible 
[Cy peints esculentus L.) — la malinathalle de Théo- 
pllraste^ — autre cypéracée, dont les rhizomes ser- 
vaient, ainsi que ceux du papyrus, à la nourriture des 
habitants du Delta, tout comme ils leur servent encore 
aujourd'hui. (( Ils en recueillaient les bulbes, nous ap- 
prend le naturaliste grec, les faisaient cuire dans de 
la bière, ce qui leur donnait un goût sucré et les man- 
geaient comme dessert. » Ils mâchaient, au contraire, 
les tiges du said'^ — les saria — comme celles du pa- 
pjTus, ainsi peut-être que les tiges du w^?^«s/o;^^ plantes 
qui croissaient spontanément dans les lieux inondés et 
dans les flaques d'eau. J'incline à voir dans ces deux 
plantes les Cyperus cdopecuroïdes Rottb. et auri- 
co?nus Spr. ou dives Delile, espèces à racines tuber- 

1. BibJiotheca historica, lib. 1, cap. 80, 5. 

2. Ilisloria planlarum, lib. IV, cap. 8, 12. 

3. Ilisloria planlarum, lib. IV, cap. 8, 5 et 6. Théopliraste 
se borne à remarquer que le mnasion servait à l'alimentation, 
sans dire comment on le mangeait. 



LES PLANTES ItA.NS l/ALIMENTAÏION. 175 

culeuses*, que l'on peut, je crois, identifier avec les 
plantes aquatiques sar et menh, dont il est question 
dans une inscription du temple d'Edfou^ 

Malgré les ressources que leur offraient pour leur 
alimentation les divers Cyperus dont je viens de parler, 
les Égyptiens en trouvaient encore de plus abondantes 
dans la famille des nymphéacées. La racine du lotus 
blanc — le corsioii — « ronde et de la grosseur d'une 
pomme», suivant Hérodote 'Vd'un coing, d'après Théo- 
phraste\ « d'un goût agréable et doux «, était pour eux 
un mets facile à se procurer, puisque, après l'inonda- 
tion, toute la partie de l'Egypte qu'elle atteignait se 
couvrait de ce nymphéa. Ils la mangeaient, nous ap- 
prend le naturaliste grec, bouillie et grillée. Il est pro- 
bable que les racines du lotus bleu se mangeaient de 
la môme manière. 

L'acclimatation du Nelumbium ou lotus rose pro- 
cura aux habitants de la vallée du Nil un nouvel ali- 
ment'; sa racine, écrasée et bouillie, servait de pain, 
ditThéophraste", aux habitants des marais ; ils la man- 
geaient aussi crue, comme les rhizomes ou les tiges 
de souchets. Toutefois les graines des nymphéas en- 

1. Boissier, Flora orientalis, t. V, p. 367 et 375. Théo- 
pliraste n'ayant donné aucune description du mnasion, il est 
trop évident que cette identification n'est qu'hypothétique. 

2. « Les snr, menh, serped. seseii, toutes plantes croissant 
dans le Nil. » Diimichen, Edfou, ap. Brugsch, Dicl. hiérog., 
p. 659 et 1169. Les serped et les sesen sont les lotus bleus et 
blancs. 

3. Ilùloriae, lib. II, cap. 92, 3. 

4. I/isloria planlarum, lib. IV, cap. 8, 11. 

5. Goodyear (Wm. H.) n'hésite pas à dire qu'il est probable 
que le lotus rose fut introduit en Egypte comme plante ali- 
mentaire. The grammar of Ihe lotus. London, 1891, in-4, p. lib. 

6. Historin plantarum, lib. (V, cap. 8, 11. 



ne LKS PLANTES CHEZ LES Éf.YPTIENS. 

traient encore plus que leur racine dans l'alimentation 
des Égyptiens. 

Ils mangeaient vertes ou sèches, rapporte Hérodote ', 
les graines du lotus rose — les lis du Nil, comme 
il les appelle; — ils pilaient, au contraire, les graines 
du lotus blanc et en faisaient une espèce de pain, qu'ils 
cuisaient au feu. C'était le « pain de lis », dont il est 
question dans un des Papyrus Anastasi^ ; il fut long- 
temps recherché des gourmets et on le voit figurer 
encore sur la table des rois de la XIX*^ dynastie ^ 
Théophraste, qui a décrit très exactement les fruits du 
Nelumbium, ne parle point de leur emploi dans l'alimen- 
tation ; mais il s'est étendu longuement sur les usages 
que les habitants du Delta faisaient pour leur nour- 
riture des graines du lotus blanc. Après avoir dit que 
les fruits de ce nymphéa ressemblent à des têtes de 
pavot : 

« Les Egyptiens, ajoute-t-iH, ramassent ces fruits et les 
mettent en tas pour qu'ils se désagrègent, puis quand l'écorce 
en est pourrie, ils les lavent et en enlèvent les graines ; ils 
font sécher celles-ci, les écrasent et en fabriquent du pain, 
dont ils se nourrissent. » 

Pline, qui donne au lotus blanc le nom de lotome- 
tra., connaissait aussi très bien l'usage que les Égyp- 
tiens en faisaient dans leur alimentation : 

« Avec la graine qui est semblable au millet, dit-iP, les 

1. Hisloriae, lib. II, cap. 92, 3 et 4. 

2. N" IV, p. 14, 1. 1. 

3. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 66. 

4. Hisloria planlarum, lib. IV, cap. 8, 11. 

5. Ilistoria naluralis, lib. XXII, cap. 28. M. Franz Wœnig, 
op. laud., p. 28, a supposé, mais sans en donner aucune 
raison, que, sous le nom de lolometra, Pline avait désigné le 
lotus bleu. 



LES PI.ANTKS DANS L'AI.IMKNTATIOX. 177 

habitants de l'Egypte, les bergers surtout, font un pain que 
l'on pétrit avec de l'eau et avec du lait. On prétend que rien 
n'est plus salutaire ni plus léger que ce pain. » 

Si les rhizomes des souclietset des nymphéas, ainsi 
que les graines de ces dernières, entraient d'une ma- 
nière toute particulière dans l'alimentation des anciens 
Égyptiens, ces plantes étaient loin d'être les seules, 
sans parler des céréales, qui servissent aies nourrir. La 
flore nilotique leur offrait bien d'autres aliments végé- 
taux, et ils en avaient demandé un non moins grand 
nombre à celle des pays étrangers : légumes cultivés 
en grand nombre dans les jardins, plantes herbacées 
croissant à l'état sauvage, fruits des arbres indigènes 
ou acclimatés dans les jardins, complétaient et va- 
riaient leur alimentation. 

On raconte que, quand Amrou s'empara d'Alexan- 
drie, il n'y avait pas moins de quatre mille marchands 
occupés à vendre des légumes dans cette ville ' ; la con- 
sommation et la vente n'en devaient pas être moindres 
dans les villes de l'Egypte ancienne ; les scènes de la 
vie privée, représentées sur les tombes pharaoniques 
et qui nous permettent de deviner ce qu'était alors la 
culture et l'usage des plantes potagères dans cette 
contrée, les offrandes si nombreuses de légumes et de 
fruits, que l'on voit sur les peintures des hypogées en 
sont une preuve indéniable. Hérodote rapporte", avec 
une exagération manifeste, il est vrai, mais elle n'infir- 
me pas le fait en lui-même, qu'on paya la somme de 
1,600 talents d'argent pour les radis, oignons et aulx, 
consommés par les ouvriers de la quatrième pyramide. 

1. Wilkinson, op. laud., t. II, p. 25. 

2. Hisloriue, lib. II, cap. 125, 5. 

I. 12 



17S LKS PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

Une peinture de Béni-Hassan, dont il a déjà été ques- 
tion , nous montre un potager, dont les plates-bandes 
soigneusement arrosées sont couvertes de légumes : 
oignons qu'on arrache et met en bottes, concombres qui 
débordent dans les allées. Sur une autre peinture de la 
même localité on voit deux ouvriers qui reviennent 
des champs en portant dans des paniers, soutenus par 
des courroies, des lotus et des légumes de diverses 
espèces \ 

Les oignons, les aulx et les poireaux d'Egypte 
étaient, avec les pastèques et les melons chate, ceux 
que regrettaient le plus les Hébreux, errant dans le 
déserta C'étaient là aussi les légumes les plus re- 
cherchés des habitants de la vallée du Nil. Au premier 
rang venait l'oignon, auquel le sol léger et gras de 
l'Egypte convient à merveille; il y acquérait des quali- 
tés toutes particulières et il y croissait en telle abon- 
dance qu'il ne devait pas être plus difficile de se procu- 
rer ce légume à l'époque pharaonique que de nos jours, 
où il est à vil prix. On portait les oignons au marché, 
comme le montrent les peintures des hypogées, par 
bottes de cinq à six pieds ^. D'après Plutarque, les 
prêtres égyptiens s'abstenaient de l'oignon, ce légume 
ne convenant pas, dit-il*, à ceux qui font pénitence, 
pas plus qu'à ceux qui célèbrent des fêtes, parce qu'il 
excite la soif et fait pleurer. 

Suivant Hérodote, on vient de le voir, l'ail aurait 

1. Champollion, Les Monuments de V Egypte, t. IV, pi. 104 bis. 

2. Numeri, cap. xi, vers. 5. 

3. Champollion, Monuments, t. IV, pi. 358, 2. Béni-Hassan. 
— Rosellini, Monumenti, t. II, pi. u, 1. — Lepsius, Denkmuler, 
t. IV, pi. 127, etc. 

4. De Iside et Osiride, cap. viii. Ed. Gustav Parthey. 
Berlin, 1850, in-8, p. 13. 



f.KS I'I,AISTKS DANS L'ALIM1:NTATI0N 179 

existé dans la vallée du Nil dès l'époque de la IV* dy- 
nastie; Pline dit que les habitants l'avaient divinisé \ 
ainsi que l'oignon : c'est là tout ce que les écrivains 
de l'antiquité nous ont appris sur l'emploi, dans l'ali- 
mentation des habitants de l'Egypte, de ce condiment 
si recherché des populations du Midi, Quant aux pas- 
tèques et aux qalta ou aggour — le melon chate — 
la Bible seule en parle"; les peintures des hypogées et 
quelques feuilles de pastèques trouvées dans les tombes 
sont, avec le récit mosaïque, tout ce qui nous ren- 
seigne sur leur culture ; mais on ne peut douter qu'elle 
n'y fut très développée, ni que l'usage que l'on faisait 
de ces cucurbitacées ne fût important, et leur présence 
dans presque toutes les représentations d'offrandes est 
la preuve manifeste du prix qu'on y attachait. 

A côté de ces légumes qui jouent plutôt le rôle de 
condiments ou de dessert que d'aliments proprement 
dits, prennent place les graines si nutritives des pa- 
pilionacées. Hérodote affirme^ qu'on ne cultivait pas 
les fèves en Egypte et qu'on ne mangeait ni crues, ni 
cuites, celles qui y poussaient par hasard. « Les prê- 
tres, » ajoute-t-il — affirmation qu'il est impossible de 
prendre au pied de la lettre — « n'en supportent même 
pas la vue, dans la croyance que ce légume est im- 
pur. » La trouvaille, qu'on a faite, nous l'avons vu*, 
de fèves dans une tombe de Drah-Abou'1-Neggah et 
dans la nécropole de Kahoun prouve que cette légu- 
mineuse servait dans les offrandes funéraires et par 
suite était connue et probablement aussi cultivée en 

1. Hialoria naturalis, lib. XIX, cap. 32, 1. 

2. Numeri, cap. xi, vers. 5. 

3. Hisloriae, lib. Il, cap, 37. 
'i. Voir chapitre ni, 4, p. 55. 



180 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

Egypte dès le temps de la XIP dynastie ; mais on ne 
sait rien du rôle qu'elle jouait en ce pays dans l'ali- 
mentation. 

On n'est pas mieux renseigné au sujet de l'usage que 
les Égyptiens de l'époque pharaonique pouvaient faire 
des pois chiches et des lupins pour leur nourriture; 
tout ce qu'on peut en dire, c'est que ces légumes exis- 
taient en Egypte, les pois chiches du moins, depuis 
une époque reculée*. Il en fut de même du cajan des 
Indes, dont la culture dans la vallée du Nil, ainsi que 
celle des petits pois, remonte à la XIP dynastie, sinon 
au delà. A cette époque, une découverte de M. Flin- 
ders Pétrie l'a montré', ces deux légumineuses étaient 
déjà connues des Égyptiens. 

La culture des lentilles dans la terre de Kimit re- 
monte au moins à une date aussi reculée et elle y a été 
plus répandue. Strabon rapporte ' que les habitants de 
Memphis regardaient les débris, de forme lenticulaire, 
des pierres employées à la construction de cette ville, 
comme les restes des mets dont se nourrissaient les 
ouvriers des pyramides : souvenir, conservé par la tradi- 
tion, de l'usage ancien des lentilles dans l'alimentation 
des habitants de cette contrée. Les Égyptiens faisaient 
avec les lentilles une espèce de bouillie grossière ; 
c'est sous cette forme sans doute qu'on les offrait aux 
morts, ainsi que le peuvent faire supposer les restes 
qui ont été trouvés à Drah-Abou'1-Neggah, dans une 
tombe de la XIP dynastie \ Wilkinson a supposé que 
le serviteur qu'on voit, sur une peinture de Ramsès III 

1. Voir plus haut, chap. m, p. 57. 

2. Kahun, Gurob and Ilawarn, p. 30, 1. 

3. Geographica, lib. XVII, cap. 1, 34. 

4. Bulletin de VInslitut égyptien, n" 5 (an. 188'i), p. 7. 



LES PLANTES DANS L'ALLMENTATION. 181 

à Thèbes, accroupi devant une marmite, était occupé à 
faire cuire des lentilles * ; à côté de lui se trouveraient 
deux corbeilles remplies de ces légumes. Loin de dimi- 
nuer, la culture des lentilles ne fit, ce semble, qu'aug- 
menter avec le temps. Un fait montre l'extension qu'elle 
avait prise, à l'époque gréco-romaine, dans la vallée 
du Nil. Le vaisseau qui transporta à Rome l'obélisque 
de Caligula, avait, rapporte Pline', reçu, en guise de 
lest, 120,000 boisseaux de lentilles. Les lentilles de 
Péluse étaient renommées^ pour leur bonne qualité 
bien au delà des frontières de l'Egypte. 

Si l'on en croit Hérodote, dès le temps des pyra- 
mides, les radis servaient d'aliment en Egypte, tout 
comme les aulx et les oignons ; les fouilles de M. Flin- 
ders Pétrie à Kahoun ont montré qu'ils y étaient cer- 
tainement connus, au moins à l'époque de la XIP dy- 
nastie*. D'après Pline ^ la culture en aurait eu une 
grande importance, surtout à cause de l'huile qu'on 
retirait des graines; le polygraphe latin va jusqu'à 
dire que les Égyptiens semaient les radis de préfé- 
rence aux autres plantes, parce qu'ils en retiraient 
plus de profit que du blé et que ce produit payait moins 
d'impôts \ Les radis se mangeaient crus, comme les 
racines des souchets et des lotus. Ce n'étaient pas 
les seuls légumes que les Égyptiens consommassent de 



1. The mnnners of the ancienl Egyptians, t. II, p. 34. 

2. Ilistoria naturalis, lib. XVI, cap. 76, 5. 

3. Virgile, Géorgien, lib. I, v, 228. 

'i. Kahun, Gurob and llawara, p. 50, 1. 

5. Ilisloria naturalis, lib. XIX, cap. 16. Il est probable que 
le radis, dont on retirait de l'huile n'était pas le Raphamis 
salivus ordinaire, mais la variété olifer. 

6. Il faut dire toutefois que la desi^ription de Pline ne paraît 
s'appliquer qu'en partie au radis proprement dit. 



182 LES Pl.ANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

cette façon; ils en mangeaient bien d'autres sans être 
cuits, comme la chicorée, peut-être la laitue, le fe- 
nouil, le cresson alénois et le corchorus, ainsi, d'après 
Pline \ que la chondrille, l'hypochéride, etc. 

A côté des légumes proprement dits, il faut ranger 
les plantes qui servaient de condiments, tels que le 
cumin, la coriandre, l'anethet l'anis, le sésame même, 
qui furent successivement acclimatés et sans doute aussi 
employés dans la vallée du NiP. Il est même probable 
que ce ne furent pas les seuls condiments en usage 
chez les Égyptiens ; peut-être connurent-ils, à l'époque 
des Ptolémées du moins, quelques-unes des épices qui 
croissent dans l'Hindoustan et la Malaisie ; mais jus- 
qu'ici aucun document ne nous renseigne sur ce point. 



Les fruits occupaient, comme les légumes, une large 
place dans l'alimentation des anciens Égyptiens; ils y 
avaient servi dès les temps préhistoriques ; ils y servi- 
rent encore plus à l'époque des Pharaons. Les plus an- 
ciennement connus furent les fruits indigènes on demi- 
sauvages du sycomore — neha — du jujubier — noub- 
sou; plus tar-d vinrent les dattes, les raisins, les fruits 
de l'arbre ashdou [Balaniles aegyptiaca L.), du perséa, 
ainsi que les figues ordinaires, les grenades, puis les 
pommes, les amandes, enfin les mûres, les cerises, 
peut-être même les poires et les noix. 

Parmi ces fruits, ceux du sj'-comore figurèrent long- 
temps au premier rang ; on les mangeait frais ou 



1. Histovia naturalis, lib. XXF, cap. 52. 

2. Cf. chapitre ni, paragraphe 4, p. 75-78. 



LES PI.ANTKS DANS LAMMKNTATION. 183 

secs; on en faisait aussi des gâteaux'. Mais si ces 
fruits ne cessèrent pas d'être recherchés et prirent 
toujours place dans les offrandes, ils ne vinrent dans 
la suite que bien après les figues proprement dites, 
qui leur sont si supérieures. Comme aujourd'hui, on 
mangeait ces dernières fraîches ou séchées. 

Il en était de même des dattes, que leurs qualités 
nutritives firent mettre bientôt au premier rang des 
fruits égyptiens, et qui, comme de nos jours, devin- 
rent, surtout dans les oasis et la Haute-Egypte', un 
des principaux aliments des habitants de la vallée du 
Nil, et l'une des richesses du pays. Ils les mangeaient 
fraîches au moment de la maturité, ou le plus souvent 
ils les conservaient pour l'hiver. Dans ce dernier cas, 
ils les faisaient sécher à l'air libre, ou en faisaient des 
espèces de gâteaux — Vagoueh des Arabes — qu'on man- 
geait cuits, ou qu'on servait comme dessert. Dans le Pa- 
pyrus Harris il est question de dattes « pressées »'', of- 
fertes par Ramsès III aux divinités de Thèbes . Wilkinson 
parle de gâteaux de dattes trouvées à Thèbes * ; il en 
est fait mention dans la liste d'offrandes de la tombe de 
Rekhmara (XVIIP dynastie) ■\ Les dattes étaient em- 
ployées aussi pour la nourriture des animaux. Les 
fruits du palmier doum entraient, comme ceux du 



1. Il est fait mention de gâteaux de figues de sycomores 
dans la liste des offrandes faites à Rekhmara (X VIII« dynastie). 
Philippe Virey, Le toiabeau de Rekhmara. (Mémoires de la 
Mission archéologique au Caire, t. V, p. 104.) 

2. Fr. Hasselqvist, Voyage en Palestine dans les années 1749- 
1752, 2« partie, p. 145. 

3. Zeilschrifl fur aegyplische Sprache, t. XI (an. 1873), p. 70. 

4. The manners of the ancienl Eggptians, t. I, p. 398. 

5. Philippe Virey, Le tombeau de Rekhmara. {Mémoires de 
la Mission archéologique au Caire, t. V, p. 104.) 



18i LES PLANTES CIIF-^Z LES EGYPTIENS. 

dattier, dans l'alimentation des anciens habitants de 
l'Egypte; les habitants actuels en font encore usage; ils 
enlèvent le noyau et en mêlent la pulpe à la farine de 
dourrah pour en faire du painV 

Si l'on en juge par leur fréquence dans les tombes, 
les fruits du Balanites aegyptiaca ou ashdou servaient 
aussi, du temps des Pharaons, à l'alimentation en 
Egypte. On en voit des amas dans les peintures des 
hypogées de l'ancien et du nouvel empire. Ces fruits 
sont d'ordinaire peints en rouge ou jaune brun, par- 
fois même en noir^ On les mangeait comme dessert. 
Il devait en être de même des fruits du Mitnusops 
Schimperi ou perséa, qu'on rencontre aussi fréquem- 
ment dans les tombes pharaoniques. La présence des 
fruits du caroubier et du sébestier dans les tombes 
permet de supposer qu'ils entraient aussi dans l'ali- 
mentation ; les baies du sébestier sont encore au- 
jourd'hui employées contre la toux, et la pulpe des 
siliques du caroubier est comestible. Dans le Papyrus 
Anastasi IV il est fait mention de trente paniers 
de ouâh, nom hiéroglyphique de la caroube, et le 
grand Papyrus Harris mentionne un don, fait par 
Ramsès III aux divers temples d'Egypte, de 92,000 
couffes de caroubes, une autre fois de 106,000 et de 
21,000 mesures de darouga, autre nom, mais d'ori- 
gine sémitique, du même fruit^. Il entrait donc 
en quantité considérable dans la consommation ; 



1. Franz Wœnig, op. laud., p. 316. 

2. G. Maspero, Notes au jour Je jour, Ilf. (Proceedings of 
the Socielxj ofbilAical Archaeolorjy, t. XIII, p. 500.) 

3. Victor Loret, Recherches sur plusieurs plantes, IX et X. 
{Recueil de travaux, t. XV.) 



LES PLANTES DANS L'ALIMENTATID.N. 185 

mais il servait, ce semble, surtout à la nourriture des 
bestiaux*. 

Les jujubes — ar. nabaq, nahéca — jouaient encore 
un rôle plus grand dans l'alimentation des anciens 
Égyptiens. Ils les mangeaient fraîches ou sèches. On 
voit de véritables amas de ces fruits recherchés dans 
plusieurs peintures des mastabas de Saqqarah. Ils 
figuraient sur les tables funéraires, soit sous leur forme 
ordinaire, soit pétris en une espèce de gâteaux — tiou 
noubsoii ou ta-nebs'. — Pline dit que des fruits du pru- 
nier d'Egypte — le jujubier — on faisait une pâte 
estimée'. Athénée nous apprend comment on la pré- 
parait : 

« Quand les fruits du jujubier, dit-il^, sont arrivés à matu- 
rité, on les cueille ; une partie écrasée avec de la farine est 
conservée dans des vases pour l'usage des serviteurs ; le reste, 
dépouillé de son noyau, est préparé de la même manière et 
sert à la nourriture des maîtres. On en retire aussi, ajoute le 
polygraphe grec, une espèce de vin. » 

D'un usage non moins grand, sinon plus grand, que 
les derniers fruits dont je viens de parler, étaient ceux 
du grenadier. La culture de cet arbre prit une grande 
extension — les monuments en' font foi — à partir de 
la dynastie des Ahmessides; la saveur agréable et les 
qualités rafraîchissantes des grenades expliquent l'im- 
portance de la consommation que l'on en faisait. Ces 
fruits figurent en quantité parmi les dons que Ram- 
sès III fit aux temples d'Egypte ^ On mangeait d'ordi- 



1. Franz Wœnig, op. laud., p. 334 et 345. 

2. G. Maspero, Proceedings. t. XIII, p. 497. 

3. Hisloria naturalis, lib. XIII, cap. 19. 

4. Deipnosophistae, lib. XIV, cap. 65. . 

5. Grand Papyrus Ilarris, pi. XVI, lig. 15 et 18. 



180 LES riAMES CHEZ LES EGYPTIENS. 

naire les grenades fraîches ; mais on les faisait cuire 
aussi, et on fabriquait, dit-on, avec leur sirop épaissi, 
une épaisse de miel. 

Les raisins, soit frais, soit séchés, entraient aussi 
en quantité considérable dans l'alimentation des Égyp- 
tiens. Sur les plus anciennes peintures on voit des 
corbeilles remplies de grappes de raisin. Ces fruits 
figurent souvent aussi parmi les offrandes funèbres'. 
Dans le Papyrus Harris", il est fait également mention 
de dons nombreux de raisins offerts par Rarasès III 
aux trois grands sanctuaires pharaoniques. 

Aux fruits dont je viens de parler, récoltés de 
temps immémorial dans la vallée du Nil, vinrent s'a- 
jouter plus tard ceux du pommier, du mûrier, du noyer 
et de l'amandier, arbres acclimatés successivement 
dans l'Egypte ancienne, ainsi peut-être que le pêcher 
et le cerisier. Le pommier avait été importé déjà, nous 
le savons, à une époque reculée; les autres arbres 
n'y furent sans doute transplantés, s'ils le furent tous, 
— les noms même qu'ils portent en sont la preuve, — 
qu'à l'époque grecque; j'incline à croire qu'on se borna 
à importer de la Syrie ou des iles de la Grèce les 
fruits du noisetier et du pin pignon, dont le premier 
môme ne paraît jamais avoir été cultivé en Egypte. Y 
importait-on aussi les fruits de la macre [Trapa na- 
ta?is L.); les récoltait-on aux bords du Nil, où d'après 
Pline', croissait cotte plante aquatique? Je ne saurais 
le dire ; mais il existe un fruit de macre au Musée du 

1. Bulletin de V Institut égyptien, n° 5 (an. 188'i), p. 9 et 
n° 6 (an. 1885), p. 260. 

2. Zeitsckrift fiir aegijptische Sprache, t. XI (an. 1873), 
p. 67, \. 8. 

3. llistoria naluralis. lib. XXI, cap. 58. 



LES PLANTES UANS L'AI.LMKNTATION. 187 

Louvre*, co qui montre que les Égyptiens connaissaient 
cette plante comestible et probablement se nourris- 
saient de ses fruits. 

Ils connurent aussi, mais sans doute assez tard, 
le baobab [Ada?isoma cligitata L.), cet arbre gigan- 
tesque des steppes de l'Afrique tropicale, dont les 
fruits atteignent la grosseur d'un petit melon. Ne 
dépassant pas le 14° degré de latitude dans la vallée 
du Bahr-el-Abiad, il s'élève dans celle du Bahr- 
el-Azrak jusqu'à Abou-Harras, à une quarantaine de 
lieues au sud de Kliartouni, et remonte vers l'est, 
jusqu'à Keren, presque à la hauteur du 16* degré, 
sans atteindre les bords de la mer Rouge ^ Schwein- 
furth a signalé sa présence dans les jardins du Caire'; 
Prosper Alpin l'avait déjà rencontré en Egypte* ; 
mais aucun écrivain de l'antiquité n'en a parlé. Il 
est peu probable aussi qu'il ait jamais été planté 
dans l'Egypte pharaonique. Il existe un fruit de bao- 
bab dans la collection égyptienne du Musée du 
Louvre" et trois, de diverse grosseur, dans celle du 
Musée de Turin'' ; mais on en ignore malheureusement 
la provenance et l'époque. Il est probable qu'ils au- 
ront été importés par des caravanes venues d'Ethiopie 
en Egypte, où leur pulpe acidulée était peut-être re- 



1. Recueil de travaux, t. XVII (an. 1895), p. 190. 
2'^ Schweinfurth, Millheilungen ans Justus Perlhes' geogra- 
phischer An/tlall, an. 1868, p. 159 et pi. 9. 

3. Illustration de la Flore d'Egypte, p. 53. 

4. De plantis Aegypti liber, fol. 27. 

5. Victor Loret et Jules Poisson, Etudes de botanique égyp- 
tienne. {Recueil de travaux, t. .XVII, p. 197.) 

6. Dr. Ed. Bonnet, Le plante egiziane del Museo reale di 
Torino. (Estratto dal Nuovo giornale Rotanico Ilaliano, 
vol. II, n° 1. Gennaio, 1895.) 



188 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIE^^S. 

cherchée déjà autrefois, comme elle l'est aujourd'hui^ 
à cause de ses propriétés alimentaires et médici- 
nales. 



Les anciens Égyptiens ne demandaient pas unique- 
ment des aliments aux plantes ; ils en retiraient encore 
des boissons variées : les principales étaient la bière, 
le vin de raisin, de dattes et de quelques autres fruits. 
La bière était faite avec de l'orge fermentée" ou même 
germée^ Peut-être y ajoutait-on quelque amer, comme 
des lupins ou une espèce de siser — Siwn sisarum L/. 
— Cette boisson, don d'Osiris, ne le cédait, d'après 
Diodore% au vin ni en force ni en agrément. Il en est 
souvent question dans les offrandes ; elle figure aussi 
au nombre des dons faits par Ramsès III aux temples 
des Dieux^ 

La bière servait surtout de boisson aux basses 
classes; il en était de même du vin de palmier. On 
préparait ce dernier, soit en faisant une incision dans 
le tronc du dattier, dont on recueillait dans un vase la 
sève qu'on laissait ensuite fermenter, soit, — procédé 
sans doute plus ordinaire, le premier entraînait la mort 



1. Raffenau-Delile, Centurie de plantes d'Afrique, etc. 
(Fr. Cailliaud, Voyage à Méroé, au fleuve blanc, etc. Paris, 
1826, in-8, t. IV, p. 302.) 

2. Hérodote, Historiae, lib. II, cap. 77, 4. 

3. Bulletin de V Institut égyptien, n° 6 (an. 1885), p. 271 et 279. 

4. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 395. 

5. Bibiiotheca historica, lib. I, cap. 34, 10. 

6. Papyrus Harris, pi. XVII, a, I. 14; pi. XVII, b, 1. 13; 
pi. XLIV, XLIX, etc. 



LKS PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 189 

du dattier, — en faisant macérer dans l'eau les dattes 
arrivées à maturité et en exprimant ensuite le jus'. 

Les anciens Égyptiens fabriquaient encore du vin 
ou des liqueurs avec d'autres fruits : grenades, ju- 
jubes, figues, caroubes, sébestes, etc. L'abus n'en 
paraissait pas moins funeste que celui du vin de raisin: 
« Abstiens-toi de liqueur de grenade, ne t'adonne pas 
à la liqueur de figue, ignore la liqueur de caroube », 
lit-on dans le Papyrus Anastasi IV ^ Il est fait men- 
tion, parmi les produits d'un jardin de Ramsès II, d'une 
espèce de sirop, appelé sliedeh-it ; M. Victor Loret 
croit qu'il était fait avec des grenades^. Une liqueur 
faite avec des figues ou des grenades figure dans la 
liste des ofi"randes, donnée par une inscription de la 
tombe de Rekhmara, préfet de Thoutmès III *. Athé- 
née a donné la recette de la préparation du vin de ju- 
jubes'. Pour le faire on laissait macérer ces fruits dans 
l'eau, puis on les écrasait' et on exprimait le jus. Le 
vin ainsi obtenu, dit le polygraphe grec, était d'un 
goût aussi doux et agréable que le meilleur moût. On 
le buvait sans eau ; mais il ne se conservait pas plus de 
dix jours. On le préparait aussi de temps à autre, sui- 
vant le besoin qu'on en avait. On faisait également, 
ajoute Athénée, du vinaigre avec ces fruits, comme 
on en fabriquait d'ailleurs avec les dattes* et sans 
doute avec les grenades^ 

1. Pline, Historia naturalis, lib. XIV, cap. 19, 3. 

2. \'ictor Loret, Bec/ierches, etc., XII. La caroube. (Recueil de 
travaux, t. XV). 

3. La Flore pharaonique, p. 77, n° 131. 

4. Philippe Virey, op. laud., p. 104. 

5. Deipnosophistae, lib. XIV, cap. 65. 

6. Xénophon, Anabasis, lib. II, cap. 3, 15, parle du vinaigre 
fait avec les dattes. 



190 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

A part la bière, les divers breuvages dont je viens 
de parler étaient sans grande importance dans la con- 
sommation égyptienne ; il n'en était pas de même du 
vin de raisin. Les nombreuses représentations, que les 
peintures des hypogées de Béni-Hassan, Zaouïet-el- 
Maïétin, Karnak, Abd-el-Gournah\ nous ont laissées de 
la fabrication du précieux liquide, sont la preuve évi- 
dente de l'extension qu'en avait pris l'usage dès l'é- 
poque la plus reculée et du prix qu'on y attachait. 
Elles nous permettent de suivre les diverses scènes de 
la vendange, telle qu'on la faisait il y a près de cinq mille 
ans. 

Après les avoir cueillis, on portait les raisins dans 
une auge en bois, où ils étaient foulés aux pieds. Le 
jus qui en découlait était reçu dans des cuves; pour 
extraire celui qui restait dans les grappes on pressait 
le marc dans une espèce d'outre ou de poche en fil de 
laine au moyen de leviers attachés aux deux extré- 
mités. Lorsque le vin recueilli dans les cuves avait 
cessé de fermenter, on le versait dans des jarres ou 
amphores que Ton bouchait et scellait; puis on les ran- 
geait dans les celliers. Un serviteur spécial paraît avoir 
été chargé de cette importante fabrication ; il est ques- 
tion dans le Papyrus Anastasi d'un chef des vignobles, 
dans les caves duquel se trouvaient de larges provi- 
sions' de vin^ 

Les Égyptiens distinguaient le vin blanc âbesh du 



1. ChampoUion, Monuments, t. IV, pL 880 et 389. — Rosel- 
lini, Monumenticivili, t. II, pi. XXXVII et XXXVIII. — Lepsius, 
Denkmaler, t. III, pi. 111, a. Zaouïet-el-.Maïétin, t. 14. — Wil- 
kinson, op. laud., t. I, p. 385. — P'ranz Wœnig, op. laud., 
p. 263. 

2. IV, pi. 7, 1. 3, ap. Franz Wœnig, op. laud., p. 270. 



LF.S PLANTES DANS LALIMKNTATION. 191 

vin rouge tesh^, et ils avaient des crus très différents 
et quelques-uns renommés. Rosellini avait déjà men- 
tionné un certain nombre de vins égyptiens'; M. Vic- 
tor Loret en a relevé dix espèces différentes, la plu- 
part connues dès l'époque des pyramides^ On ne peut 
s'expliquer aussi qu'Hérodote ait dit que l'Egypte ne 
produisait point de vin et qu'avant Psammétique les 
habitants de ce pays n'en buvaient pas et n'en fai- 
saient point d'offrandes ^ Les écrivains postérieurs 
furent mieux renseignés. Suivant Strabon*, le nome 
d'Arsinoë produisait du vin en grande quantité; la ré- 
gion maréotique en produisait davantage encore et qui 
se conservait très longtemps. La couleur, dit A thé- 
née ^ en était pâle, la qualité excellente ; il était doux 
et léger, avec un bouquet agréable ; il n'était nulle- 
ment astringent et ne portait point à la tête. 

Le sophiste grec mettait néanmoins le vin de Ténia 
au-dessus de celui de la Maréotique ; il était plus riche 
en alcool, son bouquet avait quelque chose d'aroma- 
tique et il était légèrement astringent. A en croire 
Clément d'Alexandrie*, le vin de Mendès était aussi 
renommé. Mais il y avait, remarque Apulée, bien d'au- 
tres crus dans la vallée du Nil, dont les produits ré- 
putés différaient à la fois par le goût et la couleur. Et 
il ajoute que le vin qu'on récoltait à Antylla était 
préféré à tous les autres. Quelques-uns des vins de la 
Thébaïde étaient recherchés pour leur légèreté, en 



1. Monumenli civili, t. I, p. 377. 

2. La Flore pharaonique, p. 101, n° 167. 

3. Ilisloriae, lib. III, cap. 6. 

4. Geofjraphica, lib. XVII, cap. 1, 14. 

5. Deipnosophistae, lib. I, cap. 60 (33). 

6. Paedagogus, lib. II, cap. 2 (68). 



192 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

particulier celui de Coptos, « si salubre, dit Athénée, 
que les malades pouvaient en boire impunément, même 
pendant la fièvre. » Pline vante aussi le sebenny- 
tique, « fourni, dit-il', par trois espèces de raisin, le 
thasien, Teethale et le peucé. ». 

Les Égyptiens faisaient une consommation impor- 
tante de vin ; l'État en accordait chaque jour une ra- 
tion déterminée aux guerriers et aux prêtres^ On voit, 
preuve évidente du prix qu'on y attachait, Ramsès III 
en faire don de quantités énormes aux divinités de 
Thèbes, de Memphis et d'Héliopolis^ Dans les réu- 
nions et les fêtes, on offrait, les monuments en font 
foi, du vin à tous les hôtes, hommes ou femmes. C'é- 
tait surtout après le repas qu'on le buvait, et on ne 
paraît pas en avoir usé toujours avec modération. Une 
peinture de Béni-Hassan* nous montre des maîtres 
que leurs esclaves rapportent ivres morts chez eux. A 
en juger par d'autres peintures de Thèbes, qui nous 
les montrent chancelantes et arrivées au dernier pé- 
riode de l'ivresse ^ les dames elles-mêmes ne se fai- 
saient pas faute de boire du vin avec excès. 

II. 

Outre les boissons proprement dites, les Égyptiens 

1. Historia naturalis, lib. XIV, cap. 9 (7). 

2. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 391. 

3. Papyrus Ilarris, pi. XVII, b, 1. 13, tr. by Birch : « Wine 
amphorae 39510. » (Zeitschrift fi'iv aegyptische Sprache, t. XI 
(an. 1873), p. 65.) 

4. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 394, n° 169. Cf. « Lettre 
au scribe Pentaour », F. Chabas, Mélanges égyptologiques, 
3e série, t. II, p. 86. 

5. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 392 et 393, n°^ 167 et 168. 



LES Pl.ANTKS DANS I.INIUSTRIE. 193 

demandaient aussi au règne végétal l'huile nécessaire 
non seulement à leur alimentation, mais à l'éclairago de 
leurs maisons et à la fabrication des parfums. J'ai parlé 
de la culture des principales plantes dont les fruits ou 
les graines leur servaient pour cet usage; celles aux- 
quelles ils paraissent avoir eu recours le plus ancien- 
nement furent le sésame, le ricin', ainsi peut-être que 
le cartliame et le moringa ; ils ne durent faire usage 
que plus tard de l'huile tirée des fruits de l'olivier, 
comme de celle des graines du radis, dont nous ne 
connaissons d'ailleurs l'emploi que par le témoignage 
de Pline '^; le poly graphe latin '^ mentionne aussi l'huile 
de chortine que donnait une herbe dont il n'indique 
pas le nom, et celle de cnédine, extraite d'une espèce 
d'ortie. 

Pour fabriquer l'huile de sésame, on mettait d'abord 
les graines à macérer dans l'eau chaude*; on les éten- 
dait sur une table, on les frottait, puis on les plon- 
geait dans l'eau froide pour faire surnager les pailles ; 
on exposait alors les graines ainsi nettoyées au s(deil 
et, une fois sèches, on les portait au moulin. L'huile 
de sésame était, il semble", employée à la fois dans la 
cuisine et pour l'éclairage; inférieure comme assai- 
sonnement, on la regardait comme la meilleure huile 
à brûler*^; elle était fort chère dans l'antiquité. 

1. Pline, mais son autorité est ici. comme si souvent ailleurs, 
sans valeur aucune, dit que l'huile de ricin n'était connue 
ijue depuis i)eu de temps en Hgypte. Lib. XV, cap. 7. 

2. Ilistoria naturalis, lib. XIX, cap. 26. 

3. Ilistoria naturalis, lib. XV, cap. 7. 

4. Pline, op. laud., lib. XVIll, cap. 23, 2. 

5. Dioscoride, De materia medica, lib. II, cap. 121, dit que 
les Egyptiens s'en servaient, mais sans indiquer au juste pour 
quel usage. 

6. Wilkinson, The manners and ciisloms, t. II. p. 399. 

I. 13 



i94 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

Les Égyptiens se servaient aussi beaucoup plus de 
l'huile de ricin, qui coûtait deux fois moins'. La pré- 
paration de cette dernière a été décrite par Hérodote. 
«Après avoir recueilli les graines de ricin, dit-il^, on 
les écrase et on exprime l'huile ; d'autres fois aussi on 
les fait bouillir et on recueille alors l'huile qui sur- 
nage^». Cette huile est grasse, remarque-t-il encore, 
et non moins bonne pour l'éclairage que celle d'olive; 
mais elle répand une odeur désagréable ; elle n'en étalât 
pas moins recherchée ; Strabon rapporte* que « presque 
tous les habitants en faisaient usage», et il ajoute que 
« les hommes des classes pauvres et les ouvriers s'en 
oignaient même les membres ». On s'en servait aussi, 
on l'a vu par l'inscription d'Apriès mentionnée plus 
haut", pour l'éclairage des temples. 

L'huile de sésame et celle de ricin étaient les deux 
espèces d'huile les plus communes à l'époque pharao- 
nique ; tout en restant très employées, elles cédèrent 
néanmoins par la suite en partie la place à d'autres 
huiles qui, quoique beaucoup moins répandues dans 
l'antiquité, finirent, dans les derniers temps de la domi- 
nation égyptienne, par entrer dans la consommation. 



1. Eugène Revillout, La valeur de V huile. {Revue ègijpto- 
logique, t. H (an. 1882), p. 162.) 

2. Hisloriae, lib. II, cap. 94. 

3. Pline, lib. XV, cap 7, 2,^ indique les deux procédés; 
suivant Dioscoride (1, 38), les Egyptiens, après avoir lavé les 
graines de ricin, les moulaient avec soin, puis ils en expri- 
maient l'huile à l'aide du pressoir. 

4. Geographica, lib. XVII, cap. 2, 5. 

5. Page 46: « En l'an 30, le 4 de Thot, dit une autre ins- 
cription, en la main du dieu Imouth et de la grande déesse 
Astarté, don d'un /iesro d'huile de lekem pour le luminaire. » 
Eugène Revillout, L'antigraphe des luminaires. {Revue égyp- 
tologique, t. II (an. 1882), p. 179.) 



LES PI^AMES DANS L'IMUSTRIE. 195 

Lorsque l'olivier eut été importé en Egypte, il servit, 
malgré sa rareté relative, à faire une huile qui fut bien 
vite appréciée. 

Plus importante encore peut-être fut la fabrication 
de l'huile fournie par l'arbre baq, et plus ancienne aussi, 
car il en est fait mention dans les documents de l'é- 
poque la plus reculée. Cette huile estimée était extraite 
des fruits du Moringa — les noix de ben; — elle por- 
tait le nom de baqi\ On en distinguait deux espèces, 
le bàqi rouge et le baqi vert, ce qui concorde avec ce 
que Pline dit de l'huile du myrobalaii' , laquelle, 
d'après lui, était rouge en Egypte, verte en Arabie. 

Non moins recherchée paraît avoir été l'huile de car- 
thame; on cultivait surtout cette composée, dit Pline ^, 
pour l'huile qu'on retirait de ses graines. Suivant 
Dioscoride', on la préparait en les écrasant, après les 
avoir préalablement lavées. On procédait, sans doute, 
de même pour obtenir l'huile d'ortie ou cnédine, celle 
de chortine et l'huile de radis. 

Outre l'huile, on demandait au règne végétal le tanin 
usité, comme aujourd'hui, pour la préparation des 
peaux, la gomme et les résines d'un emploi si fréquent, 
enfin les matières colorantes. La gomme était produite 
par diverses espèces d'acacias ^ en particulier par celui 
du Nil; on se bornait le plus souvent à la recueillir 
sur le tronc de l'arbre ; mais pour que la récolte fût 
plus abondante on y pratiquait une incision ^ Les 

1. Victor Loret, Recherches sur quelques plantes, II. {Recueil 
de travaux, t. VII.) 

2. Ilislnria nalurolis, lib. XII, cap. 46. 

3. Historia nalxiralis, lib. XXI, cap. 53. 
'i. De maleria )ueilica, lib. I, cap. 44. 

5. Pline, Historia naturalis, lib. XXIV, cap. 

6. Théophraste, Uisloria plantaruin, lib. IV, cap. 2, 8. 



196 LES PLANTES CHEZ LES ÉUYPTIKNS. 

résines et gommes-résines étaient fournies par le len- 
tisque, le térébiuthe, le pin d'alep, le cèdre et diverses 
burséracées exotiques, dont il sera question dans le 
chapitre de la pharmacopée. 

Les longues gousses de l'acacia du Nil fournissaient, 
ainsi que l'écorce de l'acacia seyal, un excellent tanin'. 
On retirait surtout les matières colorantes végétales 
du carthame et de l'indigo'; c'est avec ces substances 
qu'étaient presque exclusivement teintes les étoffes^; 
mais nous ignorons comment on les préparait. On 
paraît avoir retiré aussi une manière colorante du 
genévrier'', et les feuilles broyées du henné donnaient 
une couleur jaune orange recherchée ; les Égyptiens 
s'en servaient, on l'a reconnu à l'examen de quelques 
momies, pour se rougir la paume des mains. Dios- 
coride nous apprend'' qu'à l'aide de la même poudre 
diluée dans du suc de saponaire, les dames égyptiennes 
se teignaient les cheveux en blond. Quant à l'encre, 
on la fabriquait avec diverses plantes et divers fruits 
— figues, dattes — réduits en charbon et délayés 
dans de l'eau avec de la myrrhe ^ 

Nous ne savons pas à l'aide de quels procédés les 
Égyptiens nettoyaient les tissus; la découverte, dans la 

1. Wilkinson, op. laud., t. II, p. 417, dit, mais sans s'appuyer 
sur aucun témoignage authentique, que l'écorce du Rhus 
oxyocantho'ides L. servait au même usage. 

2. Chapitre II, paragraplie m, p. 49-52. 

3. Mois Riegl, Die agyplischen Textilfunde im k. h. oster- 
reich. Muséum, Wien, 1889, p. ix, ne parle pas du carthame, 
mais cite la garance, dont il n'est, à ma connaissance, fait 
mention dans aucun texte égyptien. 

4. H. L. E. Liiring, Die iiber die medicinischcn Kenninisse 
der allen Aegypler berichlenden Papyri, p. 164. 

5. De materia medica, lib. I, cap. 124. 

6. H. L. E. Liiring, oj). laud.. p. !02. 



LES M.ANTKS llA.NS L'I.\D[STHIF. 197 

collection Passalacqua*, d'un fruit de Sapindus emar- 
fjinatus A^ahl, fruit qui sert dans l'Inde à transformer 
l'eau en une émulsion savonneuse et à nettoyer les 
étoffes précieuses, pourrait faire croire que les Égyp- 
tiens des derniers temps l'importaient de son pays 
d'origine et s'en servaient aux mêmes usages. 



III. 



Le règne végétal ne fournissait pas seulement aux 
anciens habitants de la vallée du Nil les aliments les 
plus indispensables, ainsi que des boissons salutaires 
ou l'huile nécessaire à leur usage, ils lui demandaient 
aussi des textiles pour confectionner les étoffes dont 
ils se vêtissaient, les matières fibreuses qui servaient 
à faire divers ustensiles de ménage, le bois avec lequel 
ils construisaient leurs bateaux et fabriquaient les 
meubles de leurs maisons, ainsi que leurs outils ou 
leurs instruments aratoires. 

La plante textile par excellence des anciens Égyp- 
tiens était le lin ; il était cultivé en grand dans la 
vallée du Nil, dont le sol léger et friable lui convenait 
à merveille. Les peintures de Kom-el-Ahmar et de 
l>éni-Hassan' nous font assister à sa récolte, ainsi 
qu'aux diverses transformations qu'il subissait avant 
d'être employé par l'industrie. L'artiste pharaonique 
nous montre d'abord des ouvriers occupés à arracher 
celte précieuse plante et à la mettre en bottes ; d'autres 
la portent dans des réservoirs préalablement remplis 

1. A. Hraun, Die Pflaiize)ircste. (Zeilschrifl fiir Ethnologie, 
t. IX, p. so:). 

2. Rosellini, Monumenti civili, t. II. pi. 35. — Lepsius, 
Denkmaler, t. IV, pi. 127. 



198 LES PLANTKS CHEZ LES EGYPTIENS. 

d'eau, où on la rouit ; on l'en retire, on la sèche, on la 
bat sur une table, avec des maillets en bois arrondis 
pour la désagréger'. Les tiges ainsi écrasées et débar- 
rassées des fibres inutiles étaient remises à des femmes 
qui les filaient. Les fils simplement tordus ou, quand 
on voulait des qualités plus fines, « roulés » et « lissés » 
sur une large pierre, étaient mis en pelotons ou éche- 
veaux". On les livrait enfin aux hommes ouaux femmes, 
qui, au nombre de un à quatre par pièce, les tissaient 
sur un métier cà main quelquefois vertical, le plus sou- 
vent horizontal, en poussant d'ordinaire la trame, re- 
marque Hérodote ^ non en haut, mais en bas. 

Dès la plus haute antiquité, le tissage avait été porté 
en Egypte à une grande perfection. Pline ^ attribue 
l'honneur de l'avoir inventé aux habitants mêmes de 
ce pays. Les étoffes trouvées dans les tombes pharao- 
niques ont le tissu serré et ferme, en même temps que 
très élastique^; les fils en sont remarquablement unis, 
réguliers et d'une souplesse qui peut rivaliser avec la 
soie. Les toiles et les étoffes de lin d'Egypte étaient 
renommées dans l'antiquité et faisaient l'objet d'un 
commerce considérable avec l'étranger. Pour leur don- 
ner plus de, force, on réunissait ensemble un grand 
nombre de brins. Pline rapporte® que la cuirasse 
d'Amasis, conservée dans le temple de Minerve à 
Rhodes, était faite de fils composés de trois cent 



1. Wilkinson, op. laud., t. II, p. 173. 

2. Champollion, Monuments, t. IV, pi. 366. — Wilkinson, 
op. laud., t. Il, p. 170. 

3. Hisloriae, lib. II, cap. 35. 

4. Ilistoria nalurnlis, lib. VII, cap. 57 (56). 

5. Wilkinson, op. laud., t. II, p. 161. 

6. Hisloria naluralis, lib. XIX, cap. 2 (1). 



LKS PLANTLS DANS L'INDUSTRIE. 199 

soixante-cinq fibres. On arrivait par ce moyen à fabri- 
quer des étoffes, des toiles à voiles, des filets, etc., 
d'une très grande solidité. 

Les étoff'es de lin étaient souvent employées sans ap- 
prêt ou teinture; non moins souvent aussi on les tei- 
gnait; le carthame fournissait toutes les nuances du 
rouge, depuis le rose jusqu'au rouge pourpre'; l'in- 
digo la couleur bleue. L'analyse chimique a démontré 
l'origine végétale de ces deux couleurs ^ Mais, grâce à 
l'action des mordants variés, les Egyptiens obtenaient, 
nous dit Pline ^ avec la même matière colorante, les 
nuances les plus diverses. 

On faisait avec le lin non seulement des étofi'es et 
des toiles, mais encore des cordages. Ces derniers 
étaient parfois aussi fabriqués avec des fibres de pa- 
pyrus. Hérodote nous apprend'' que les Égyptiens at- 
tachèrent avec des câbles en papyrus les bateaux qui 
servirent à faire le pont gigantesque que Xerxès jeta 
sur l'Hellespont. Le papyrus servait également à di- 
vers travaux de sparterie. On en faisait en particulier 
des sandales; la plupart des musées égyptiens d'Eu- 
rope en renferment quelques-unes ^ Ramsès III fit don 
de 15,110 paires de sandales de papyrus aux divinités 
de Memphis^ Ou fabriquait aussi avec le papyrus des 
corbeilles, des nattes, des tapis, même des toiles à 

1. Bullelin de Vlnslitul ègyplien, n" 3 (an. 1882), p. 70. 

2. Wilkinson, op. lauiL, t. II, p. 163. — Unger, Sitzungs- 
bcrichte, t. XXXVIII, p. 113. 

3. Ilisloria naluralis, lib. XXV, cap. 42. 

4. Ifisloriae, lib. VII, cap. 34. 

5. Wilkinson, op. lamL, t. II, p. 335. — Franz Wœnig, op. 
/aucL. p. 82. 

6. Papyrus Harria. lab. xix b, 1. 3. {Zeitschrifl fur aegyp- 
lische Sprache, t. XI, p. 70.) 



200 LKS PLANTES CIIKZrl.KS KGYI'TIKNS. 

voiles', ainsi que des barques, en particulier des bar- 
ques funéraires. 

D'après une tradition rapportée par Plutarque -, ce 
fut sur une barque de papyrus qu'Isis se mit à la re- 
cherche du corps d'Osiris au milieu des marécages de 
l'Egypte. La nacelle dans laquelle fut exposé Moïse 
était en papyrus enduit de poix^ Dans une de ses ma- 
lédictions contre l'Egypte, Isaïe fait allusion à l'usage 
dans ce pays de barques en papyrus \ La construction 
de ces barques est souvent représentée dans les pein- 
tures tombales de l'ancien et du moyen empire. On 
voit les ouvriers descendre vers le iieuve pour y ra- 
masser les tiges de la précieuse plante"; une partie 
de ces tiges étaient réunies ensemble de manière à 
former une sorte de caisse pointue et recourbée aux 
deux bouts; c'était le corps du canot. Avec le reste, on 
fabriquait des cordes destinées à lier l'avant, l'arrière 
et le milieu de la coquet 

Bien plus encore qu'à faire des ouvrages de spar- 
terie ou de corderie, le papyrus servait à fabriquer du 
papier. La matière première était fournie par les pel- 
licules concentriques très minces qui forment au-des- 
sous de l'écorce la partie extérieure de la tige rectan- 
gulaire de cette cypéracée'. On détachait ces pellicules 



1. Odyssée, chant xxr, v. 392. — Théophraste, Uisloria 
plantanim, lib. IV, cap. 9. 

2. De hide et Osiride, cap. xvni, p. 29. 

3. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 28, \v> 28. — Wil- 
kinson, op. laud., t. Il, p. 206, dit qu'elle était en jonc. 

4. Cap. xvni, vers. 2. 

5. Lepsius, Denkmnler, t. 111. pi. 12. — Franz Wœnig, op. 
laud., p. 57. — G. Maspero, Eludes égypiieimes, p. 105. 

6. Wilkinson, op. laud., t. II, p. 208. 

7. Pline, Ilistoria naturalis, lib. XIII, cap. 23. 



I,ES l'I.A.NTKS DANS LlNDlSTItli:. 201 

en battant doucement la tige, puis on les étendait sur 
une table préalablement mouillée, en ayant soin de 
les couper par bandes de 20 à 30 centimètres de long 
sur 5 à 6 de large; on réunissait ensuite, à l'aide de 
colle, dans le sens de la longueur, un certain nombre 
de ces bandes, on les faisait sécher et on avait ainsi 
une feuille de papier. 

Si le papyrus servait seul à faire du papier, bien 
d'autres plantes égyptiennes étaient employées dans la 
fabrication des différents objets de sparterie et de 
vannerie. Tel è\.2i\iY Eragrostis cynosuroïdfs^. [Lepto- 
chloa bipinnata H.) dont on faisait des corbeilles. On 
a trouvé dans la tombe d'Ani (XX° dynastie)^ une 
soixantaine de petits paniers tressés avec cette gra- 
minée très commune en Egypte, où elle est désignée 
de nos jours sous le nom de halfa. Tel était encore 
le jonc {Jwicus acutus L.) — asir. — Il y a, d'après 
M. Maspero", au Musée de Boulaq, un panier en jonc 
tressé de diverses couleurs, qui remonte à la XI" 
dynastie. Il existe au Musée de Leyde des corbeilles 
et des mannes en jonc tressé^ « Fais donner aux fabri- 
cants de couffes, lit-on dans le Papyrus AnastasilV*, 
la matière première, k savoir des roseaux — gaslià — 
et des joncs — asir. » 

M. Victor Loret m'apprend que la plante gash, dont 

1. Schweinfurth , Bulletin de l'Institut égyptien, n» 7 
(an. 1886), p. 419. 

2. Guide du visiteur au Musée de Boulaq. Boulaq, 1883, 
in-16, p. 115. 

3. C. Leemans, .Acr/i/plische Monumenlen van het nederlan- 
sche Muséum van Oudheden le Lei/den. Leyden, 1846, in-fol., 
pi. LXXVIl. 

4. Victor Loret, Recherc/ies sur quelques plantes. XII. 
(Recueil de travaux, t. XVI.) 



202 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

il est ici question, est la canne à sucre d'Egypte 
[Saccharum aegyptiacutn Willd.) ; cette graminée était 
donc en usage dans la vannerie. Les feuilles du 
roseau proprement dit [Arundo donax L.) et sans doute 
aussi du roseau d'Isis [Phragmites Isiaca Del.) en- 
traient dans la fabrication des nattes. On employait 
au même usage les chaumes fendus en deux et tressés 
ensemble d'une espèce de souchet à haute tige — 
le Cïjperus alopecuroïdes. — M. Maspero a trouvé 
à Gébéleïn, dans le cercueil de la princesse Nesi- 
Khonsou', une sorte de natte ou plutôt de store, faite 
avec cette plante et qui « servait de remplissage pour 
arrondir les formes de la momie w. Avec les tiges du 
roseau commun — le nabi — on fabriquait aussi des 
flèches, des tuyaux, des treillages. Les tiges du roseau 
d'Isis, elles, servaient à faire des calâmes à écrire ; on 
en faisait également avec les tiges de la canne à sucre 
d'Egypte ^ Avec celles de la Ceruanapratensis Forsk. 
— le chédite des Arabes — plante de la famille des 
composées, caractéristique de la flore nilotique^ — 
elle croît exclusivement sur les bords du fleuve, — on 
fabriquait, comme aujourd'hui, à l'époque pharaoni- 
que, des balais destinés cà des usages vulgaires; on 
en voit un au Musée de Boulaq, ainsi qu'au British 
Mitseimi ^ 

Los feuilles des différents palmiers n'étaient point 
d'un moindre usage dans l'industrie du vannier que les 



1. G. Schweinfurth, Bulletin de llnslilut égyptien, n° 7 
(an. 1886), p. 426. 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 19 et 24, n°* 6, 
7 et 20. 

3. G. Schweinfurth, Bulletin de l'Institut égyptieyi, n" 5 
(an. 1884), p. 8. 



Li;s l'I.A.NTKS DANS L'INDlSirUi:. 203 

cypéracées ou les graminées. On faisait avec les feuilles 
du palmier doum — le marna des textes hiéroglyphi- 
ques, — Théophraste nous l'apprend*, divers ouvrages 
de sparterie ; il existe au musée de Florenca des san- 
dales fabriquées avec les feuilles de cet arbre ^ Celles 
du dattier étaient encore plus usitées ; avec le rachis 
— bai — on faisait des cannes " ; leurs folioles — 
outou ou wilou, en copte bit — servaient non seu- 
lement cà confectionner des sandales*, mais encore des 
cordages, des nattes et des corbeilles, usage qui s'est 
conservé jusqu'à nos jours ^ Les filaments qui naissent 
à la base des feuilles ou palmes — les shou [non) ben- 
nou « cheveux de dattier » — étaient employés, comme 
nos brosses de chiendent, pour nettoyer les objets peu 
fragiles, tels que les cornes et les sabots des taureaux, 
destinés à être sacrifiés. « Qu'on lui lave la tête, dit, 
en parlant de l'un deux, l'inscription d'Osiris à Den- 
dérah ", et qu'on nettoie ses sabots avec les fibres du 
dattier. » 



Je n'en ai pas fini avec l'énumération des nombreux 
usages que l'industrie des habitants du pays de Kimit 
faisait du règne végétal ; il me reste à parler de l'em- 

1. Ilisiiorio plantarum, lib. IV, cap. 27. 

2. iMigliarini, Catalogue, p. 57, n" 2703. 

3. Grand Papyrus Ilarris, 65, 9 et 7'i, 9. 

'i. Il en existe plusieurs au Musée de Leyde. C. Leemans, 
op. laud., pi. XXX, 19, 20, 22, 23. 

5. Victor Loret, Becherches, XIV. « La fronde et la feuille 
du palmier. » (Recueil de travaux, t. XVI. ) 

6. Dûmichen, Recueil, t. IV, p. 90, ap. Ch. Moldenke, op. 
laud., p. 47. 



20i Li:S PLANTES ClIiï.Z LES EGYPTIENS. 

ploi des diverses espèces de bois dans les différents 
arts ou métiers. Quoique peu variée et peu riche, la 
flore arborescente de la vallée du Nil offrait néanmoins 
aux habitants les matériaux dont ils avaient besoin 
pour leurs constructions. Leurs premières demeures 
furent probablement semblables à celles qu'on ren- 
contre encore de nos jours en Nubie '; c'étaient des 
cabanes formées et recouvertes de branches ou de 
troncs d'arbres, reliés entre eux par des tiges de 
roseau ou d'autres graminées. Mais ces huttes gros- 
sières ne durent pas tarder à faire place à de vérita- 
bles maisons. 

Dès la plus haute antiquité, les Égyptiens eurent des 
habitations en pierres ou en briques, mais ils conti- 
nuèrent en même temps d'en avoir en bois^; malheu- 
reusement il ne nous reste rien de ces dernières, et 
nous ne pouvons que nous faire une idée approximative 
de ce qu'elles purent être. Ce n'étaient plus les huttes 
grossières des premiers âges, mais des maisons cons- 
tnùtes suivant les règles de l'art du charpentier et du 
menuisier. Dès longtemps cet art était pratiqué en 
Egypte. Sur les monuments de l'ancien empire, on 
voit souvent représenté l'abattage d'arbres, syco- 
mores ou palmiers, destinés aux travaux de charpente 
ou de menuiserie^ Une des peintures du tombeau deTi 
nous fait assister aux diverses scènes du travail du bois''. 
Sur un des bas-reliefs d'Abd-el-Gournah on voit deux 



1. Perrot et Chipiez, Ilisloire de fart dans i'antiquitr, t. I, 
VÉfiyplc. p. 507. 

2. Perrot et Chipiez, op. laud., p. 107 et 116. 

o. Lepsius, Denhmaler, t. III, pi. III, tombe 14 6.Zaouïet-eI- 
Maïétin, VI<= dynastie. 

4. Musée Guimet, tableau V. 



LES l'LANTKS ItANS I.INOlSTIili:. 205 

ouvriers, dont run est occupé à fendre un tronc d'arbre 
à l'aide d'une scie, tandis que l'autre débite une bille 
de bois'. Une peinture de l'époque de Thoutmès III 
nous permet de pénétrer dans un atelier d'ouvriers en 
bois et de nous rendre compte du degré de perfection 
qu'avait atteint le travail de l'ébénisterie sous les 
Pharaons du nouvel empire ^ 

Il ne s'agit plus seulement de débiter des poutres 
et des solives pour les maisons en bois ou en briques, 
des planches pour les cercueils, véritables monuments, 
« dont la construction mettait en branle une escouade 
d'ouvriers^»; ce qu'on demande surtout désormais, ce 
sont des coffres, des lits, des tables, des fauteuils, des 
divans, des statues mêmes qui doivent meubler les 
palais ou les tombes ; car les morts avaient leur mo- 
bilier comme les vivants. 11 fallait du bois pour ces 
meubles si variés ; il en fallait encore pour les usten- 
siles de ménage et les instruments agricoles, pour la 
fiibrication des chars de guerre ou la construction des 
vaisseaux de transport, qu'on ne pouvait songer à 
faire en tiges de papyrus, enfin pour les statues, qui 
n'étaient pas en pierre ou en métal. Naturellement on 
ne se servait pas des mêmes essences végétales pour 
tous ces travaux et on n'en employait pas d'exclusi- 
vement indigènes ; dans la suite du temps on eut 
recours à des espèces exotiques ou devenues étran- 
gères à la flore nilotique, comme le cèdre et l'ébène ; 
parmi les arbres indigènes, le sycomore, l'acacia du 



1. Champollion, Monuments, t. Il, pi. 164. — Rosellini, 
Moniiiiienli. t. II, pi. 'i3. 

2. Prisse d'Avennes, Hisiuire de l'art égyptien d'après les 
iMonuinents, texte de P. Marchandon de la Faye, p. 321. 

3. G. Maspero, L'Archéoloijie égyptienne, p. 270. 



206 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

Nil et l'acacia sejal, puis le dattier et le marna, four- 
nissaient les bois les plus usités. 

Théophraste regardait le bois du sycomore comme 
un des plus utiles ; mais il fallait, avant de l'employer, 
le soumettre à une préparation particulière, « On le 
coupe vert, dit-il', et, fait digne de remarque, on le 
plonge alors dans une pièce d'eau ou réservoir pour 
le faire sécher ; il va d'abord au fond, mais lorsqu'il a 
perdu sa sève, il surnage et on peut alors s'en servir. » 
Le bois de sycomore était noueux et difficile à tra- 
vailler ; mais il n'en était pas moins recherché en 
Egypte et, grâce à sa dureté et à son peu de corrup- 
tibilité, ainsi qu'à sa fréquence dans ce pays, il ren- 
dait les plus grands services à l'industrie. Charpentiers, 
menuisiers, ébénistes, tourneurs s'en servaient à l'envi: 
stèles", images des dieux, statues funéraires, iîgures 
d'animaux, amulettes, ustensiles de ménage et outils 
divers, instruments aratoires, coffrets, cercueils sur- 
tout, étaient fabriqués avec le bois de cet arbre utile. 
<( Le cercueil d'Osiris Khent-Ament est fait en syco- 
more », lit-on au paragraphe 43 d'une inscription du 
temple d'Osiris à Dendérah^ Et de même aux para- 
graphes 44 et 45 : « Le coffre de Khent-Ament... Le 
coffre des bassins de Sep est fait en sycomore. » 

La durée naturelle du bois d'acacia, la gomme qui en 
découle et le rend presque incorruptible, lui donnaient 



1. Historia plantannn, lib. IV, cap. 2, 2. 

2. La stèle de la princesse Nesi-Khonsou à Deir-el-Bahari 
était en bois de sycomore. Am. B. Edwards, Relies from the 
tombs of llie prieal-kinfjs at Dayr-el-Baharee. {Recueil de 
travaux, t. IV (an. 1882). p. 81.) 

3. Victor Loret, Les fêtes d'Osiris au mois de Khoiak. 
{fii'cueil de travaux, t. III (an. 1882), p. 56.) 



LES P[,ANTKS IlANS LlNItLSTFUi:. 207 

un prix particulier et le faisaient employer de préfé- 
rence pour les travaux qui demandaient un bois résis- 
tant, en particulier pour la construction des bateaux. 

« Les barques des Égyptiens, dit Hérodote*, celles du moins 
qu'ils emploient pour porter les fardeaux, sont faites avec un 
arbre épineux qui ressemble beaucoup au lotus de Cyrène^. 
et dont il sort une larme qui se condense en gomme. Ils tirent 
de cet arbre des planches d'environ deux coudées; ils les 
agencent de la même manière qu'on dispose les briques et les 
attachent avec des chevilles fortes et longues ; ils placent sur 
leur surface des solives, sans se servir de varangues, ni de 
côtés ; mais ils affermissent en dedans cet assemblage avec 
des liens de papyrus; ils font ensuite un gouvernail qu'ils 
passent à travers la carène, puis un mât avec l'arbre et des 
voiles avec le papyrus. » 

Tous les bateaux égyptiens n'étaient pas faits de 
cette façon; « le plus souvent mème^ les planches 
longues et minces comme celles dont on se sert au- 
jourd'hui étaient assemblées selon les procédés que 
nous employons à la fabrication de nos navires. « Mais 
cela importe peu ici, où il n'est question que de la 
matière qui entrait dans leur construction. C'était, on 
le voit, le bois d'acacia qu'on employait au temps 
d'Hérodote, dans la fabrication des bateaux de trans- 
port ou des vaisseaux de guerre. Les monuments mon- 
trent qu'il en fut ainsi depuis l'époque des Pyramides 
jusqu'à celle des Ptolémées et au delà. Dans un docu- 
ment publié d'abord par M. de Rougé*, Oana, officier 
des rois Téti, Pépi I et Pépi II, nous apprend qu'il 



1. Historiae, lib. II, cap. 96, 1. 

2. Le Rhamnus spina-Chrùli. 

3. G. Maspero, Éludes égyptiennes, t. I, 2^ fascicule, p. 102. 

4. lierhcrchea sur (es monuments qu'on peut attribuer aux 
six premières dynasties de Manéthon. Paris. 1866, in-4, p. 117 
et suivantes. — Charles Moldenke, op. laud., p. 77. 



208 LES PLANTES CHEZ LES Kf.YPTIENS. 

avait construit pour son maitre, en dix-sept jours, « un 
grand bateau en bois de slient qui avait soixante 
toises de long sur trente de largeur ». 

La consommation que l'on faisait du bois d'acacia 
pour les constructions navales était telle que les forêts 
égyptiennes finirent par ne plus suffire et on fut obligé 
d'en demander à l'étranger. « Le roi, dit le même Ouna 
que je viens de citer', m'a envoyé essarter cinq dis- 
tricts pour construire cinq gros vaisseaux et quatre 
plus petits en bois de shent du pays d'Ouaoua". » Le Pa- 
pyrus Anastasi IV, contemporain des Ramessides, nous 
fait connaître l'ordre donné pour réparer une barque 
sacrée, dont plusieurs planches d'acacia s'étaient pour- 
ries par un séjour trop prolongé dans l'eau et pour les 
remplacer par des ais plus longs ^ Et le Papyrus Bar- 
ris fait mention à plusieurs reprises de grands et de pe- 
tits bateaux fabriqués en bois de slient*, ainsi que 
de livraisons importantes de ce bois de charpente pré- 
cieux. 

Le bois de shent ou d'acacia n'était pas utilisé seu- 
lement pour les constructions navales ; on l'employait 
à bien d'autres usages ; il servait en particulier à faire 
les pylônes des temples et les portes des édifices pri- 
vés, des poutres et des piliers, des meubles précieux, 
des cassettes sacrées, des cercueils et des statues, ainsi 
que des chevilles et même des peignes. « Les piliers 



1. Charles Moldenke, op. laud., p. 78. 

2. La partie de la Nubie située à l'est du Nil. 

3. Charles Moldenke, op. laud.,Y>. 79. 

4. PI. 12 6, 1. 11. « Acacia barges. » Ibid., 1. 13 : « Total of 
cedar and acacia boats 92 », etc. Zeitschrift fi'ir negyplische 
Sprache, t. XI (an. 1873), p. 38. Au lieu de « cedar », il faut 
lire « ash » (Acacia .sr//a/.) 



LES PLANTES DANS L'INDUSTRIE. 209 

(des pylônes), dit la charte de fondation du temple 
d'Edfou', sont en bois d'acacia. Ils touchent au ciel et 
sont garnis de cuivre». Une inscription du tombeau 
de Ti, à Saqqarah, nous apprend qu'une des statues de 
ce personnage, qui vivait sous la V° dynastie, était 
faite en bois de shent'. Et dans l'inscription du temple 
d'Osiris, àDendérah, il est fait mention d'une cassette 
d'acacia, « coffre mystérieux, naos, dans lequel on ne 
sait ce qu'il y a^ » 

Le bois de l'acacia seyal — le bois d'ash — était 
employé aux mômes usages que le bois de shent ou 
d'acacia du Nil. Dans le Papyrus Harris il est fait men- 
tion de bateaux en bois d'ash, expression que Birch a 
traduite à tort par bois de cèdre. 11 est fait également 
mention du bois d'ash pour la construction de bateaux 
dans un des Papyrus Anastasi et dans le Papyrus de 
Turin. Les barques qui servaient à porter les images des 
Dieux sur le Nil en particulier étaient faites en bois 
d'ash. L'inscription de l'obélisque que Thoutmès III avait 
fait dresser, au xvii'' siècle, devant le temple d'Amon à 
Thèbos, et qui se trouve maintenant à Rome, fait men- 
tion de « la grande barque, nommée Amonouserha et 
construite en bois d'ash, que sa majesté avait fait cou- 
per dans le pays des Rokhet' ». 

Comme le bois de s/ie?it, le bois d'ash servait en 
particulier à faire les portes des édifices sacrés. L'ins- 



1 . H. Brugsch, Eiiie neue Dauurkiinde des Tempels von Edfu. 
(Zeilsr/irifl /Ta- aegyplische Sprache, t XIII (an. 1875), p. 122.) 

2. Cliarles Moldenkc, op. laud.. p. 80. 

3. Victor Loret, Les fêtes d'Osù-is ait mois de khoink, n° 65. 
(Recueil de travaux, t. IV (an. 188;J), p. 25.) 

'j. Revue archéologique, t. X (an. 186i), p. 45. — M. Mol- 
(lenke, op. laud.. p. 88, lit Rokhet à la place de Rotekh. 
I. 14 



210 LES PLANTES C[IEZ LES EGYPTIENS. 

cription du temple d'Edfou nous apprend que (( les 
battants des diverses portes étaient faites en vrai bois 
d'ash' ». Il est également question dans la même ins- 
cription de « portes faites en bois d'au », dernier mot 
dans lequel il faut voir une expression synonyme de la 
première, mais qui désigne le bois dash, non par son 
nom générique, mais par une épitbète qualiiîcative, 
celle de « bois beau et excellent »^, preuve manifeste du 
prix que l'on attachait au bois de l'acacia seyal. C'est 
avec le bois précieux de cet arbre qu'avaient été faites 
aussi les portes du temple de Hibé, situé dans l'oasis 
de Khargeh^ Le bois d'ash servait encore, comme 
celui de shent, moins rare et moins précieux, à fabri- 
quer des statues et des objets destinés au culte. Les 
épines de ces deux arbres étaient employées en guise 
d'aiguilles. 

La nature fibreuse du palmier ne permettait pas de 
tirer un aussi grand parti du bois de cet arbre que de 
celui de l'acacia ou du sycomore ; les troncs servaient 
néanmoins à faire des poutres, des planchers et des 
linteaux de portes \ Mais c'étaient surtout les diverses 
parties des feuilles qui étaient employées dans l'indus- 
trie ; c'était avec les rachis — ba, bai — dépouillés 
de leurs folioles qu'étaient fabriqués les divers objets 
dits en bois de palmier, cannes, cages et en particulier 
ces espèces de sièges de forme quadrangulaire, mais 
plus large que haute, — les qafas des Arabes — 



1. H. Brugsch, Zeilschvifl fi'ir aegyptische Sprache, t. XIII 
(an. 1875), p. 122. 

2. Charles Moldenke, op. laud., p. 89. 

3. R. Lepsius, Zeitschrift fiir aegi^ptisc/ie Sprache, t. XII 
(an. 1874), p. 73. 

4. Wilkinson, op. laud. t. I, p. 357. 



LF.S PLANTFS DANS L'INDUSTHIK. 211 

qui pouvaient indifféremment servir de chaise, de banc, 
de table ou d'escabeau, et dont il est souvent question 
dans les textes'. Ainsi l'inscription de Dendérah nous 
apprend que le prêtre, chargé d'officier devant la déesse 
Rirt, prenait place sur un siège en bois de palmier-. 
Les pétioles des feuilles de palmier servaient aussi à 
faire des cannes légères et flexibles ; c'est avec elles 
qu'on donnait la bàtonnade, sorte de châtiment, on le 
voit par les peintures des hypogées, fréquemment usité 
dans l'ancienne Egypte ^ Si l'on en croit ce que dit 
Hérodote dans le dénombrement de l'armée de Xer- 
xès\ les habitants de l'Ethiopie confectionnaient même 
leurs arcs avec les pétioles des feuilles du dattier. 

Bien plus recherché était le bois du palmier douni 
ou marna; plus dense, plus dur et beaucoup plus ré- 
sistant, comme le remarquait Théophraste*, il était 
naturellement préféré à celui du dattier. La taille con- 
sidérable de cet arbre présentait un autre avantage; 
de son tronc gigantesque on faisait des mâts de vais- 
seau, ainsi que ces espèces de mâts vénitiens, dressés 
auprès des pylônes des temples et auxquels on atta- 
chait les étendards sacrés. Les noyaux gros et durs 
servaient, nous apprend Théophraste, à faire des 
anneaux de rideaux. On en faisait aussi des têtes de 
forets". 

Il y avait encore beaucoup d'autres arbres dont le 

1. \\'ilkinson, oy;. laud., t. I, p. 420. — Charles Moldenke, 
op. laud.. p. 45. 

2. Dûmichen, Recueil. IV.pl. XXI, 121. ap. Charles Moldenke, 
op. laud.. p. 44. 

3. Wilkinson, op. laud., t. I, p. 305-308. 

4. Hi.'itoriae, lib. VII, cap. 69. 

5. Hisloria plantarum, lib. IV, cap. 2, 7. 

6. Wilkinson, op. laud., t. I. p. 409. 



212 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

bois était employé dans l'indiistrie ; Théophraste nous 
apprend* que celui de perséa, résistant et d'une belle 
couleur noire, servait à faire des statues, des lits, des 
tables et toute espèce de meubles. Il est fait mention 
dans le Papyrus Harris de livraisons de bois de perséa ^ 
Suivant Théophraste ^ le bois de myrobalan, ou sé- 
bestier, — l'arbre haq des textes hiéroglyphiques — 
était dur et propre aux constructions navales et à nombre 
d'autres travaux. Le bâton de jet qui figurait dans cer- 
taines cérémonies était en bois de myrobalan. « Il saisit 
le bâton en bois d'arbre baq pour lancer la balle 
(symbole) de la défaite de ses ennemis (d'Hâthor), » lit- 
on dans un texte hiéroglyphique \ 

On employait aussi le bois de tamaris et celui de ju- 
jubier ou arbre noubsou pour fabriquer différents meu- 
bles ou ustensiles. Dans une inscription du temple de 
Dendérah\ il est dit que la charrue dont on se servait 
pour labourer le champ d'Osiris était faite en bois de 
tamaris. Le chant des Huit Dieux dans le temple de 
Hibé était gravé sur une table en bois de noubsou''. 
Quoique Théophraste n'en parle pas, les Égyptiens 
tiraient également grand parti du bois de carouluer — 

1. Hisloria plantarum. lib. IV, cap. 2, 5. — Cf. Pline, 
Hi&loria naturalis, hb. XIII, cap. 17 (9). 

2. PI. 21 6, I. 16. « Persea wood len 4415. » Zeitschrift fi'ir 
aegyptische Sprache, t. XI (an. 1873), p. 72. 

3. Hisloria plantarum, lib. IV, cap. 2, 6. Pline, ihid., qui 
paraphra.se, parfois en le faussant, le texte de Théophraste, dit 
que le bois de balan, « tordu dans la plus grande partie, » est 
moins estimé que celui de perséa. 

4. Dûmichen. RcsuJtate einer archaelogischen Expédition, 
t. I, p. 46. — Charles Moldenke, op. laud., p. 117. 

5. Dûmichen, Recueil, t. IV, p. H, 61. — Charles Mol- 
denke, op. laud., p. 129. 

6. II. L. E. Lûring, np. laud., p. 157. 



LES l'LA.NTKS DANS LIMUSTUM:. 213 

le sisi-7ioudjim. — Rayé de veines d'un rouge som- 
bre, d'une dureté et d'une densité incomparables, il 
était non moins recherché par l'ébénisterie que le bois 
indigène de l'acacia ou le bois exotique de l'ébène. 
On l'employait concurremment avec eux et avec l'i- 
voire. Une scène du tombeau de Rekhmara, qui repré- 
sente des ébénistes confectionnant des lits, des coffres, 
des chaises, etc , est accompagnée de la légende: 
« Fabrication de meubles en ivoire, ébène, carou- 
bier, acacia'. » « Il s'assit, lit-on dans le Papyrus 
Westcar", sur une chaise d 'ébène dont les pieds étaient 
en caroubier. » Kotschy, on l'a vu plus haut, a trouvé 
dans une tombe un bâton en bois de caroubier \ Il 
existe aussi, preuve qu'on faisait usage du bois de 
cet arbre, un bâton de Balanites aegijptiaca au Musée 
de Florence*. 

Sur la tombe de Ti à Saqqarah on voit deux ou- 
vriers occupés à travailler du bois de sib ; le même 
mot sib se retrouve dans les pyramides d'Ounas, et 
de Pépi P' Miriri^ A la ligne 565 de l'inscription 
d'Ounas, M. Maspero traduit sib par cèdre, toutefois 
avec un point d'interrogation ® ; et à la ligne 589 il 
voit dans sib un nom d'homme'; M. Victor Loret y 



1. Philippe Virey, Mémoires de la missio)i française au Caire, 
t. \', l''fasc.,pl. XV,p.55,aremplacélecaroubierparducyprès. 

2. VII. 12-13, ap. Victor Loret, Le bois de caroubier. Re- 
chi'rc/ies sur plusieurs plantes, \'III. Recueil de travaux, t. XV. 

3. Sitzunf/sberic/ite (Recueil de travaux, t. XV), t. XXXVIII. 

4. Migliarini, Indication succincte, p. 56, n" 2692. 

5. Victor Loret, La Flore pharaonique, p. 42, n" 52. 

6. « Tu pénètres dans tes bois d'acacia ? (de cèdres ?) » 
Recueil de travaux, t. IV (an. 1883), p. 68. 

7. « C'est Toum qui a rendu son arrêt [avec] Sib. » Ibid.. 
p. 72. 



214 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

voit partout le nom d'un arbre — celui du cèdre — et 
il en conclut que cet arbre était indigène en Egypte, 
qu'on l'y a exploité et employé jusqu'à ce qu'il ait 
disparu. Ce qui est certain, c'est que les Rames- 
sides importaient ce bois du Liban. Dans le « Récit 
de la campagne de Mageddo sous Thoutmès III », 
il est question à plusieurs reprises de bois de cèdre 
rapporté comme butin du pays des vaincus \ De 
ce bois une partie était déjà ouvrée, puisqu'il en est 
fait mention avec l'épithète «orné d'or»; mais une 
autre partie paraît avoir encore été à l'état brut et ne 
dut être travaillée qu'en Egypte. On sait d'ailleurs que 
les Pharaons, vainqueurs de la Syrie, envoyèrent plus 
d'une fois couper des cèdres sur les hauteurs du Liban, 
pour les employer dans leurs constructions". Il n'est 
donc pas surprenant que cet arbre soit souvent men- 
tionné dans les textes hiéroglyphiques, ni qu'on en ait 
trouvé de la sciure dans les tombes anciennes'*. 

Le cèdre ne fut pas le seul arbre exotique ou devenu 
étranger à l'Egypte, dont les habitants de cette con- 
trée utilisèrent le bois. Ils employèrent celui de plu- 
sieurs autres espèces, comme le cyprès, l'if même, 
mais surtout l'ébène. En examinant au microscope des 
débris de cercueils trouvés à Méir et remontant au 
moins à la XIP dynastie, M. le professeur Beauvisage 



1. Traduction de M. Maspero. {Recueil de travaux, etc., 
t. II, p. 148 et 150.) 

2. Vne inscription fait mention du bois de cèdre que le roi 
Râmenkheperou « fait couper dans le pays de Rotekh pour la 
construction d'un vaisseau. >> Zcitschrift fur aegi/ptische 
Sprache, t. II (an. 1864), p. 37. 

3. Franz Woenig, op. laiid., p. 387. 



LES PLAMKS DANS L'INDISTRIK. 215 

de Lyon a reconnu qu'ils étaient faits en bois d'if, 
arbre étranger à la flore égyptienne et dont le bois 
avait dû être importé de l'Asie antérieure dans la vallée 
du Nil. Parmi les tributs que les chefs des Rotenou 
envoyèrent, en 40, à Thoutmès 111, figurent des troncs 
de cj^près, à côté de troncs de cèdre ^ Dans la pein- 
ture, qui représente Rekhmara, officier du même pha- 
raon, recevant les offrandes des chefs du Midi (la 
Nubie et l'Ethiopie), se trouvent, avec des dents d'élé- 
phant, des blocs entiers d'ébène^ Originaire de cette 
H'gion, Y éhémer'' {Daiùfrgia tnelanoxylon G. P. R) — 
égyptien habin, sans doute son nom vernaculaire, d'où le 
grec è'j^Ev:;, le latin ebenns, — devint, depuis l'époque 
des premières relations de l'Égvpte avec l'Ethiopie, 
l'objet d'une importation, qui alla toujours croissant; 
c'était une des redevances ordinaires que les Pharaons 
imposaient à leurs tributaires du Midi. Depuis lors aussi 
ce bois prit dans l'ébénisterie et dans l'art pharaonique 
une place de plus en plus grande. Une statue du tom- 
beau de Ti à Saqqarah (V dynastie) représente des 
personnages qui transportent une statue du défunt, de 
couleur noire et au-dessous de laquelle est écrite la 
légende : « Statue d'ébène"' ». Dans une autre partie du 
même tombeau sont figurés des ouvriers polissant un 



1. Le bois d'if. Recherches sur quelques bois pharaoniques. 
1. (liecueil de travaux, t. XVIfl, an. 1896). 

2. Ph. Virey, Le tombeau de Rekhmara. (Mémoires de la 
mission française au Caire, t. \', !<•'■ fasc, p. 37.) 

3. Lepsiu.s. Denkmiiler, t. III, pi. 39, a, b.i. Lieblein, //rt/u/e/ 
und Schi/fahrl anfdem rolhen Meere in alten Zeîlen. p. 38. 

4. Strabon, Geo(jraphica, lib. XVII, cap. 2, 2. — Pline, lib. 
XII, cap. 8, dit que « l'ébénier e.st rare depuis Syène jusqua 
Méroë ». 

5. H. Brugsch. Die alUigyplische Griiberwelt, n° 90. 



216 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

lit de repos également de couleur noire ; rinscription 
porte avec une forme particulière du mot Iiabîn^ : « po- 
lissage d'un lit de repos en ébène par les polisseurs de 
la maison d'éternité ». Sur les parois du tombeaa de 
Horhotpou (XP dynastie) à Thèbes, sont peintes une 
tablette et une palette de scribe en ébène, et on lit 
sur une inscription de la stèle G, au Louvre, qui date 
de la XIP dynastie ", l'inscription : « J'ai vu la perfection 
de tes bras dans ton travail en toutes matières précieu- 
ses, depuis l'argent et l'or, jusqu'à l'ivoire et l'ébène ». 
Désormais l'ivoire et l'ébène, importés des mêmes 
régions, sont associés également dans les mêmes œu- 
vres d'art, non seulement en Egypte, mais dans toute 
l'Asie antérieure. Thoutmès III rapporta, de sa cam- 
pagne contre Mageddo^ dans son immense butin, six 
petits autels ou sièges en ivoire, ébène et acacia. Les 
statues du roi, blanches et noires, qui figurent sur le 
tombeau d'Amenhotpou II, sont accompagnées de la lé- 
gende : « Statues en ivoire et en ébène^ » . Parmi les dons 
nombreux offerts par Ramsès III aux dieux d'Egypte se 
trouvaient 407 cannes en acacia et en ébène''. Dans les 
textes de l'époque des Ptolémées il est plus d'une fois 
fait mention de meubles en ébène ; qu'il suffise de citer le 
tabernacle en ébène orné d'or, dans lequel on enfermait 
le moule de Sokari, pendant les fêtes d'Osirisà Tentyris*. 

1. Victor Loret, L'ébène chez les anciens Égyptiens. (Recueil 
de travaux, t. VI, p. 127.) 

2. Victor Loret, L'ébène, ibid., p. 127. 

3. G. Maspero, Récit de la campagne de Mageddo. (Recueil 
de travaux, t. II, p. 148.) 

4. ChampoUion, Description de l' Egypte, t. I, p. 500. 

5. Grand Papyrus Ilarris, pi. XXXIV a, I. 13, LXXI a, 5. 

6. Victor Loret, Les fêles d'Osiris au mois de Khoiak : 
% 67. (Recueil de travaux, t. IV, p. 26.) 



LES l'I.ANTES liA.NS LINDlSTIAIi;. 217 

On voit par là combien était varié l'usage de l'é- 
bènc ; aussi les quantités de ce bois qu'on employait 
étaient-elles énormes. Dans un gigantesque cortège 
triomphal qu'on vit à Alexandrie sous le règne de Pto- 
lémée Philadelphe V figuraient « des Ethiopiens por- 
tant les uns six cents défenses d'éléphant, d'autres 
deux mille troncs d'ébèneS). Ce fait peut donner une 
idée de la masse énorme d'ébène livrée par là au com- 
merce ou à l'industrie égyptienne. Dès longtemps il en 
avait été de même. 

Dans les peintures de tous les tombeaux des gou- 
verneurs égyptiens d'Ethiopie, conservés jusqu'à nos 
jours, ceux entre autres de Houi, de Merimès, d'Araen- 
hotpou, sont représentés des bateaux venant du Haut- 
Nil chargés de poutres d'ébène, de défenses d'ivoire et 
d'autres produits de la région". Aussi le nombre d'ob- 
jets et d'ustensiles en ébène qui nous ont été conservés 
est-il considérable ; on voit dans les divers musées 
égyptiens d'Europe des chaises, des coffrets, des sta- 
tues, des figurines funéraires, des palettes de scribes, 
des manches de cuillers et de miroir, des bâtons en 
ébène, le plus souvent incrusté d'ivoire, et même un 
pilon dont l'extrémité est formée d'un nœud de ce 
bois dur et recherché. 



1. Athénée, Deipnosophistae, lib. \', cap. 3i: 

2. Victor Loret, L'chène. p. 128. 



CHAPITRE VI. 

LES PLANTES DANS l'aRT ET DANS LA POESIE. 

Non seulement les anciens Égyptiens demandèrent 
au règne végétal des matériaux, pour construire leurs 
demeures et les temples des Dieux, fabriquer leurs 
meubles et les outils les plus nécessaires ; mais ils lui 
empruntèrent quelques-unes des formes architectu- 
rales les plus originales, ainsi que les plus beaux mo- 
tifs de décoration, et ce monde charmant fournit à 
leurs poètes des comparaisons et des images pour em- 
bellir et orner leurs fictions. 



I. 



Les premières demeures des habitants de la vallée 
du Nil furent, sans doute, comme je l'ai dit plus haut\ 
faites de roseaux et de branchages, plus tard de troncs 
frustes d'arbres et en particulier de palmiers, grossiè- 
rement assemblés entre eux ; l'architecture égyptienne 
garda toujours quelque chose de cette origine ; quand la 
pierre se fut depuis longtemps substituée au bois dans 
les constructions pharaoniques, on n'en conserva pas 
moins quelques-unes des formes employées à l'époque 

1. Voir chapitre v, p. 204. 



I.KS PLANTKS DANS LA1\T. 219 

OÙ celui-ci surtout servait de matière première aux 
artistes. « C'est ainsi que le sarcophage trouvé dans 
la pyramide du roi Menkérî\ bien qu'il soit en ba- 
salte, nous présente des ornements qui dérivent essen- 
tiellement de l'architecture en bois. « 

D'ailleurs, alors môme qu'ils faisaient déjà usage de 
la pierre et du granit, les Egyptiens ne dédaignèrent 
pas l'emploi du bois. Il existe, faites en cette matière, 
des colonnettes qui appartiennent à toutes les époques. 
Telle est celle du tombeau deTi à Saqqarah, reproduite 
par Prisse d'Avenues ". Le chapiteau représente une 
fleur de lotus entr'ouvert, flanqué de deux boutons plus 
petits, reliés ensemble par des bandelettes ; quant au 
fût, il est légèrement conique et strié, « comme pour 
figurer plusieurs tiges «. On dirait un de ces bouquets 
composés de deux ou trois lotus liés ensemble, qu'on 
voit si souvent à la main des personnages figurés dans 
les peintures des hypogées. 

Ce type une fois trouvé devait se conserver en se mo- 
difiant. Dans une colonnette d'un hypogée de Zaouïet- 
el-Maïétin (XVIII* dynastie), par exemple', le fût a 
perdu ses cannelures, mais le chapiteau est toujours 
composé d'un bouton — plus petit, il est vrai — et 
d'une fleur plus ouverte de lotus. Une autre colon- 
nette du temple de Seraneh, reconstruit par Thout- 
mès III, nous montre encore la même fleur de lotus, 
mais plus ornée, sinon mieux comprise^. De plus la 

1. Prisse d'Avennes, Histoire de l'art égyptien, texte jjar 
Marchandon et la Faye, p. 153. 

2. Histoire de fart égyptien, texte, p. 462, atlas, t. I, 
pi. 17, 1. 

3. Prisse d'Avennes, op. laud., texte, p. 362 ; atlas, t. I, 
pi. 17, 2. 

4. Prisse d'Avennes, op. laud., atlas, t. I, pl. 17, 3. 



220 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

base du fût est encadrée de feuilles qui rappellent 
celles qui entourent la tige du papyrus. Ce dernier 
motif de décoration a été par la suite employé dans la 
plupart des fûts de colonnes. Quant aux lotus qui pa- 
rent le haut de la colonne, on les retrouve aussi, mais 
modifiés dans leur disposition, comme s'ils étaient in- 
dépendants de la colonne et n'étaient qu'un ornement 
d'emprunt, ils sont représentés attachés par des liens 
au sommet du fût, que leurs tiges accompagnent sur 
une partie plus ou moins considérable de sa longueur. 
Le bouquet formé d'un lotus et de deux boutons ne 
fut plus à lui seul, dans la suite, jugé suffisant pour 
embellir le sommet de la colonnette, on y ajouta d'au- 
tres ornements. Ainsi dans les colonnettes de Tell-el- 
Aniarna\ le chapiteau, formé d'un bouquet de trois 
fleurs de lotus, est garni d'un double collier, au-des- 
sous duquel pend un groupe d'oies. En outre le fût est 
orné d'une triple rangée ou guirlande de feuilles ou de 
pétales renversés. Les colonnettes de l'hypogée du 
scribe Horemheb, contemporain de Thoutmès IV", ont 
un triple chapiteau, composé d'abord d'un bouquet 
formé de deux boutons et d'une fleur à moitié épa- 
nouie de lotus, du milieu de laquelle sort un lotus hé- 
raldique, accompagné de deux boutons de forme con- 
ventionnelle; au-dessus enfin s'élève une large fleur 
de papyrus, flanquée de deux petites fleurs de lotus, 
munies de leur pédoncule. Dans une colonnette du naos 
de Ramsès IX ^ on retrouve le lotus du chapiteau, 
mais sans boutons, le lotus en fer de lance qui le sur- 



1. Prisse d'Avennes, texte, p. 362 ; atlas, t. I, pi. 18, 1. 

2. Prisse d'Avennes, texte, p. 363 ; atlas, t. I, pi. 19, 3. 

3. Prisse d'Avennes, atlas, t. I, pi. 19, 1. 



LES PLANTES IlANS L'ART. '221 

monte est, au contraire, accompagné à sa base de deux 
fleurons, qui reposent sur celui du chapiteau, et au- 
dessus se dresse une fleur de papj-rus flanquée de deux 
uraeus. Dans le chapiteau d'une colonnette provenant 
d'un tombeau de Thèbes (XYIIP dynastie)', on re- 
trouve encore une fleur conventionnelle de lotus, un 
lotus héraldique, et une fleur de papyrus superposées; 
mais au-dessous de la fleur de lotus qu'accompagnent 
deux boutons, s'étale une espèce de collier et le lotus 
héraldique est flanqué de deux têtes d'ibex, tandis que 
la fleur de papyrus est ornée de chaque côté d'une 
marguerite ou d'un fleuron blanc. 

On voit combien a été variée et riche dans le cha- 
piteau de la colonnette en bois l'ornementation em- 
pruntée au monde des fleurs, on ne trouve rien de 
semblable à l'oiigine dans la colonne en pierre ou en 
granit ; mais elle ne tarda pas, en se transformant, à 
se rapprocher de l'élégance de la colonnette en bois, et 
elle en imita les décorations empruntées au règne vé- 
gétal. C'est ainsi que le pilier quadrangulaire primitif 
des antic^ues hypogées perdit d'abord ses quatre 
angles et se transforma en colonne octogonale", dont 
les huit angles abattus donnèrent ensuite naissance au 
pilier élégant à seize pans, qu'on évida encore plus 
tard pour rendre sensible à l'œil cette division deux 
fois octogonale du fût. D'autrefois, au lieu d'être can- 
nelé, celui-ci fut arrondi et prit ainsi la forme d'un 
tronc d'arbre ou d'une tige de roseaux. Pour que le 
soutien monolithe des anciens temples se transformât 

1. Prisse d'Avenues, atlas, t. I, pi. 19, 2. 

2. Pcrrot et Chipiez, Histoire de Vart dans Vantiqnii<-. 
Paris, in-8, t. I. UÈgyptc (1882), p. 5'i9. 



222 Li:S PLANTES CIIRZ LES ÉGYPTIENS. 

en colonne complète, il ne restait qu'à le surmonter 
d'un chapiteau. L'architecture légère en offrait le mo- 
dèle depuis de longs siècles. Ainsi dans un édicule de 
la Y° dynastie, on voit deux colonnettes, dont le fut, 
en se terminant par deux troncs de pyramides réunis 
par leurs bases, simule, dans son ensemble, un bouton 
de lotus tronqué '. Il y avait là un type très simple de 
chapiteau; on l'adopta tout d'abord. On le trouve dans 
les colonnes des ruines de Béni-Hassan, qui remontent 
à la XIF dynastie ^ « De robustes rudentures en dé- 
coupent le fût, quatre minces baguettes occupent dans 
la partie supérieure les angles rentrants, auxquels cet 
arrangement donne naissance. Les mêmes courbes se 
montrent sur le chapiteau, qui déborde sur le fût 
aminci, puis bientôt se contracte et se replie sur soi.^ » 

On retrouve ici, mais en partie dissimulée, l'imi- 
tation d'un bouquet de lotus, que j'ai signalée dans 
les colonnettes en bois; toutefois au lieu des trois 
tiges de lotus que nous avions dans celles-ci, il y en a 
maintenant quatre ; la fleur ouverte a été aussi rem- 
placée par un bouton ; et si les quatre tiges sont tou- 
jours serrées, au-dessous de la naissance des calices, 
par un lien que représente les annelets qui tournent 
autour de la colonne, les quatre boutons ne sont plus 
libres; ils sont soudés entre eux et tronqués, comme 
pour mieux supporter l'abaque. 

Le chapiteau lotiforme ne fut pas le seul que connut 
l'architecture égyptienne; à côté de celui-ci, dérivé 
d'un lotus fermé ou entr'ouvert, entier ou tronqué, il 

1. Perrot et Chipiez, op. laud., t. I, p. 540. 

2. Lepsius, Denkmaler, t. I, pi. 60.— Wilkinson, op. laud., 
t. II, p. 292. 

3. Perrot et Chipiez, op. laud., p. 553. 



LES PILANTES DANS L'ART. 223 

existe, depuis le second empire Ihébain, un autre cha- 
piteau que l'on a appelé campaniforme, mais auquel on 
devrait donner le nom de papyriforme, parce qu'il re- 
présente en réalité une fleur conventionnelle de papy- 
rus*. Cette plante symbolique ne pouvait manquer de 
prendre place dans la décoration égyptienne, et, 
comme le lotus, elle y apparaît d'abord dans son entier. 
L'un des deux piliers que l'on voit dans les « appar- 
tements de granit » de Karnak est décoré sur la face 
intérieure et extérieure de trois tiges de papyrus fai- 
sant saillie et qui diffèrent d'une face à l'autre". 
Accompagnées à leur base de feuilles rudimentaires, 
elles sont terminées par la Heur conventionnelle que 
cette plante affecte sur toutes les peintures pharao- 
niques. Il n'y avait qu'à détacher ces tiges, à les trans- 
former en support isolé, et un nouveau type de colonne 
était créé. 

Nous avons rencontré la fleur conventionnelle du 
papyrus associée au lotus dans les chapiteaux des co- 
lonnettes en bois, nous la trouvons formant à elle 
seule le chapiteau des colonnes en granit de l'époque des 
Ramessides et des Ptolémées. Le papyrus avait déjà 
fourni à l'antique colonne plusieurs des ornements qui 



1. Pour Mois Riegl, Grundlegungen cueiner Geschichte der 
Ornnmenti/;, Berlin. 1893, in-8, p. 56, qui ne fait d'ailleurs 
que suivre ici W. H. Goodyear, l'auteur de The Gramniar of 
the Lotus, p. 68, c'est encore là un chapiteau lotiforme, seu- 
lement d'une espèce particulière. 

2. Prisse d'Avennes, op. laiid., t. I, pi. 14, 2. — Ebers, 
L'Égi/ple, trad. Maspero. Paris, 1881. in-fol., p. 193. — Perrot 
et Chipiez, op. laud.. p. 5'i8. Sur l'autre pilier, se dressent, au 
contraire, trois tiges de lotus à fleurs en forme de fer de 
lance. Inutile de dire que pour Goodyear, ce sont des lotus 
différents de forme seulement qu'on voit sur les deux piliers. 



224 LF.S PLAXTKS CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

la décorent; ce sont ses feuilles radicales et rudimen- 
taires', qui en enveloppent si souvent la base arrondie 
et renflée, comme le collet de ses racines ; ce sont ses 
tiges triquètres qui apparaissent dans les huit canne- 
lures trouvées dans le voisinage du labyrinthe et qui 
remontent à l'époque d'Amenemhat III, « le roi de 
l'inondation" ». Sa fleur maintenant s'étale au sommet 
du fût évasé et en forme le chapiteau. Telles sont les 
colonnes de Médinet-Abou, lourdes, trapues et sans 
autres ornements que les feuilles aiguës de cette cy- 
péracée, transportées de la base du fût au chapiteau 
qu'elles entourent''. Telles encore les colonnes mas- 
sives de la salle hypostyle de Karnak^ au fût recou- 
vert de figures et d'emblèmes, et dont les chapiteaux, 
outre les feuilles qui les encadrent, sont ornés, comme 
pour rappeler leur origine, le premier, de deux rangs 
de tiges inégales de papyrus en fleurs, flanqués, dans 
le rang inférieur, de deux boutons, et, au rang supé- 
rieur, de deux lotus héraldiques \ le second, d'une 
seule rangée de fleurs de papyrus accompagnées de deux 
boutons du milieu desquels s'élance encore un lotus 
héraldique^ Le chapiteau des colonnes de la salle hypo- 
style du Ramesséum est lui aussi orné de feuilles trian- 
gulaires et de deux rangées (J.e papyrus entremêlés de 



1. Goodyear y voit une transformation des sépales de la 
fleur du lotus. 

2. Ebers, L'Éf/yple, p. 185. 

3. Perrot et Chipiez, op. laud., t. I, p. 556. — Description 
de V Egypte, t. H, p. 6. 

4. Perrot et Chipiez, op. laud., t. I, p. 557, fig. 335, d'après 
la Description de V Egypte, t. III, p. 30. — Lepsius, Denkmiiler, 
t. n, p. 77. 

5. Prisse d'Avennes, atlas, t. I, pi. 43. 

6. Lepsius, Denkmaler, t. II, pi. 81 a et h. 



F.ES l'LANTES DANS L'ART. 225 

lotus plus petits en forme de fer de lance \ en même 
temps que la base du fût est encadrée de ces mêmes 
feuilles décoratives. 

11 y avait encore dans la flore indigène de l'Egypte 
un arbre commun et vénéré entre tous, qui ne pouvait 
manquer d'entrer dans l'ornementation architecturale; 
c'est le dattier, dont le tronc élancé avait peut-être, 
avec la tige élégante du papyrus", contribué à donner 
l'idée de la colonne. A l'époque du nouvel empire, il 
prêta au chapiteau, comme le papyrus et le lotus, la 
forme gracieuse de ses feuilles ; on les rencontre déjà 
dans la colonne de Soleb (XVIIP dynastie) "*; disposées 
en bouquet autour d'une corbeille ronde, elles se dres- 
sent au-dessus du filet supérieur du fut, en s'étalant, 
de manière que l'extrémité tronquée de chaque palme 
forme une sorte de lobe. 

Les chapiteaux du temple de Sesebi, hcàti par Seti 1" 
en Nubie, présentent la même disposition''; mais le 
travail est plus fini ; « chaque tige est accusée par une 
saillie plus marquée et chaque palme, à son sommet, 
figure un lobe d'un dessin plijs franc et plus accen- 
tué'' ». Toutefois la forme de ces palmes n'est qu'indi- 
quée par leur contour général ; plus tard on s'attacha à 

1. Prisse d'Avenues, atlas, t. I. pi. 23. Le rang inférieur se 
compose d'un papyrus flanqué de deux lotus héraldiques, le 
rang supérieur d'un lotus héraldique entre deux tiges de 
papyrus. 

2. « Le chapiteau des colonnes a la forme de fleurs, le fût 
la forme de dattiers et de papyrus. » H. Brugsch, Ban und 
Maasse des Tempels von lidfu. (Zeilschrift fiir aeQyplinche 
Sprache, t. I (an. 1871), p. 141.) 

3. Lepsius, DenkmiUer. t. H. pi. 117, col. x. — Prisse d'A- 
vennes, texte, p. 392. 

4. Lepsius, DenkmiUer, t. II, pi. 118 et 119. 

5. Perrot et Chipiez, op. laud., t. I. p. 568. 

l. . 15 



226 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

en reproduire tous les détails. On l'a tenté dans les 
colonnes du palais de Tell-el-Amarna, en imitant les 
feuilles à l'aide d'incrustations coloriées \ A Philae, 
dans le temple de Nectanébo, on a procédé autrement; 
cinq chapiteaux des colonnes du Dromos représentent, 
finement sculptées, les nervures des palmes ^; à la base 
de l'un d'eux on a même figuré des régimes de dattes^; 
sur un autre les palmes sont mêlées à des tiges et k 
des fleurs de papyrus \ On ne s'arrêta pas là : sur un 
chapiteau du temple d'Esneh, monument de l'époque 
romaine, il est vrai, on a sculpté des palmiers en- 
tiers ^ Prisse d'Avennes a même reproduit un chapi- 
teau où des pampres, couverts de raisins, alternent 
avec les palmes*. 

On ne se contenta pas d'embellir ainsi la base et le 
haut des colonnes d'ornements empruntés au monde 
végétal, on en décora également le fût; plusieurs 
colonnes du palais de Tell-el-Amarna" sont, genre d'or- 
nementation unique en Egypte, entourées de tiges 
grimpantes garnies de feuilles triangulaires, qui les 
enveloppent, sans souci de la symétrie et dans une 
confusion qui témoigne de l'indépendance de l'artiste. 

Ce n'est pas à la décoration seule de la colonne 
qu'ont servi les plantes ; on en retrouve l'imitation 
dans les sculptures ou les peintures de presque toutes 

1. W. M. Flinders Pétrie, 7'e//-e/-.4mrt;vm. London, Methuen, 
1894, in-4, p. 10, 1. 

2. Lepsius, Denkmdlei\ t. II, pi. 106 et 107. 

3. Lepsius, Denkmain-, t. II, pi. 168, III. — Prisse d'.\- 
vennes, atlas, t. I, pi. 27. 

4. Lepsius, Denkmdler, t. II, pi. 108, vnr. 
h. Lepsius, Denkmdler, t. II, pi. 98. 

6. Histoire de fart, atlas, t. I, pi. 61. 

7. Flinders Pétrie, Tell-el-Amarna. p. 10, 2, pi. VIII. 



LKS PUNTF.S DANS LART. 227 

les autres parties des édifices, ainsi que dans les diffé- 
rents objets d'art et même souvent dans les ustensiles 
les plus vulgaires en bois ou en métal. 

« Ce qui touchait au sol, dit M. Maspero ', se revêtait de 
végétation... Le pied des murs se garnissait de longues tiges 
de lotus ou de papyrus... Des bouquets de plantes fluviales, 
émergeant de l'eau, égayaient les soubassements de certaines 
chambres. .Ailleurs, c'étaient des fleurs épanouies, entre- 
mêlées de boutons isolés ou reliées par des cordes. » 

Ces ornements étaient parfois sculptés, d'autres fois 
inscrustés dans la pierre, le bois ou le métal, plus sou- 
vent peints, ou à la fois peints et sculptés. Ils variaient 
d'ailleurs suivant le monument ou la partie du monu- 
ment qu'on voulait orner, et ils sont très différents 
suivant les époques auxquelles elles remontent. 

Le premier objet qui s'imposait à la décoration, 
c'étaient les soubassements ; l'ornementation en était 
indiquée par la situation qu'ils occupaient dans le mo- 
nument; on les couvrit, à Karnak et à Dendérah, par 
exemple, de tiges de papyrus lotiformes, dressées en 
rangs serrés, comme dans les marécages des bords du 
NiP, oubien réunies en bouquets, composés soit de fleurs 
idéalisées \ soit de gerbes faites de fleurs et de boutons 
gracieusement étalés \ parfois même, à l'époque pto- 
lémaïque, accompagnés de fleurs en fer de lance ^ ou 
même de fleurons ou de rosettes ^ D'autres fois ce fu- 
rent des rangées alternantes de fleurs ouvertes et de 



1. L'Archéologie égyptienne, p. 89. 

2. Prisse d'Avenues, atlas, t. I, pi. 56, 7 et 57, 4, 5, 6. 

3. Prisse d'Avenues, atlas, t. I. pi. 57, 3. 

4. Prisse d'Avenues, atlas, t. I, pi. 56, 4, 5 et 57, 7. 

5. Prisse d'Avenues, atlas, t. I. pi. 56, 8 et 57, 8. 

6. Prisse d'Avenues, atlas, t. I, pi. 57. 9. 10. 



228 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

boutons de lotus \ ou de lotus épanouis accompagnés 
d'un double pédoncule recourbé et terminé par un bou- 
ton ^ A Karnak la décoration a pris un caractère plus 
grandiose et plus artistique; sur le soubassement du 
temple élevé par Thoutmès III, le statuaire a gravé, 
avec les animaux, les fleurs et les plantes des pays 
subjugués par le pharaon^ . 

Les frises furent, à l'instar des soubassements, or- 
nées de décorations empruntées au règne végétal ; elles 
apparaissent, placées comme appendices des archi- 
traves, au bas desquelles ces ornements pendent sem- 
blables à des guirlandes de fleurs*. Telles on les voit 
sur les parois intérieures du gynécée de Ramsès III. 
Sur l'une de celles-ci des fleurs renversées alternent 
avec des boutons de lotus , sur l'autre avec des fleurs 
de papyrus'. Ces frises fleuronnées sont rares toute- 
fois dans les palais; on les rencontre, au contraire, 
fréquemment dans les hypogées et les naos des dieux 
et des hommes. Là encore elles sont le plus souvent 
ornées de fleurs renversées de lotus, auxquelles sont 
parfois mêlés des fleurons, des grappes de raisin ou 
encore des espèces de boutons ou d'ovaires cordi- 
formes^ que l'artiste a peints soit isolés, soit émer- 
geant des fleurs du lotus ou du papyrus. M. Goodyear, 



1. Prisse d'Âvennes, atlas, t. I, 52, 2. 

2. Prisse d'Avenues, atlas, t. I, pi. 52, 1. 

3. G. Maspero, L'Archéologie égyplienne, p. 90. 

4. Prise d'Avenues, atlas, t. I, pi. 54, texte, p. 385. Il fau- 
drait ajouter : et de fruits, car sur l'une des frises de l'hypogée 
du grand prêtre Aïkhesi (/6îrf.,n° 8), de chaque côté des lotus, 
on voit des grappes de raisin. 

5. Prisse d'yVvennes, atlas, t. 1, pi. 45. 

G. l'risse d'Avenues, atlas, t. I, pi. 54, texte, p. 385. 



LKS PLANTKS DANS L'ART. 229 

dans son parti pris, veut y voir des feuilles transfor- 
mées de lotus*. 

Comme sur les soubassements et les frises, les 
plantes ont pris place dans la décoration des plafonds 
des édifices; mais dans ces derniers, plus que partout 
ailleurs peut-être, les artistes égyptiens ont laissé 
libre cours à leur fantaisie. Les Heurs n'aspirent 
plus ici à une exacte ressemblance; « le motif a été 
suggéré, mais non fourni par la nature », dit avec 
beaucoup de vérité M. Perrot^ « Méandres, dans les- 
quels s'encadrent d'élégantes rosaces ; lignes on- 
doyantes formées par des cordes qui s'enroulent en 
volutes ou se déroulent en spirales ; postes qui se croi- 
sent ou se contrarient et qui renferment dans les es- 
paces qu'elles limitent, ici des lotus, là des rosaces ». 

Ces décorations, qu'on rencontre dès l'époque des 
pyramides, non seulement sur les plafonds, mais sur 
les tentures ou fonds de sparterie, n'étaient d'abord 
que des carrés composés de losanges, des chevrons ou 
sitirales; plus tard apparaissent des volutes et des 
guillochis, qui encadrent des fleurons de diverses cou- 
leurs ; sous la XVIIP dynastie s'y mêlent, dans de 
gracieuses combinaisons, les fleurs de lotus et parfois 
aussi des tiges de papyrus. Nous rencontrons d'abord 
ces fleurs symboliques dans les plafonds de l'hypogée 
du « Père divin Nofirhotpou^ » ; ici le lotus idéalisé 



1. The grammar of the Lolus, p. 50. Ce seraient pkitôt des 
boutons, puisqu'ils sont d'ordinaire entourés de trois sépales 
à leur base. 

2. Ilisloire de Vart. t. I, p. 811. On peut en dire autant des 
fleurs qu'on voit sur les frises. 

3. Prisse d'Avenues, o/). /ai<'/., atlas, t. I, pi. 30, 1 et 2; pi. 33, 
1, texte, p. 367 et 369. 



230 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYI'TIENS. 

s'épanouit dans tous les espaces laissés vides par les 
spirales et par les fleurons, tandis que sur les côtés se 
dressent au-dessus d'un ornement de fantaisie trois 
tiges de papyrus, accompagnées de leurs boutons con- 
ventionnels. Ailleurs des lignes ondoyantes., formées 
par des cordes, s'enroulent en volutes ou se déroulent 
en spirales autour de fleurs ouvertes de lotus', comme 
dans le plafond du bel hypogée d'Aïkhesi, oeuvre d'un 
artisan au goût délicat et original; d'autres fois ces 
fleurs de lotus sont opposées à des anthéraions de con- 
vention'. Sur d'autres plafonds on voit tantôt quatre 
fleurs de lotus s'étaler entre autant de losanges réunis 
à angle droit, ou des grappes de raisin alterner avec 
des corolles à quatre pétales dans les carrés de la voùte^ 
ou bien encore des fleurs de papyrus ou de lotus se 
dresser sur leurs tiges en alternant avec leurs boutons 
idéalisés, ici entre des rangées de fleurons, là dans 
des niches en arcades ^ 

Les plantes entraient aussi dans la décoration des 
briques émaillées et par suite du dallage des édifices. 
On en connaît peu d'exemples, il est vrai, mais quel- 
ques-unes des représentations que nous possédons té- 
moignent d'une imitation attentive et exacte de la na- 
ture végétale bien faite pour étonner. Les murs d'une 
chambre de Saqqarah avaient déjà été recouverts d'une 
parure de faïence, conservée jusqu'au commencement 

1. Prisse d'Avennes, atlas, pL 31, 1, 2, 3, texte, p. 368. 

2. Prisse d'Avennes, atlas, t. I, pi. 31, 8. 

3. Tombe d'Aïkhesi à Thèbes (X.V' dynastie). — Prisse 
d'Avennes, atlas, t. 1, pi. 32, 4 et 5. 

4. Plafonds des fenêtres du gynécée de Ramsès III et com- 
partiment du plafond de la grande salle de Bekensanef à 
Saqqarah. Prisse d'Avennes, atlas, t. I, pi. 32, 7, 9 et pi. 34, 5, 
texte, p. 369 et 370. 



l.KS PLANTES DANS L'ART. 231 

de ce siècle'. Deux mille ans plus tard, à l'imitation 
peut-être de ce qu'on voyait dans les palais de Ninive, 
Ramsès III reprit ce genre d'ornementation et l'appli- 
qua au temple qu'il fit bâtir à Tell-el-Yahoudi près 
Memphis" ; les murs en sont revêtus de briques, la 
plupart ornées d'élégantes rosaces ou de fleurons en- 
cadrés de dessins géométriques. 

On se servit encore de ces carreaux de faïence, les 
récentes trouvailles de M. Flinders Pétrie nous l'ont 
appris, pour orner les planchers. Le savant égjpto- 
logue a découvert à Tell-el-Amarna un dallage en 
partie conservé, qui est orné, non plus de simples mo- 
tifs de décoration empruntés au monde végétal, mais 
d'un paysage entier'. Au centre se trouve un réservoir, 
couvert de lotus, au milieu desquels se jouent des 
poissons ; tout autour l'artiste a représente avec une 
fidélité jusque là inconnue des plantes, parmi lesquelles 
paissent des génisses et des bouvillons, dont l'ap- 
proche fait fuir une bande d'oies domestiques : c'est 
en haut une plante à fleurs rouges dont les feuilles 
ressemblent à celles du coquelicot, puis une touff"e de 
papyrus sous sa forme schématique traditionnelle, un 
souchet — peut-être le Cyperus alopecuroïdes Rottb. 
— un coquelicot, une composée à fleurs bleues, pro- 
bablement la centaurée déprimée^, un papyrus, une 
touffe de roseaux — V Arundo isiaca Del., à ce qu'il 
semble —, un souchet encore et une touff'e de papy- 
rus. Ces mêmes plantes se retrouvent au-dessous du 



1. G. Mas\)ero, L'Archéologie égyptienne, p. 257. 

2. Perrot et Chipiez, op. laud., t. I, p. 824.' 

3. Tell el-Aniarna, p. 13, pi. II. 

4. C'est aussi Topinioii du docteur Bonnet, à qui j'ai montré 
cette peinture. 



232 LES PLANTES CIIKZ LES EGYPTIENS. 

bassin, ainsi qu'à droite et à gauche ; mais on en voit 
de plus une petite à fleurs obovales, opposées et inflé- 
chies, avec une fleur à calice bleu et à style peint en 
rouge; je n'ai pu l'identifier. 

La décoration primitive s'était alors, on le voit, 
singulièrement élargie et transformée, ce ne sont plus 
les simples ornements des anciens plafonds, mais un* 
vrai paysage que nous avons ici. C'étaient aussi le plus 
souvent de véritables tableaux que l'on voyait sur les 
murs des édifices : palais, temples ou hypogées. Les 
scènes qu'on y trouvait représentées étaient le plus 
souvent destinées à rappeler les événements de la vie 
publique ou privée des personnages qui les avaient 
fait peindre ou sculpter. Ici, par exemple, est repré- 
sentée une chasse à l'hippopotame ' ; là, nous voyons 
un contemporain de la XIP dynastie se livrer dans les 
marais au plaisir de la chasse aux oiseaux ' ou de la 
pèche^ ; ailleurs nous assistons à une lutte de mari- 
niers sur reau\ Dans ces peintures, on le comprend, 
les artistes se sont surtout préoccupés de la représen- 
tation des personnages qu'ils mettent sous nos yeux ; 
toutefois l'amour de la couleur locale les a portés aussi 
à dessiner les plantes qui croissaient dans les lieux où 
se passent les scènes représentées ; s'ils l'ont fait sou- 

1. Tombeau de Ti. Musée Guimet, tableau 4. — Memphis, VI'' 
dynastie et XVII'= dynastie. Prisse d'Avennes, atlas, t. Il, 
pi. 10 et 61. 

2. Gizeh, IVe dynastie et Béni-Hassan, XII« dynastie. Lep- 
sius, op. land., t. IV, pi. 60 et 130. — XyiII"^ dynastie. Prisse 
d'Avennes, atlas, t. II, pi. 6, 2. 

3. Lepsius, op. laud., t. IV, pi. 130. 

4. Musée Guimet, tableau 2. — Kom-el-Amarna. Prisse 
d'Avennes, Monument.^ ('gi/ptiens, bas-reliefs, peintures, Paris, 
1847, in-fol., pi. XXXVIÎ.' 



1J':S l'I.ANTKS DANS LAl'.T. 233 

vent d'une manière conTentionneUe, comme dans le 
tableau de la joute des mariniers, où « les lotus qui 
parsèment l'eau semblent des fleurs et des feuilles dé- 
tachées de leurs tiges' », ils ne les ont pas moins figu- 
rées avec une grande vérité relative ; ainsi à leurs 
corolles blanches légèrement bordées de rose, surtout 
à la forme échancrée de leurs feuilles, il est impos- 
sicle de ne pas reconnaître dans les nymphéas, le 
lotus blanc, indigène en Egypte. 

Dans les divers tableaux de chasse aux oiseaux, la 
scène se passe au milieu des fourrés de papyrus ; la 
représentation de cette cypéracée à l'ombelle étalée et 
divergente présentait des difficultés particulières; l'ar- 
tiste de la IV^ dynastie, pour y échapper, a peint le 
papyrus avant son complet développement, au moment 
où les fleurons, renfermés dans les stipules, forment 
une espèce de fleur évasée et le type qu'il a adopté a 
été depuis fidèlement conservé"; parfois seulement, 
comme dans là peinture de la chasse aux oiseaux, les 
tiges ont été gracieusement courbées, les boutons 
ovoïdes habilement mêlés aux ombelles des fleurs, de 
manière à en former un ensemble harmonieux. 

A coté de ces scènes privées ou domestiques les 
artistes du nouvel empire en ont peint d'autres d'un 
caractère historique et général : vastes tableaux de ba- 
tailles et de guerres, où les plantes n'avaient point à 
figurer. Il est toutefois une de ces peintures où elles 
ont pris place : c'est celle du temple de Deir-el-Bahari, 
où la reine Hatshosipou a fait représenter l'expédition 



1. Prisse d'Avenues, op. loitd., texte, p. 399. 

2. Charles Joret, De la représentaiion du papyrits sur les 
monuments cgijpliens. (Mélanges Wahlund, 1895, in- 8.) 



23i LKS PLANTES CHEZ LES EGVI'TIENS. 

qu'elle envoya au pays de Pount chercher des « sy- 
comores à encens ». Ici les plantes avaient leur place 
marquée, car il importait de mettre sous les yeux du 
spectateur quelques-uns des produits de cette « terre 
divine » ; l'artiste contemporain n'y a pas manqué. 

Les représentations semi-conventionnelles, mais fa- 
cilement reconnaissables du lotus et du papyrus se 
retrouvent dans les peintures des nombreuses tables 
d'offrandes, qu'on voit sur les murs des hypogées ou 
des temples; on y rencontre aussi d'autres végétaux, 
tleurs, légumes, fruits, offerts aux dieux ou aux morts; 
mais, j'ai eu plus d'une occasion de le remarquer, il n'est 
pas toujours possible de reconnaître ces derniers, du 
moins pour nous autres modernes. Il n'est guère plus 
aisé souvent d'identifler les arbres et les plantes des 
jardins peints sur les hypogées'. Il est vrai que l'ar- 
tiste pharaonique tenait moins à les faire reconnaître 
qu'à nous donner une vue d'ensemble du parc ou du 
jardin dans lequel leur ombre et leurs fruits servaient 
à l'agrément du maître. Il faut toujours faire excep- 
tion pour les papyrus, qu'on reconnaît à première vue 
sous leur forme schématique, et pour les lotus, dont 
l'artiste a toujours fidèlement respecté le caractère dis- 
tinctif: les feuilles échancrées", les sépales verdàtres 
et les pétales étalés, blancs et bordés de rose. 

Il n'en était plus ainsi, lorsque ces fleurs, et à plus 
forte raison les autres plantes, au lieu de figurer dans 
une espèce de tableau, servaient de motifs de décora- 
tion; leurs formes se modifiaient alors selon le caprice 



1. Voir à cet égard le paragraphe 2 du chapitre ni. 

2. C'est ainsi qu'il apparaît sur tous les bassins ou réservoirs 
et les canaux. 



LLS I'I.ANTi:S DANS L'AIM". 235 

de l'artiste. Les papyrus prennent les couleurs les plus 
diverses, leur ombelle s'étale ou se rétrécit à volonté. 
Il en est de même des lotus; leurs fleurs se trans- 
forment au point de se confondre parfois avec les om- 
belles conventionnelles du papyrus'; le nombre de 
leurs pétales varie; ils sont colorés indifféremment ou 
même à la fois en blanc, en bleu et en rose^ On traita 
avec la même liberté les autres fleurs qui, à partir de la 
XX* dynastie, prirent à côté des lotus et des papyrus 
une place de plus en plus grande dans l'ornementation \ 
Mais les transformations du lotus ne se bornèrent, 
pas à quelques modifications de la fleur; de bonne 
heure leur pédoncule assez court fut allongé, et on le 
couvrit tantôt de feuilles triangulaires, analogues dès 
lors à celles qui partent du collet (Je la racine, tantôt 
ovales, rappelant ainsi la forme embryonnaire des 
boutons'. Ce ne fut pas tout; au lieu de représenter 
la fleur de côté, on s'efforça de la reproduire de haut 
en bas, et elle apparaît alors à l'artiste sous l'aspect 
d'une marguerite à nombre de fleurons variable; telle 
serait d'après Goodyear' l'origine de la rosette. 



1. C'est le cas pour des bouquets qu'on voit dans Prisse 
d'Avenues, atlas, t. II, pi. 62, i et 5. 

2. Par exemple dans un hypogée de la nécropole de Thèbes 
(WX" dynastie) ou dans les bouquets des hypogées de la XIX"' 
et de la XX'' dynasties, reproduits par Prisse d'Avenues. 
Atlas, t. II, pi. 67'et 68. 

3. W. M. Flinders Pétrie, The avis of ancient Egypl. 
London, 1884, in-8, p. 23. 

4. Goodyear, The grammar of Ihe lotus, p. 56 et 57. 

5. The fp-ammar of the lolns, p. 99-105. Cf. Alois RiegI, 
Stilfragen, p. 52. Goodyear admet aussi pour la rosette deux 
autres origines ; elle serait la représentation de l'ovaire du 
lotus vu d'en haut ou de la réunion de boutons assemblés par 
la base. 



236 LKS l'I.ANTKS CIIKZ I.KS KGYPTIKNS. 

D'autrefois ce furent les sépales qu'on s'attacha à 
reproduire do préférence, en en exagérant les dimen- 
sions; on alla môme jusqu'à recourber en volute les 
deux latéraux qui, avec le médial plus ou moins ar- 
rondi, donnèrent naissance au lotus en forme de fer 
de lance ou lotus héraldique. Les artistes du nouvel 
empire ne s'en tinrent pas là; ils entourèrent de 
feuilles triangulaires la base des sépales et divisèrent 
en segments arrondis celui du milieu; la fleur primi- 
tive se trouva ainsi transformée en palmette\ Tels 
sont les ornements variés à l'inflni que mit en œuvre 
l'art égyptien dans ses diverses applications. 

Le monde végétal n'entrait pas seulement dans la 
décoration sculpturale ou pittoresque des édifices, les 
arts industriels: ébénisterie, verrerie, poterie, joail- 
lerie, etc., lui avaient aussi emprunté de nombreuses 
formes ornementales. Si les meubles n'étaient pas 
nombreux dans l'ancienne Egypte, l'art du menuisier 
n'y avait pas moins, dès les temps les plus reculés, 
été porté à un haut degré de perfection^ Les coffrets 
étaient souvent revêtus de peintures, où des plantes, 
lotus et papyrus en particulier, étaient représentées. 
On en dessinait aussi sur les lits, les fauteuils et 
même, à l'époque gréco-romaine, sur les cercueils des 
momies. Sur les côtés d'un fauteuil trouvé dans la 
tombe de Khamhati, intendant d'Amenhotpou, sont 
peintes, avec un épervier et un sphinx, des fleurs de 
lotus^ Le trône, trouvé dans la tombe de Ram'sès III, 



1. Goodyear, op. laud., p. 109. — Alois Riegl, Slilfragen, 
p. f34-66. 

2. G. Maspero, L'Archéologie égyptienne, p. 268. 

3. Descriplion de rÉgyple, t. II, pi. 89. — Perrot et Chipiez, 
op. laud., t. I, p. 843. 



LES rM-A.NTi:S ItA.N'S LAUT. 237 

est orné sur ses deux côtés de rosaces et de tiges 
fleuronnées'. Des tiges de papyrus décorent aussi, de 
leurs fleurs conventionnelles et de leurs boutons, deux 
fauteuils de la même époque reproduits par Prisse 
d'Avennes'. 

Mais ce sont surtout les objets de bimbeloterie ou 
de toilette : boites, cuillers à parfums, qui sont riches 
en décorations végétales variées et gracieuses. Ici c'est 
un bouquet formé de trois tiges de lotus, nouées en- 
semble, avec deux boutons et une fleur, dont l'ovaire 
saillant forme la boite ou la cuiller'. Là un triple 
bouquet s'étage le long du manche et se termine par 
une boîte ornée d'un lotus". Ailleurs le fond d'une 
cuiller, dont le manche est formé par un élégant bou- 
quet de lotus, est orné de deux poissons, qui cherchent 
à saisir cette plante sacrée ^ Ou bien c'est une joueuse 
de guitare, debout entre deux tiges de lotus ou de pa- 
P3rus, qui supportent une boîte ovoïde ou quadrangu- 
laire''. Le manche d'une autre boite est formé par 
une porteuse d'offrandes, tenant dans ses mains des 
bouquets de lotus, tandis qu'un double faisceau de ces 
mêmes plantes, posé sur sa tête, sert de support à la 
cuiller'. Dans une boite souvent reproduite, on re- 

1. Prisse d'Avennes, atlas, t. II. pi. 89, 1. 

2. Atlas, t. II, pi. 89, 2, :j et 4. 

3. Prisse d'Avennes, atlas, t. II, pi. 93. — Perrot et Chipiez, 
op. laud., p. 844. 

4. Musée britannique. Wilkinson, op. laud., t. Il, p. 16. 

5. Prisse d'Avennes, atlas, t. II, pi. 95. 

6. Prisse d'Avennes, atlas, t. II, pi. 92, 6. — Perrot et 
Chipiez, op. laud., p. 845. Dans le fond d'une de ces boîtes, 
aujourd'hui au musée de Lej'de, on voit un poisson qui cherche 
à saisir une fleur de lotus. C. Leemans, op. laud.. p\. LXXIX,387. 

7. Prisse d'Avennes, atlas, pi. 92, 3. — Maspero, L'Archéo- 
logie éf/i/plicnitc. j). 267. 



23S LES PLANTES CHEZ LES Éf.YI'TIENS. 

trouve encore le double faisceau de lotus ; mais cette 
fois il repose sur la tète d'une jeune fille comme per- 
due au milieu d'un fourré de ces nymphéacées, dont 
elle cherche, gracieusement inclinée, à arracher la 
tige de l'une d'elles avec effort'. 

Les plantes n'ont pas fourni moins de motifs de dé- 
coration à Fart du verrier ou du potier en Egypte, 
qu'à celui du menuisier ou de l'ébéniste. Le verre a été 
connu dans la vallée du Nil dès la plus haute anti- 
quité ; la fabrication en est déjà représentée sur une 
peinture tombale de Béni-Hassan ^ Les artisans pha- 
raoniques préféraient les verres de couleur aux verres 
blancs ; la variété de nuances qu'ils leur donnaient 
devait les inviter à les orner de figures géométriques 
ou de dessins empruntés le plus souvent au monde 
végétal. C'est ainsi que deux coupes en verre opaque, 
l'une provenant de la tombe du père nourricier d'Amen- 
hotpou II, l'autre d'un hypogée du voisinage, ont la 
surface extérieure enveloppée d'une fleur de lotus ^ 
Une petite œnochoé en verre bleu clair, qui porte 
l'inscription de Thoutmès III, présente sur ses flancs, 
tracée en jaune, une décoration végétale, qui rappelle 
l'arbre sacré des Assyriens, tandis qu'une ampoule 
lenticulaire de la même époque nous offre des entre- 
lacs de palmes ou de feuillages qui s'enlèvent en 
jaune sur un fond bleu marin*. 

Les Égyptiens aimaient à émailler les faïences, les 
poteries et, nous l'avons vu, les briques mêmes, ainsi 

1. Prisse d'Avennes, atlas, t. II, pi. 92, 4. — Perrot et 
Cliipiez, op. laud., p. 844. 

2. Wilkinson, op. laud., t. II, p. 140. 

3. Prisse d'Avennes, atlas, t. II, pi. 78. 2 et 3'. 

4. G. Maspero, L'Archéologie l'gyptienne. p. 251. 



LES PLANÏr.S DANS I/AIIT. '230 

qu'à les orner de motifs empruntés à la faune et à la 
flore de leur pays. Les flancs d'une œnochoé en 
« faïence égyptienne, » par exemple, reproduite par 
Wilkinson*, sont ornés dans toute leur partie infé- 
rieure de feuillages palmiformes. Des amphores, pro- 
venant de la nécropole de Thèbes (XVIIP djaiastie)", 
sont, elles aussi, ornées à leur partie supérieure ou sur 
le goulot de pétales renversés de lotus ; la panse de la 
seconde est en même temps ornée de branches fleuries 
renversées d'une plante conventionnelle ; on retrouve 
des fleurs de cette même plante au-dessous du goulot 
de la première, contemporaine de Thoutmès III, tan- 
dis que la panse en est décorée par des bovillons, qui 
gambadent au milieu des fleurs. Sur des jarres delà 
même époque", on voit ici des pampres couverts de 
raisins, là des fleurs ou des boutons de lotus mêlés de 
grappes de raisin. On retrouve une décoration ana- 
logue sur une lampe en terre cuite du Musée de 
Lejde, qui est ornée de quatre feuilles et de quatre 
grappes de raisin*. On voit également des palmes 
multicolores se dresser sur tout le pourtour d'un go- 
belet trouvé à Deir-el-Bahari, dans la tombe de la 
princesse Xesi-Khonsou '. Parfois aussi les artistes 
pharaoniques appliquaient sur les vases des fleurs ou 
des boutons de lotus, dont les pédoncules les entou- 
raient gracieusement ^ 

Deux tasses à pied d'une nécropole de Thèbes sont 



1. The manners and custom.'i, t. II. p. 12, n" 280, 2. 

2. Prisse d'Avennes, atlas, t. II, pi. 81, 1 et 2. 

:i. Prisse d'Avenues, atlas, t. II, pi. 82, n°^ 5 et 8, 6 et 7. 

4. C. Leemans, op. laud., pi. LXVII, n" 4il. 

5. .Maspero, L'Archéologie eyi/plienne, p. 252. 

6. Prisse d'Avonnes. atlas, t. II, p. 81, n"* i et 7. 



2i0 LES PLAMKS CHEZ LES EGYPTIENS. 

entourées à leur base de pétales de lotus, en même 
temps qu'une fleur renversée de cette plante sacrée en 
forme de couvercle'. Sur le fond d'une patère on voit 
trois poissons affrontés, entre lesquels s'étalent trois 
fleurs de lotus". Ailleurs des lotus accompagnés de 
l'œil mystique se dressent sur les parois intérieures 
d'un verre de forme analogue, conservé au Musée bri- 
tannique. Dans le creux d'une espèce de patère du 
môme musée on voit, disposés aux quatre angles d'un 
rectangle ornemental, qui en occupe le centre, des 
bouquets de papyrus aux tiges gracieusement inflé- 
chies ^ Un vase à parfums en terre émaillée, du Musée 
de Leyde, dont le fond est orné de pétales de lotus, 
offre sur son pourtour deux bandes décoratives dont 
la seconde nous montre quatre léopards courant dans 
un bois de palmiers*. Sur un hippopotame du Musée 
de Boulaq, le potier, qui l'a représenté debout, a des- 
siné sur son corps à l'encre noire des pousses de ro- 
seaux et de lotus, « manière naïve de représenter la 
bête dans son milieu naturel^ ». 

Les ornements empruntés à la nature végétale se 
retrouvent aussi sur les étoffes, les objets en cuir, ainsi 
que sur les meubles ou vases et les bijoux en métal. 
Ce sont surtout des feuilles et des tiges rampantes, 
mais souvent aussi des arbustes, que l'on voit sur les 
étoffes, sans qu'on puisse, il est vrai, dire à quelles 
espèces végétales se rapportent au juste ces motifs de 



1. Prisse d'Avenues, op. laud., t. II, pi. 78, 4 et 5. 

2. S. Birch, Ilistory of ancienl polerij. London, 1873, in-8, 
p. 55. 

3. Perrot et Chipiez, op. laud., p. 822, n° 531 et 532. 

4. C. Leemans, op. laud.. pi. LIX, 265. 

5. G. Maspero, LWrchcologie êijj/plientw, p. 253, fig. 224. 



LES PLANTES DANS L'ART. 241 

décoration; on ne peut guère douter toutefois que la 
feuille de lotus n'ait servi de modèle aux formes va- 
riées qu'ont fini par adopter les artistes pharaoniques, 
mais ils ne se sont astreints à reproduire aucune es- 
pèce particulière; sur des étoffes de Saqqarah on 
rencontre déjà des feuilles de vigne stylisées; on les 
trouve sous leur forme naturelle à Akhmîm'. Parmi 
les nombreux restes de tissus du musée égyptien de 
Vienne, étudiées par M. Alois Riegl, beaucoup sont 
remarquables à cause de leur décoration empruntée au 
règne végétal; tel est un fragment d'étoffe jaune en laine 
avec une garniture, dit l'auteur'", en forme de feuille, 
— on pourrait presque dire aussi en forme de syco- 
more — , brodée en pourpre sur fond blanc, et cou- 
verte de dessins en spirales de nature plus ou moins 
végétale. Tel encore plus le gatlon d'une manche en 
toile'^ semé de feuilles arboriformes de grandeur 
diverse, couvertes elles-mêmes d'ornements végétaux. 
Mais les plus beaux modèles d'ornementation végétale 
sur des tissus égyptiens me paraissent offerts par deux 
morceaux d'étoffe rouge en laine ; sur la bande de l'un 
on voit, brodé en bleu sur fond blanc, un enfant ailé, 
qui tient un canard, planant entre deux larges feuilles 
arboriformes à nervures fortement marquées, au delà 
desquelles s'étale une espèce d'arbuste à trois branches 
terminées par un bouquet de feuilles ou de fleurs'. Au 
centre de l'autre morceau se trouve un carré, dans le- 
quel on voit un génie agenouillé, tout autour sont des 
formes végétales, analogues à celles du premier, et 

1. Mois Riegl, Die agijptischen Texlilfunde, p. xxi. 

2. Page I. coL 2, pL l", n" 202. 

3. PI. II. n» 210. p. 23, 2. 

4. PI. IV, n° 371, p. 37, 2. Cet arbuste ressemble à un doum. 

l. 16 



242 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

placées le long des bords d'un carré concentrique avec 
celui qui encadre le génie ailé; aux quatre angles, un 
arbuste à quatre branches recourbées, puis au milieu 
des quatre côtés une prétendue feuille, ou plutôt un 
sycomore couvert de son feuillage*. Le bord de ce 
carré est orné d'espèces de croix qui pourraient bien 
avoir, dans la pensée de l'artiste, représenté une 
bordure d'arbres. 

Cette ornementation végétale n'a pas été employée 
seulement sur les étoffes, on s'en est servi également 
ainsi que de dessins géométriques sur les objets en 
cuir souple dont l'industrie devint florissante depuis 
l'époque des Ahmessides. Le dais de Deir-el-Bahari, 
conservé au Musée de Boulaq, en offre le modèle. le 
plus parfait. A gauche, une touffe de lotus, flanquée 
des cartouches royaux, occupe le centre ; viennent en- 
suite deux antilopes agenouillées, avec une fleur de 
lotus au cou, puis deux bouquets de papyrus", enfin 
deux scarabées. 

Le travail des métaux, par sa diversité, rendait la 
décoration plus variée et plus facile ; elle n'a pas tou- 
jours, il s'en faut, été empruntée au monde végétal, 
mais il lui a fourni de nombreux motifs. Le Musée du 
Louvre possède une coupe d'or, présent de Thou- 
tmès 111 à l'un de ses généraux Thoutii, dont le fond 
plat est orné, au centre, d'une large rosace, autour de 
laquelle nagent en cercle six poissons, entourés eux- 



1. PL IV, n" 372, p. 38, 1. Le tout simule un jardin analogue 
à celui qu'on voit sur la peinture 177 de La galerie égyptienne 
du Musée britannique ; la bordure, garnie de croix arbori- 
formes, achève la ressemblance. 

2. G. Maspero, L Archéologie égyptienne, p. 283, fig. 264. 
Il m'a été impossible de reconnaître la nature de ces bouquets. 



LES PLANTES DANS L'ART. 243 

mêmes d'une ceinture de lieurs de papyrus, reliées 
par une ligne sinueuse. Les vases de Tlimouïs, con- 
servés à Boulaq, sont aussi décorés au repoussé de 
boutons et de fleurs épanouies de lotus \ 

Les grands d'Egypte, au temps des Ahmessides et 
des Ramessides, possédaient, pour le service de leur 
table, une riche argenterie : plats, aiguières à pied, 
coupes, gobelets, corbeilles, ainsi que de grands vases 
décoratifs, qu'on remplissait de fleurs aux jours de 
fête. Quelques-uns étaient d'une richesse extraordi- 
naire. Telle une coupe, dont le fond est orné et le 
pied formé par une fleur épanouie de lotus; deux bou- 
tons de cette plante forment avec leurs tiges les anses, 
que supportent deux esclaves asiatiques somptueuse- 
ment vêtus". Telle encore une espèce d'hydre aux anses 
formées par deux tiges de papyrus et qui a pour cou- 
vercle une fleur de lotus renversée, accompagnée de 
deux tètes de gazelles. La panse, divisée en zones ho- 
rizontales, figure, dans celle du milieu, un fourré de 
papyrus que traverse en courant un antilope". Deux 
burettes ont aussi pour anse des tiges recourbées de 
lotus en fleurs, dont la courbure est occupée par une 
élégante rosace \ Enfin sur un étendard en bronze de 
Mouth ou de Neith on voit, au-dessous de l'image de 
la déesse, des fleurs et des boutons de lotus". 

Les ornements tirés de la nature végétale occupent 

1. G. Maspero, UArchèolofjie éqiiptieniie. p. 300. fig. 275 
et 276. 

2. Prisse d'Avenues, op. laud., t. II, pi. 95. — G. Maspero, 
op. laud.. p. 302, fig. 279. 

3. l*risse d'Avennes, op. laud., t. II, pi. 93, 5. — G. Mas- 
pero, op. laud.. p. 302, fig. 280. 

4. G. Maspero, op. laud., p. 303, fig. 281 et 282. 

5. C. Leemans, op. laud., pi. LXXXIII, 71 c. 



244 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

encore une place plus grande dans divers surtouts en 
or; l'un, offert à Amenhotpou III par un vice-roi 
d'Ethiopie, se compose de deux coupes à pied bas, 
surmontées, la première d'une pyramide, la seconde 
d'une espèce de mastaba, et entourées l'une et l'autre 
par des palmiers doums*; un autre, de môme date et 
de même provenance, représente la cueillette des fruits 
dans un bois de palmiers doums ; on voit des singes et 
des hommes grimpés sur les arbres, au pied desquels 
deux indigènes tiennent en laisse des girafes appri- 
voisées, tandis que d'autres habitants agenouillés à la 
lisière du bois lèvent les mains, comme s'ils implo- 
raient la pitié des troupes égyptiennes". Sur d'autres 
surtouts présentés à Ramsès II, dans le temple d'Ib- 
samboul, les girafes ont fait place à des buffles courant 
à travers les palmiers ^ 

Les Orientaux sont grands amateurs de bijoux, les 
Egyptiens ne faisaient pas exception à cette règle; l'on 
a trouvé d'énormes quantités de joyaux dans les 
tombes pharaoniques ; mais les ornements qui les em- 
bellissent ne sont qu'exceptionnellement empruntés 
au monde des plantes; il n'y a que plus d'intérêt à 
signaler ceux qui en sont tirés. Le Musée de Leyde 
possède un diadème en argent doré, trouvé dans la 
tombe du pharaon Entouf IV, dont l'agrafe est ornée de 
deux fleurs de lotus émaillées\ On y voit aussi un col- 
lier formé de corolles de lotus en émail et de grains 



1. Gournet-Mourrai. Lepsius, Denbndlor, t. VI, pL 118. 

2. Lepsius, 0/). laud., t. Yl, pL H8. — G. Maspcro, UAr- 
chéologie éffi/plienne, p. ;^03, fig. 283. 

3. G. Maspero, op. laud., p. 303. 

4. C. Leemans, op. laud., pi. XXXIV. 



LES PLANTES DANS LA POESIE. 245 

de corail'. Une égide contemporaine de la XXIP dy- 
nastie et maintenant au Louvre offre, autour d'une 
figure assise et ailée, des bandes concentriques rem- 
plies d'une riche ornementation^; les deux extérieures 
sont formées par des fleurs épanouies de lotus, séparées 
dans l'une, par de petits cercles, dans l'autre, par des 
cercles et des boutons. 



II. 



Le monde des plantes n'occupait guère moins de 
place dans la poésie que dans l'art pharaonique. Il 
n'en pouvait pas être autrement; le règne végétal était 
trop intimement mêlé à la vie des habitants de la vallée 
du Nil, pour qu'il ne fût pas associé à toutes les ma- 
nifestations de leur pensée. Il faut voir avec quel 
amour Penbisit, scribe de Ramsès 11, décrit les richesses 
végétales d'Aanakhtou, « la ville de Ramsès o, fondée 
par le pharaon ' : 

« Ses campagnes, s'écrie-t-il, sont pleines de toutes les 
clioses délicieuses... ses prés foisonnent d'herbages ; la plante 
ades en toulïes, la plante aden-roga, aussi douce que le miel 
(croît) dans ses champs bien arrosés. Ses greniers sont pleins 
de blé et d'orge... Les joncs et les plantes aàqer de l'enclos, 
les fleurs àbû du jardin fruitier... les grenades, les fruits tephou 
et leb^ de la pépinière, les vins doux de Kakémè (y abondent). » 

Il était inévitable que les poètes d'un peuple qui ai- 

1. C. Leemans, op. laiid., pi. XXXVII, 112. 

2. Perrot et Chipiez, op. laiid.. p. 834. 

3. G. Maspero, Du f/enre épislolaire chez les anciens Égyp- 
tiens. Paris, 1872, in-8, p. 103. Cf. Letter of Panbesa. transi, 
by. C. \N'. Goodwin.( /?(?co/-</s of the past, t. VI, p. 13.) 



2i6 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

mait avec une telle passion les choses de la nature 
végétale, ne s'en inspirassent pas dans leurs fictions 
et ne lui empruntassent pas quelques-unes de leurs 
images et de leurs comparaisons les plus habituelles. 
L'un d'eux, on le comprend, place au milieu d'un 
jardin fleuri le récit de ses aventures et de son rendez- 
vous avec son amie' : 

« Elle me prit par la main et nous entrâmes dans son 
jardin... Les buissons (en) étaient verdoyants et tous étaient 
en fleurs. Il y avait des fruits kaiou et tipau^ plus rouges que 
le rubis, ceux du perséa y ressemblaient au bronze et les 
bosquets avaient le lustre de la pierre 7iasheni'\ les menni^ 
entrouverts nous livraient leurs amandes ; leur ombre, fraîche 
et bien aérée, était douce pour le repos de Tamour. » 

Dans un conte célèbre, celui des deux Frères, Bitiou, 
après avoir révélé à Anoupou la perfidie de sa femme, 
refuse de revenir au domicile commun et se retire au 
Val de ^Acacia^ Là, il se construit une maison, dépose 
son cœur sur le sommet de la fleur de l'arbre et passe 
désormais ses jours dans la solitude. Mais les Dieux, 
« descendus en visite sur la terre, » ont pitié de son 
isolement, et Khnoum lui fabrique une belle femme. 
Bitiou en devient amoureux fou. Un jour cependant il 
la quitte pour aller à la chasse, non sans lui avoir au- 
paravant confié le secret de sa vie et recommandé de 



1. The taie ofthe garden of flowers, transi, by Fr. Chabas. 
(Records of the Past, t. VI, p. 153.) 

2. Chabas traduit par groseillier et cerises tout en avouant 
que ces fruits n'avaient probablement rien de commun que 
la couleur avec les kaiou et tipau. 

3. Feldspath de couleur verte. 

4. Fruit d'espèce inconnue. 

5. G. iMaspero, Les contes populaires de rÉt/i/ple ancienne. 
Paris, 1882, in- 12, p. l'i. 



LES PLANTES DANS LA POÉSIE. 247 

ne pas quitter la maison, car le fleuve, qui traverse la 
vallée, pourrait l'enlever. Bitiou parti, la jeune 
femme va se promener sous l'Acacia, qui était près de 
leur demeure ; bientôt elle aperçoit le fleuve qui venait 
à elle, elle s'enfuit et rentre dans la maison. Pour la 
sauver, l'Acacia livre une boucle de ses cbeveux. La 
boucle, portée en Egypte, est remise à Pharaon ; sur 
le conseil de ses scribes, celui-ci envoie des messagers 
à la recherche de celle à qui elle avait appartenu ; il 
se trouve qu'elle est la fille de Phrâ-Harmakhouti, et 
qu'elle « a en elle l'essence de tous les Dieux. » Bitiou 
tue les messagers, à l'exception d'un seul, lequel 
informe le roi de ce qui était arrivé. Alors le Pharaon 
expédie une véritable armée, et cette fois on ramène la 
fille des Dieux, que Pharaon « salue grande favorite^ ». 
Quand il connut l'histoire de Bitiou, il envoya des 
hommes couper l'acacia. Lorsqu'ils eurent tranché la 
fleur sur laquelle était le cœur de Bitiou, celui-ci 
tomba mort sur l'heure. 

Averti par un présage, Anoupou se rend au Val de 
l'Acacia ; il y trouve son frère étendu sans vie ; mais 
ce ne fut qu'au bout de trois ans qu'il put découvrir 
son cœur. Bitiou ressuscité se change alors en taureau 
et se rend avec son frère à la cour du roi pour repro- 
cher son inconstance à celle qui l'a abandonné. Irritée, 
celle-ci obtient qu'on mette à mort le taureau accusa- 
teur ; mais de son sang naissent deux perséas, qui 
trouvent une voix pour reprocher à l'épouse infidèle 
sa perfidie. Elle obtient qu'on les abatte, qu'on en fa- 
çonne des planches, et pour être certaine de sa ven- 
geance, elle assiste à l'opération; mais un copeau 

1. Le conte des deux frères, p. 20. 



248 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

roulant sous l'herminette des menuisiers lui entre dans 
la bouche'; elle conçoit et met au monde, incarnation 
de Bitiou, un fils, qui devient roi d'Egypte. 

On voit par ce conte à quel point le monde des 
plantes pouvait être mêlé aux conceptions égyptiennes 
de la vie humaine ; pour le conteur pharaonique rien 
de plus naturel que la société entre l'acacia et Bitiou, 
que l'apparition soudaine des perséas sortis de son sang. 
Ceux-ci sans doute ne sont que rincarnation de Bitiou 
et l'on conçoit dès lors qu'ils puissent parler. Dans le 
dialogue suivant ^ ce sont de vrais arbres, qui entrent 
en scène, mais ils n'en sont pas moins capables de sen- 
timent et de raison. Il n'est pas difficile, il est vrai, 
de trouver, cachés derrière eux, le poète et ses amis, 
qui ne semblent avoir pris ce costume d'emprunt que 
pour exprimer avec moins de gêne leurs vrais senti- 
ments. 

a Mes graines sont l'image de ses dents, dit le premier ; 
mon port ressemble à ses deux seins... Tous [les arbres] 
passent, sauf moi, dans le verger... je suis le premier [et 
pourtant] ils ne me considèrent plus que comme étant au 
second rang. S'ils me traitent encore de la sorte, je ne me 
tairai point à leur sujet... et quand on saura le crime, on 
châtiera la bien-aimée, qui ne retrouvera plus de bouquets 
de lotus blanc ' et de boutons [d'offrandes] de lotus bleus et 
de parfums... 

On ne sait quel est l'arbre qui parle ainsi; M. Mas- 
pero suppose que c'était peut-être un vieux sycomore; 

1. G. Maspero, op. laud., p. ix et 26. 

2. G. Maspero, Les chants d'amour du papyrus de Turin el 
du papyrus Ilarris, n" 500. {Etudes cyypliennes. Paris, 1879,. 
in-8, p. 217 et suivantes.) 

3. J'ai substitué au mot « lis » de la traduction de M. Mas- 
pero celui de « lotus blanc. » 



LES PLANTES DANS LA POESIE. 249 

on peut le croire facilement à ses prétentions, aux 
plaintes qu'il fait entendre d'être négligé pour un autre 
et relégué au second rang. Tout autre est le langage 
des deux autres arbres, jeunes et satisfaits, le figuier 
et le petit sycomore; on ne peut nier que pour des 
arbres, ils ne parlent fort bien. 

« Le figuier ouvre sa bouche, et son feuillage vient dire * : 
[Apprends de moi] ce qu'on [me] fait. Je [viens] vers une 
maîtresse, qui certes est une reine comme moi et n'est pas 
une esclave. .Moi donc, je suis le serviteur [apporté de Syrie] 
prisonnier de la bien-aimée : elle m'a fait mettre dans son 
parc, elle ne m"a pas donné [un breuvage commun] ; le jour 
où je bois, mon ventre ne s'emplit point de vulgaire eau 
d'outre. On a trouvé réjouissant [que le jardinier] ne me 
donne plus à boire. Par mon double, ô bien-aimée, puisse-t-ii 
être amené en ta présence ! » 

Plus disert encore est le troisième arbre; mais son 
langage ne mérite pas seul de nous arrêter; les com- 
paraisons dont s'est seryi le poète pour nous le peindre 
ne sont pas moins dignes de fixer l'attention. 

« Le petit sycomore qu elle a planté de sa main ouvre sa 
[bouche] pour parler-. [Ses] accents sont [doux comme] une 
liqueur miellée d'un miel excellent ; ses touffes sont gra- 
cieuses, fleuries... cliargées de baies et de graines, plus rouges 
que la cornaline ; ses feuilles sont drues et bariolées comme 
l'agate, son bois est de la couleur du jaspe vert; ses graines 
sont comme les tamaris... son ombre est fraîche et éventée de 
brise ; il [a fait] sa missive par la main d'une autre personne, 
la fille du chef jardinier qui le soigne et celle-ci l'a transmise 
à la bien aimée. « Viens... Le verger est dans son beau jour... 
les gouverneurs de tes domaines se réjouissent... Que tes 
esclaves défilent devant moi, armés de leurs outils, grisés par 

1. Eludea égyptiennes, p. 22'». 

2. Eludes vQiiplieiines. p. 225. — A. Erman, Aegi/pten und 
aegijptisches Leben im Altertum. Tubingen, 1885. in-8, p. 272- 
273". 



2:j0 lks plantes chez ees égyptiens. 

leur ardeur à courir vers toi... Que tes domestiques viennent, 
apportant de la bière, toute sorte de pains, des plantes nom- 
breuses, tous les fruits plaisants. Allons passe chaque jour 
dans le bonheur... assise à mon ombre, ton maître à ta droite; 
enivre-le, obéis à ce qu'il dit. Si la salle où l'on boit la bière 
est bouleversée par livresse... si elle soulève son voile pendant 
sa promenade, moi j'ai le sein fermé et je ne dis point ce que 
je vois, non plus que ce qu'ils disent. » 

Quel arbre discret et comme il est digne de celle qui 
l'a planté ! Il devait fleurir à une époque cultivée, ou 
plutôt raffinée, et son langage peut nous donner ime 
idée assez exacte du style en honneur dans les pre- 
miers temps de la XX'' dynastie'. Les fragments des 
chansons récréatives, qui nous ont été conservées par 
le même papyrus que le dialogue des trois arbres, nous 
en révèlent un autre aspect. Ici les plantes ne sont pas 
prises comme porte-parole, mais comme témoins de 
la sincérité du langage du poète, en même temps 
qu'elles lui fournissent les comparaisons les plus gra- 
cieuses et les plus variées : 

« pourpiers^, mon cœur est en suspens quand tu fais ce 
qu'on recherche... maître de mon cœur, qu elle est belle 
mon heure ! 

« armoises de mon frère, devant qui Ion se sent plus grand , 
je suis ta sœur favorite et je te suis comme le champ où j'ai 
fait pousser des fleurs et toute espèce de plantes odorantes... 

« marjolaines de mon frère, j'ai pris tes guirlandes, quand 
ivre tu viens à moi... » 

Dans un chant d'amour du même papyrus, ce sont 
surtout les comparaisons que le poète a accumulées ; 

1. C'est à cette époque que M. Maspero, place la rédaction 
de ce dialogue poétique. 

2. Éludes ('(jypliennes, p. 2.^3. J'ai conservé les noms de 
plantes tels que les donne M. Maspero, encore que (juelques- 
unes, n'étant pas indigènes en Egypte, y aient dû être difdcile- 
ment naturalisées à l'époque de la XX*^ dynastie. 



LES PLANTES DANS LA l'OÉSIE. 251 

tel est en particulier ce passage d'une prière adressée 
au « (dieu, juste »'. 

« Que ma sœur soit pendant la nuit comme la source vive 
dont les myrtes sont semblables à Phtah. les nymphaeas sem- 
blables à Sokhit, les lotus bleus semblables à Aditi. » 

DansTinscription d'une stèle du Louvre, dédiée par 
un Pharaon à sa fille MontiritisS les comparaisons, em- 
pruntées au règne végétal, deviennent des métaphores 
ingénieuses, qui servent au roi à exalter la beauté de 
la princesse : 

« Une palme d amour, la prêtresse d'Hàthor Montiritis, une 
palme d'amour, auprès du roi Menkhoprirî ! C'est une palme 
auprès de tous les hommes, un amour auprès de toutes les 
femmes. Noire est sa chevelure plus que le noir de la nuit, 
plus que les baies du prunellier (?), (rouge] sa [joue] plus que 
les grains du jaspe rouge, plus que l'entame d'un régime de 
dattes. » 

Ces comparaisons tirées du monde des plantes ap- 
paraissent à toutes les époques connues de la langue 
pharaonique. « Douce comme la palme, dans son amour 
pour son époux», lit-on'^ dans l'épitaphe de Noufirhot- 
pous, femme de Ti. « Je me parai des fines étoffes de mon 
palais pour paraître aux jeux comme une des plantes 
de mon jardin », dit Amenemhat dans ses instruc- 
tions à son fils Osourtisen\ « palmier mama, grand de 
soixante coudées », s'écrie encore un poète % s'adres- 
sant au dieu Thot, dont il voulait ainsi peindre la 
puissance. 

1. Etudes égyptiennes, p. 237. 

2. Traduite par .M. Maspero, Études égyptiennes, p. ^57. 

3. Diimichen. liesultate. tab. ni, p. 1, 2. 

4. G. Maspero, Histoire ancienne, éd. in-12, p. 96. 

5. Victor Loret, Recherches sur quelques plantes, I. (Recueil 
di' travaux, t. II, p. 23.) 



CH.\P1TRE VII 

LES PLANTES DANS LES LEGENDES DIVINES 
ET DANS LES CÉRÉMONIES PROFANES ET RELIGIEUSES. 



Comme tous les peuples primitifs, les anciens Égyp- 
tiens vénérèrent d'abord les forces de la nature ; 
c'étaient pour eux des divinités bienfaisantes ou funes- 
tes, dont il fallait obtenir la faveur ou apaiser la colère '. 
Créés par un effort d'abstraction, chacun de ces dieux vit 
ses attributs varier avec le temps et le lieu où il était 
en honneur ; des rapports arbitraires de parenté ou de 
dépendance furent établis entre eux ; ils se groupèrent 
et se hiérarchisèrent, en vertu de conceptions parti- 
culières et formèrent le panthéon le plus complexe et 
le plus nombreux que l'on connaisse. 

C'est ainsi que Nou, l'océan ou l'abîme céleste ^ 
dieu, source de la vie et longtemps unique, forma plus 

1. Il faut être égyptologue pour entreprendre un exposé de 
la théogonie égyptienne; on comprendra que je ne l'aie point 
essayé ; je me suis borné ici à faire connaître les principales 
divinités du Panthéon égyptien, qui figurent dans les légendes 
des plantes. 

2. Victor von Strauss und Torney, Entxlehung und Ge- 
schichle des allagyplischen GnUerçihiubens. lleidelberg, 1891, 
in-8, p. 108, ne voit dans Nou que le ciel divinisé. 



LES PLANTES DANS LES MYTHES. 253 

tard, avec Nounet, la matière primordiale, Kek, 
l'Erèbe égyptien, et Keket, personnification des ténè- 
bres, Heh et Hehet, le temps et l'esprit, et les person- 
nifications obscures de Nenou et de Nenout, un pre- 
mier groupe de huit divinités, abstractions confuses 
des forces primordiales de la nature, qui s'effacèrent, à 
l'exception de Nou, pour faire place à une ennéade de 
divinités plus saisissables-, issue du Dieu solaire Toum 
ou Atoum': Shou, l'atmosphère déifiée, qui sépare 
le ciel de la terre", et Tafnout, la déesse de la grâce 
et de la beauté suprêmes, puis Sibou, le « père des 
dieux », regardé à l'origine comme une émanation de 
Nou, plus tard comme fils de Shou et de Tafnout, et 
Nouit, la « mère des Dieux », personnification du 
ciel étoile, puis encore Ousiri — Osiris — issu de Sibou 
et de Nouit, le dominateur du monde suprême et le 
juge des enfers, et Ousit ou Isit — Isis — sa sœur et 
son épouse, la bienfaitrice des hommes, Har ou Hor 
— Horus — leur fils, le successeur et le vengeur 
d'Osiris. Encore enfant et resté près d'Isis, c'était 
Horpikhroud ou Harpekhroudou, « Horus l'enfant », — 
Harpocrate — ; considéré comme l'égal d'Osiris, c'était 
Horus l'aîné ou Haroïri. Horus fut aussi envisagé 
comme la personnification du ciel ou de la lumière 
céleste et comme tel il remontait aux premiers âges de 
la religion égyptienne. Outre Osiris et Isis, naquirent 

1. H. Brugsch, Religion und Mythologie (1er allen Aegypter 
nacli den Uenkmiilern. Leipzig, 1888. in-8. p. 128-145, 231 
et 281. 

2. M. Paul Pierrot le regarde comme la force cosmogonique 
du soleil personnifiée. Le Panthéon égyptien. Paris, 1881, in-8, 
p. 17. — A. Wiedemann, Die HcUgion der alten Aegypter. 
Munster i. \V., 1890, in-8, p. 18, en fait un fils de Râ et de 
Hàtlior. 



254 LES PLANTKS CHEZ LES EGYPTIENS. 

de Sibou et de Nouit, Sit, rival d'abord, puis l'ennemi 
et le meurtrier de son père, et Nebtbat — Nephthys — 
mère d' Anoupou — Anubis — , sœur de Sit et son épouse, 
avant qu'il fût devenu le génie du mal'. 

Comme les autres forces de la nature, le soleil et la 
lune furent personnifiés ; ils avaient à l'origine fait 
partie du ciel ; alors que Hor en était regardé comme 
l'incarnation, ils étaient les deux yeux du Dieu; mais 
ils prirent bientôt une existence individuelle et le 
soleil devint un Dieu et même le plus puissant des 
Dieux". Sorti du sein de Nou, il s'est engendré lui- 
même, ainsi que le monde ; mais il s'est manifesté 
sous les formes les plus diverses. Dans la Basse- 
Egypte il prit le nom de Toum ou Atoum, le maître 
des Dieux de On — Héliopolis — force génératrice de 
la lumière, édificateur du monde dont les membres, 
créés par lui, composent la grande ennéade". 

Toum fut surtout le dieu des théologiens ; pour le 
peuple la vraie personnification du soleil était et resta 
Rà^ dieu suprême, tout puissant, sans égal, élevé 
au-dessus des autres dieux et leur père, comme celui 
des hommes ^ Toutefois, par une de ces alliances si 
communes dans la théogonie égyptienne, Rà et Toum 
ne restèrent pas isolés dans leur grandeur abstraite ; 
ils s'unirent pour former un seul dieu Rà-Toum ou 



1. H. Brugsch, op. laud., p. 408-422. 

2. Pour A. Wiedemann, op. laud., le culte du soleil remon- 
terait aux temps préhistoriquos. 

3. H. Brugsch, op. laud., p. 281-282. 

4. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 136 et 140. — Les 
hypogées royaux de Thèbes. {Études de mythologie et d' ar- 
chéologie égyptiennes, t. H, p. 7.) 

5. V. von Strauss und Torney, Die altdgyptischen GiJlter 
und Goticrsagen. Ileidelberg, 1889, in-8, p. 240-253. 



LES PLANTES DANS LES MYTHES. 25*> 

Atoum-Ra, qui hérita de leurs prérogatives respec- 
tives. Après avoir été <' le soleil antérieur au monde », 
Toum représenta surtout le soleil à son coucher ; 
Khepraou Khopri, « le dieu quinait », le personnifia à 
son lever ; la lumière de midi s'incarna dans R;\ ^ ou 
dans la déesse Menton, et Sovkou, « le crocodile », 
qui veille sur la montagne d'où sort le soleil, person- 
nifia les rayons redoutables de l'astre ^ Il y eut aussi 
non pas union, mais une confusion véritable entre Rà 
et Horus ; Rà s'empara de toutes les épithètes d'Horus 
et Horus de tous les rôles de Rà ; Harmakhouti, ^ l'Ho- 
rus des deux horizons », désigne à la fois l'Horus, c'est- 
à-dire le soleil, qui sort de la montagne de l'est au 
matin — le soleil levant — et l'Horus, qui le soir 
s'enfonce dans la montagne de l'ouest — le soleil cou- 
chant'. 

L'évolution de la pensée religieuse des anciens 
Égyptiens ne s'arrêta pas là et le caractère de leurs 
dieux était trop peu stable pour qu'ils ne dussent pas 
subir sans cesse de nouvelles transformations. C'est 
ce qui arriva à Shou en particulier ; il devint tour à tour 
ou suivant les lieux Phtah, Khnoum, Khonsou même, 
Haroïri — Aroèris — , d'autres encore'. Phtah, le dieu 
de Memphis » demeure de Phtah » — Hà-kou-Phtah — , 
le grand dieu, auquel les divinités des demeures su- 
périeures donnent le vivre et le manger, le distribu- 



1. « Je suis Khepra le matin, Rà à midi et Toum le soir », 
dit un pa})yrus de Turin. Lanzone, Dizio}iario di elimologia 
egiziniia. Torino. 1887-88, in-4, p. 930. 

2. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 330-336. — 
Paul Pierret, op. laud., s. v. 

3. Maspero, I/isloire ancienne, t. I, p. 100. 

4. H. Brugsch, op. laud., p. 'i22-532. 



256 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

teur des vivres dans le monde souterrain, s'est trans- 
formé à son tour en Tanen ou Tatounen, dieu suprême, 
quia formé les hommes et fait les Dieux. Comme tel, 
il eût pour femme Sokhit, « la gaie », assise à l'occi- 
dent du ciel', et pour fils Imhotpou, « le paisible », 
dieu guérisseur, l'Asklepios égyptien. 

Tandis que le dieu suprême était Plitah à Memphis, 
à Éléphantine c'était Khnoum, à la tête de bélier; 
créateur des hommes, père des pères et mère des 
mères, on le trouve associé aux « fées des cataractes » 
Satit — Satis — , qui veille au seuil du Nil et Anouqit, 
l'Hestia égyptienne". De Khnoum et de Satit naquit 
un dieu populaire, Khem, le Pan des Grecs, force vivi- 
fiante de la divinité ; uni à Hor, il devint Khem-Hor, 
à Rà, Khem-Râ^ 

De Phtah il faut rapprocher Nefertoum ou Noufir- 
toum, <( la belle fleur de Toum », honoré comme lui 
à Memphis , une des personnifications du soleil 
levant. Le soleil à midi, lui, trouvait une nouvelle 
personnification dans Haroïri, autre divinité de la 
famille de Shou. A cette famille Brugsch rattache en- 
core^, Mât ou Maït, déesse de la vérité et de la justice 
et Thot ou Thout, « le secrétaire des dieux, seigneur 
des paroles divines, calculateur du ciel et de ses 
astres^ ». On peut lui associer Safekh, « la déesse des 
livres », et en rapprocher Anoupou ou Apherou, dieu 



1. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. i26 et 431. 

2. G. Maspero, La mi/(hoIo(/ie ('•(jtjptienne. {H Indes de viy- 
thologie et d'archéologie cgyplinincs. Paris, 1893, in-8; t. II, 
p. 273.) — Brugsch, op. laud., p. 299-302. 

3. V. von Strauss und Torney, op. latid., p. 271. 

4. Op. laud., par. 178 et 181, p. 477 et 484. 

5. Paul Pierret, oj/. laud., p. 13 et 15. 



LES PLANTES DANS LES MYTHES. 257 

bienveillant qui, à la mort, prenait sous sa garde le 
corps du défunt*. 

A côté de Toum se plaçait Hàthor, l'Aphrodite 
égyptienne, « la belle et la bonne », comme elle est 
appelée dans une inscription de Merenra, déesse de 
l'amour et de la joie, « la dame du ciel » ; devenue 
épouse de Hor, elle en eut pour fils Ahi. Son culte, à 
l'époque de la décadence égyptienne, prit une impor- 
tance considérable; l'érection du temple de Dendérah 
en son honneur en est un témoignage éclatant'. 

En face de Râ se trouve Amon ou Amen, « le 
caché », dernier terme et suprême degré du dévelop- 
pement mythique de l'ancienne Egypte ; uni à Rà, il 
est devenu Amon-Rà, qui domine sur la double terre, 
seigneur du ciel, roi des Dieux, maître de l'éter- 
nité*. On lui donna pour épouse Moût ou Maut, « la 
mère », qui devint ainsi la « maîtresse du ciel », la 
« reine des Dieux » '\ D'Amon-Râ et de Maut naquit 
Khonsou, " le maître des sacrifices », dieu ancien, 
regardé aussi comme une transformation de la divinité 
primordiale Shou \ admis maintenant au rang des 
dieux solaires. 

Telles étaient les principales divinités du Panthéon 
égyptien, les autres prirent naissance plus tard ou sont 
sans importance pour le sujet qui nous occupe; inutile 
dès lors d'en faire mention. Il est encore un dieu pha- 
raonique cependant dont il me faut parler, c'est Hapi, 
personnification du Nil, ce fleuve bienfaiteur de 

1. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 201. 

2. V. von Strauss und Torney, op. laud.. p. 16()-172. 

3. Paul Pierret. op. laud., p. 95. 

4. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 'i07. 
n. H. Brugsch, op. laud., p. 493. 

I. 17 



2Ô8 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

l'Egypte, sorti d'Osiris et dont les Ilots gonflés des- 
cendent de l'Océan céleste'. De serviteur des dieux, il 
fut, sous le nouvel empire, élevé à leur rang; on le 
compara à Khnoum ; il devint le symbole cosmique du 
principe surnaturel Nou, le créateur de ce qui est 
nécessaire à la vie des hommes, un dieu mystérieux, 
objet de la vénération des nouvelles générations. 



II. 



Comme le reste de l'univers, le monde végétal était 
soumis aux dieux, arbitres de tous les êtres. Râ ou 
Amon-Rà en était le créateur. Les plantes, avec tout 
ce qui a vie, avaient jailli de ses prunelles, quand le 
dieu, apercevant, à son premier lever, la terre nue et 
déserte, l'avait inondée de ses rayons, comme d'un 
flot de larmes.^ « Dieu unique, créateur des êtres, 
formateur des choses », dit un hymne en son honneur, 
qui remonte à la XIX'' dynastie ^ « il a créé les 
plantes qui nourrissent le bétail et les arbres à fruits 
pour les hommes ». 

Une légende'" attribuait l'origine de diverses plantes 
aux larmes tombées des yeux ou à la salive sortie de 
la bouche de certains Dieux. Ainsi lorsque Horus 
pleure, ses larmes donnent naissance à de suaves 

1. H. Brugsch, op. Imid., p. 638. — Maspero, Histoire an- 
cienne, t. I, p. 19. 

2. G. Maspero, Ilisloire ancienne, t. I, p. 156. 

3. Grébaut, Hymne à Ammon-Rà du papijrus égyptien du 
Musée de Boulaq. Paris, 1875, in-8, pi. VI, p'. 16 et pL XXIII, 
p. 27. — G. Maspero, op. laitd.. p. 285. — H. Bruysch, Reli- 
gion und Mythologie, p. 693. 

4. Magical Te.its. {Records of l/ie pasi. t. \ 1, p. 115-116.) 



LES PLANTES DANS LES MYTHES. 259 

parfums. Les larmes tombées des yeux de Shou, « le 
fils, » et de Tefnout, « la fille du soleil', » se chan- 
gent en arbres qui produisent l'encens. Quand le 
soleil faiblit et qu'il transpire, la salive, qui de sa 
bouche dégoutte sur la terre, fait naître autant de 
papyrus. La sueur de Nephthys donne de môme nais- 
sance à la plante tas-. Baba — Typhon — , au con- 
traire, saigne-t-il du nez, son sang se change en une 
plante qui devient un cèdre et produit l'essence de 
térébenthine. 

Osiris présidait à la propagation du monde végétal ; 
c'était lui qui fécondait le sol de l'Egypte. « Osiris 
de l'Ouest, dit un hymne sacré '^ toutes les plantes 
croissent à ton approche ; ce qui était mort repousse 
et les papyrus verdoient sous l'humidité. » Aussi ce 
dieu fut-il considéré comme le père de l'agriculture. 
On lui attribuait l'invention de la charrue ; c'était lui 
qui avait enseigné aux hommes à façonner la terre et 
récolter le blé et l'orge '\ 

Isis avait des attributs analogues; on la regardait 
comme la « créatrice des vertes moissons^ ». C'était 
elle qui avait apporté aux hommes les céréales qui les 
nourrissent. « Je suis Isis, lui fait dire une inscription 
mentionnée par I)iodore^ qui la première enseigna 
aux hommes l'usage du blé. » Et le texte, qui accom- 
pagne son image sur une peinture du temple d'Osiris 



1. Wilkinson, op. laiid.. t. III, p. 172 et 192, pi. XXXIX. 

2. Peut-être le cinnamone. Victor Loret, Le Ki/phi. parfum 
sacré des anciens lù/yptiens. Paris, 1887, in-8, p. 46. 

3. H. Brugsch, op. Inud.. p. 613 et 626. 

4. Uiodore, Dibliolheca, lib. I, cap. 14, 1. 

5. H. Brugsch, op. laud., p. 647. 

6. liibliotliera. lib. I, cap. 27, 4. 



260 LES TLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

à Dendérali% la représente comme « celle qui fait 
grandir le blé par son action, qui donne au blé son 
éclat depuis le soir jusqu'au matin ». 

Ainsi qu'Osiris, Khem, a le laboureur^ », présidait 
au monde des plantes ; c'était le dieu des jardins et des 
champs ; une peinture pharaonique le montre debout, 
la main droite levée ^ ; derrière lui, sur une espèce 
d'autel, se dressent deux sycomores, tandis que devant 
lui un roi retourne, avec le hoyau, le sol auquel sera 
confié la semence nourricière. Sur une peinture de 
Médinet-Habou, qui représente une procession faite en 
l'honneur de Khem à l'époque de Ramsès 111 *, on voit 
le pharaon, assisté de la reine, couper, emblème de la 
moisson, des épis de blé que lui présente un prêtre. 

Le Nil — Hàpi — , « créateur de toutes les choses 
bonnes », présidait, lui aussi, au monde végétal ; 
dans un hymne que j'ai déjà cité ^ il est célébré 
comme « faiseur de blé, producteur d'orge », comme 
celui qui « donne le fourrage des bestiaux » et remplit 
les greniers. 

Créées par les dieux, soumises à leur influence 
féconde, les plantes prirent place dans leurs légendes. 
Avant la création, Râ, le soleil, encore plongé dans le 
Nou, l'Océan primordial, tenait son disque emprisonné 
dans un bouton de lotus, dont les pétales repliés 
l'avaient préservé ; mais lorsqu'au matin du premier 



1. A. Manette, Dendérah. Description générale du grand 
temple de celte ville. Paris, 187.5, in-4, p. 283 ; atlas, t. IV, 
pi. 58, 

2. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 372. 

3. Wilkinson, op. laud., t. I,"p. 404 et t. III, p. 22-24. 

4. Wilkinson, op. laud., t. III, pi. LX. 

5. Chapitre i, p. 5. 



LES PLANTES DANS LES MYTHES. 261 

jour Toum lança du fond du gosier le mot créateur : 
« Viens k moi », le lotus s'ouvrit et le dieu en surgit 
brusquement, semblable à un enfant coiffé du disque 
solaire'. « Le soleil, qui existe dès le commencement, 
dit une inscription du temple d'Hàthor à Dendérah", 
en faisant allusion à cet acte créateur, s'élève, sem- 
blable à un faucon, du milieu de son bouton de lotus, 
lorsque s'ouvrent, dans leur éclat de saphir, les portes 
de ses feuilles, il sépare la nuit du jour. » Sur une 
peinture du temple d'Edfou, qui représente les divi- 
nités primordiales, on voit le soleil enfant au-dessus 
d'une fleur ouverte de lotus, qui se dresse au milieu 
d'un bassin rempli d'eau, emblème de Nou\ « En ou- 
vrant les yeux, dit l'inscription qui s'y rapporte ^ il 
éclaire le monde et sépare la nuit du jour... Quand il 
s'élève brillant du milieu du lotus, tous les êtres 
prennent vie ». 

Lorsque le coffre, dans lequel Sit, aidé de ses com- 
plices, avait traitreusement enfermé Osiris, eut été 
jeté dans le Nil, les flots le déposèrent au pied ou, 
suivant une autre version, au milieu des branches d'un 
tamaris gigantesque'. Cet arbre figure aussi souvent 
dans les représentations d'Osiris. Dans la chambre du 
temple de Philae, consacrée à ce dieu, ainsi que sur 
une tombe de Hou — Diospolis parva — , était 'peint 



1. G. Maspero, Hhtoire ancienne, t. I, p. 137 et l'iO. 

2. H. Brugsch, Die myiholor/ie und Religion, p. 103. 

3. G. Maspero, op. land., t. I, p. 136. 

4. H. Brugsch, op. laud., p. 16'*. 

5. 'T~à xfî; OaXaTTT]? izy.ujjLavOcTaav aÙTr;v (Xâpvaxa) soc''"/.t) T'.vi 
ô zXjoùjv -poa='|i.t^£v. Plutarque, De Iside et Osiride. cap. 15. 
— Bulletin de la Société des Antiquaires de France, 1858, 
p. 133. 



262 LES PLANTES CJIEZ LES ÉGYPTIENS. 

un tamaris '. Sur les rameaux de l'arbre sacré, dans la 
peinture de cette dernière localité, on voit planer 
l'oiseau bennoii, espèce de héron [Ardea garzetta L.), 
symbole de l'âme du dieu. 

Une peinture de la chambre hypostyle du Memno- 
nium' représente Ramsès II, revêtu des insignes du 
pouvoir souverain, assis sur un trône à l'ombre d'un 
perséa, pendant que le dieu suprême Rà-Toum, la déesse 
de la science Safekh et Thot écrivent sur les fruits de 
l'arbre le nom du pharaon. A Médinet-Habou^ on voit 
Thoutmès III, amené par Hâthor et Thot devant l'arbre 
de vie, sur les fruits duquel le dieu Amon-Rà écrit 
une formule sacrée. A Derri'*, Ramsès III est repré- 
senté debout au pied du même arbre entre Thot, Phtah 
et Safekh ou Pakht. 

Mais les anciens Égyptiens n'associèrent pas seule- 
ment les arbres à la vie des dieux, ils en firent des 
dieux eux-mêmes et les honorèrent comme tels. Ce fut 
surtout le sycomore qui devint pour eux un objet de 
vénération; poussant jusqu'à la limite du désert, où il 
prospère, comme par miracle, sur son lit de sable, et 
défiant, par sa ramure impénétrable, les rayons du 
soleil du midi, cet arbre revêtit à leurs yeux un carac- 
tère divin ; on se le représentait comme animé par un 
esprit qui se cachait en lui, mais se manifestait en 
certaines occasions, sortait du tronc la tête ou le corps 



1. Wilkinson, op. laud., t. III, p. 349 et 350. 

2. Champollion, op. laïuL, t. IV, pi. CCCXXXIV. — Lep- 
sius, Den/onâler, t. VI, pi. CLXIX. — Wilkinson, op. laud., 
t. III, p. 203, pi. XLIII. 

3. Lepsius, Denkmaler, t. V, pi. 37, 

4. Champollion, op. lawL, t. I, pi. XLIII. — Roselliai, op. 
laud.. t. 111, pi. VIII, 3. 



Li;s PLA.MKS DANS LES MYTIIKS. 263 

tout entier, puis y rentrait, pour être résorbé ou 
mangé de nouveau'. Sur une peinture du tombeau de 
Rat'eserkasenb, on voit, à la lisière d'un champ, dont 
il semble protéger la récolte, se dresser un sycomore, 
au pied duquel sont placées, à droite, de la vaisselle, à 
gauche, une grande jarre entourée d'une tige végétale. 
Plus loin sont disposés trois vases environnés de tiges 
semblables. Devant l'arbre symbolique, un personnage 
fait une révérence en levant une main à la hauteur de 
la bouche et baissant l'autre au niveau des genoux". 
C'est la représentation fidèle de ce qui se faisait chaque 
jour dans une partie de l'Egypte. Les nomes Memphi- 
tite et Létopolite, en particulier, renfermaient plu- 
sieurs sycomores, où des doubles de Nouit et d'Hùthor 
habitaientau su de tous. Le plus célèbre d'entre eux, le 
sycomore du Sud — nouhit risit — , était, dit M. Mas- 
pero ', « comme le corps vivant d'Hâthor sur notre 
terre ». 

Ces arbres vénérés prirent place avec les autres 
végétaux dans le monde mythique; le portail immense 
que traversait le soleil, en sortant des régions o\x il 
avait voyagé la nuit, était encadré de deux sycomores, 
tout en pierres précieuses de couleur verte*. Dans 
leur voyage périlleux aux « Champs des Souchets » 
— SokJiit lalou — le paradis des Egyptiens, les 
âmes des « suivants d'Horus » — Shosouou Horou — 

1. G. Maspero, Les hj/pogres royaux de Thèbes. (Études de 
mylhologie et d'archéolorjie égyptiennes, t. II, p. 104.) 

2. V. Scheil, Le tombeau de Rat'eserkasenb. {Mémoires de la 
Mission arrhéoloyique au Caire, t. V, fasc. 4, p. 578, pi. IV.) 

3. G. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 122. — Éludes. 
t. Il, p. 226. 

1. G. Maspero, Le livre des morts. {Etudes de mythologie et 
d'archéologie égyptiennes, t. I, p. 333.) 



264 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

rencontraient dans le désert où ils s'enfonçaient, après 
avoir gravi la montagne de l'Occident, un sycomore 
toujours vert; sortant du milieu du feuillage, la déesse 
Nouit ou Hàthor leur tendait, d'une main, du pain et 
des fruits et, de l'autre, leur versait une eau rafraî- 
chissante'. 

Cet acte mystique est souvent représenté sur les mo- 
numents, et en particulier dans le Livre des Morts. Il 
préparait le défunt à recevoir la couronne de la justifi- 
cation'. Le Papyrus d'Ani, par exemple, nous montre 
l'àme et le double du défunt qui, après s'être désal- 
téré avec sa femme de l'eau d'un réservoir ombragé 
d'un palmier et de divers arbres ^ prie agenouillé de- 
vant le sycomore de la déesse : « Sycomore de Nouit, 
donne-moi l'eau et le souffle de vie qui procède de 
toi. » Et la déesse, en lui versant l'eau fortifiante, et 
lui tendant des fruits de l'arbre sacré, lui répond : 
(( Osiris, père divin, reçois la libération de ma propre 
main\)) Dans un passage du Livre des Morts de Turin, 
on trouve une prière semblable, mais adressée en fa- 
veur du double, non par lui^ : 

« sycomore de Nout, toi qui rafraîchis ceux qui sont dans 
le royaume des morts, étends tes bras sur ses membres, pro- 
tège-le contre la chaleur, rafraîchis l'Osiris N. à l'ombre des 
arbres qui apportent les brises du nord. » 



1. G. Maspero, Histoire ancienne, p. 184. 

2. W. Pleyte, La couronne de la justificaiion. (Actes du 
sixième Congrès international des Orientalistes, t. IV, p. 9.) 

3. The book of the dead. Facsimile of the papyrus of Ani. 
London, 1890, in-fol., pi. XVI, p. 14. 

4. Paul Pierret, Libation vase of Osor-nr. Musée du Louvre, 
n° 988. {Records of the Past, t. XII, p. 77-78). 

5. Turiner Todtenbuch, cap. 152, 7, 8, ap. V. von Strauss 
und Torney, op. laud., p. 63. 



LES PLANTFS DANS LES MYTHES. 265 

Une peinture du tombeau de la reine Thiti' repré- 
sente cette princesse debout en prières devant le sy- 
comore de vie, du sommet duquel la déesse Hàthor 
semble lui tendre la nourriture purifiée qui doit la 
fortifier. De l'autre côté de l'arbre, la vache d'Hà- 
thor l'attend au pied du Manou, « la montagne de l'Oc- 
cident», pour la guider dans son voyage vers l'autre 
vie. Dans le Livre des Morts de Turin-, le bras seul 
de la déesse sort du sycomore, qui se dresse auprès 
d'un réservoir, pour verser à l'Osiris agenouillé l'eau 
qui doit étancher sa soif : 

« Elle conforte et rafraîchit le.s esprits du couchant, dit 
l'inscription qui accompagne cette représentation symbolique ■'; 
elle enlace les membres de .\. N. de ses bras ; elle le protège 
contre la chaleur; elle donne de la fraîcheur à ce mort sous 
le couvert et à l'ombre de ses feuilles, qui font entendre de 
doux murmures au défunt assis, le cœur calme, sur son siège 
dans l'éternité. » 

Sur une peinture d'Abd-el-Gournah* on voit Nouit 
surgissant du milieu d'un sycomore et tenant un pla- 
teau couvert de pains et de fruits d'une main, del'autre 
une jarre, d'où se répand l'eau salutaire que boivent 
avidement six personnages, assis autour de l'arbre 
sacré : « Je te verse cette eau », dit la déesse, en 

1. G. Bénédite. Le tombeau de la reine Thiti. {Mémoires 
de la Mission archéologique au Caire, t. V, p. 406, fasc. 3, 
pi. VII.) 

2. Das acgyptische Todtenbuch der XVIII bis XX Dy- 
nastie. Aus verschiedenen Urkunden hgg. v. Edouard N'avilie. 
Berlin, 1886, in-fol., pi. LXXIII. 

3. Je me sers de la traduction donnée par Franz W'oenig, 
Die Pflanzen im alten Aegypten. p. 284. 

4. ChampoUion. Monuments de C Egypte, t. II, pi. CLX.\XI\', 
1. — Rosellini, Monnmenti civili. atlas, pi. CXXXIV, 1. — 
Maspero, Histoire ancienne, t. I. p. 185. 



266 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

s'aclressant au premier personnage, le chef de la fa- 
mille, dont l'artiste pharaonique a représenté, outre le 
double, l'àrae sous forme d'un oiseau. Au pied du sy- 
comore s'étend un réservoir couvert de lotus, au mi- 
lieu desquels nagent des poissons et des oiseaux aqua- 
tiques; deux touffes de papyrus se dressent sur ses 
bords, oîi se promènent des hérons\ Rosellini a repro- 
duit une autre peinture de la même scène, provenant 
de la même région, mais d'une époque postérieure"; 
elle représente encore Nouit versant l'eau, qui doit les 
désaltérer, à un seigneur égyptien et à sa fenlme, assis, 
de magnifiques bouquets de fleurs à la main, devant 
l'arbre sacré. 

Dans une peinture reproduite par Wilkinson'\ c'est 
l'àme seule du mort, épervier à tète humaine, qui re- 
çoit, dans ses mains avides, l'eau versée par Nouit du 
milieu de son sycomore. Le perséa se substituait 
parfois à ce dernier arbre, comme Hàthor à Nouit, dans 
ce rite funéraire ; une peinture, reproduite encore par 
Wilkinson, mais sans indication d'origine'', nous montre 
cette déesse versant, du milieu des rameaux d'un per- 
séa, à une àme altérée l'eau qui lui rendra sa force et 
sa vigueur premières. 

Si les défunts avaient déjà rencontré pendant leur 
voyage aux champs d'Ialou des arbres sacrés et bien- 
faisants, le monde végétal tout entier les attendait 
dans ce séjour délectable, véritable paradis \ où Osi- 



1. Rosellini, Monumenii civili, texte, t. III, p. 'i5. 

2. Momnnenti, pi. CXXXIV, 3. 

3. TJie manners, t. III, pi. XXIY, p. 65. 

4. The manners, t. III, pi. XXVIII, p. 118. 

5. F.-J. Lauth l'appelle « l'Elysée ». Aus Aef/ijplrns Vorzeit. 
Berlin, 1886, iii-8, p. 52 et suiv. 



Li:S PLANTKS DANS LKS MVTIlIiS. 267 

ris, rappelé à la vie par les arts magiques d'Isis et 
l'adresse d'Anubis, avait lixé sa résidence et réservait 
une place aux suivants d'Horus. Le soleil et la lune 
éclairaient sans cesse cette région fortunée, le vent 
du nord y tempérait de son souffle les ardeurs du jour; 
les moissons poussaient vigoureuses et abondantes dans 
ses champs immenses ; des canaux y entretenaient la 
fécondité; des jardins délicieux offraient la fraîcheur 
de leur ombre aux âmes fatiguées des travaux de la 
moisson'. Il y avait là, comme le dit M. Maspero^ une 
« sorte d'Egypte céleste, d'une fertilité inépuisable »; 
j'ajouterai que la flore de cette région mythique ne 
différait pas de celle de l'Egypte terrestre. 

Si les plantes de la vallée du Nil avaient pénétré 
dans les champs d'Ialou — l'Elysée pharaonique — 
quelques-unes aussi se retrouvaient dans l'Amenti — 
ITladès égyptien — ; au pied de la montagne, qui le 
borne à l'occident, croissaient de gigantesques papy- 
rus; la planche XXXVII du Papyrus d'Ani' nous 
montre la vache Mirit, personnification d'Hâthor, s'a- 
vançant, la tête couronnée du disque solaire, par une 
fente de la montagne au milieu d'un fourré de ces cy- 
péracées. 

Ainsi associées aux légendes sacrées et aux croyances 
mythiques, les plantes devinrent l'emblème des divi- 
nités du Panthéon égyptien. Le tamaris était l'apanage 
ordinaire d'Osiris ; un tamaris, qui dépassait, dit Plu- 
tarque\ un olivier en hauteur, ombrageait le tombeau 

1. G. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 181. 

2. Ae livre des morts. {Ii Indes de mj/tholof/ie cl d'archcoloyic 
•c(j!/plieitnes. t. I, p. 3i8.) 

3. Cf. \aville, Das Todtenbvch. cap. 186, pi. CCXU, 2 et 3. 
'i. De Iside et Osiridc. cap 21. 



268 LES PLANT[':S CHEZ LES PXYPTIENS. 

du Dieu à Philae. Un tamaris est aussi représenté sur 
les bas-reliefs du grand temple de Dendérah près du 
cercueil de l'Osiris de l'ouest'. Parfois aussi on regar- 
dait le palmier comme l'apanage de ce Dieu^ Le perséa 
était consacré à Hâthor^ D'après Plutarque\ cet arbre 
était aussi consacré à Isis, ainsi qu'à Osiris ; l'écrivain 
grec en donne pour raison singulière que son fruit res- 
semble au cœur et sa feuille à la langue. Le .sycomore 
était à la fois consacré à Isis, à Nouit et à Hàthor ; 
cette dernière est appelée la « dame du sycomore » 
sur une inscription^, et Nouit se donne à elle-même le 
titre de « nourrice du sycomore » ^ Arbre d'Hàthor, le 
sycomore était cher aux amoureux"; ils aimaient à 
reposer à son ombre. D'après HorapoUon*, l'année 
avait pour emblème une branche de palmier ; on repré- 
sentait Toth, ainsi parfois que Safekh et Khonsou^ 
marquant sur une palme, qu'ils tiennent à la main, le 
nombre des années de la vie humaine. Le jujubier — 
noubsou — avait donné son nom à la ville nubienne de 
Pnoubsou. Thot dePnoubsou est représenté sur un bas- 
relief de Dakleh assis à l'ombre de cet arbre, sous la 
forme du singe Ostanès'". 



1. A. Mariette, Dendérah, atlas, t. IV, pi. LXXII. — Cliam- 
poUion, Monuments, t. I, pi. 88. 

2. Magical texts. {Records of the past. t. VI, p. 117.) 

3. G. Schweinfurth, De la Flore pharaonique. (Bulletin de 
V Institut égyptien, n° 3 (an. 1882), p, 68.) 

4. De Iside et Osiride, cap. 68. 

5. Wilkinson, op. laud., t. III, p. 118, pi. XXXIII, 

6. Rosellini, Monumenli civili, t. III, p. 458. 

7. Franz Woenig, Die Pflanzen im alten Aegypten, p. 287. 

8. Hicroglyphica. lib. I, cap. 8. 

9. Wilkinson, op. laud.. t. III, p. 164, 174 et 203. 

10. G. Maspero, Notes au jour le jour. (Proceedings of the 
Society of Inhlical Archaeology, t. XIII, p. 497.) Cf. Goodwin, 



LES PLANTES DANS LES MYTHES. 269 

Les arbres ne furent pas seuls revêtus d'un caractère 
divin et consacrés aux Dieux, bien d'autres plantes 
jouirent du même privilège. Tels furent on particulier 
le lotus et le papyrus, emblèmes le premier de la Haute 
et le second de la Basse-Egypte'. Sur un bas-relief de 
Dendérah on voit Osiris accroupi sur une colonne entre 
deux bouquets de papyrus et de lotus, personnification 
de ces deuxrégions^ Ces plantes étaient aussi l'emblème 
du Nil — le dieu Hapi — ; une statue du British 
Muséum le représente tenant à la main un plateau d'où 
pendent, avec des oies et des grives, des épis et des 
fleurs de lotus, tandis qu'à ses pieds se dressent des 
tiges de papyrus '\ Sur un bas-relief du temple de Séti I, 
à Abydos, on voit les Nils agenouillés qui apportent la 
richesse à chaque nome de l'Egypte, tenant chacun à 
la main gauche un faisceau de papyrus, et de la droite 
un plateau chargé de fruits, de divers mets et de jarres 
pleines d'eau, ainsi que de bouquets faits de fleurs de 
lotus \ 

Une peinture du Musée de Berlin nous montre 
le pharaon Amenhotpou II offrant des fleurs à Khnoum, 
qu'accompagnent Satit et Anouqit, pendant que Hapi, 
la tète couronnée de papyrus, tend un plateau chargé 
de jarres et de tiges de lotus''. Le premier des dix 



On the name Aslennu. (Zeilschrifl fi'ir aegyptische Sprache 
t. X (an. 1872), p. 108.) 

1. Unger, Sitzungsberichte, t. XXXVIII, p. 77. — Victor 
Loret, L" Egypte au temps des Pharaons. Paris, 1889, in-12, 
p. 106. 

2. Mariette, Dendéra/i, t. II. pi. 86. 

3. G. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 38. 

4. G. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 41. 

5. Lepsius, Konigliche Museen. Aegijptische Wandgemâlde. 
Berlin, 1881, iii-fol., p. 16. pi. XXI. 



270 LKS PLANTES CHEZ LES KCYPTIEXS. 

Nils, qui figurent dans la procession, représentée sur 
les parois de la tombe de Ramsès II', a la tète couron- 
née de papyrus et il fait, ainsi que six des autres Nils, 
une offrande de fruits et de lotus. On voit, sur une pein- 
ture du temple de Philae, Ptolémée-Evergète II et la 
reine Cléopâtre faisant des offrandes, suivis des Nils 
de la Haute et de la Basse-Egypte, la tête couronnée 
le premier de papyrus, le second de lotus héraldiques^; 
plus loin la déesse Egypte, au milieu de fourrés de 
papyrus, tient à la main un bouquet de lotus. Sur les 
bas-reliefs du temple de Dendérah les papyrus ont dis- 
paru ^ ; les Nils portent tous sur la tête un bouquet de 
lotus et ils ne tiennent à la main que des vases à liba- 
tions, symboles de l'inondation. 

Le lotus était regardé comme l'emblème du soleil, 
« qu'il paraît honorer, dit Proclus\ en étendant ou en 
contractant ses fleurs ». C'est là la raison pourquoi 
l'épervier, emblème de Horus ou de Rà — le soleil 
— est représenté posé sur une fleur de lotus. Au centre 
de la barque solaire Mehit, peinte sur les murs du 
temple de Dendérah se dresse un lotus épanoui, d'où 
s'élance un serpent, figure symbolique de Hor". On 
voit sur une des peintures du Livre des Morts les 
quatre génies de l'Amenti ou des Morts debout sur 
cette fleur ^ Un lotus, faisant face à une oie, image 



1. Rosellini, Monumenti, t. III, pi. LXXIV, 1. 

2. Rosellini, Monumenti, t. III, pi. XII, 1 et 2. 

3. A. Mariette, Dendérah, t. III, pi. 25 et 26. 

4. Ap. Wilkinson, op. laud., t. III, p. 350. 

5. Mariette, Dendérah, t. II, pi. 48 et 49, III, pi. 9 a et 44 ; 
texte, p. 176. 

6. The papyms of Ani, pi. XXX. — Naville, Das aegyp- 
lische Todlenhvch, chap. cxxv, pi. CXXXVI. 



LES PLANTES DANS LES MYTHES. 271 

symbolique de Sibou, est gravé sur une pierre de la 
collection d' Abbott*. La déesse Noufirtoum est repré- 
sentée avec une fleur de lotus sur la tète ". 

Quelques grains de blé, semés dans deux vases et 
dont les tiges se dressent au dehors, personnifient sur 
une peinture de Dendérah Osiris mort qu'on a confié 
à la terre et qui ressuscite ^ Et à Pliilae, la momie du 
Dieu est représentée couchée sur un crocodile vert, 
emblème du Nil, au milieu d'un fourré de papyrus, 
mêlés de quelques lotus \ On y voit également Isis, 
venant de mettre Horus au monde au milieu des papy- 
rus de la rive''. Montée sur une nacelle en papyrus, la 
déesse partit à la recherche du corps d'Osiris, mis en 
pièces par Sît^ Depuis lors, d'après une légende égyp- 
tienne, les crocodiles ont une sainte horreur pour les 
barques de papyrus. En souvenir de ce fait, une pein- 
ture de Dendérah représente la vache, qui personnifie 
Isis, ainsi qu'Hàthor, voguant, au milieu de fourrés de 
papyrus, sur une barque faite en papyrus et dont une 
fleur de papyrus forme la proue et la poupe ^ La bar- 
que, qui portait la momie au temps du moyen et du 
nouvel empire, avait aussi à la poupe et k la proue une 
fleur de papyrus et des tiges de cette plante se dres- 
saient de chaque côté du cercueil ^ Mirit, la déesse du 



1. Goodyear, The r/rammar of the Lotus, p. 22, pi. II, 10. 

2. Wilkinson. op. Inud.. t. III, p. 180. 

3. A. Mariette, Dendérah. p. 283; atlas, t. IV. pi. 58. 

'i. Champollion, Monuments, t. I, p. .\cni. — Rosellini, 
Moiiumciili, t. III, pi. XVI, 1. 

5. Uosellini. Monumenti, t. III, ])1. XIX, 2. 

6. Plutarque, De Iside et Osiride, cap. 15 

7. Rosellini, Monumenti. t. III, pi. XV, 1. 

8. Wilkin.son. op. laud.. t. III, pi. 67. 



272 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

Nord et du Sud, comme l'appelle une inscription \ 
portait sur sa tête un bouquet de papyrus". Le dieu 
Sovkou est peint aussi debout devant un autel, tenant 
à la main une tige de papyrus ^ 



III. 

Les arl)res et les plantes aquatiques dont je viens 
de parler n'étaient pas seulement regardés comme des 
emblèmes religieux, ils figuraient avec les autres 
représentants de la flore égyptienne dans le culte et 
dans les cérémonies sacrées. Les fêtes religieuses 
occupaient une place considérable dans la vie des 
anciens Égyptiens ; c'était la conséquence naturelle de 
l'idée qu'ils se faisaient de l'existence future et de la 
nature des dieux et de l'homme. 

La haute conception d'un dieu suprême et unique, 
créateur de tous les êtres, ne fut jamais générale ni 
populaire chez eux, elle fit place à une idée moins 
élevée et tout anthropomorphiste, celle qu'on eut de 
la triade osirienne ; désormais les dieux ne furent 
plus considérés que comme des hommes, dont le corps, 
« pétri d'une substance plus ténue, il est vrai, et invi- 
sible à l'ordinaire, était doué des mêmes qualités et 
atteint des mêmes imperfections que les nôtres'^ ». 

Comme les hommes aussi, l'histoire d'Osiris le prou- 



1. Wilkinson, op. laud., t. III, p. 231, pi. 53. 

2. Mirit était surtout la personnification de la berge du Nil; 
aussi y en avait-il deux : Âlirit Qimait, la berge méridionale et 
Mirit Mihit, la berge septentrionale. Maspero, Ilisloire an- 
cienne, t. I, p. 37. 

3. Goodyear, op. laud., p. 60. 

4. G. Maspero, //i.s/o//-e ancienne, t. I, p. 109. 



LES l'LANTKS liANS LK CLLTK. 273 

vait, les dieux pouvaient perdre la vie avec le senti- 
ment et connaître les horreurs de la tombe ; leur ombre 
alors se détachait de leur corps et, animée d'une exis- 
tence indépendante, elle pouvait se mouvoir et sortir 
du tombeau ; leur double, image visible de leur corps, 
était menacé de la mort par la ruine de celui-ci ; leur 
Ame elle-même, qui, malgré sa nature spirituelle, 
dépendait du corps, perdait quelque chose d'elle-même 
à mesure que son associé dépérissait. 

Il n'y avait qu'un moyen efficace pour mettre un 
terme à cet état de misère, c'était d'empêcher la des- 
truction du corps et d'en assurer la conservation. C'est 
ce qui avait été fait à la mort d'Osiris ; son corps, 
embaumé par Anubis, avait été préservé de la pourri- 
ture du tombeau, et les puissantes incantations d'Isis 
et d'Horus, les pratiques savantes de Thot lui avaient 
rendu le sentiment, avaient de nouveau animé ses 
membres, et son âme, affranchie de toute crainte, 
s'était élancée vers la Voie lactée et retirée aux champs 
d'Ialou'. 

Comme Osiris, l'homme pouvait atteindre ces demeu- 
res paradisiaques, mais c'était à la condition que son 
corps pût échapper à la destruction et que son âme 
n'eût point à craindre de se voir amoindrie par la 
destruction graduelle de celui-ci. L'embaumement 
était un premier moyen de remédier à cet état de 
choses ; transformé en momie, déposé dans le sable du 
désert ou dans un sarcophage de pierre dure, le corps 
pouvait, dans sa gaine noire et rigide, durer presque 
indéfiniment". Sans inquiétude désormais sur le sort 

1. G. Maspero, Histoire ancienne, t. I. p. 178-181. 

2. G. Maspero, Histoire ancienne, t. I. p. 112. 

1. 18 



274 LES l'LANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

du corps, auquel elle avait été unie, l'âme pouvait pour- 
suivre tranquillement son existence, et même, si elle 
en était jugée digne, être reçue, elle aussi, dans les 
jardins d'ialou. Quant au double, il suivait le corps au 
tombeau et y vivait à côté de lui ; toutefois il avait la 
faculté d'accomplir toutes les fonctions do la vie ani- 
male ; il se mouvait, allait, venait, accueillait les hom- 
mages des dévots ; mais ses organes voulaient être 
nourris, comme ceux du corps l'avaient été jadis, et 
de lui-même, il ne possédait que « la faim pour nour- 
riture, la soif pour boisson' »; le besoin aussi l'arra- 
chait à sa retraite ; la nuit, chassé par la faim et la 
soif, il sortait de sa tombe et errait au milieu des habi- 
tations des hommes, ramassant avec avidité, pour 
s'en nourrir, tout ce qu'il pouvait trouver". 11 ne souf- 
frait pas que les siens l'oubliassent et il se rappelait 
par tous les moyens à leur souvenir. La seule manière 
efficace de s'affranchir de ses visites importunes était 
de lui porter au tombeau, ce qu'il venait chercher 
dans les demeures des vivants, les provisions qui lui 
étaient nécessaires ^ Telle fut l'origine des sacrifices 
et des offrandes funéraires. 

Quoique d'une nature supérieure, les dieux n'échap- 
paient pas plus que les hommes aux angoisses du tom- 
beau, leur corps s'altérait et était menacé de destruc- 
tion, si, comme celui d'Osiris, il n'était embaumé et 
transformé en momie. L'embaumement assurait l'exis- 
tence de leur âme ; mais leur double craignait à la 



1. G. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 114. 

2. G. Maspero, Éludes relatives à la mythologie et à l'ar- 
chéologie égyptiennes, t. I, p. 155. 

3. G. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 115. 



LES PLANTES DANS LE CULTE. 275 

fois et regrettait la lumière ; il était soumis à tous les 
maux de la vie ; la faim et la soif dont il souffrait 
étouffaient en lui tout sentiment de pitié et les vivants 
et les morts n'échappaient aux effets de son humeur 
farouche qu'à la condition de lui payer tribut et de le 
nourrir comme un simple double humain'. Les vivants 
s'acquittaient envers lui par des fêtes et des sacrifices, 
répétés chaque année à des intervalles réguliers ; les 
morts aussi étaient tenus de l'apaiser; il lui fallait sa 
part des offrandes qu'on leur apportait, et il se la fai- 
sait lui-même ; c'était à lui qu'on devait les présenter 
d'abord, et c'était seulement, quand il avait prélevé 
ce qui lui convenait, qu'il abandonnait le reste au 
destinataire. 

Cette conception montre comment les fêtes reli- 
gieuses et funéraires prirent sur les bords du Nil une 
importance exceptionnelle; si, comme le remarque 
Hérodote ^ les Égyptiens étaient le plus religieux des 
peuples et s'ils « surpassaient tous les autres hommes 
dans les honneurs qu'ils rendaient aux dieux », ils le 
durent avant tout, on le voit, à la nature de leurs 
croyances ; mais le caractère particulier que prirent 
chez eux les fêtes religieuses, le nombre et la diversité 
de leurs dieux, le goût national pour les cérémonies, 
entretenu peut-être par leurs prêtres, contribuèrent à 
augmenter le nombre et l'importance de ces solennités. 
Dans le seul temple de Dendérah on célébrait chaque 
année trente-cinq fêtes ^ dont quelques-unes duraient 



1. G. Maspero, Ilisloire ancienne, t. I. p. 116-117. 

2. llisloriae. lib. II, cap. 37. 

3. A. Mariette, Dendérah. Description rjénèrale du temple 
de cette ville. Paris, 1875, in-'i, p. 90. 



276 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

des semaines entières. On n'en célébrait guère moins, 
ni de moins importantes dans les autres sanctuaires. 

La première des grandes fêtes égyptiennes et l'une 
des plus solennelles était la « Panégyrie de tous les 
Dieux et de toutes les Déesses » ou « Panégyrie du 
commencement de l'année'»; célébrée au mois de 
Toth, cette « fête de la fondation des mois » durait 
trois semaines ; elle commençait « en la bonne nuit » 
de la veille du premier de l'an par des libations « d'eau 
de rajeunissement » "; le 2, avait lieu la procession du 
grand Lotus, la fête particulière d'Alii, le 10, celle 
d'Horus et le 20, celle de Râ. Une autre fête non 
moins solennelle était célébrée au mois de Khoïak en 
souvenir de la mortd'Osiris, dans seize villes d'Egypte ; 
elle commençait le 12 et ne finissait que le 30^ Il y 
avait aussi la fête du Nil — le Niloa — ; cette fête, 
une des plus grandes de l'Egypte, était célébrée vers 
le solstice d'été, au moment où les eaux du fleuve 
commençaient à monter^. Avant elle prenait place la 
double fête d'Isis, la première célébrée surtout à Busi- 
ris, et qui se confondait avec la fête d'Osiris ; la 
seconde, qui avait lieu à l'époque de la moisson ; les 
Égyptiens off"raient alors à la déesse les prémices des 
fruits de la terre ^ 

A la fin de la saison des récoltes, dans le mois de 
Pharmouti, des off"randes étaient faites aussi à la déesse 

1. A. Mariette, Dendérah, p. 101. 

2. Georges Bénédite, Tombeau de Nefcrhoipou. {Mémoires 
de la mission archéologique au Caire, t. V, fasc. 3, p. 518.) 

3. Victor Loret, Les fêtes d'Osiris au mois de Khoïak. 
{Recueil de travaux, t. V (an. 1883), p. 98.) 

4. Héliodore, Aelhiopica, lib. IX, cap. 2. — Wilkinson, 
op. laud., t. III, p. 369. 

5. Wilkinson, op. laud., t. III, p. 378. 



LKS PLANTES DANS LK CULTK. 277 

de la moisson, Rannoutit; une peinture du tombeau de 
Rat'eserkasenb représente cette déesse, « dame des 
greniers », dressée debout sur sa queue'. Derrière 
elle est une fleur de Lotus, à tige feuillue, et devant 
elle sont placés des pains de formes diverses, des 
jarres à paroi poreuse, des fleurs de lotus, des con- 
combres et des victuailles. 

Parmi les grandes fêtes égyptiennes, Hérodote men- 
tionne encore la fête de la divinité qu'il appelle Diane 
— Bast, Maut ou Sôkhit'. — En réalité c'était moins 
une fête arrivant à des époques régulières que la 
commémoration d'un événement historique particulier, 
instituée par Osorkon II, et à laquelle étaient conviés 
tous les dieux de l 'Egypte ■^ Outre cette fête, la plus 
solennelle, d'après Hérodote, de toute l'Egypte, l'his- 
torien grec en comptait encore cinq autres principales; 
parmi celles-ci, il faut mentionner celle de Minerve — 
Noit — à Sais, célébrée elle aussi avec une grande 
pompe dans le temple de cette ville''. 

Si c'étaient là les fêtes ordinaires, les plus impor- 
tantes de l'Egypte, il y en avait d'autres qui n'arri- 
vaient point k des époques fixes, mais qui n'étaient pas 
célébrées avec moins de pompe; telle était la fête de 
la dédicace d'un temple ou du couronnement d'un roi, 
le triomphe célél)ré par un pharaon au retour d'une 



1. V. Scheil, Tombeaux thébains. (Mnnoires 'le la mission 
archéologique au Caire, t. V, fasc 'i, p. 577, pi. IV.) 

2. Ilistoriae, lib. Il, cap. 59-60. 

3. Edouard Naville, Buhastis (1887-89). {Eighth Mcmoir of 
Ihe Ef/ypt cxploralion fund. London, 1891, in-4, p, 51, 1.) 

'i. |](lnuard Naville, The festival hall of Osorkon II in the 
(jreal Temple of Buhaslis (1887-1889.) (Tenth Memoir of the 
Ef/ypt exploration fund.) 

5. Mallet. Les fêtes de Xeit à Sais. Paris. 1888. in-8, p. 37. 



278 LES PLA>'Tfc:S CHEZ LES EGYPTIEiNS. 

expédition glorieuse contre les nations voisines, enfin 
les cérémonies des funérailles'. Toutes ces fêtes com- 
mençaient par le sacrifice des victimes ; c'était Rà lui- 
même, qui l'avait institué, avant de remonter au ciel. 
La victime immolée, on en offrait une partie aux 
dieux ou aux morts, en même temps que d'autres mets 
tirés du règne végétal. 

Dans aucun culte, les offrandes n'ont eu une impor- 
tance comparable à celle qu'elles prirent dans les fêtes 
religieuses et dans les cérémonies funèbres de l'an- 
cienne Egypte. Les dieux du Panthéon pharaonique 
acceptaient avec empressement les dons que leur fai- 
saient leurs fidèles et ils ne dédaignaient pas de les 
provoquer^; c'était d'ailleurs le seul moyen qu'eussent 
ceux-ci de gagner leurs bonnes grâces et d'éviter leur 
mécontentement ou leur courroux ; aussi s'attachait-on 
à les combler de présents et d'hommages. Un docu- 
ment précieux, le Papyrus Harris, qui contient l'énu- 
mération des dons faits par Ramsès III aux divinités 
de Thèbes, d'Héliopolis et de Memphis, nous montre 
jusqu'où pouvait aller la générosité des pharaons à 
l'égard de leurs dieux". Même en faisant la part de 
l'exagération naturelle à ce genre de documents, il 
faut avouer que la pieuse libéralité de Ramsès III 
dépasse tout ce qu'on peut imaginer. C'est par milliers 
que l'on compte, pour ne parler que des produits du 
règne végétal, les amphores de vin, de bière, d'huile, 
les boisseaux ou sacs de blé, de farine, de sésame, 
d'oignons, de dattes fraîches ou « pressées », de 

1. Wilkinson, op. laud., t. III, p. 358-866. 

2. Maspero, Hisloire ancienne, t. I, p. 125. 

3. Sam. Birch, Papijrus Ilarris. {Zeilschrlfl (l'iv ai'fjyplische 
Sprache, t. XI (an. 1873), p. 9-12, 34-3'.», 65-72.) 



LKS PLANTKS DANS Lli GL'LTE. 279 

grappes de raisin et d'autres fruits, d'encens et de 
baume, ainsi que les bouquets de lotus ' et de papy- 
rus ", les bouquets et les couronnes de fleurs diverses^ 
et même d'épis de blé, les feuilles de palmier, les 
bottes de roseaux, etc. 

Moins importantes, mais non moins précieuses, sont 
les listes, gravées sur le pylône antérieur du temple 
de Médinet-Habou, des offrandes faites dans ce temple, 
sous le règne de Ramsès III — Rampsinit — , à l'occasion 
dos fêtes annuelles, instituées par son prédécesseur 
Ramsès II, en l'honneur des dieux vénérés dans le 
sanctuaire; sur ces listes, publiées par Diimicben*, 
figurent, entre autres offrandes d'origine végétale, 
d'énormes quantités de farine, de froment et d'orge, 
de gâteaux, de bière et de vin, de l'encens, des rai- 
sins, des jujubes et diverses autres espèces de fruits, 
que le savant égyptologue n'a pu identifier. 

Les peintures et les sculptures des temples nous 
donnent déjà l'idée la plus haute des nombreuses 
offrandes, empruntées au règne végétal, qu'on faisait 
aux dieux égyptiens sous le nouvel empire. C'est ainsi 
que sur un bas-relief du temple de Ramsès II à Abydos, 
qui nous fait assister à une fête donnée en l'honneur 
du pharaon victorieux'', nous voyons le long défilé des 
officiants, qui précèdent la victime, portant les uns des 

■1. Il est fait mention une fois de 110,000 et l'autre de 144,720 
poignées de lotus. PI. XXI, ligne 10. 

2. PI. XXI, ligne 13, il est fait mention de 68,800 bouquets 
de papyrus. 

3. A la ligne 5 de la pi. XXI sont mentionnées G0,'i50 cou- 
ronnes de fleurs. 

4. Die /inlendarischeti Opfcrlistcit im Tempel von Mediitcl- 
Ilabu. Leipzig, 1881, in-fol. pi. \'-lX. 

5. A. Mariette, Abijdos. Paris, 1809, in-fol.. t. II, pi. 47, 



280 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

corbeilles de fruits, les autres des pains; l'un d'eux, 
qui mène en laisse deux gazelles, tient à la main un 
faisceau de tiges de papyrus, tandis que les autres 
portent des bouquets de lotus. 

Une peinture de la XIX° dynastie, reproduite par 
Rosellini \ représente Mînephtah I faisant à Khem et à 
Hâthor une offrande de pains et de fleurs de lotus. 
Sur une peinture du tombeau^ de Ramsès IV (XX" dy- 
nastie), on voit un des Nils portant des figues, des 
grenades et des raisins artistement disposés au- 
dessous d'un plateau, que recouvrent des fleurs de 
lotus. Un bas-relief du temple d'Edfou' nous montre 
Ptolémée-Alexandre offrant à Horus un faisceau d'épis 
de blé. Mieux que tous les autres monuments peut-être, 
les bas-reliefs du temple de Dendérah nous montrent 
quelle profusion on portait dans les présents qu'on 
faisait aux Dieux: fruits des espèces les plus diverses, 
pains aux formes variées, fleurs en particulier de lotus, 
branches de feuillage même, on voit le roi en faire 
successivement offrande aux trois divinités du sanc- 
tuaire*, à Hor-Sam-Taoui, « la divinité qui sort du grand 
lotus )), à Hor-Hout et surtout à Hâthor, la déesse « qui 
• apporte la vie à tous les hommes, la maîtresse de la 
terre, la maîtresse du pain, l'inventrice de la bière ». 
Ces dieux se montrent reconnaissants ; ils promettent 
au roi, en retour de ses dons, d'abondantes récoltes ; 
« sous son règne l'Egypte ne connaîtra pas la famine' ». 

1. Monumenii del cullo. t. III, pi. 54, 1. 

2. Champollion, Monuments, t. III, pi. CCLIII. — Rcsellini, 
t. III, pi. LXXIV. 

3. Franz Woenig, op. laud., p. 161. 

4. A. Mariette, Dendérah. Atlas, t. I, pi. 55 a et 55 h ; t. II, 
pi. 47 a et 47 b; t. III, pi. 54. 

5. A. Mariette, Dendérah. p. 255. 



LKS l'LANTI-lS DANS LE CILTi:. 281 

Comme dans le culte des dieux, les offrandes tirées 
du monde des plantes occupaient une place considé- 
rable dans les cérémonies funèbres. Une des parties 
les plus importantes du culte des défunts consistait 
dans la consécration des « vivres donnés au mort pour 
la vallée céleste », au lia, « habitant de l'Amenti* ». 
Ces « vivres », les peintures des hypogées le mon- 
trent, étaient empruntés en partie au règne végétal : 
fruits, légumes et racines — ou aux produits qu'on 
en retire — pain, vin, bière, liqueurs diverses. 

Sous l'ancien empire le nombre des fruits offerts aux 
dieux ou aux morts était encore peu considérable ; il 
augmente à partir de la XIP dynastie et devient con- 
sidérable surtout depuis la XVIIP, époque où l'horti- 
culture égyptienne prit une extension chaque jour 
grandissante. Les premiers fruits, les seuls môme, 
qu'on aperçoive parmi les offrandes de l'ancien empire 
sont les figues du sycomore ; on en voit également sur 
les bas-reliefs ou les peintures de Gizeh^ de Saqqarah'' 
(IV" et V dynasties), de Béni-Hassan'^ (XIP dynastie). 
Plus tard on continue de rencontrer ces figues, mais 
le plus souvent en même temps que d'autres fruits. 
Sur les peintures de Béni-Hassan on voit déjà 
avec elles des dattes ou des fruits du jujubier. Sur 
celles de la XVIIP dynastie et des dynasties sui- 
vantes, on aperçoit à la fois des ligues, des grappes 



1. V. Scheil, Le tombeau des fjraveurs. (Mémoires de la 
mission ai'chéolo'jifjur au Caire, t. V, fasc. 'i, p. 559.) 

2. Lepsius, lienlnndkr, t. III, pi. 22, tombe 2'i : pi. 41, 
tombe 8'.); pi. 5:î, tombe 16; pi. 57, tombe 15. 

3. Lepsius, op. laud.. t. Ili, pi. 'jG ; tome W, pi. 07, 
tombe 17 ; t. IV, pi. 6'i. 

'i. Lepsius. op. laud.. t. IV'. pi. 129, tombe 2. 



282 LKS PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

de raisin, des grenades, des fruits de perséa, de 
nabas, etc'. 

Les inscriptions de la tombe de Rekhmara, préfet 
de Thèbes sous Thoutmès II, à Abd-el-Gournah' men- 
tionnent parmi les mets, que le défunt pouvait deman- 
der « durant ses séjours à l'Occident et au Nord », 
des gâteaux de dattes, des raisins, des fruits de per- 
séa, des figues de sycomore. Et parmi les offrandes 
que lui présentent les prêtres et les membres de sa 
famille, « en se tournant vers l'Orient », figurent 
encore des dattes, des figues de sycomore, des fruits 
de perséa, des grappes de raisin. Sur une peinture du 
tombeau d'Harmhabi'^ de la même époque, un des 
officiants tient d'une main un paquet de grenades atta- 
chées ensemble et de l'autre un bouquet de fleurs de 
lotus et de papyrus. Au nombre des offrandes repré- 
sentées sur les peintures du temple de Karnak (XIX*' 
dynastie) ^ se trouvaient aussi, avec des figues de syco- 
more, des grappes de raisin, des grenades, ainsi que 
des fruits de perséa et peut-être de nabas. 

Les fruits n'étaient pas seulement offerts cueillis et 
séparés de l'arbre, on les offrait également attachés 
encore à la branche qui les portait. Sur la peinture du 
tombeau de Rat'eserkasenb\ qui le représente, dans un 
kiosque, avec sa femme Uat-ronpit « pour faire fête, 

1. Tombeau de Ramsès IV (XX« dynastie) à Bab-el-Molouk. 
Champollion, 3Ionumetits, t. III, pi. 253. 

2. Philippe Virey, Tombeau de Rekhmora, (Mémoires, t. V, 
fasc. 1, pi. III et IV, p. 102-103, et 121.) 

3. Bouriant, Le tombeau d' Ilarmhabi. {Mémoires, t. V, 
fasc. 3, pi. III.) 

4. Lepsius, op. laud.. t. VIII, pi. 2'tl. 

5. V. Scheil, Tombeau de RaCeaerkasenb. (Mémoires, t. V, 
fasc. 4, pi. II, p. 575. 



LES PLANTES DANS LE CULTE. 283 

au gré de leur cœur », on aperçoit quatre jarres à 
vin, enguirlandées de ceps chargés de raisins. Sur 
une stèle du tombeau de Nakhti ' se voient deux servi- 
teurs qui apportent des guéridons couverts de dattes, 
de figues et de lotus ; au-dessous de l'un de ces gué- 
ridons pend un large chapelet de grenades mûres, au- 
dessous de l'autre un faisceau de grappes de raisin. A 
droite et à gauche de la table d'offrandes, deux 
femmes, la tète surmontée d'un petit sjxomore chargé 
de feuilles et de fruits, tiennent d'une main un bou- 
quet formé de trois tiges de lotus ou de papyrus, de 
l'autre un plateau chargé de pains, d'oignons et autres 
mets, d'où pend une longue branche de vigne, garnie 
de grappes de raisin. Deux serviteurs agenouillés au 
haut de la même stèle offrent aussi des pampres cou- 
verts de grappes . 

Une des porteuses d'offrandes d'une peinture thé- 
baine (XIX° dynastie), reproduite par Prisse d'A- 
vennes". présente d'une main un bouquet, de l'autre 
un faisceau formé de plusieurs grappes de raisin liées 
ensemble. Et au-dessous de la table d'offrandes, placée 
devant l'image d'Osiris, qui se voit sur une stèle peinte 
sur un cercueil de momie de la nécropole de Thèbes 
(XX'' dynastie)'*, pend un pampre couvert de raisins, 
tandis que des grappes et des fruits de l'arbre ashdou, 
avec des lotus, recouvrent cette table. 

En môme temps que les fruits et au même titre 
qu'eux, les légumes prenaient place parmi les offrandes 
funèbres ; les oignons y figurèrent dès les temps les 

1. G. Maspero, Tombeau de Xahhli. (Mrmoires, i. V, fasc. 3, 
pi. I, p. 475. 

2. Histoire de l'art «'(ji/ptien. Atlas, t. II. ])\. (j7. 
;!. Prisse (rAveniies, (i/i. laud. Atlas, t. Il, pi. 71. 



28i LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

plus reculés et y ont toujours figuré au premier rang ; on 
en voit déjà parmi les offrandes des tombes de Gizeh', 
de Saqqarah", de Béni-Hassan '\ etc. ; ils sont d'ordi- 
naire réunis en bottes d'un nombre variable de pieds; 
quelquefois aussi ils sont attachés autour d'une espèce 
de cerceau. A côté des oignons, mais plus tard, prirent 
place les concombres, les pastèques et melons chate''. 
La liste des offrandes de la tombe de Reklimara, dont 
j'ai déjà parlé, ne fait mention que d'oignons et de 
concombres ; toutefois ce n'est pas à dire que, à l'é- 
poque de Rekhmara et, à plus forte raison, aux 
époques postérieures, on n'offrît que ces légumes seuls 
dans les cérémonies funèbres, on en aperçoit sur les 
peintures pharaoniques bien d'autres dont il n'est pas 
toujours possible de reconnaître la vraie nature ; mais 
les trouvailles faites dans les anciennes tombes depuis 
un demi-siècle, et surtout en ces dernières années, 
nous en ont fait connaître plusieurs, ainsi que quel- 
ques-uns des fruits offerts aux morts, dont les peintures 
des hypogées ne donnent qu'une idée incomplète. 

Si le double, condamné à errer sur terre par l'oubli 
des siens, ne se montrait pas difficile dans le choix des 
aliments avec lesquels il cherchait à apaiser sa faim, 
les vivants ne croyaient pas bien souvent devoir être 
plus difficiles que lui pour ceux qu'ils lui offraient, et 
à côté des mets et des fruits dont ils se nourrissaient, 
ils lui en offraient qu'ils n'auraient pu ou voulu man- 

1. Lepsius, Denkmdler, t. III, pi. 36; Gizeh, tombe 90, 
t. IV, pi. 53. Gizeh, tombe 16. 

2. Lepsius, op. laiid., t. IV, pi. 65, tombe 17. 

3. Lepsius, op. laud., t. IV, pi. 129, tombe 2. 

4. Lepsius, op. laud. Saqqarah, tombe 16, t. IV, pi. 46 ; 
tombe 15, pi. 64, tombe 16. 



LES PLANTES DANS LE CULTE. "285 

ger; grains de céréales, fruits encore verts ou de re- 
but, tout sembla bon pour les offrandes funèbres^; cela 
en explique la variété et parfois la singularité. C'est 
ainsi qu'on a trouvé dans les tombes égyptiennes avec 
des épis ou des grains d'orge" et de froment amidon- 
nier\ de la pâte, faite avec des rognures de grains 
d'orge'' ou des lentilles cuites % des rhizomes de sou- 
cliet comestible ^ du malt ou des grains d'orge ger- 
mes'', des calebasses*, des fèves', des graines de ca- 
jan''', de gesse" et de vesce cultivées'', de lupin''* 
et même de lin'", des tiges d'ail'', ainsi que de la Par- 
melia furfuracea^^ . 

Les espèces des fruits rencontrés dans les tombes 
pharaoniques ne sont ni moins nombreuses, ni moins 
variées ; on j a trouvé, outre des figues de sycomore '', 



1. Victor Loret, Le Cédratier, p. 45. 

2. Bulletin n" 5, p. 4. — Bulletin n° 7, p. 420. 
;{. Bulletin n" 5, p. 4. — Bulletin n» 7, p. 420. 

4. Drah-Abou'I-Neggah. Bulletin n" 5, p. 'i. 

5. Drali-.\bou'l-.\eggah. Bulletin n" 5. p. 7. 

6. Bulletin n" 3, p. 7J. — Bulletin n" 5, p. 5. - - Bulletin 
n" 6, p. 200. — Bulletin n" 7, p. 420. 

7. Sliéikh Abd-el-Gournah. Bulletin n" 6, p. 279. 

8. Drali-Abou"l-Xeggah. Bulletin n" ."i, p. 10. 

9. Drah-Abou'I-Xeggah. Bulletin n" 5, p. 7. 

10. Drah-Abou'l-Xeggah. Bulletin n" 5, p. 7. 

11. Gébélcïn. Bulletin n" 6. p. 260. 

12. Drah-Abou'l-Xeggah. Bulletin n" 5, p. 10. 

13. Bulletin n" 6, p. 260. — Bulletin n» 7, p. 420. 

14. Bulletin n» 5, p. 8. — Bulletin n» 6, p. 277. 

15. L'Assa.ssif près Thèbes. Bulletin n" 6, p. 272. 

16. Bulletin n" 3, p. 74. M. Schiaparelli a également trouvé 
à Drah-Abou'1-Neggah des bulbes d'oignon et d'ail et des graines 
de melon et de ricin; mais Schweinfurth doute de leur anti- 
quité. Bulletin n° 6, p. 265. 

17. Gébéleïn. Bulletin n» 6, p. 260. — Bulletin n'^ 7. p. 420. 
S. Birch, Catubxjue of tlie antiquities at Ahuric/i Castle, p. 183. 



286 LKS PLANTES CHEZ LKS ÉGYPTIENS. 

des grenades', des fruits ou des noyaux de nabaq^ 
de perséa^ et de rhégélig', des raisins', des dattes", 
des fruits de palmier doum" et de palmier argoun*, 
des olives' et même des baies de genévrier'", sans par- 
ler des baies de Cocculus leaeba^^ei de Moerua uniflora '^ 
trouvées à Gébéleïn, et des pommes de pin'^, décou- 
vertes à Drali-Abou'l-Neggali. 

Mais les fruits et les légumes n'étaient pas les seuls 
présents d'origine végétale que l'on faisait aux dieux 
et aux morts ; on leur faisait hommage aussi, comme 
de l'offrande la plus agréable, de fleurs et de bouquets. 
Les Égyptiens se représentaient les dieux comme ai- 
mant à en être sans cesse parés '\ 

« Merenra s'en approche et tu courbes ta tête, fù inclines tes 
bras, grande Eau, devant les divins enfants de Nouit. Tous, ils 
voguent vers toi ; ils posent leurs couronnes sur leurs têtes, 
ils posent autour de leur cou des couronnes de feuillage et de 
fleurs de lotus ; ce sont les couronnes des étangs et des champs 
de paix de la grande Nouit, entourés de fleurs et de la verdure 
de la plante de miel. » 

1. Drah-Abou'l-Neggah. Bulletin w 5, p. 5. — Bulletin n" 6, 
p. 268. 

2. Bulletin n" 6, p. 263. — Bulletin n° 7, p. 'i20. 

3. Drah-Abou'l-Neggah. Bulletin n° 5, p. 5. 

4. Bulletin n« 5, p. 5. — Bulletin n» 6, p. 260 et 268. 

5. Bulletin n» 5, p. 9. — Bulletin n° 6, p. 260. 

6. Bulletin n° 5, p. 10. — Bulletin n° 6, p. 260. 

7. Bulletin n" 5, p. 5. — Bulletin n" 6, p. 268. — Maspero, 
Les momies royales de Deir-el-Bahari. {Mémoires, note 8, t. I, 
p. 189). 

8. Bulletin \v> 6, p. 6. — Bulletin n» 6, p. 268. 

9. Thèbes. Bulletin n» 6, p. 266. 

10. Bulletin n" 3, p. 75. — Bulletin n° 6, p. 268. 

11. Gébéleïn. Bulletin n" 7, p. 420. 

12. Gébéleïn. Bulletin n" 6, p. 262. 

13. Drah-Abou'l-Neggah. Bulletin n'^ 5, p. 6. 

14. V. von Strauss und Torney, op. laud., p. 120. 



LKS PLA.NTICS DANS IJ-: CULTK. 'J87 

On comprend d'après cela' que, dès les temps les plus 
reculés, les fleurs eurent leur place marquée dans 
toutes les cérémonies religieuses ; les peintures et les 
sculptures des temples et des hypogées nous en four- 
nissent de nombreux exemples. Dans les processions, 
on voit les officiants porter à la main une fleur de 
lotus ou un faisceau de tiges de papyrus ^ Quand il 
voulait contempler la divinité, le sacrificateur tenait 
des fleurs à la main, en pénétrant dans le sanctuaire '. 
Aux funérailles , les enfants et les parents du défunt 
accompagnaient sa dépouille des palmes à la main '. 
Des branches de feuillage décoraient la barque dans 
laquelle était transportée la momie du mort^ ; lorsqu'on 
l'avait placée debout à l'entrée du sépulcre, on déposait 
dessus une fleur de lotus et parfois aussi des rameaux 
couverts de feuilles ^ Dans le cortège de la fête du nou- 
vel an, représenté sur les parois du temple de Deu- 
dérah', on voit les sokliit — officiantes — répandre des 
fleurs sur le chemin de la procession. 

Mais c'était plus particulièrement à titre d'off'randes 
que les fleurs figuraient dans le culte égyptien. Dans 
les processions, l'hiérophante, prêtre ou roi, présentait 
une fleur sacrée de lotus à l'imaofe du dieu vénéré^ ou 



1. ^^ von Strauss und Torney, op. IrnnL, p. 329 et 353. 

2. Lepsius, Denkmiiler. Gizeli, t. III, pi. 30 et 35 ; t. IV, 
pi. 50. — Saqqarah, t. IV, pi. 46 et 65. - EI-Kab, t. V, pi. 11, 
etc. — .\. Mariette, Abydos. t. II, pi. 47. 

3. A. Wiedemann, Die Reliyion der alten Ae(jijpler, p. 13. 
^. Wilkinson, op. laud., t. Ill, pi. LXIX. 

5. Wilkinson, op. laud., t. III, pi. LXVII. 

6. Wilkin.son, op. laud., t. III, pi. LXIX. 

7. A. Mariette, Dendérah, p. 97 et 317. 

8. Lcpsius, Dcnhmdler. Gournet-Mourrai, t. VI, pi. 119. — 
Karnak, t. VIII, pi. 247. — Offrande d'Amenhotpou III à Amon. 
Prisse dWvennes, op. laud. Atlas, II, pi. 18. 



288 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

au double du mort'. Un bas-relief, reproduit par Ro- 
sellini", nous montre Ramsès III offrant des lotus et 
des papyrus au dieu de Silsilis. Une peinture du temple 
de Dendérah représente le pharaon offrant au soleil du 
nouvel an, « le bel enfant qui brille au sein du lotus », 
une fleur de cette plante sacrée. Parmi les offrandes 
que le roi, dans les bas-reliefs du temple de Dendérah, 
fait aux divinités de ce sanctuaire célèbre, les fleurs 
occupent une grande place. En échange de celles qu'il 
présente à Hàthor, la déesse lui promet « l'abondance 
et la fertilité du sol ». Et en récompense des bouquets 
qu'il offre àHor-Hout, « l'Egypte, lui dit le dieu, sera, 
sous son règne, un jardin couvert de fleurs odorifé- 
rantes^ ». Ailleurs on le voit offrir à Hor-Sam-Taoui, 
ici un lotus, là une branche de saule\ 

Ces dernières représentations d'offrandes de fleurs 
sont récentes, mais nous en avons vu beaucoup d'au- 
tres de date ancienne ; dès l'époque des premières dy- 
nasties les tables d'offrandes sont couronnées de lotus, 
blancs d'abord, bleus d-ans la suite ^ C'est plus tard ce- 
pendant, avec l'extension que prit leur culture, que 
les fleurs occupèrent dans le culte des dieux et sur- 
tout dans le culte des morts une place vraiment consi- 
dérable. La signification symbolique qu'on leur attri- 
buait explique le rôle qu'elles jouaient dans les 
cérémonies funèbres; considérées comme l'emblème 

1. Lepsius, Denkmdler. Gizeh, t. IV, pi. 53 et 57. 

2. Moniimenti del cullo, t. III, pi. 32, 2. 

3. A. Mariette, Dendérah, p. 25'i et 256. 

4. A. Mariette, Dendérah, p. 173; atlas, t. II, pi. 47. Le 
savant égyptologue a pris la branche de saule pour des feuilles 
d'acacia. 

5. Lepsius, Denkmaler. El-Kab, t. V, pi. 11. — Wilkinson, 
op. laiid., t. III, pi. LX et LXVl. 



LKS l'LANTKS DANS I.K CILTE. 289 

du « mystère de la vie », le symbole de l'existence re- 
nouvelée qui succède à la mort, comment n'y auraient- 
elles pas pris une large place? Les peintures du tom- 
beau d'Amenemhabi, officier de Thoutmès III, mettent 
en évidence cette vérité'. Elles nous montrent ce sei- 
gneur assis, couvert du pagne et d'une longue robe 
claire, avec un collier et des bracelets bleus. Sa femme 
Beki, portant aussi un collier bleu et couronnée de 
fleurs, est assise à ses côtés. Devant lui se tient son 
fils Amou ; de la main droite il présente un bouquet à 
son père; de la gauche il tient un autre bouquet. 

« Il arrive en bienvenu avec le symbole de vie, dit l'ins- 
cription', son fils qu'il aime, la demeure de son cœur, aimé 
du Seigneur de la double terre, Amou, qui dit : « A ta per- 
sonne le symbole de vie. » De son côté, il se réjouit à voir les 
bonnes fleurs, à en respirer [le parfum], le noble seigneur 
qui suit le roi du midi [le soleil] dans ses voyages aux régions 
du midi et du nord. . . Amenemhabi, makhérou^. » 

Ce n'est pas un simple lotus, c'est tout un bouquet 
que le fils d'Amenemhabi lui offre ; l'hommage d'une 
fleur unique de lotus ou de papyrus ne tarda pas à 
paraître trop humble ; on en réunit deux ou trois en- 
semble*. Mais ce ne fut bientôt pas assez ; on y joignit 
quelques-unes des fieurs qui croissaient spontanément 
dans la vallée du Nil ou qui furent cultivées dans les 
jardins égyptiens, surtout à l'époque des Ptolémées, 



1. Philippe Virey. Tombeau d'Ametiemheb. (Mémoires, t. V, 
fasc. 2, p. 251. 

2. Philippe Virey. op. laud., p. 251. 

3. Le « justifié ». 

-i. ChampoUion. Monuments, t. II, pi. CIX, t. — Lepsius, 
Denhniiler, t. VII, pi. 235. Abd-el-dournali, tombe 18. 

I. 19 



290 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

tel que le perséa et l'olivier', le laurier, le myrte et le 
jasmin, le coquelicot, la giroflée, la mauve à feuilles 
de figuier, l'épilobe velu, le chrysanthème à couromies, 
le bluet oriental, la conyse de Dioscoride, la cresse de 
Crète, des convolvulus, l'héliotrope de Nubie, la mar- 
jolaine, la célosie argentée, le narcisse tazzette, l'iris 
de Sibérie, etc. " 

On eut ainsi des bouquets remarquables par l'éclat 
et la variété des couleurs, non moins que par l'art avec 
lequel ils étaient composés. Tels sont ceux qu'on voit 
sur les peintures d'Abd-el-Gournah ou du temple de 
Khonsou à Karnak (XXP dynastie)^; tels sont en 
particulier les bouquets que Prisse d'Avenues a repro- 
duits^ d'après la peinture d'un hypogée thébain con- 
temporain de la XIX° dynastie. 

Le premier se compose de trois papyrus, dont les 
ombelles épanouies forment le sommet et dont les tiges 
traversent des corolles de fleurs de papavéracées al- 
ternativement purpurines et bleues, accompagnées de 
fleurs de composées, elles aussi rouges ou bleues — 
peut-être des bluets et des fleurs de carthame — ainsi 
que de ces boutons ou ovaires qu'on rencontre fré- 
quemment à l'extrémité de tiges nues, émergeant de 
touffes de feuilles longuement lancéolées. Le second 
est formé d'une ombelle de papyrus, du centre de la- 
quelle sortent deux fleurs et un bouton idéalisé de lo- 
tus, et sa tige traverse huit fleurs de lotus, aux pétales 



1. G. Schweinfurth, Boianische Jahrbûcher ,i. VIII (an. 1886), 
p. 7. Tombeaux de Gébéleïn et de Drah-Abou'I-Neggali. 

2. Flinders Pétrie, Jfaivara, Biahmu and Arsinol', p. 57. — 
Kahwi, Gurob and Ilawara, p. 46-47. 

3. Lepsiu.s, Denkmdler, t. IV, p. 69 et t. VIII, pi. 247. 

4. Histoire de Vart égyptien. Atlas, t. II, pL 68, n°* 1' et 2. 



ij:s plant[:s dans le culte. 291 

bleus et blancs, accompagnées de fleurs composées 
bleues etrougeset de boutons ovoïdes apointis, comme 
dans le bouquet précédent. 

Ce n'étaient pas seulement des fleurs et des bouquets 
qu'on offrait aux morts, on leur offrait aussi des cou- 
ronnes et des guirlandes. On en trouve dans les tombes 
des époques les plus diverses, mais on les a rencontrées 
surtout à partir do la XVIIP dynastie. La découverte de 
guirlandes funéraires dans les tombes des pharaons de 
cette dynastie, Ramsès II, Amenhotpou I" et Ahmès I", 
à Deir-el-Bahari, a permis de connaître mieux qu'on ne 
le savait cet usage des anciens Égyptiens'. Les guir- 
landes de Ramsès paraissent avoir été renouvelées sous 
la XX^ dynastie, alors qu'un pharaon de cette époque fit 
refaire à son grand prédécesseur un cercueil nouveau " ; 
elles sont formées de feuilles pliées, entières ou déchi- 
rées en deux parties, de Mmmsops Schimperi Hochst. '; 
elles servent comme d'agrafes, dit M. Schweinfurth, 
aux pétales et aux sépales du lotus bleu et le tout est 
disposé autour de fibres tirées des feuilles du dattier, 
fendues et cousues ensemble. Les pétales du lotus bleu 
ont, dans quelques-unes de ces guirlandes, fait place à 
celles du lotus blanc. Outre ces guirlandes, il y avait, 
soit à côté de la momie, soit fixées entre les bandelettes 
extérieures qui l'enserraient, des fleurs entières de 
Nijinphaea caerulea avec leurs pédoncules longs de 

1. G. Schweinfurth, De la Flore pharaonique. {Bulletin de 
VInslitiit égyptien, n" 3 (an. 1882), p. 60-75.) 

2. G. Maspero, Bapport sur la trouvaille de Deir-el liahari. 
{Bulletin de r Institut ('gi/plien, n" 1 (an. 1880), p. l'i. 

3. M. Maspero a également trouvé à Gébéleïn des fragments 
d'anciennes couronnes formées de rameaux du même arbuste, 
mêlées à des branches d'olivier. Bulletin iv 6 (an. 1885), 
p. 263. 



292 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

cinquante centimètres. Les guirlandes se croisaient sur 
la poitrine en plusieurs rangs semi-concentriques. 

Les guirlandes du cercueil d'Ahmès P'" étaient d'une 
composition tout aijtre que celles de Ramsès II'; elles 
étaient formées, les unes de feuilles de saule avec des 
fleurs de pied d'alouette oriental et de la sesbanie d'E- 
gypte, les autres de pétales de lotus et de mauve à 
feuilles de figuier, retenus par des feuilles de saule 
soigneusement cousues ensemble. Dans quelques-unes 
des guirlandes d'Amenliotpou, des fleurs d'acacia du 
Nil et de carthame ont été substituées à celles de 
mauve et de dauphinelle". Théophraste avait déjà 
mentionné' l'emploi des fleurs d'acacia dans la confec- 
tion des couronnes. 

Dans un autre cercueil de la nécropole de Deir-el- 
Bahari, celui de la princesse Nesi-Khonsou de la XXI° 
dynastie, se trouvaient des guirlandes d'une composi- 
tion différente'; des feuilles de saule en faisaient 
encore la base, mais les fleurs qui composaient les 
guirlandes des pharaons de la XVIIP dynastie ont fait 
place aux fleurs de la picride à feuilles de corne de 
cerf, du coquelicot et de la centaurée déprimée — le 
bluet oriental. — Sur les yeux et la bouche de la momie 
étaient collées des pelures du bulbe d'une espèce de 
Crinimi, T^ent-èire iejuccaefoliimi, belle plante d'Abys- 
sinie à fleurs blanches rayées de rouge ^ 

M. Schiaparelli a découvert aussi, à Drah-Abou'l- 
Neggah, des guirlandes composées de feuilles de Mimu- 

1. Bulletin n" 3 (an. 1882), p. 68. 

2. Bulletin n° 3 (an. 1882), p. 70. 

3. Ilisloria plantarum, lib. IV, cap. 2, 8. 

4. Bulletin w 3 (an. 1882), p. 72. 

5. G. Schweinfarth, Sur les dernièrea troiwailles botaniques. 
{Bulletin iv> 7 (an. 1886), p. 427-29.) 



LI-:S l'LANTKS DANS LK CILTE. 293 

sops et de capitules de bluet oriental, et il a trouvé, 
dans une tombe déjà ouverte de Slieikh Abd-el-Gour- 
nah, un fragment de guirlande faite de feuilles du saule 
égyptien et de fleurs de carthame. A Drah-Abou'1-Neg- 
gah il a rencontré également plusieurs capitules du 
chrysanthème à couronnes, plante méditerranéenne, 
qu'on retrouve dans les guirlandes de l'époque gréco- 
romaine, ainsi que cinq fleurs de Sphaeranthes sua- 
veolens DC, composée commune dans les lieux humides 
de la Basse-Egypte '. L'égyptologue italien a découvert 
encore à Drah-Abou'1-Neggah dans un puits de tombe, 
de l'époque ptolémaïque, il est vrai, des rameaux de 
patience à feuilles dentées [Rumex dentatus L.)". 

Il est vraisemblable que cette plante avait servi à 
envelopper une momie ; celle de Kent, contemporain de 
la XX* dynastie, découverte par M. Maspero', était 
complètement entourée de branches de sycomore ; au- 
tour du cou se trouvait aussi une espèce de guirlande 
composée de grains d'orge germes, réunis ensemble à 
l'aide de leurs racines. Sur la poitrine était en même 
temps placée en demi-cercle une guirlande faite de 
feuilles et de rameaux fleuris de céleri sauvage, avec 
des pétales et des fleurs naines de lotus bleu, tressés 
ensemble à l'aide de fibres de papyrus. La momie re- 
posait couchée sur un lit de branches de tamaris du 
Nil. 11 existe au musée de Leyde des débris de couronnes 
contemporaines, peut-être de la XXV* ou de laXXVP 



1. G. Schweinfurth, Les dernières découvertes botaniques. 
{Bulletin n" 6 (an. 1885), p. 270, 271 et 272.) 

2. Bulletin w 6 (an. 1885), p. 272. 

:j. Bulletin n" 6 (an. 1885), p. 278-283. — G. Schweinfurth, 
Die letzlen bolanischen Enldcchungen. {Bolanischc Jahr- 
hiicher, t. VIII (an. 1886), p. 13.) 



29i LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

dynastie et qui, au lieu d'être, comme les guirlandes 
de Gébéleïn et de Drah-Abou'1-Neggah, formées de 
feuilles de saule et de Mimusops, ont été faites avec 
des feuilles d'olivier et d'une espèce de laurier'. 

Ainsi les végétaux les plus divers entraient succes- 
sivement dans la composition des couronnes égyp- 
tiennes ; mais la manière de les faire était toujours à 
peu près la même. On coupait, dit M. Pieyte^ dans 
une feuille de palmier doum, une petite bande d'envi- 
ron trois millimètres de largeur, mais aussi longue 
que possible ; on prenait ensuite une feuille de mimu- 
sops, de saule ou d'olivier, que l'on pliait en deux, 
puis on posait dessus un pétale denj^mphéa ou, suivant 
le cas, une fleur d'acacia, de chrysanthème, de pied 
d'alouette, de bluet ou de mauve; on agrafait le tout à 
la bande de feuille de palmier, et on réunissait les 
deux bouts de celle-ci au moyen d'un bouton ou d'un 
nœud, orné parfois d'une fleur de lotus bleu, qui retom- 
bait sur le front de la momie. 

Ces couronnes étaient l'emblème de la justilication 
du défunt'^; on les plaçait sur sa tète, quand Osiris 
l'avait jugé digne d'entrer dans les champs d'Ialou. 

« Ton frère Toum a tressé pour toi cette belle couronne de 
la justice '% ce fronteau vivant, aimé de tous les dieux; tu vis 
pour l'éternité. Osiris, résident de l'ouest, a proclamé ta parole 
comme vérité contre tes ennemis... Osiris, le résident de 
l'ouest, a réuni les dieux du monde inférieur et supérieur. . . 
pour proclamer juste Osiris le défunt, devant ses ennemis. » 

Ainsi les plantes, sous des formes diverses, figurent 

1. W. Plej'te, La couronne de la jiisliflcaiion, p. 5-6. 

2. Op. laïuL, p. 17. 

3. W. Pleyte, op. laud., p. 7-8. 

4. Le livre des morts, chap. xix. 



LES PLANTES DANS LE CULTE. 295 

à chaque instant dans le culte des morts ; elles les 
accompagnaient dans l'autre vie, image de la vie d'ici- 
bas ; leur double les retrouvait dans les champs d'Ialou, 
et pour qu'il ne fût pas privé de ce voisinage charmant, 
un jardin était parfois, semble-t-il, disposé près de la 
tombe'; d'ailleurs il lui était loisible devenir, dans son 
ancien jardin, se divertir « à regarder tous les végé- 
taux », prendre le frais à l'ombre de ses arbres ou sur le 
réservoir qui s'y trouvait \ C'est ainsi qu'une peinture 
du tombeau de Rekhmara nous montre, symbole de ces 
réjouissances surnaturelles, le seigneur égyptien se 
reposant, à l'abri du soleil, dans la cabine d'une barque 
de plaisance sur les eaux tranquilles d'un étang couvert 
de lotus'. Et quand, plus loin, « afin de faire un jour 
heureux, pendant qu'il est sur terre », il préside au 
festin préparé pour sa visite parmi les vivants, ce sont 
encore les plantes et les fleurs qui font sa principale 
joie. 

« On te présente, lui dit son fils, ainsi qu'à sa mère Mirit^, 
les fleurs de lotus qui surgissent sur l'étang de ton jardin... 
C'est pour toi qu'il porte en présent tous les fruits et tous les 
légumes qui sont en lui ; sois approvisionné de ses produits ; 
sois dans l'abondance avec ses provisions. Jouis de sa verdure; 
rafraîchis-toi à l'ombre de ses arbres ; fais- y ce qu'aime ton 
double pour le temps et pour l'éternité. » 

Le rôle joué dans la vie religieuse des Égyptiens 
par les fleurs et les jardins, le caractère sacré des 



1. Perrot et Chipiez, Ilinloire de Vart, t. I, p. 306. 

2. Philippe Virey, Le tombeau de Khem. (Mémoires, t. V, 
fasc. 2, p. 367.) 

3. Philippe Virey, Le tombeau de Rekhmara. (Mémoires, 
t. V, p. 156, fasc. i, pi. XXXVIII.) 

4. Philippe Virey, op. laud., p. 160, 



296 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

arbres, expliquent le soin qu'ils mettaient à en en- 
tourer leurs villas et les temples. Parmi les dons, si 
riches et vraiment innombrables faits par Ramsès III 
aux dieux de Thèbes, d'Héliopolis et de Memphis, 
figurent, outre des vignes, des domaines entiers, avec 
leurs viviers et leurs champs, qui pouvaient servir à 
l'entretien des prêtres et des temples, des plantations 
d'arbres, faites en l'honneur de ces divinités et des 
jardins qu'il leur abandonnait par un véritable contrat. 

« J'ai planté, dit le pharaon dans la charte où il énumère 
les dons faits au dieu de Thèbes', ta ville d'arbres, d'arbustes 
et de fleurs agréables à respirer, un vaste domaine dans la 
ville du nord... [il est] pourvu de vastes jardins, de prome- 
nades avec des arbres de toutes sortes, des dattiers avec leurs 
fruits. » 

Et ailleurs dans l'énumération des dons faits au 
dieu d'Héliopolis ~ : 

« J'ai relevé les murs de la maison d'Horus... J'ai fait ar- 
ranger le magnifique bosquet qui est à l'intérieur. » 

Et s'adressant au dieu de Memphis'^ : 

« J'ai planté dans ta grande et superbe demeure des oliviers, 
des arbres à encens... que mon bras a rapporté de la terre 
sainte — le Pount — pour les consacrer chaque matin à ta 
magnificence. » 

Tous les temples étaient accompagnés de bois sacrés, 
remplis d'un certain nombre d'espèces arborescentes. 



t. Aug. Eisenlohr, Ans dem grossen Papyrus Harris . 
pi. \\\\.{Zeilsclirifl fin- aegyptische Sprac/w. t. XI (an. 1873), 
p. 54.) 

2. Ihid., pi. XXi.X. Zcilschrifl, t. XI, p. 100. 

3. Ihid., pi. XLIX. Zciisrinifl, t. XI. p. 155. 






LKS PLANTES DANS [,K CULTE. 297 

Hérodote^ parle d'un bois de palmiers, qui se trouvait 
auprès du temple de Persée — Khem — dans la ville 
de Kliemnis. 11 avait dû en voir d'autres. Il y avait 
lin bois sacré en particulier dans l'enceinte du sanc- 
tuaire de chacun des quarante-deux nomes entre les- 
quels était divisée l'Egypte. 

Un texte précieux, gravé sur la base des murailles 
extérieures du sanctuaire d'Edfou, mentionne avec le 
nom de la divinité principale de chacun des nomes, de 
leur capitale, de leur relique particulière, etc., les 
noms des arbres sacrés plantés dans le bocage qui les 
entourait". Il résulte de la comparaison de ces listes — 
deux ont été détruites — que l'arbre shcnt — Acacia 
nilotica — était planté dans vingt-quatre nomes, l'arbre 
asht — le Balanites — dans dix-sept^ le nebs ou nou- 
bsoîi — le sébestier — , dans seize, l'arbre inconnu 
qrbSy dans trois seulement, l'incertain am, le ncha — 
le sycomore — et l'indéterminé nrou — dans deux, 
enfin Vase?' — le tamaris — le douteux temai \q shen.d 
« le grand arbre », rien que dans un. 

La charte de fondation du temple d'Hàthor à Den- 
dérah^ fait également mention de quatre jardins sacrés 
ou d'un seul jardin divisé en quatre sections, dési- 
gnées chacune par l'arbre ou les arbres qui y étaient 
plantés; c'était'' Va?nA'asht, le shent — l'acacia du 
Nil — , le ther — le saule safsaf, — le ncha — le syco- 
more, — le qebs, dans lequel Mariette a vu à tort un 



1. Ilislon'ae. lib, II, cap. 91. 

2. Charles Moldenke, Die nlliigyptischen liHume. p. 9-10. 

3. Aug. Mariette, Dewli'-rah. Description gem-rale, p. 89-90. 
'i. Dûmichen, /himirbiiide von den TempelanUKjeit von 

De/ulera. j)l. \'I1I, ap. Moldonke, op. land.. p. 17. 



298 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

palmier *, le marna ou doum et le /e;??, avec l'arbre ^m/zM, 
espèce ou variété de figuier, qui était à Dendérali 
l'objet d'un culte particulier. Il en était de même du 
saule ; sur un des bas-reliefs du même temple, on voit 
le roi consacrer un saule à Hâthor et à Hor-Hout^ 



IV. 

On vient de voir quelle place considérable les of- 
frandes tirées du règne végétal occupaient dans le 
culte égyptien ; mais les plantes ne figuraient pas uni- 
quement, sous leur forme naturelle, dans les céré- 
monies religieuses ; leurs produits y jouèrent un rôle 
non moins important, les peintures pharaoniques nous 
le montrent ^ sous forme de libations et de fumigations. 

On faisait les libations avec du vin, de la bière, des 
huiles ou des essences parfumées, tel que « l'extrait 
surfin de styrax », fabriqué « pour parfumer Hâthor 
de l'odeur que donne son eau'' ». On répandait d'ordi- 
naire ces liquides sur les offrandes elles-mêmes, par- 
fois aussi, sur une espèce d'autel en pierre, en granit 
ou en basalte, destiné à cet effet. On versait encore de 
l'huile ou des parfums sur la tête de la momie, avant 
de la placer dans la niche où elle était conservée ^ 
C'était à la fois un hommage rendu au niort et un 
moyen de conservation de sa dépouille dernière, sinon 
un symbole de vie. 

1. Dcndi'vah. Description générale, p. 90. 

2. A. Mariette, Dendérali, p. 136. Atlas, t. I, pi. 24. 

3. Wilkinson, op. Inud., t. III, pi. LXVI et LXVII. 

4. Victor Loret, Études de droguerie éguplienne. Paris, 
189i, in-4, I, p. 2. 

5. Wilkinson. op. laud., t. III, p. 423, 429, 430 et 431. 



LES PLANTES IJANS LE CLLTE. 299 

Les onctions paraissent avoir eu la même significa- 
tion ; on les faisait avec de l'huile renfermée dans des 
vases d'une matière précieuse et parfumée avec des 
aromates particuliers. Une inscription du temple 
d'Edfou parle des 14 aromates ant et des 8 aromates 
ab, X sortis des 3'eux de Rà et d'Horus, et qui servaient 
à préparer l'huile sacrée, dont le parfum donne aux 
membres des dieux une force nouvelle' ». Le moment 
venu, le prêtre ou le roi trempait l'annulaire ou le petit 
doigt dans une de ces huiles saintes et le passait ensuite 
respectueusement sur l'effigie du dieu ou du mort 
qu'on voulait honorer. C'est ainsi qu'une sculpture nous 
montre Séti P' oignant la tête du dieu Khem ^ « Il 
répand l'huile », dit l'inscription qui l'accompagne, 
" afin qu'il devienne un dispensateur de la vie ». 
D'autres fois les libations et les onctions semblent avoir 
été un emblème de purification. Sur une peinture de 
Derri^ qui représente Horus et Thot de Hat, faisant 
une libation sur la tète d'Araenhotpou II, on lit ces 
mots : « Tu es pur et pur tu resteras ». « Je t'ai oint 
les yeux, fait dire à l'Horus défunt une inscription du 
tombeau de Pétaménap '', je t'ai oint le front avec l'huile 

préparée par la déesse Sokhit Tu triompheras, tu 

ceindras, au milieu des Dieux, la couronne souveraine ». 

Après les libations, ou en même temps qu'elles, pre- 
naient place les fumigations ; une des pratiques les plus 



1. Dûmichen, Der Grahpalast des Patuamenap in der The- 
banischen Nekropolis. Leipzig, 1885, in-fol. t. II, p. 13. 

2. Wilkinson. op. laud., t. III, pi. LXII, 2. 

3. Champollion, Monumenls, t. I, pi. XLIl. — Roselliiii. 
Mo)iumenti, t. III. pi. \'II. — Wilkinson. op. laud.. t. III, 
pi. LVII. 1. 

4. Diimichen, op. laud.. t. II. p. 19. 



300 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

anciennes du culte égyptien, elles s'adressaient égale- 
ment à toutes les divinités et sans elles il n'y avait 
point de cérémonie religieuse complète. Dans les 
représentations des fêtes données en l'honneur des 
dieux ou des morts, qu'on rencontre si souvent sur les 
murs des temples ou des hypogées \ on voit l'hiéro- 
phante, tenant de la main gauche le brûle-parfum, et 
jetant de la droite, sur le feu qu'il renferme, des 
balles ou des pastilles d'encens. Au lieu du chef des 
prêtres, c'était le roi parfois qui remplissait cet office, 
debout devant la statue du dieu qu'il invoquait ou dont 
il réclamait une faveur. Quelquefois aussi, il faisait 
en même temps une libation, soit seul, soit en com- 
pagnie de la reine ou de son fils. C'est ainsi que Ram- 
sès II et son fils sont représentés deux fois sur une 
peinture du Sérapeum, faisant des libations devant un 
Apis de forme humaine ^ Sur un bas-relief du temple 
d'Ibsamboul on voit le pharaon qui brûle de l'encens, 
tout en faisant une libation, tandis que la reine agite 
les sistres sacrés '\ 

Si les peintures pharaoniques nous montrent com- 
ment se faisaient les fumigations sacrées, elles ne 
nous apprennent pas quelle était la nature des balles 
ou des pastilles qu'on y brûlait. Sans doute elles étaient 
de nature variable. Tantôt elles étaient formées d'en- 
cens — anti — et de sesnombreuses variétés, d'autres 
fois de quelque autre gomme-résine, telle que la 
myrrhe, ou peut-être le mastic, enfin d'un aromate 



1. Wilkinson, op. Icwd., 1. 1, p. 183 et t. III, pi. LX et LXVII, 
p. 398 et 399. 

2. A. Mariette, Le Sérapeum de Memphis.V-àY\'i, X^bl ,\n-îo\., 
p. 13 et pi. 8. 

3. Wilkinson, 0/;. laud., t. III. pi. LXV, 8. 



LES PLANTES DANS LES FÊTES PROFANES. 301 

composé. Plutarque dit' que les Egyptiens brûlaient 
de la résine au lever du jour, de la myrrhe à midi, et, 
au coucher du soleil, du kypJii, aromate dans la com- 
position duquel entraient seize ingrédients divers. 



V. 



L'emploi des fleurs et des aromates n'était pas ex- 
clusivement réservé au culte des dieux ou des morts, 
on s'en servait également dans les fêtes profanes et 
dans les usages ordinaires de la vie. Pour les Égyp- 
tiens, comme pour tous les Orientaux, les parfums 
étaient à la fois une satisfaction et un besoin. Ils brû- 
laient du kyphi'^ pour parfumer leurs maisons et leurs 
vêtements; ils aimaient à s'oindre le corps et en parti- 
culier la tète d'huiles parfumées. « lisse réjouissaient, 
dit un ancien texte '*, quand leur main était pleine des 
fleurs de leurs jardins » ; ils en aimaient la vue et en 
recherchaient l'agréable senteur. Les femmes se pa- 
raient de fleurs la tête et le sein. 

Les peintures pharaoniques^ nous montrent les 
dames égyptiennes se faisant oindre par leurs femmes 
la chevelure d'essences précieuses et couronner de 
guirlandes de fleurs. Une inscription du tombeau de 
Thoutmès IIP parle de « guerriers, qui s'oignent 
d'huiles, comme on a coutume de le faire les jours 

1. De Isxde et Osiride, cap. 80 et 81. 

2. Dûmichen, Papyrus Ebers, p. 19. 

3. Papijrus de Boulaq, 19, 3. 

4. Hypogées thébains. Pri.sse d'Avennes, Monument êgi/p- 
tiens, Oas-reliefs, peintures, inscriptions. Paris, 1847, in-t'ol., 
pi. XLV. 

5. brugsch-Bey, G esc lii dite des altvn Aegi/ptens, p. 308. 



302 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

de fête dans la terre d'Egypte ». Cet usage n'était 
pas nouveau ; il remontait à une haute antiquité. « Je 
me parfumai d'essences aussi libéralement que si je 
versais l'eau de mes citernes», dit Amenenihat I, le 
fondateur do la XIP dynastie, dans ses Instructions à 
son fils\ « Fais un jour heureux », chante le joueur 
deharpe^ « qu'il y ait toujours des parfums et des 
essences pour tonnez, des guirlandes et des lotus pour 
les épaules et la gorge de ta sœur chérie ». Dans les 
conseils et les reproches adressés par le chef des ar- 
chivistes Amen-em-ant au scribe Pentaour, celui-ci est 
représenté se livrant à l'indolence, « assis, oint d'es- 
sence, une guirlande de fleurs au cou'' ». Et un scribe 
égyptien, dans la description qu'il fait de la ville de 
Ramsès-Aanakhtou, fondée par Rhamsès II à l'Orient 
du Delta\ nous en montre les habitants « de l'huile 
parfumée sur la tête, debout sur leurs portes, les mains 
chargées de bouquets, de rameaux verts du bourg de 
Pâ-Hâthor, de guirlandes du boarg de Fahour, au 
jour d'entrée de Pharaon ». 

Les fleurs, on le voit, étaient un symbole de joie et 
une marque d'allégresse ; aussi figuraient-elles, avec 
les parfums, dans toutes les réunions. Après les avoir 
oints d'essences et d'huiles de senteur, on parait de 
guirlandes de fleurs tous les invités.' On off"rait des 
bouquets aux dames à leur arrivée et, au moment où 

1. Papyrus Sallier, n° 2, pi. I, ap. Maspero, Histoire 
ancienne, t. I, p. 466. 

2. G. Maspero, Eludes égypliennes, p. 174. — Ludw. Stem, 
Das Lied des Ilnrfners. {Zeitschrifl, t. XI (an. 1873), p. 60). 

3. G. Maspero, Du genre épislolaire chez les Eriypliens de 
Vépoque pharctonique. Paris, 1872, in-8, p. 33. 

4. G. Maspero, Histoire ancienne, éd. in-12, p. 229. — 
Du genre épistolnire, p. 105. 



LES PLANTES DANS LES FÊTES PROFANES. 303 

elles entraient dans la salle des fêtes, elles recevaient 
une fleur de lotus qu'elles devaient garder à la main 
durant toute la réunion'; on leur donnait aussi des 
couronnes de lotus bleus ou blancs, entremêlés de bou- 
tons dressés, avec une fleur ouverte à chacun des deux 
nœuds ', celle de devant, disposée de manière à pendre 
sur le frorft. D'autres fois elles avaient pour coiffure 
un bandeau orné de pétales de lotus avec un bouton 
de cette fleur attaché par derrière et retombant sur 
le front. 

Une des peintures du tombeau de Rekhmara nous 
fait assister à une réception de ce genre. On y voit'* 
trois dames assises sur une natte, une fleur de lotus 
à la main; une servante les pare de colliers, tandis 
qu'une autre leur off're des rafraîchissements; plus loin 
deux autres servantes sont également occupées à la 
parure d'une quatrième dame ; l'une soulève sa cheve- 
lure, pour que la seconde puisse lui attacher autour 
du cou une guirlande de Heurs, qu'elle vient de prendre 
sur une table placée derrière elle. Ailleurs deux autres 
servantes encore apportent des colliers de fleurs pour 
deux dames déjà parées de couronnes. 



1. ChampoUion, Monuments, t. II, pi. 187. — \\'ilkinson, 
op. laud., t. 1, p. 424, 426 et 427, n°^ 190, 201 et 204. 

2. Couronnes des ûlles de Tahoutihotpou sur une peinture 
du tombeau de ce prince. Archaeological Survey of Egypt. 
El Derseh. The tomb of Tehuli-IIetep by Percy E. Newberry. 
London, 1894, in-4. D'autres fois, les dames égyptiennes avaient 
pour coiffure un bandeau orné de pétales de lotus avec un 
bouton de cette fleur attaché par derrière et retombant sur le 
front. Nécropole de Thèbes. Prisse d'Avennes, Monuments 
égyptiens, pi. XLIV. 

3. Philippe Virey, Mémoires de la mission française nu 
Caire, t. V. fasc. 1. p. 160-Hil, pi. XLI. — Champolfion, Mo- 
numents, t. II. pi. 187. 



CHAPITRE VIII. 

LES PLANTES DANS LA PHARMACOPEE ET LA PARFUMERIE 
ÉGYPTIENNES. LES AROMATES ET LEURS USAGES. 



Pour les Égyptiens comme pour les autres nations 
de l'ancien Orient — il en est encore de même chez 
tous les peuples primitifs — les maladies n'étaient 
pas la conséquence fatale de la fragilité même de la 
nature humaine ; elles avaient une cause tout autre 
et surnaturelle ; elles étaient l'œuvre de génies mal- 
faisants ; aussi ne pouvait-on les guérir qu'avec le 
secours des Dieux V Les prières que leur adressait le 
patient étaient le moyen le plus sûr de triompher du 
mal dont il souffrait, et les remèdes qui lui étaient 
prescrits ne devaient leur efficacité qu'aux incantations 
magiques qui avaient accompagné leur préparation 
et qu'on récitait au moment où ils lui étaient admi- 
nistrés. Cette conception explique le caractère surna- 
turel que prit la médecine dans l'Egypte ancienne" ; 



1. Salvatore di Renzi, Storia délia medicina. Napoli, 1849, 
in-8, t. I, p. 46. — G. Maspero, Ilisloire ancienne, t. I, p. 212. 

2. Aux pages 46 et 47 du Papyrus Ebers, sont mentionnés 
cinq remèdes, deux que Rà et Shou avaient faits pour eux- 



LES PLANTRS DANS LA PIL\RMACOPEE. 305 

qu('-l([ii('S-unes de ses recettes étaient" attribuées aux 
plus grands dieux du Panthéon pharaonique ; Thot, 
l'inventeur des arts, en avait donné les premiers 
préceptes, et c'étaient ses disciples — prêtres et 
magiciens — qui en étaient les dépositaires et avaient 
pour mission de les appliquer. 

L'origine divine, qui lui était assignée, montre 
déjà l'antiquité de la thérapeutique en Egypte ; la 
tradition la faisait remonter aux premiers temps de 
son histoire. Manéthon rapporte ' que le fils de Menés, 
Téti — l'Athôtis des Grecs — , qui « était médecin », 
av^ait écrit un traité d'anatomie ; aussi, parfois, ce 
prince a-t-il été représenté sous la figure d'un ibis, 
emblème du dieu Thot. Un autre pharaon de la 
troisième dynastie, Nibka — Tosorthros — , mérita 
par ses connaissances médicales d'être identifié avec 
Esculape ". Le nombre et la variété des procédés 
thérapeutiques- des Égyptiens, l'emploi qu'ils faisaient 
des incantations magiques, frappèrent d'étonnement 
les peuples étrangers, qui entrèrent en relations 
avec eux. L'Egypte apparut aux Grecs, en particu- 
lier, comme une terre des merveilles, remplie de 
plantes vénéneuses ou salutaires et dont chaque 
habitant, rapporte Homère, était un médecin habile, 
« car ils étaient de la race de Péan^ » Hérodote fut 
frappé du soin que les Égyptiens prenaient de leur 

mêmes et trois autres que Sibou, Nouit et Isis avaient composés 
pour Râ. 

1. Kd. Car. Mûller. (Fragmenta hisloricorum graecorum. 
Parisiis, 1853, t. II, p. 539.) 

2. II. Brugsch, Ueber die medicinUchen Kennlnisse der 
allen Aeggpler. (Allgcmeine Monalschrift fiir Wissenscha/'l 
und Literalur. Braunschweig, 1853, p. 44.) 

3. Odyssée, cliant \\, v. 229-232. 

1. 20 



306 LES PLVNTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

santé et du grand nombre de médecins, « qui abon- 
daient entons lieux ' ». Ces témoignages, qu'elle qu'en 
soit l'incertitude, n'en sont pas moins une preuve du 
développement que l'art de guérir avait pris dès 
longtemps dans la vallée du Nil ^ ; aussi ne doit-on 
pas être surpris que les Grecs aient emprunté plus 
d'un remède à la pharmacopée égyptienne''. 

Les papyrus médicaux découverts ou étudiés depuis 
un demi-siècle nous permettent de nous faire une idée 
de ce qu'était la médecine des sujets des pharaons et 
des procédés auxquels elle avait recours. Les deux 
plus considérables qui soient connus ^, — un troisième 
non moins important, le papyrus médical du British 
Muséum, n'a point encore été publié' — sont le 
Papyrus Ebers et le Papyrus de Berlin. Ce dernier, 
découvert à Saqqarah par l'égyptologue Passalacqua 
et le premier qui ait été publié, date de la XIX° dy- 
nastie et paraît avoir été écrit sous le règne de 
Ramsès II, vers l'an 1350 avant notre ère ; mais cer- 
taines parties sont beaucoup plus anciennes et re- 
montent peut-être à l'époque des Pharaons construc- 
teurs des pyramides ^ Remarquable par son ancien- 



1. Hisloriae, lib. II, cap. 84. 

2. Clément d'Alexandrie, Stromata, lib. VI, cap. 4, 37, 
parle d'un traité hermétique de médecine égyptienne en six 
livres, dont malheureusement nous ne connaissons rien. 

3. M. S. Houdart, Histoire de la médecine grecque depuis 
Esculape jusqu'à Ilippocrate exclusivement. Paris, 1856, in-8, 
p. 89. — J. Berendes, Die Pharmacie bei den allen Cullur- 
volkern. Halle, 1890, in-8, t. I, p. 60. 

4. Je ne parle pas des fragments d'un papyrus médical de 
Leyde, à cause de leur peu d'importance. 

5. S. Birch, Médical Papyrus xvilh Ihe name of Cheops. 
{Zeilschrift fiir aegyptische Sprache, t. IX (an. 1871), p. 61-64.) 

6. II. Brugsch, Ueber die medicinischen Kenntnisse der 



LES PLANTES DANS LA PnAHMACOl'ÉE. 307 

neté, ce recueil l'est encore par le grand nombre de 
recettes qu'il donne pour les maladies les plus diverses. 
M. Chabas n'en a pas compté moins de cent soixante- 
dix ' ; mais les noms de la plupart des remèdes 
végétaux qu'elles prescrivent nous sont inconnus^ et 
le traité manque souvent de clarté; aussi, malgré 
son étendue, ne nous initie-t-il qu'imparfaitement à la 
connaissance de la pharmacopée égyptienne. Il n'en 
est pas de même du Papyrus Ebers dont la compo- 
sition offre, du reste, la plus grande ressemblance avec 
celle du Papyrus de Berlin. 

Rapporté d'Egypte, pendant l'hiver 1872-73, par 
l'égyptologue dont il porte le nom, annoncé aussitôt 
au monde savant* et publié in extenso peu après*, 
le Papyrus Ebers nous offre le manuel le plus complet 
de la thérapeutique égyptienne. C'est, comme le titre 
l'indique, un livre de la préparation des remèdes pour 
toutes les parties du corps. Il fut écrit au milieu du 
xvi' siècle avant notre ère"' ; mais plusieurs des traités 



olten Aeçiypler, p. i9. — Id., Notice raisonnée d'un traité 
médical datant du XIV" siècle avant notre ère. Leipzig, 1863, 
p. 2 et 13. 

1. La médecine des anciens Égyptiens. (Mélanges éggpto- 
logiques. Châlon-surSaône, 1861, in-8, t. I, p. 56.) — Brugsch, 
Notice raisonnée, p. 5, parle d'une cinquantaine d'herbes et 
de neuf espèces de différents arbres. 

2. Tel que le bois de slid, l'herbe aau. l'herbe asht, l'herbe 
haka ; mais on y retrouve aussi les fruits du jujubier, l'huile 
de moringa, non identifiés d'ailleurs par Chabas. 

3. Zeitschrift fin- aegyptische Sprache, t. XI (an. 1873), 
p. 41-'i6. 

4. Georg I-lbers. Dus hermetisc/te liuch iiljerdie Arzneimittel 
der alten Aeggpter in hieralischer Schrifl. Leipzig, 1875, 
2 vol. in-fol. 

5. L'an 1552. G. Lbers, Das Uermetische liur/i. p. 9, 2. — 



308 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

qui y sont résumés sont d'une date bien autrement 
reculée ; il peut donc être considéré dans son ensemble 
comme le manuel de thérapeutique le plus ancien et 
le plus complet que l'on connaisse ; grâce à lui, nous 
savons ce qu'était l'art de guérir dans le pays des 
Pharaons et ce qu'il y resta jusqu'à la conquête 
grecque. 

Trouvé dans une cassette à Sekhem, aux pieds d'une 
statue d'Anubis, comme on lit à la page 103 \ et porté 
au roi de la Haute et de la Basse-Egypte, Sa Majesté 
Housapaiti — Ousaphaïs — ce précieux et antique 
papyrus s'ouvre par un préambule solennel sur son 
origine prétendue divine et sur l'utilité des recettes 
qu'il renferme, recettes dictées par le « maître de 
l'univers lui-même pour écarter des dieux et des 
hommes toute espèce de maladie. » 

a II a été pris de compassion Râ et il a dit ^ : « Je le pro- 
tège contre ses ennemis; son guide est Thot, qui lui a donné 
la parole ; il inspire les livres, il donne aux amis de l'étude 
et aux médecins qui le suivent la science de guérir. Qui aime 
Dieu, Dieu le fera vivre. Je suis un homme qui aime Dieu, 
Dieu me fera vivre. » 

Puis vient une iilcantation, qui, prononcée pendant 
la préparation des médicaments, devait assurer la 
gnérison du malade : 

« Qu'Isis me guérisse ^, comme elle guérit Horus du mal 



H. Joachim, Pa/)//;'os Ebers. Das ("dleste Buch iiber Heilkunde, 
ans dem Aegyplisclicn nbfrsetzt. Berlin, 1890, in-8, p. x. 

1. G. Ebers, Das hermetische Buch, p. 5. Une origine sem- 
blable est attribuée au Papyrus de Berlin et une encore plus 
mystérieuse à celui du British iMuseum. 

2. Papyros Ebers, p. I, 1. 7-10. 

3. Papyros Ebers, p. 1, 1. 12-20. 



LES PLANTES DANS LA PHARMACOPÉE. 309 

qu'il souffrit, quand Sit tua son père ! Isis, grande magi- 
cienne, délivre-moi ; affranchis-moi de toutes les choses mau- 
vaises, funestes, infernales, du Dieu et de la déesse des 
maladies meurtrières, ainsi que des impuretés de toute espèce, 
(jui fondent sur moi, comme tu as délivré, comme tu as af- 
franchi ton fils Horus Que Râ et Osiris me délivrent de 

toute chose mauvaise, funeste, infernale, du Dieu et de la 
déesse du mal. » 

Après ce préambule, commence le « Livre des 
médecines », contenant l'énumération des remèdes 
appropriés aux diverses maladies dont peuvent être 
atteintes les différentes parties du corps humain ' : 
remèdes pour les maladies des intestins, du foie, de 
l'estomac ou de la vessie, contre les vers intestinaux 
et pour les maux de tête, les nausées, les maladies 
des yeux, les ulcères, blessures ou piqûres, les ma- 
ladies de la langue, du nez et des oreilles, des dents 
ou de la chevelure, enfin pour les maladies des femmes, 
y sont longuement indiqués. Il y en a même pour 
délivrer de la vermine et des insectes si redoutables 
dans les pays chauds. 

La préparation des médicaments avait été portée 
en Egypte à un haut degré de perfection ; elle était 
entre les mains d'une classe particulière de prêtres, 
qui tenaient leurs procédés secrets ; les diverses re- 
cettes pharmaceutiques qui ont déjà été publiées, en 
particulier celles des Papyrus Ebers et de Berlin, 
nous montrent combien leurs procédés étaient ingé- 
nieux et quelle habileté ils y déployaient". Les ingré- 



1. G. Ebers, Das hermelische Biich,-ç. 2'i-26. 

2. II. -L. Liiring. Die i'iber die medicinisrhen Keinilnissc 
der allen Aegi/pler hcrichlenden Papi/ri verylic/ien mit den 
viedicinischen Schriflen (jrieckischer luid rOmischer Auloren. 
Leipzig, 1888, in-8, p. 8. 



310 LES PJ-ANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

dients des médicaments composés étaient soit purement 
mélangés entre eux, soit bouillis ensemble, parfois 
après avoir été préalablement écrasés. Le mode de 
cuisson était lui-même réglé avec un soin religieux ; 
dans certains cas, on devait se servir de bois ou de 
charbon d'acacia, dans d'autres, le feu était fait avec 
du bois de sycomore. Après la cuisson, les médi- 
caments solides étaient pressés, puis filtrés à travers 
un tamis. Les remèdes étaient d'ailleurs pris comme 
aujourd'hui, soit en pilules ou en poudres, soit en 
décoctions ou en potions, le matin, le soir ou à des 
heures fixes. Du vin de palmier, du miel ou de la bière 
douce servaient à édulcorer ceux qui avaient un goût 
désagréable. A l'extérieur, on faisait usage de cata- 
plasmes, d'emplâtres, de collyres, de frictions et de 
pessaires. Les médecins égyptiens employaient aussi 
les inhalations, les clystères et les instillations de 
liquides dans les organes \ Enfin, on prononçait, en 
administrant les remèdes, diverses formules magiques, 
destinées à en augmenter l'efficacité ". 

Les divers ingrédients dont la pharmacopée pha- 
raonique se servait — on en compte plus de sept cents 
— étaient empruntés au règne minéral, comme au 
règne animal, mais surtout au règne végétal. Les 
médecins de l'Egypte ancienne avaient une connais- 
sance étendue, non seulement des plantes de leur 
propre pays, mais encore des plantes de toutes les 
contrées avec lesquelles les sujets des Pharaons 
entrèrent en relation ^ : on rencontre dans leurs 



1. Lùring-, op. land., p. 1G5-170. 

2. Lùring, op. laud., p. 57. 

3. G. Ebers, Ein Kyphirecept ans dem Papyrus Ehers. 
(Zeitschrift filr aegypHscItc Sprache, t. XII (an. 1874), p. 106.) 



LES PLANTES D.VNS LA PHARMACOPEE. 311 

recettes des produits végétaux de la Syrie, de la c(3te 
orientale d'Afrique, de l'Arabie et même de l'Inde. 
Mais, de quelque nature que fussent ces produits, ils 
étaient rarement employés seuls ; les médicaments 
égyptiens étaient de nature essentiellement complexes ; 
on comptait dans la plupart d'entre eux jusqu'à dix à 
douze substances différentes^ ; à cet égard, la phar- 
macopée pharaonique a servi de modèle à celle des 
Grecs et a devancé celle des Arabes. 

Il est très difficile d'identifier les divers végétaux, 
qui, par eux-mêmes ou par leurs produits, entraient 
dans la composition des remèdes usités dans l'Egypte 
pharaonique ; les signes hiéroglyphiques qui les re- 
présentent sont loin d'être tous expliqués et les noms 
égyptiens qu'on rencontre dans Dioscoride, parfois 
aussi dans Pline et dans Apulée, ne peuvent que bien 
exceptionnellement prétendre à l'authenticité ". Aussi 
ne connaît-on qu'une faible partie des plantes qui 
entraient dans la pharmacopée des Égyptiens. M. Franz 
Woenig n'en cite qu'une dizaine ^ et sur ce petit 
nombre il y en a plusieurs qu'il ne mentionne que sur 
le témoignage douteux des écrivains grecs ou latins ; 
M. Ludwig Stern n'en a pas identifié d'une manière 
certaine plus de douze à quinze ''' ; le traducteur alle- 
mand du Papja'us Ebers, M. Joachim, en a nommé un 
plus grand nombre', mais ses déterminations, bien 
souvent aventurées, ne peuvent entrer en ligne de 



1. Lûring, op. lawL, p. 56. 

2. Lùrin^-, op. laud., p. 143. 

3. Die Pflanzen im alten Aegyplen, p. 392-396. 

4. Glossarium hieroglyphicum, t. II, p. 1-63 du Papijros 
Ebers. 

5. Papi/ros Ebers, p. 196-207. 



312 LES PLANTES CHEZ LES ÉGVI'TJENS. 

compte ; M. Lûring, à C{3té de quelques-unes qu'il n'a 
point cherché à identifier, en énumère une trentaine 
qu'il donne comme connues ^ mais sur ce nombre 
plusieurs encore sont contestables ou non suffisamment 
déterminées. On voit combien la solution du problème 
est peu avancée. 

Les principaux produits d'origine végétale étaient 
les huiles de lin, de ricin, de carthame, de sésame 
et de noix de ben, les liqueurs fermentées : bière, 
vin de raisin et vin de palmier, les fruits du syco- 
more et du figuier commun, du dattier, du sébestier. 
du caroubier, du jujubier, les raisins, les pastèques, 
les baies du genévrier et peut-être du Cocculus leaeba ", 
les graines de coriandre, d'anis, de sésame, de cu- 
min, de lin, le blé; l'écorce du grenadier, ainsi que 
la gomme de l'acacia, la myrrhe et l'encens même. 
Les feuilles, les tiges ou les racines d'autres plantes : 
oignon, menthe poivrée, sauge d'Egypte, aneth, 
fenouil, laitue, ache, indigo, etc., servaient à faire 
des décoctions ou entraient dans la préparation de 
divers médicaments composés '\ D'autres plantes n'é- 
taient pas employées comme remèdes, mais comme 



1. Die medicinischen Kennlnisse, p. 143-164. 

2. « Il n'y a pas de doute, dit Schweinfurth, que cette plante 
(dont l'écorce et la graine renferment un principe amer nar- 
cotique) jouait un rôle important dans la pharmacopée des 
anciens Égyptiens. » Bulletin de riiialilut éyyplien, n" 7 
(an. 1886), p. 421. 

3. M. Joachim mentionne également, dans sa traduction du 
Papyrus Ebers, l'absinthe, le cèdre, le crocus, le dourali, la 
jusquiame, la mandi'agore, le méliiot, le nasturtiuin, le pavot 
et la Pisli/i slraliuU-s. La phai'inacopée égyptienne aurait 
encore employé, d'après M. Liiring, le palmier nain (Chn- 
maerops humilia L.) la coloquinte, les produits du coton- 
nier, etc. ; mais ces désignations n'ont rien de certain. 



Li:S IM.A.NTKS DA.NS l,A l'IlAli.MACUI'KL. 313 

moyens magiques', tels les grains de blé et d'orge 
qu'on faisait tremper dans l'urine d'une femme pour 
constater si elle était grosse ou non ". Germaient-ils, 
c'était un signe de grossesse, s'ils ne germaient pas, 
c'est qu'elle n'était pas enceinte. Si c'était l'orge qui 
germait, elle était grosse d'un garçon ; le froment, 
au contraire, germait il, elle devait mettre une fille 
au monde. 

Je n'ai point l'intention de passer en revue toutes 
les maladies dont les Papyrus Ebers et de Berlin donnent 
le traitement ; je me bornerai à indiquer les remèdes 
connus d'origine végétale employés dans la médica- 
mentation de quelques-unes des plus répandues en 
Egypte. Commençons par les maladies d'estomac et 
des intestins qui y étaient fort communes. S'agissait-il 
d'une pléthore de l'estomac, on prescrivait au malade 
une espèce de bouillie faite avec de l'huile et dans 
laquelle on avait mis du miel et des baies de genièvre 
avec du sain et du shnshti'. Pour un simple embarras 
gastrique on lui administrait de la farine de dattes 
déliée avec des graines de ricin dans de la petite bière. 
Des fruits du Cordia myxa ou sébestier, des figues, 
des raisins cuits avec de la pâte de froment, de l'en- 



1. 11 en existait 36, d'après Pamphile, qui prétendait en 
avoir vu énumérées les propriétés merveilleuses dans un des 
livres hermétiques ; mais Galien affirme que ce n'était que 
radotage : -a^a; ).^po; sia-.. De simjdicium medicamentorian 
facuUalibus, t. XI, p. 798, éd. Kulin. 

2. Papijrus de Berlin, verso 2, 1. 2-5. — Liirin^r. up. laud., 
p. i:{8. — Le Page-Renouf a rai)pro('hc cette recette égyp- 
tienne de celle t]u'on trouve dans V Expericnced ntidin'/'i' et 
que ce vieil ouvrage attribue à Aristote. Zcilsr/irift fi'tr netjijp- 
lische Sprac/ie, t. XI (an. 1873), p. 123. 

3. Liiring, op. laud.. p. 23. 



314 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIE"NS. 

cens, des oignons, du vin et de la bière douce servaient 
à ouvrir l'appétit. La plupart de ces ingrédients, en 
particulier le vin, la bière, le miel, les figues, les fruits 
du Cordia myxa et les raisins étaient employés aussi 
comme tonifiants '. 

De nombreux remèdes servaient à combattre les ma- 
ladies de la vessie ; ainsi, dans une recette contre les 
impuretés de l'urine, on trouve à la fois du miel, de l'en- 
cens, des baies de genévrier, des rhizomes de souchet, 
de l'écorce de sycomore, de la racine de qaqa et de 
khazit, des dattes fraîches et de la pâte, le tout mélangé 
à chaud et passé au tamis". Contre les vers intestinaux, 
en particulier contre le ténia, maladie fréquente en 
Egypte, les Papyrus Ebers et de Berlin prescrivent 
l'écorce de la racine de grenadier, remède encore usité 
aujourd'hui; on écrasait cette écorce dans de la bière, 
puis on mettait le résidu avec de l'eau dans un vase et 
ou le laissait reposer jusqu'au lendemain, après quoi 
on le buvait'. 

On calmait les fluxions de dents avec des dattes 
ramollies dans du lait. Des emplâtres de jeunes pousses 
de ricin, écrasées dans de l'eau, guérissaient « instan- 
tanément » du mal de tête, « comme si on n'avait rien 
eu » \ Des frictions à l'huile de ricin étaient prescrites 
pour les ulcères de mauvaise nature ; le latex de syco- 
more était également préconisé contre le même mal. 
Un onguent fait avec des graines de tekliou, du miel ou 
du mastic et du vin servait à f^uérir les tumeurs des 



1. Lûring, op. laud., p. 30. 

2. Lûring, op. laud., p. 26-27. 

3. Joachim, Papi/ros Ebers, p. 11, n" 16. 

4. Lûring, op. laud., p. 25. 11 existait un traité particulier 
des vertus du ricin — l'arbre leqem. 



LKS PI.ANTKS DANS LA l'IlAliMACOI'Ki:. 315 

jambes'. Contre les éruptions, en particulier contre le 
« bouton du Nil" », on prenait pendant quatre jours un 
remède composé d'un mélange de lait d'ânesse, (Vaf, 
d'acacia du Nil, d'indigo, de fruits de térébinthe et de 
miel, le tout cuit ensemble et passé au tamis. Sur les 
cicatrices on mettait des emplâtres dans lesquels en- 
traient entre autres ingrédients végétaux des dattes et 
des endives. Au nombre des substances qui servaient 
à la confection d'un onguent employé pour guérir les 
morsures se trouvent aussi des oignons cuits avec de 
l'encens et la plante ?iouter. Parmi les remèdes en usage 
dans les affections de la langue, il y en avait un composé 
d'un mélange d'encens, de cumin, de miel et de graisse 
délavés dans de l'eau ^ On combattait l'éternuement ou 
le coryza, en mettant sur le nez un emplâtre fait de 
menthe poivrée et de dattes pilées. 

C'est dans le traitement des maladies d'yeux que 
la thérapeutique égyptienne paraît avoir déployé le plus 
d'invention*. Les ophtalmies, conséquence do la nature 
même du climat, sont fréquentes dans la vallée duNil '; 

1 Pap. médic. XI, 2, ap. Victor Loret, Études de droguerie 
l'f/ypliettne. Paris, 1894, in-4, p. 2t. {Recueil de travaux, 
t. XVI.) M. V. Loret regarde la plante tekhou comme étant la 
violette, identification qu'il me parait difficile d'admettre sans 
hésiter. 

2. Furoncle qui atteint les habitants pendant la crue du 
Nil. Bulletin de l'Institut éfjt/pfien, n" 10 (an. 1889), p. 350. 

3. Lûring, op. laud., p. 35-39. 

'i. G. Ebers, Das Kapitel iiher die Augenkrankheiten im 
Papyrus Ebers. Leipzig, 1889, in-4. 

5. G. Maspero, Histoire ancienne. in-12,p. 75. « L'ophtalmie 
d'Egypte » a été l'objet de nombreux travaux. Cf. J. Hischberg, 
Acf/i/pten. GesvhirlUliche Studien eines Aufjenarztes. Leipzig, 
1890, p. 76 et 94, qui, tout en croyant à l'ancienneté des 
inflammations d'yeux en Egypte, ne pense pas que lophtalmie 
endémique remonte à l'époque des i'iiaraons. 



31G LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

les médecins du pays s'appliquèrent à les guérir, et 
l'habileté qu'ils y déployèrent les rendit célèbres dans 
l'antiquité. Si l'on en juge par le nombre de collyres 
et les remèdes divers dont ils faisaient usage, cette 
réputation aurait été méritée. La myrrhe et la plupart 
des espèces cVanti ou encens, ainsi que le soimter, que 
M. Liiring regarde \ avec M.Krall, comme une espèce 
d'encens, mais qui semble bien plutôt avoir été la gomme 
résine du lentisque ou du pin d'Alep, la sciure de bois 
d'ébène, les rhizomes charnus et arrondis du souchet 
[C . rotimdus)-, le mati — l'ache^ — , d'autres plantes 
encore non identifiées, comme l'intérieur du fruit de 
l'arbre kesb, le suc et les fruits frais du ^«r/ de l'oasis, 
servaient à combattre les inflammations, conjonctivites, 
pustules, ainsi que l'affaiblissement de la vue. 

Les Égyptiens ne paraissent pas avoir pris moins de 
soin de leur chevelure que de leurs yeux ; la tradition 
attribuait à la reine Sesha, mère du roi Téti\ une 
recette pour faire pousser les cheveux, preuve de l'an- 
tiquité de la médicamentation dont ils étaient l'objet. 
Un cosmétique célèbre dans l'antiquité hellénique était 
mis sous le nom de la reine Cléopâtre, dernière sou- 
veraine de l'Egypte^; mais plusieurs des ingrédients 

1. Op. laud., p. 107. Krall, Das Land Punt,\Yien, 1890, in-8, 
p. 27. 

2. M. Liiring dit des rhizomes de soucliet comestible (C//- 
pcnis esculentus L. 

3. Avec M. Victor Loret, j'admets que le mot égyptien mati, 
auquel M. Liiring attribue, après Stern, le nom de crocus, 
désigne en réalité ÏApium graveolens L. M. Hirschberg, 
lui, Aef/ijptcn, p. 68, a vu dans cette plante le Chdidonhan via- 
jus L , le [xoOôÛ de Dioscoride. 

, 'i. G. Ebers, Das hermelisc/u' Bach, p. 'i2. Cf. G. Maspero, 
Hevue crilique, 8 avril 1876, t. X, 1, p. 233. 
5. Liiring, op. laud.. p. 123. 



LES l'LANTF.S DANS LA I'IIAIIMACOI'KF:. 317 

qui V entraient: myrrhe ou encens pour combattre la 
teigne, ladanum écrasé dans de l'huile et du vin doux 
pour faire épaissir les cheveux, racine de lotus broyée 
pour les empêcher de tomljer, remontent à un passé 
reculé. 



II. 



Les dernières recettes dont je viens de parler sont 
du ressort de la parfumerie, bien plus que de la phar- 
macopée; il en était de même des pommades dont les 
dames égyptiennes se servaient pour entretenir la fraî- 
cheur ou la souplesse de la peau, effacer les rides, des 
substances avec lesquelles elles se teignaient les sour- 
cils ou les mains, des essences et des huiles dont on 
faisait usage pour oindre les statues des dieux ou les 
momies des morts, se parfumer les cheveux et les di- 
verses parties du corps, ainsi que des aromates em- 
ployés dans les fumigations. C'étaient des ingrédients 
minéraux surtout qui servaient à conserver la sou- 
plesse de la peau ou à teindre les sourcils ; les subs- 
tances végétales: grains d'encens, rhizomes de souchet, 
écrasés dans du lait, reparaissaient dans la prépara- 
tion de la pommade employée pour effacer les rides du 
visage'. On a vu qu'un autre produit végétal, l'extrait 
de feuilles de henné, servait à colorer la peau des 
mains et des pieds, comme à teindre les cheveux. 

Les huiles ou essences parfumées, en usage dans le 
culte et dans les cérémonies funèbres étaient de nature 
très diverse ; il y en eut d'abord sept, puis huit ou 

1. P(i/)i/n)s I^lx'rs, p. S7. Cf. Lûring, ojt. hiiid.. p. 40. 



318 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

neuf, et enfin dix espèces différentes', employées pour 
(( la cérémonie de l'ouverture de la bouche » ; mais il y 
en avait bien d'autres, par exemple l'huile teshep et le 
« parfum divin », dont Dûmichen a donné les for- 
mules compliquées^ Au lieu de les reproduire ici, je 
préfère donner la composition d'un autre parfum, 
« l'extrait surfin de styrax », qui vient d'être l'objet 
d'une étude pénétrante de M. Victor Loret^ Cette 
essence, dont la recette est gravée sur une des parois 
du temple d'Edfou, se composait de huit ingrédients 
d'origine végétale, combinés savamment entre eux : suc 
de caroube, encens de première qualité, écorce de 
styrax, calame aromatique, aspalathe, mastic, graines 
de la plante tekhou et vin très alcoolique. Cela peut 
donner une idée de la composition des essences usitées 
dans l'Egypte ancienne. 

La composition des aromates employés dans les 
fumigations n'était pas moins savante ou complexe, 
ni le nombre de ces aromates moins considérable que 
celui des essences en usage dans les onctions. La 
grande quantité des gommes-résines, quatorze résines 
ant et huit résines ab, malheurement non identifiées, qui 
servaient surtout à préparer ces substances — ces kyphi'", 

1. Dûmichen, Der Grabpalast des Paluamennp, p. 12-13 
et 28. L'une d'elles, qui porte le nom d'essence baq, était 
sans doute préparée avec de l'huile de moriuga. 

2. Die Oasen der Ubyschen Wi'isle. Strasburg, 1877, in-4, 
p. 3-6. — Der Grabpalast des Paluamenap, p. 26. Diimichen 
a également donné dans ce dernier ouvrage, p. 29, la compo- 
sition de l'huile parfumée matet et dans la Zeitschrift filr 
arrjyplische Sprache, t. XVII (an. 1879), p. 97-128, la formule 
de l'huile heken. 

3. Etudes de droguerie égyptienne, I, p. 1-25. {Recueil de 
travaux, t. XVI.) 

4. D'un radicalAeyj « fumiger •>•>. Liiring, op. laud., p. 46. 



LRS PLANTES DANS LA DROGUERIE. 319 

comme on les appelait — peut déjà donner une idée de 
leur variété. Celui qui portait le nom de sti-heb, par 
exemple, contenait huit ingrédients végétaux' : poix, 
graines de tekhou, colophane, graines d'acacia, encens 
frais, plantes as et ham. Le kyphi proprement dit était 
autrement compliqué; il renfermait d'ordinaire le nom- 
bre symbolique de seize substances ^ combinées entre 
elles avec un soin infini. Deux recettes, gravées sur les 
murs du laboratoire du temple d'Edfou, ont été publiées 
et étudiées par Dùmichen^; en les étudiant à son tour 
et en les comparant avec celle qui se trouve sur les murs 
du temple de Philae, M. Victor Loret a pu donner la 
formule définitive et complète de ce parfum célèbre*. 
Les premiers ingrédients qui y entraient étaient le 
kanen, « roseau odorant » [Acorus calamiis L.), le 
shou-ameiit, « jonc d'éthiopie » [Andropogon schœ- 
nmitJius L.), la résine s/^eô ou fit [Pistacia lentiscus L.), 
Técorce de bois de qat [Launis cassia L.), le tas, 
« bois odorant » [Launis cinnamomiim L.;, Vakaï 
[Mentha piperita L.) elle djalma ou djàbi, aspalathe 
ou « bois de rose » [Convolvulus scoparius L.); on 
pilait dans un mortier ces sept aromates de manière à 
les réduire en poudre très fine ; puis on en séparait la 
partie la plus ténue, et on ajoutait au reste quatre in- 
grédients nouveaux, du pcrshou ou « grains d'oiian » 
[Juniperus phoenicea L.), du sa?indr, « graines che- 
velues n [Acacia seijal Del. ou tortiHs Schw.)'', du 



1. Victor Loret, Études de drof/iierie. I, p. 21. 

2. Plutaniuc, De Iside et Osiride, cap. 80. 

3. Der Grahpalast des Patiunnenap. p. 20-25. 

4. Le liiiphi. parfum sacré des anciens E(jfipUens. Paris, 
1887, in-8. 

5. M. Victor Loret, Le Kijphi, p. 53, suppose qu'il s'agit de 



320 LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

pouqer [Lawsonia merjnis L.) et du shbin ou kaiou, 
nom, d'après M. Victor Loret, de la racine du Cyperus 
longus L.; on humectait le mélange avec du vin ; on le 
laissait ensuite reposer jusqu'au matin, « afin qu'il se 
tasse » ; puis, après avoir ajouté des shep, « raisins 
d'oasis »; et àQVar-hoi% « œil d'Horus-vert », nom 
mystique du vin, on écrasait le tout et on le laissait 
reposer jusqu'au cinquième jour. On mêlait alors à l'es- 
pèce de pâte ainsi obtenue de la résine fraîche, sans doute 
de la térébenthine', et du miel, « œil d'Horus-doux » ; 
puis on mettait le tout dans une marmite et on le faisait 
cuire jusqu'à un degré convenable d'épaississement. 
L'addition à la masse d'une certaine quantité de myrrhe 
achevait la préparation du kyphi, « deux fois bon pour 
l'usage du culte ». 

Quand, au lieu d'être employé dans le culte, le kyphi 
était simplement destiné à parfumer les appartements 
ou les vêtements, on n'y faisait, d'après le Papyrus 
Ebers', entrer que dix ingrédients qu'on combinait 
d'ailleurs comme ceux du kyphi sacré. De ces dix in- 
grédients, auxquels on ajoutait du miel, on faisait des 
pastilles destinées aux fumigations ; on les mâchait 
aussi pour donner à l'haleine une odeur agréable '. Le 
kyphi décrit par Dioscoride ne contenait aussi que dix 
ingrédients ; mais Galien, comme Plutarque, en attribue 
seize à ce parfum \ 

VA. Farnesiàna Wild. ; mais cette espèce, étant originaire 
d'Amérique, n'a pu entrer avant notre ère dans la composilion 
d'un parfum égyptien. Cf. plus haut, p. 145. 

1. T£p[j.;vO[vr) x.czauac'vT), dit Galien. 

2. P. 98. Cf. Liiring, op. laud., p. 48. 

3. G. Ebers, Ein Kyphirecept. {Zeilschrifl fi'o' aegi/plische 
Sprache, t. XII (an. 1874), p. 109. 

4. Plus tard, ce nombre augmenta ; Paul Eginète connais- 



l,r:S PLANTES DANS LA DROGL'FRIE. 321 

Les formules des huiles parfumées et des aromates 
destinés au culte étaient fixées par la tradition reli- 
gieuse ; elles étaient inscrites sur les parois des labora- 
toires sacrés, où ces parfums se préparaient. Une ins- 
cription de Dendérah, après avoir dit que son laboratoire 
« était pourvu des produits du pays de Pount', de tout 
ce qui venait du pays des Fekker ^ et de ce qui se rencon- 
trait de précieux dans la Terre divine, » ajoute « qu'on y 
trouvait entassées, comme le sable [du désert], les 
résines hat et neliet, qu'on y voyait mille plantes aux 
douces senteurs, la résine ab à son état natif et telle 
que la fournit son pays d'origine, les résines t'ser et 
aham en quantité incommensurable, avec l'huile aber 
et le mystérieux composé hekennn ». La plupart de ces 
aromates étaient étrangers à la terre de Qimit; je n'ai 
donc pu en parler, quand j'ai passé en revue les arbres 
et les plantes utiles de l'Egypte ; je n'en parlerai pas 
davantage ici ; je remets à faire connaître ceux qu'il a 
été possible d'identifier : encens, myrrhe, calame aro- 
matique, aspalatho, mastic, térébenthine, cassie, cinna- 
momo, etc., aux chapitres où je traiterai de la (lore 
des divers pays qui les produisent. Mais avant de finir 
celui-ci, je dois dire encore quelques mots de l'emploi 
des aromates dans les embaumements. 



sait déjà un kyphi composé de vingt-huit ingrédients ; Nicolas 
Myrepsus, au xni" siècle, en mentionne un dans lequel 
entraient cinquante substances diverses. G. Parthey, Ueber 
Isis uni/ Osin's. Berlin, 1850. in-8, p. 278. 

1. Diiniichen, (jui a identifié le Pount avec l'Arabie, traduit 
naturellement par le nom de cette contrée. Der Grabpalast, 
p. 28. 

2. Un des pays d'où les Kgyptiens tiraient les aromates. 

1. 21 



322 LES PLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 



III. 



Aucun peuple de l'antiquité n'a donné aux funérailles 
une importance comparable à celles qu'elles prenaient 
chez les Égyptiens. Avant que le défunt fût conduit 
solennellement à sa demeure dernière et que son corps 
fut déposé dans le mastaba ou le sépulcre destiné à le 
recevoir, de longues pratiques devaient assurer la con- 
servation de sa dépouille mortelle ; leur ensemble cons- 
tituait l'embaumement dont les écrivains de l'antiquité 
et les textes démotiques nous font connaître les diverses 
phases. 

Aussitôt après la mort, le corps du défunt était livré 
aux paraschistes ou taricheutes ' ; ils commençaient par 
faire sortir à l'aide d'un crochet en fer la cervelle à tra- 
vers les narines et ils y substituaient des substances 
antiseptiques ".L'un d'eux faisait alors avec une pierre 
d'Ethiopie une incision dans le côté, et, par cette ou- 
verture, retirait les intestins, à l'exception des reins 
et du cœur^; on lavait ensuite la cavité abdominale 
avec du vin de palme et d'autres substances aroma- 
tiques ; puis on déposait le corps, d'après Hérodote, 
dans un bain de natron où il restait trente-cinq jours. 
C'était là la première phase de la momification. La 
seconde, mêlée de prières et de libations ou d'onctions 
sacrées et complétée par l'emmaillottement de la mo- 

1. Eug. Revillout, Une famille de paraschistes ou laricheiUes 
thébains. {Zeilschrifl fur aeyyplische Sprache, t. XVII 
(an. 1879). p. 84.) 

2. Hérodote, Ilistoriae, lib. II, cap. 86. 

3. Diodore, liitdiolheea, lib. I, cap. 91. 



LES PLANTES DANS LA DROGUERIE. 323 

mie, était surtout l'œuvre des coachytes ' ; mais comme 
la première, on feignait qu'elle fût accomplie par les 
Dieux : 

« Isis la grande, mère des Dieux, arrive, dit un texte démo- 
tique-, pour ton embaumement... Tu as été oint de l'huile 
hasli par les mains d'Horus, seigneur du as (laboratoire) et 
de l'enveloppe de sechem par ses doigts. Le vêtement d'étoffe 
de by.ssus, destiné à ton kesau (emmaillottement), est comme 
les vêtements des Dieux et des Déesses. C'e.st Anubis qui, 
comme kherlieb (paraschiste), a rempli ta tête de sel, de 
résine syrienne, de poix. Ta chair est huilée. Elle est entourée 
d'étoffes magnifiques, pour que tu puisses apparaître à l'ho- 
rizon et adorer le soleil dans son disque. » 

La cérémonie de l'onction et de l'emmaillottement 
des diverses parties du corps est décrite longuement 
dans le Papyrus 558 du Louvre et le Papyrus n° 3 de 
Boulaq'*; chacun des actes qui la constituaient était 
accompagné de prières et de conjurations: 

« Le voici pour toi le parfum d'Arabie, disait le « ministre 
divin » en oignant la tète ''. Osiris, tu as reçu un parfum de 
fête qui rend tes membres parfaits... Te voilà oint... Elle vient 
à toi l'huile pour huiler tes membres... Elle vient à toi la 
résine de Phênicie, la poix de Byblos ; elles rendent parfait 
ton ensevelissement... Elles viennent à toi, les plantes vertes 
sorties de la terre, les guirlandes des prés d'Ialou, les her- 
bages excellents des champs de H'àà. » 

Après avoir oint la tête du défunt, on l'enveloppait 
de bandelettes, puis on « faisait dessous un semis de 



1. Eug. Revillout, Taricheulca et choaclvjles. (Zeilschrifl. 
t. XVIIl (an. 1880), p. 78.) 

2. Papurus Wnnd. {Zeilschrifl. t. XVII (an. 1879), p. 91.) 

3. G. Maspero, Mémoire sur quelques Papyrus du Louvre. 
II. liiluel de Vem'iaumemenl. (iVotires et extraits des manus- 
crits, t. XXIV, p. l'j-ol.) 

i. G. Maspero, Rituel de l'embaumement, p. 18-21. 



32i I.ES TLANTES CHEZ LES EGYPTIENS. 

grains de myrrhe et de résine ». On procédait ensuite 
à l'embaumement et h. l'emmaillottement des mains et 
des doigts, puis des cuisses, des jambes et des pieds, 
sur lesquels on mettait des fleurs ankJtàmu, du natron 
et de la résine. Chacune de ces diverses opérations 
sacrées était accompagnée de nouvelles invocations. 
L'embaumement n'était défînitivemont terminé qu'au 
bout de soixante-dix jours; alors seulement la momi- 
fication était considérée comme complète, et le corps, 
dont la conservation était désormais assurée par tant 
d'onctions saintes, était enfin placé avec des amu- 
lettes, sur lesquelles étaient gravées des formules ma- 
giques*, et des fleurs dans le cercueil préparé pour lui. 
Les substances végétales employées dans la longue 
cérémonie de l'embaumement sont loin d'être toutes 
connues ; les huiles employées pour les onctions 
étaient sans doute quelques-uns des parfums préparés 
dans le laboratoire des temples et dont j'ai parlé plus 
haut; on peut l'affirmer de « l'huile sainte », et de 
« l'huile détachée des choses divines ». M. Maspero^ 
mentionne l'huile de cèdre et l'huile extraite d'olivier, 
mais celle-ci me parait devoir être plutôt celle de baq 
[Moringa apleray. De quelle espèce aussi était la 
poix venue de Byblos, la résine apportée de Phénicie 
et les dix parfums, dont on enduisait tout le corps à 
l'exception de la tète ? On l'ignore, mais dans les 
fleurs ankhàmu, M.Victor Loret voit des fleurs d'aca- 
cia, qu'on mettait, d'après le Rituel de i embaumement, 



1. G. Maspero, Le chapitre de la boucle. (Xolicea et exlrails, 
t. XXIV, p. 1. 

2. Le Rituel de F embaumement, p. 54. 

;j. Victor Loret, L'Olivier et le Moringa. (Recueil de ira- 
vaux, t. VII, p. lO'i.) 



LES PLANTES DANS LA DHOGUEIIIE. 325 

avec du natron et des grains de résine à l'extrémité des 
jambes, en les fixant au moyen d'eau de g'ommo d'ébé- 
nier. La gomme do cet arbre exotique figurait dans 
l'embaumement', comme son écorce macérée, dans la 
pharmacopée. Il est probable qu'on employait égale- 
ment dans la momification la résine de cèdre, ainsi 
peut-être que celle du pin d'Alep '; on a trouvé du 
moins de la sciure de bois de cèdre dans une momie 
du Musée de Berlin'', comme on a cru reconnaître des 
fragments de bois de santal mélangés à du natron 
dans une autre''. On faisait d'ailleurs avec de la 
résine de cèdre et du naphte un vernis jaunâtre qui 
servait à conserver les peintures des sarcophages. 



1. Lébcne chez les anciens Egyptiens. {Recueil de travaux, 
t. VI, p. 129.) 

2. Victor Loret, La Flore pharaonique, n" 5'i, p. 43. 

3. Franz Woenig, op. laial.. p. 387. 

4. Catalogue de Passalacqua , p. 286. 



LIVRE SECOND 

LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 



CHAPITRE PREMIER 

LA FLORE DE l'aSIE ANTERIEURE. 

La vaste contrée, qui s'étend de l'Indus à la Médi- 
terranée, se divise en trois régions naturelles : c'est, 
à l'est, le plateau de l'Iran, compris entre les mon- 
tagnes qui forment la limite occidentale du bassin de 
l'Indus et celles qui servent de frontière orientale au 
bassin du Tigre, l'Océan indien et la chaîne des hau- 
teurs qui courent de THindou-Koush — l'ancien Paro- 
pamise — à l'Elbourz au sud de la Caspienne. Au 
centre, la région comprise entre la chaîne bordière du 
Zagros à l'est, le Taurus et les monts qui bornent les 
bassins de l'Oronte et du Jourdain à l'ouest ; elle com- 
prend le double bassin du Tigre et de l'Euphrate — la 
Mésopotamie, — séparé de celui do l'Oronte et du Jour- 
dain parle désert de Syrie, prolongement septentrional 
de rAra])io, immense presqu'île, (lue bornent des trois 
autres côtés le golfe Persique, l'Océan indien et la mer 
Rouge. Enfin l'Asie Mineure, autre presqu'île moins 



328 I-ES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

vaste que l'Arabie, mais non sans analogie avec elle, 
limitée à l'est par la chaîne de l'Amamus et du Taurus, 
qui la séparent de la Syrie et du massif arménien, au 
nord par le Pont-Euxin, à l'ouest par la Propontide 
et la mer Egée et au sud par la Méditerranée*. 

S'étendant du 24' au 70" degré de longitude orien- 
tale et du 12" au 42" degré de latitude septentrionale, 
l'Asie antérieure présente les différences les plus 
grandes dans son climat et sa constitution géologique ; 
elle n'en offre pas de moins considérables dans sa flore. 
Sillonnée ici par des montagnes, dont beaucoup dé- 
passent en hauteur la limite des neiges éternelles et 
renferment des vallées 'profondes et bien arrosées, 
couvertes là de plateaux élevés ou de déserts sablon- 
neux et arides, ailleurs de plaines basses et brûlantes, 
on y trouve à la fois les plantes des steppes ou du 
Sahara, la végétation forestière des hauteurs alpestres, 
ainsi que celle des piailles cultivées et des grasses 
alluvions ; néanmoins, malgré la diversité des espèces 
végétales qui les représentent, les flores de ces di- 
verses contrées offrent des traits comnîuns qui permet- 
tent de les réunir en une seule, la « Flore de l'O- 
rient" », caractérisée par certaines formes typiques de 
la région des steppes, comme les 74 espèces du genre 
Acantholimon, et la presque totalité des 700 espèces 
du genre Astragalus'. 

Toutefois la végétation change singulièrement quand 



1. H. Kiepert, Lehrbucli cler allcn Géographie. Berlin, 1878, 
in-8, p. 47-49. 

2. Edm. Boissier, Flora orienlahs. Genevœ, 1867-1882, 5 vol. 
in-8. 

3. Oscar Drude, Die Florenreiche (1er Erdc. (Pelrrwann's 
Millheihingen, an. 1884, Ergan/Aingsheft, n" 73, p. 57.) 



LA 1-I.OlΠItl-: LASII-: ANTKRIEUHK. 329 

on descend du plateau de l'Asie Mineure ou des hau- 
teurs de l'Arniénie sur les côtes de la Caspienne ou du 
Pont-Euxin, de la mer Egée ou de celle de Chypre, ou 
bien qu'on s'avance dans la plaine de la Mésopotamie ou 
dans les déserts de la Syrie et de l'Arabie. Sur les côtes 
du Pont et de la Caspienne la végétation se rapproche 
de celle de l'Europe centrale, en même temps que de la 
région méditerranéenne ; c'est la flore de cette dernière 
région que l'on rencontre, cela se comprend, sur les 
côtes de la mer Egée et de la merde Chypre, en partie 
aussi dans la Svrie occidentale. Au sud et au sud- 
ouest de cette contrée, ^au contraire, ainsi que dans 
l'Arabie septentrionale et centrale, apparaît une autre 
llore, celle du Sahara, laquelle fait place à son tour, 
sur les côtes méridionales de la Péninsule, à la flore 
semi-tropicale de l'Yémen et de l'Hadramaout. Mais 
même dans la région des steppes, qui s'étend de 
l'extrémité occidentale de l'Analolie à la frontière 
orientale du plateau iranien, la végétation varie sin- 
gulièrement, lorsqu'on passe d'une contrée à une 
autre ; la flore de chacune de celles dont la réunion 
compose l'Asie antérieure : Anatolie et Arménie, Syrie, 
Arabie et Mésopotamie — je laisse pour le moment de 
côté l'Iran — doit par suite être étudiée à part. 



I. 



Limitée à l'est par l'Anti-ïaurus, qui la rattache au 
massif arménien, l'Anatolie ou Asie Mineure est un 
vaste plateau d'une hauteur moyenne de 1,000 mètres', 

1. P. (le Tchihatchef, Uw poge si<r l'Orienl. L'Asie Mi- 
nenve. Paris, 1868, in-12, p. 'M . 



330 LES TLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

incliné vers le Pont-Euxin, qui le borne au nord, ou- 
vert à l'ouest par de nombreuses vallées sur la mer 
Egée et séparé, au sud, de la mer Méditerranée par la 
chaîne du Taurus, dont le pic culminant s'élève à près 
de 3,500 mètres. Sillonnée par des montagnes secon- 
daires, qui limitent les bassins de l'Halys, du Sangha- 
rios, de l'Hermos et du Méandre, ses principaux cours 
d'eau, l'Asie Mineure offre à la végétation les condi- 
tions les plus variées : aussi sa flore est-elle une des 
plus riches que l'on connaisse ; en 1866, le voyageur 
russe de Tchihatchef y comptait 6,800 espèces*, dont 
plus de 2,000 exclusivement orientales. Ces plantes 
sont d'ailleurs très diversement répandues sur le ter- 
ritoire de l'Anatolie. 

Le plateau central de cette presqu'île, avec ses 
hivers rigoureux et ses étés secs et brûlants, qui ar- 
rêtent le développement de la végétation forestière, 
est aussi dépourvu d'arbres qu'abondamment couvert 
de plantes vivaces, le plus souvent épineuses, qui ca- 
ractérisent la flore des steppes : caryopliyllées, légu- 
mineuses, composées, plumbaginées, salsolacées". 
Elles s'étagent sur les flancs des montagnes en touffes 
gazonnantes, d'autant plus épaisses qu'on s'élève plus 
haut et mêlées alors d'arbustes : nerpruns, cytises, 
épines^ sorbiers, troènes, buis, genévriers et d'autres 
espèces, dont quelques-unes atteignent parfois aux 
proportions d'arbres véritables, comme le Putacia 
mnfica et le Junipei^us excelsa. 

Mais c'est surtout dans les montagnes élevées, qui 

1. Asie Mineure. Description physique, slalisliquevt arch'o- 
lof/iqae de cette contrée. 3" partie, botanique. Paris, 1860, in-8, 
prêt'., p. XVI. 

2. Edin. Boissier, Flora orientalix. t. I, p. 9 de la préface. 



LA FI. OUI-: \}E LASII-: A.NTKliliaLit:. 331 

forment la ceinture du plateau anatolien ou qui en 
bornent les divers bassins, que la végétation prend un 
caractère arborescent ; les forêts y ont dû être im- 
menses dans les temps anciens et sur bien des points 
les grands arbres abondent encore : chênes au feuillage 
toujours vert ou caduc', charmes, saules, peupliers, 
érables, frênes, aulnes, bouleaux, bien d'autres encore. 
Les conifères n'y comptent pas de moins nombreux re- 
présentants ; pins, sapins, piceas, genévriers, ifs, s'y 
rencontrent sur les points les plus divers. La « mer 
d'arbres », qui s'étend à l'est de l'ancien Sangharios 
dans les montagnes de BoliS peut donner une idée de ce 
qu'étaient les forêts de l'Asie Mineure, avant les déboi- 
sements qui l'ont dévastée depuis l'époque romaine. 

Le massif arménien, qui se dresse, véritable « île- 
montagne », entre l'Asie Mineure et le plateau de 
l'Iran, aune hauteur moyenne de 1,500 mètres, appar- 
tient tout entier avec son climat extrême à la région 
des steppes ; les hivers sont aussi froids que les étés 
brûlants dans ses vallées abruptes ; mais la végétation 
s'y développe avec une singulière intensité, aussitôt 
après la fonte des neiges ^ et les montagnes, aujour- 
d'hui dénudées, étaient autrefois couvertes d'épaisses 
forêts. Là où les arljres n'ont pas encore entièrement 

1. Tandis que la France ne possède que douze espèces de 
cliènes, l'.^natolie en renferme avec l'Arménie vingt-deux es- 
pèces d'après Boissier, quarante-neuf d'après Tchihatchef, dont 
huit lui sont particulières. 

2. Elisée Heclus, Nouvelle géographie universelle, t. IX, p. 
528. La zone boisée s'étend, sur une profondeur de vingt à 
trente lieues, tout le long de la nier Noire, de l'Ida phrygien 
aux montagnes du Lazistan. G. Perrot, Souvenirs d'un voyage 
en Asie Mineure. Paris, 186'i, in-8, p. 218. 

;{. A. Grisebach, Die Végétation iler Erde. 2« éd. Leipzig, 
188'i, in 8, t. I. j). ;{yG. 



332 LES PLANTES CHEZ LES SEAUTES. 

disparu, on retrouve les essences de l'Anatolie. C'est 
aussi sa végétation herbacée qu'on rencontre presque 
exclusivement dans les parties basses de l'Arménie; 
mais les choses changent quand on descend des hau- 
teurs du plateau sur les bords orientaux du Pont- 
Euxin ou les côtes méridionales de la Caspienne. 

Protégées par le Caucase contre les vents des 
steppes de la Russie et du Turkestan, arrosées par les 
pluies qu'amènent les courants qui traversent la mer 
Noire, la côte pontique et la vallée du Phase, en par- 
ticulier, sont couvertes d'une végétation forestière, 
qui rappelle, par quelques-unes de ses espèces, celle 
de l'Europe centrale. La région qui s'étend au pied du 
Caucase oriental et de l'Elbourz, quoique moins abritée 
contre les vents du nord, n'est pas moins favorisée 
au point de vue de la végétation ; les vapeurs, qui 
s'élèvent sans cesse de la Caspienne, se précipitent 
pendant l'été en pluie sur les flancs des montagnes, et 
y entretiennent durant l'hiver une température élevée' ; 
grâce à ces conditions climatériques, le Mazandéran, 
le Ghilan et le Lenkoran jouissent à la fois, suivant la 
remarque de Grisebach-, des étés de l'Andalousie et 
des hivers de l'Irlande, et leur climat doux et égal 
convient à la fois aux produits de l'Europe centrale et 
à ceux de l'Asie Mineure. C'est ainsi qu'à côté d'es- 
pèces qui leur sont propres, comme les chênes d'Ar- 
ménie et du Pont, l'érable « insigne » et le curieux Pte- 
rocarya caucasica\ on rencontre, dans ces provinces 

1. H. Binder, Au Kurdistan, en Mésopotamie et en Perse. 
Paris, 1887, in-8, p. 48'.. 

2. Opus laud., t. I, p. 393. 

3. G. Radde, Die Faunaund Flora des sudiresllichen Caspi- 
Gchiets. Leipzig, 1886, p. 410. 



LA ri.OUK I)K L'ASIE ANTKKIELUK. 333 

et dans l'Iniérétie et le Lazistan, les arbres de l'Ana- 
tolio et de l'Europe tempérée, tel que le hêtre, qui 
atteint sa limite orientale dans le Mazandéran '. La 
végétation alpestre de ces contrées offre encore 
d'autres formes de la flore européenne, les Rhodo- 
dendrons ■ et les myrtilles. 

En même temps que ces plantes de l'Europe cen- 
trale ou du plateau anatolien, apparaissent sur les 
côtes orientales du Pont ou dans les provinces voisines 
de la Caspienne méridionale quelques-uns des repré- 
sentants (le la flore méditerranéenne, que l'humidité 
persistante de cette région n'empêche pas de se déve- 
lopper, tel que le micocoulier et le laurier-cerise. C'est 
cette flore que nous rencontrons exclusivement sur la 
côte occidentale et méridionale de l'Asie Mineure; le 
climat tempéré par le voisinage de la mer, protégé, 
surtout au sud, contre les vents du nord, avec ses 
étés secs et ses hivers cléments et humides, offre 
toutes les conditions qu'elle réclame ; la végétation 
perd le caractère de la flore des steppes qu'elle avait 
sur le plateau anatolien; les arbres ou arbustes au 
feuillage persistant se multiplient à mesure qu'on se 
rapproche du littoral'^; cistes, myrtes, arbousiers, 
genêts, lentisques, pistachiers, lauriers, oléandres, 
bruyères, chênes verts, pin d'Alep et pin maritime, 
pin pignon, genévriers de Phénicie et « fétide, » cy- 
près, enfin, sur les croupes du Taurus, où il forme de 
véritables forêts, le cèdre du Liban. 



1. Drutie, Handbuch (ter Pflanzengeographie. Stutt^rart, 
1890, in-8, p. '402. 

2. Rhodendron caucasisum, ponlirum et /Invum (Aztilea 
pontica). 

:j. Grisehacli, op. hiud., \. I, p. 271-30'». 



3^'f LES l'LANTES CHKZ LPIS SKMITKS. 

A ces arbustes et arbres, qui embellissent de 
leur éternelle verdure les paysages méditerranéens, se 
mêlent les plantes herbacées, qui, au printemps, 
émaillent de leurs fleurs les champs et les prairies'; 
renoncules, malvacées, géraniacées, légumineuses, 
composées, labiées, iridacées, liliacées surtout, ré- 
jouissent la "vue de leurs couleurs variées, en même 
temps que de gracieux arbrisseaux la charment de leur 
port élégant; j'en ai déjà cité quelques-uns; il faut 
ajouter comme caractéristiques de la région, le Vitex 
agnus caslus, qu'on rencontre sur tout le littoral ana- 
tolien, l'aliboufier [Styrax officinale L.), dont la 
gomme-résine odoriférante était si recherchée dans 
l'antiquité, des chèvrefeuilles aux fleurs parfu- 
mées, etc. Quelques-uns de ces arbustes s'élèvent plus 
ou moins haut dans la montagne et atteignent aux 
dimensions d'arbres véritables ; tel le Liquidambar 
oriental is-, dont l'écorce exsude le storax liquide. On 
le rencontre dans le Taurus cilicien en compagnie du 
platane oriental, parfois à une hauteur considérable, 
ainsi que le pin de Cilicie, le chêne à feuilles de châ- 
taignier, le chêne du Liban, le frêne de Syrie et 
d'autres essences arborescentes. 



Comme sur le Taurus, le chêne du Liban, son nom 
l'indique, croît sur les montagnes de la Syrie; ce 
n'est pas la seule plante du bassin de la Méditerranée 
qu'on rencontre dans cette contrée; la flore de sa 



1. Grisebach, op. laud., t. I, p. 310. 

2. Grisebach, op. laud., t. I, p. 862. 



LA KLOUK DE L'ASIE ANTERIEURE. 335 

région occidentale offre le plus grand rapport avec 
Cielle toute méditerranéenne de la Cilicie, tandis que 
dans la partie méridionale on rencontre déjà les pro- 
duits du Sahara'. La constitution géologique et la si- 
tuation géographique de la Syrie explique sans peine 
la diversité que présente sa végétation; s'étendant sur 
une longueur de plus do six degrés, du mont Amamus, 
qui la sépare de l'Anatolie, jusqu'à la presqu'île du 
Sinaï, sillonnée de montagnes, dont plusieurs con- 
servent la neige pendant une grande partie de l'année, 
entrecoupée de vallées profondes et bien arrosées, 
bornée enfin à l'est et au sud par le désert, la végé- 
tation de cetle contrée offre nécessairement les con- 
trastes les plus grands. Sur les cotes de la mer et sur 
les premières pentes des montagnes qui la dominent, 
on rencontre la plupart des plantes de la flore méditer- 
ranéenne. Ces mêmes végétaux se retrouvent en partie, 
avec quelques autres, propres à cette région, dans le 
bassin de l'Oronte et dans la fertile vallée que laissent 
outre eux le Liban et rAntiliban — la Coelé-Syrie — 
ainsi que dans la vallée de la Xazana, qui s'étend entre 
le Liban et l'Hermon, dans la Sjrie-Damascène, si- 
tuée à l'est de cette dernière montagne, et dans la haute 
vallée du Jourdain. Mais à mesure que l'on descend 
dans la gorge étroite où s'enfonce ce fleuve et qu'on 
s'approche de la dépression au fond de laquelle s'étend 
la moi" Morte, la végétation prend un caractère diffé- 
rent'. Il en est de même encore plus quand on s'avance 



1. W. H. Gro.ser, Scriptare natural hislory. The Irees and 
plan(s menlioned in the Bible. London, 1888, in-8, p. 4-19. 

2. H.-B. Tristram, The Fauna and Flora of Palestine. Pré- 
face, p. xiv. (The sio'vcij of western Palestine. London, 1884, 
in-4.) • 



330 ll;s im-antes chez les sémites. 

dans lo pays crAmnion ou de Moab, ou qu'on pénètre 
dans la presqu'île du Sinaï ; ce sont alors les plante^ 
de la flore saharienne que l'on rencontre presque ex- 
clusivement. On retrouve, au contraire, sur les hau- 
teurs du Liban, du Carmel et de l'Hermon la végétation 
forestière de l'Asie Mineure et de l'Europe centrale, 
mêlée de quelques espèces particulières à la Syrie. 

M. Tristram compte dans la flore de la seule Pales- 
tine plus de 3,000 espèces; si quelques familles de 
plantes de la flore anatolienne manquent dans cette 
longue liste, les plus importantes y sont représentées 
et souvent par leurs espèces les plus belles ou des 
espèces nouvelles'. Les vallées et les coteaux offrent et 
devaient encore plus autrefois offrir au printemps le 
spectacle le plus charmant, alors qu'elles sont émaillées 
des milliers de fleurs qu'on y rencontre : anémones, 
renoncules, nigelles, pieds d'alouette, hélianthèmes, 
œillets, silènes, malvacées, géraniums, coronilles, tri- 
gonelles, gesses, achillées, armoises^ centaurées, 
campanules et convolvulus, solanées, en particulier la 
curieuse mandragore, héliotropes, véroniques, thyms 
et lavandes, sauges, phlomis, arums, orchis, Pancra- 
tlum, colchiques, fritillaires, crocus et tulipes, or- 
nithogales, hyacinthes et asphodèles ^ 

S'il est autre, le spectacle n'est pas moins séduisant 
quand on gravit les pentes des collines et des mon- 



1. Des soixante-quatorze espèces d'astragales que Tristram 
mentionne dans sa Hore, plus du quart sont particulières à la 
Palestine. 

2. Arlemisia lierha albi, arborescent, monoftpenmi. chrilmi- 
f'olia, etc. 

3. C. Diener, Libanon. Grundlinien der pJiijsischen Géogra- 
phie iind Géologie von Mitlehijricn. Wien, 188G, in-8, p. 175. 



LA FLORE 1)K L'ASIE ANTÉRIEURE. 337 

tagnes, les arbustes verts qu'on rencontre déjà dans 
la plaine deviennent plus nombreux et bientôt se mêlent 
aux grands arbres, qui les remplacent presque seuls 
sur les dernières hauteurs : thymélées — l'hirsute et 
la tartonraire — myrtes du littoral, lauriers-roses et 
tamaris, gattiliers et roseaux gigantesques aux bords 
des eaux', berberis, cistes, lentisques, pistachiers de 
Palestine — le térébinthe des auteurs^ — jujubiers, 
dictamnes, genêts d'Espagne, d'Orient et du Liban, 
cytises de Syrie, arbres de Judée, églantiers, aman- 
diers, cerisiers nains, poiriers de Syrie, sorbiers, né- 
fliers, azaroliers, chèvrefeuilles arborescents ^ alibou- 
fiers, lauriers, chalefs, et à côté, ou plus haut dans la 
montagne, érables, ornes, frênes, micocouliers, saules, 
peupliers blancs et noirs avec le peuplier de l'Euphrate, 
chênes verts, kermès et faux-kermès, tinctorial ou 
do Lusitanie, cerris, aegilops et du Liban, rouvres*, 
cyprès, genévriers, pins pignon et pins d'Alep, pins 
des Pyrénées et enfin le cèdre, dont il ne reste au- 
jourd'hui que quelques groupes isolés, mais qui, dans 
les anciens temps, couvrait toutes les croupes neigeuses 
du Liban, végétation arborescente à laquelle se mêlent 
des astragales épineuses et des ombellifères frutes- 



1. Victor Guérin, Ln Terre-Sainle. Son histoire, ses sou- 
venirs, ses sites, ses monuments. Paris, 1882-188'i, in-fol., t. I, 
p. 192 et 361. 

2. Tristram, op. laud., p. 263. 

3. I. Lortet, (Im Syrie (V aujourd'hui. Voyages dans la Phé- 
nicie, le Liban et la Judée (1875-1880). Paris, 1884, in-4^ 
mentionne entre autres, p. 631. dans la région du mont Thabor, 
le Lonicera nummular i folia , ainsi que le Crataeyus orientalis 
et le Berberis cretica. 

4. Frédéric Hamilton, La Botanique de la Bible. Nice, 1871, 
in-8, p. 28, n» 6. — Boissier, Flora, t. IV, p. 11G'.-1173. 

I. 22 



338 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

centes, et qui semblait « obscurcir le ciel » aux yeux 
des Égyptiens étonnés'. 

Une flore différente, celle du Sahara, s'offre au 
voyageur sur les bords de la mer Morte et sur les pla- 
teaux brûlés qui l'environnent, ainsi que dans la plaine 
aride qui s'étend entre la Syrie et l'Egypte ; èrucifères 
du désert ou des coteaux stériles, telles que YA7iasta- 
tica hierochiintma, la Mathiola oxf/ceras ; malvacées, 
comme l'abutilon frutescent et mutique ; géraniacées 
hirsutes, par exemple YErodimn hirtian ; zygophylla- 
cées, tels que le Zygophyllmn dumosmiv et diverses 
Fagonia; le faux-lotier — Zizi/phus-spina Chrlsti, — 
que Victor Guérin a pris pour un acacia^ — Légumi- 
neuses frutescentes, tel que le rétem, qui donne aux ro- 
chers qu'il revêt de ses tiges fleuries des teintes ravis- 
santes'' ; mimosées, comme les acacias tordu, seyal, 
du Nil et à feuilles blanchâtres, avec le Prosopis Ste- 
phaniana, arbuste haut d'un à deux pieds, que nous 
avons déjà rencontré dans les oasis égyptiens et que 
nous retrouverons en Mésopotanie et en Perse ; Boissier 
le fait croître auprès de Joppé, de Sidon, à l'embou- 
chure de rOronte et dans les environs de Damas. 
Tamaris du Nil, du Jourdain et de Syrie, ainsi que le 
Moringa aptcra et le Cordia my.ia. Composées, telles 
que l'absinthe de Judée, la centaurée du Sinaï et 
d'Egypte, la rose de Jéricho — Astericiis pygmaeus, 
— la Conyza Dioscoridis, la Scorzonera popposa, etc. 
La Calotropu procera, asclépiadée au feuillage sombre 



1. F. Chabas, Voyage crim égyptien en Syrie, en Phénicie, 
etc., au XIV siècle avant nuire ère. l'aris, 18G7, in-4, p. 312. 

2. Lortet, op. lauiL, p. 400. 

3. La Terre Sainte, t. II, p. 197. 

4. Tristrain. op. laiaL. p. 2(34. 



L\ FLORE DE L'ASIE ANTKRIErRE. 339 

et au suc laiteux, répandue du Soudan jusqu'aux fron- 
tières de l'Inde'. h2i Sakadora persica — le sénevé de 
l'Évangile, — le Solanum Sodomeum, la pomme de 
Sodome — Leimoun louih, — dont les fruits desséchés 
laissent échapper, quand on les presse, une poussière 
noirâtre", en même temps que le Solanum coagitlans, 
arborescent et hispide. Labiées aromatiques, comme 
les Sakia graveolens, controversa, Bieromlymitana ; 
VAc/njrantJies argentea ; diverses chénopodées et sal- 
solacées — Atriplex lialimus, Arthrocnemum frutico- 
sinn, Suaeda asphaltica ; — VEphedra alata et des 
graminées rigides et piquantes — Stipa, Aristida, 
Pennisetum. 



Les plantes sahariennes, dont je viens do parler, 
se rencontrent en partie dans le désert, d'ailleurs peu 
connu, qui sépare la Syrie de la Mésopotamie et où 
les tribus arabes mènent paître leurs troupeaux ; quel- 
ques-unes croissent encore dans le double bassin du 
Tigre et de l'Euphrate; mais elles sont loin de carac- 
tériser à elles seules la flore de cette région, et la vé- 
gétation varie singulièrement, quand on descend du 
massif arménien, oii les deux grands fleuves prennent 
leur source, dans la plaine basse qu'ils inondent de 
leurs eaux débordées'', kw nord, c'est la flore des 

1. Lortet, op. laud.. p. Ul, lui donne le nom d'orange de 
Sodome. 

2. Victor Guérin, op. Inud., t. 1, p. 200. Lortet donne à la 
pomme de Sodome le nom de .S. melongena. 

3. G. .\. Olivier, Voyage dans l'empire ot/ioman. V Egypte et 
la Perse. Paris, 180'*, in-4, t. II, p. 'i 16 422. — Ainsworth, ^e- 
senrrhes in Assyria, Dahi/lnnia and Chaldœa. London, 1838, 



3i0 LES l'LANTKS CIIKZ LES SÉMITES. 

steppes qui domino avec la végétation forestière des 
montagnes, mais représentée par quelques espèces 
particulières, comme le cbène à glands énormes du 
Kourdistan [Quercus oophora ou BranliP), en com- 
pagnie du chêne de Perse ou du Liban. Plus au sud, à 
la flore des steppes se mêlent les plantes de la flore 
méditerranéenne : anémones, glaïeuls", asphodèles, 
hyacinthes, tulipes, crucifères; elles émaillent dès les 
premiers jours du printemps de leurs fleurs brillantes 
l'uniformité de la plaine et les hautes herbes des 
prairies''. Bientôt leur succèdent des astragales et 
d'autres légumineuses, des composées \elues et épi- 
neuses, des labiées aromatiques. Parmi les composées 
figure cette absinthe « très odorante », dont l'abon- 
dance frappa Xénophon''; à coté d'elle prend place 
le Prosopis Stephanio.na% qui envahit tous les lieux 
stériles de la Mésopotamie au nord de Bagdad, tandis 
que les oasis et les bords de TEuphrate et du Tigre 
sont couverts de fourrés épais de tamaris ", qui servent 

in-8,.p. 217-37. — F. Hoefer, Chaldée, Assyrie, Médie, Dahy- 
lonie, Mésopotamie, etc. Paris, 1852, in-8, p. 172-182. 

1. P. Mûller-Simonis, Du Caucase au golfe Persique à tra- 
vers l'Arménie, le Kurdistan et la Mésopotamie. Paris, 1892, 
in-8, p. 356. 

2. Probablement le Gladiolus Aleppicus signalé par Boissier 
en Mésopotamie. 

3. Tavernier, Les six voyages, t. I, p. 188. — Comte de 
Cholet, Voyage en Turquie d'Asie, Arménie, Kurdistan et Mé- 
sopotamie.' Paris, 1892, in-18, p. 272, 3't4 et 365. — \V. Kennet 
Loftus, Travels and researchcs in Cha.ldaea and Susiana. Lon- 
dres, 1857, in-8, p. 5. 

4. Anabasis, lib. I, cap. 5. 

5. Ainsworth, op. lamL. p. 48, lui donne le nom de mimosa 
agrestis, ce qu'a répété lloefer; Olivier l'appelle simplement 
mimosa. 

6. Ainsworth l'appelle T. orienlalis, c'est probablement le Ta- 
marix passer ino ides Del. ou la variété Tigrensis du T. Pallasii. 



LA FLORK Dl': L'ASIK ANTÉRIEURE. 3il 

de retraite aux lièvres et aux antilopes et sont peu- 
plés d'oiseaux'. On y rencontre également le peuplier 
de l'Euphrate — le saule de Babvlone\ — Sur les 
derniers monts qui dominent la plaine on voit aussi 
quelques arbres rabougris, chênes, poiriers ou aman- 
diers sauvages. 

Ils disparaissent avec les dernières collines, qui 
viennent mourir au-dessous de Hit'', là où, après un 
long circuit, l'Euphrate se rapproche du Tigre, pour 
s'en éloigner bientôt de nouveau, puis s'en rapprocher, 
jusqu'à ce que, aujourd'hui réunis, ils roulent ensemble 
vers le golfe Persique leurs flots confondus. Sur la 
plaine d'alluvions, qu'ils recouvrent pendant de longs 
mois de leurs eaux débordées, les dernières plantes 
des steppes ont disparu, à l'exception des salsolacées *, 
dont le sol imprégné de nitre favorise la végétation ; 
quelques buissons isolés de tamaris et les dattiers, 
qui se dressent de toutes parts dans la plaine, sont les 
derniers arbres indigènes que l'on aperroive ; mais 
après l'inondation la terre se couvre de graminées, 
mêlées aux fleurs les plus diverses, que la chaleur 
brûlante de l'été fait bientôt périr; seules les lagunes, 
formées par le débordement des deux fleuves, restent 



1. Eduard Sachau, Het'se in Syrien imd Mesopolamien. Leip- 
zig, 188:5. in-8,p. 245 et 258. — J.Cernik, Technische Sludien- 
Exploration dnrch die Gehiete des Etiphrat und Tiijris. (Geo- 
(/rapltiaelie Mitt/ieilu)i(je)K Ergiiiizunii'sheft 4't (an. 1875), p. 
13, 17, etc.). 

2. Ainsworth, op. laiid., p. oi et iS. Il y fait croître aus.si 
le Plius coriaria. que Boissicrne mentionne pas dans cette ré- 
gion, mais qu'on trouve en Syrie avec le lihus colinus. 

3. J. Baillie-Fraser, Mesupolamia and Assijria. London, 
1842, in-8, p. 27. 

4. Ainsworth, op. laud.. p. 49. 



3i2 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

couvertes do plantes aquatiques toujours vertes, 
mêlées à ces immenses roseaux, que les bas-reliefs 
assyriens nous montrent dépassant la tête des cava- 
liers qui défilent au milieu de leurs fourrés'. Au-des- 
sous du confluent actuel du Tigre et de l'Euphrate, à 
gauche surtout du Shat-el-Arab, la plaine n'est plus 
qu'un vaste marécage, où quelques cypéracées et le 
dattier seuls peuvent croître. 

Mais tout change quand on sort des lagunes du 
Shat-el-Arab, où se perdent le Karoun — l'ancien Pa- 
satigris — et la Kerka — le Choaspès des Grecs — et 
qu'on pénètre dans la contrée montueuse — l'Élam 
ou la Susiane — qu'ils traversent dans leur cours 
moyen et supérieur; sur le premier plateau, qui do- 
mine les marécages de la plaine, croissent la plupart 
des plantes de la Mésopotamie méridionale ; plus haut 
on rencontre successivement la flore des collines, puis 
celle des montagnes, avec leurs essences particulières, 
acacias, tamaris, peupliers, chênes et autres bois de 
charpente". Ces espèces forestières se retrouvent dans 
le Zagros septentrional avec le noyer, le frêne à 
feuilles aiguës et le pistachier mutique. 



La flore des steppes, qui n'a plus que de rares repré- 
sentants dans les plaines basses de la Mésopotamie, 
domine, avec celle du Sahara, presque exclusivement 
dans la péninsule arabique; mais elle y est bien diver- 

1. Koyoundjik. A. II. Layard, Discoveries in thc 7'uins of 
Niniveh a)id liabj/lon. Londres, 1853. in-8, p. 585. 

2. Hawlinson, T/ic fivc great monarchies o/'lfie ancicnt cai^tern 
ïvorld. London, 1879, in-8, i-^ éd., t. II. p. 289. 



LA TLOIJE DE L'ASIK ANTHlUKlllE. 343 

sèment représentée, et, sur la côte méridionale, elle 
fait place en partie à la flore des tropiques. Les con- 
trastes que présente la végétation de TArabie dépen- 
dent de la constitution géologique et du climat de cette 
A'aste contrée. Entourée d'une ceinture de montagnes 
presque ininterrompue, l'Arabie forme un plateau in- 
cliné vers le golfe Persique et le bassin de l'Euphrate 
et sillonné par une double chaîne de hauteurs, le 
Shammar et le Tooueik, qui se rattachent aux mon- 
tagnes de lamer Rouge; au pied de celles-ci se déroule 
la bande étroite duTéhamah, « le pays chaud », tandis 
qu'au sud-est du Tooueik, entre cette chaîne, l'Hadra- 
maout et l'Oman, s'étend le désert inexploré et stérile 
de Dahna, auquel correspond au nord du Shammar, le 
désert de Néfoud*. 

Avec ses c(3tes montueuses au climat brûlant, sa ré- 
gion rocheuse du nord-ouest et son double désert de 
sable, l'Arabie offre de grandes différences dans sa 
végétation. Dans la presqu'île du Sinaï, on rencontre 
la plupart des plantes de la Syrie méridionale et du 
désert libyque, avec quelques espèces indigènes parti- 
culières: graminées rigides, tel que l'alfa — Imperata 
cylindi'ka, — borraginées velues, labiées aromati- 
ques, par exemple la sauge du désert, composées odo- 
riférantes, comme l'absinthe de Judée, des arbres 
mômes, tel que le faux-sycomore — le hamad — 
ainsi que le Cratacgus aron'ta et la rose rubigineuse 
de ^Hùreb^ 

La flore du plateau central est beaucoup nKjins 



1. Klisée Reclus, Géographie universelle, t. IX, p. — IIou- 
das, art. Arabie dans la Grande Jùtci/clopêdie. 

2. Louis Crié, art. Ira/vR'daus la Grande Encyclopédie. 



3i4 LES l'LANTES CHEZ LES SÉMITES. 

variée, mais dans les oasis du Nedjed, compris entre 
le Shammar et le Tooueik, et dans les vallées arrosées 
de cette dernière chaîne on rencontre, avec le dattier, 
plusieurs plantes caractéristiques de la région saha- 
rienne, comme Vithel, espèce de mélèze, dit Palgrave', 
propre à l'Arahie, mais dans lequel j'inclinerais à 
voir un tamaris'; le tahl. qui, remarque-t-il, a pour 
fruit une baie, mais qu'il n'a pas identifié ; le sidr ou 
nabaq\ — le faux-jujubier. — Le voyageur anglais fait 
aussi mention du kharta aux larges feuilles, arbuste 
qu'on emploie d'après lui pour le tannage, mais qu'il 
ne fait pas autrement connaître. Il ne nous apprend 
pas davantage ce qu'est le markh, arbrisseau aux 
longues branches, « semblables à celles du chêne », 
qui croît dans le Tooueik '*. Parmi les plantes du Bas- 
Nedjed, Palgrave mentionne' aussi une euphorbe, 
qu'il appelle rjhada, sans en dire davantage, — proba- 
blement VEuphorbia cornuta" — , ainsi que le katad 
épineux, « si fort recherché des chameaux », sans 
doute la Cornidaca monacantlia, salsolacée que nous 
avons rencontrée, sous le nom de had, dans le désert 
égyptien. 

1. Narrative of a year's Joiirney Ihrough central and eas- 
tern Arabia. London, 2* édit., 1865, in-8, t. I, p. 232, 253 et 
338. Trad. d'E. Jonveaux. Paris, 1866, in-8, t. I. p. 205, 222 et 
299. 

2. Le Tamaris articulata porte en arabe le nom cVathel; 
mais il y a, parait-il, dans le Sahara un pin nommé fithel. 

3. Palgrave écrit nebaa' et en fait un arbre différent du 
sidr, qui, d'après lui, serait un acacia. 

4. C'est sans doute la Lepladenia ou Sarcostemma pi/roterh- 
nica, asclépiadée décrite par Forskâl, p. 53, et indiquée par 
Boissier, Flora orientalis, t. I\^ p. 63, dans l'Arabie Pétrée. 

5. Cette euphorbe, VE. relusa de Forsk. est indiquée par 
Boissier, t. IV, p. 1093, dans l'Arabie Pétrée. 



LA FLORE l)K LASIK ANTEIUEURK, 340 

Le voyageur anglais n'a rien dit des graminées et 
dos autres plantes herbacées de l'Arabie centrale ; ce 
sont sans doute pour la plupart celles du Sahara. On 
les retrouve, en partie du moins, dans le Hedjaz; tou- 
tefois la flore de cette région montagneuse et voisine 
de la mer offre bien plus de diversité que celle du pla- 
teau central de l'Arabie et se rapproche de la flore du 
désert oriental de l'Egypte, mais elle n'est qu'impar- 
faitement connue. 11 n'en est pas de même de la flore 
de l'Yémen ou Arabie heureuse, avec laquelle elle offre 
plus d'une ressemblance, et qui, décrite au siècle der- 
nier par le botaniste danois Forskâl, a été depuis lors 
étudiée par plusieurs naturalistes contemporains. 

Sans être très riche, la flore de l'Yémen offre un 
intérêt particulier par la nature de ses produits et son 
caractère tropical, caractère qu'elle partage d'ailleurs 
avec celle de IPIadramaout et de l'Oman. Parmi les 
plantes les plus remarquables qu'elle renferme, sont 
des capparidées', en particulier deux Moerua arbo- 
rescents, YOncoba spinosa, plante rampante que nous 
avons rencontrée déjà dans le désert libyque, des poly- 
galées, des malvacées et des tiliacées particulières, la 
Fagonia arabica, le faux-jujubier, le côt — Catha edulis, 
— dont les bourgeons exercent sur le système nerveux 
une action stimulante analogue à celle du thé, plu- 
sieurs espèces d'indigotier et d'acacias gommifères', 
le caféier, des élichryses, l'abrotanon et d'autres 
composées épineuses et velues ^, la Salvadora pei'slca 



1. Entre autres la Capparisaodnda et les Cleome arabica et 
viscosa. A. Detlers, Voi/aije au Yrnien. p. 110 et suivantes. 

2. Acacia arabica, lacta, niibica, verruf/era, etc. 

3. Par exemple, V Echinoiis sjtinomis et la Ceiitaurea ro- 
basta. 



3i6 LES PLANTES Clir-lZ LES SÉMITES. 

et des asclépiadées frutescentes \ des borraginées^ 
et des convolvulacées, des labiées aromatiques, comme 
la sauge de Nubie et d'Egypte, de nombreuses ama- 
ranthacées et euphorbiacées, des figuiers — entre 
autres le sycomore, les figuiers à feuilles de saule et 
de peuplier, celui de Socotra, les figuiers à feuilles 
palmées et crénelées, — des amaryllidées, des liliacées 
arborescentes, comme l'aloès officinal et le Bracaena 
draco — le dragonnier — ; quelques cypéracées et ces 
graminées aux tiges rigides et velues, habitantes or- 
dinaires du Sahara, — Pennisetwn, Eleusine, Ajidro- 
pngon, etc., — en môme temps que le panicaut de 
Ténériffe et le panicaut à tiges renflées, qui servent 
à la fois de fourrage et de textiles. 

Le dragonnier croît aussi dans l'Hadramaout ; l'aloès 
s'y rencontre également, ainsi que dans l'Oman^. 
Dans cette dernière province on trouve aussi en abon- 
dance le tarfa — Tamarix articulata — et le cassie — ■ 
Cassia lanceolata. — On rencontre encore dans les mon- 
tagnes de l'Oman des bois d'acacias avec des fourrés 
d'euphorbes, diverses espèces de rue, des labiées odo- 
riférantes et près de la mer la coloquinte. Sur tout le 
littoral de la Péninsule enfin croissent ces prétendus 
lauriers et oliviers, dont parlent les anciens'', lesquels, 
« à marée basse, émergent en entier hors de l'eau, et 
se trouvent quelquefois, à marée haute, complètement 



1. Tel que le (lynanchum arhoreum . 

2. En particulier les Ileliolropium pei'sici(m,.<ilrigosum, etc., 
VAlkanna orientalis, etc. 

3. J. R. Wellsted, Travds in Arahia. London, 1838, in-8, t. 
I, p. 283-286 et t. II, p. 4't8. 

4. Théophraste, llistoria plantaruin, lib. IV, cap. 7. — 
Strabon, Gcographia, lib. XVI, cap. 3, 6. 



I.A l'I.OlU': DE L'ASIE ANTÉlilELItE. 3i" 

submergés. » Ces oliviers, qui, d'après Diodore', por- 
tent des fruits semblables à des châtaignes, ne peuvent 
évidemment être que des mangliers, probablement 
YAvicennia offîcinalis L. Quant aux soi-disant lauriers, 
E. Meyer- y voit un palétuvier, le Rhizophora cande- 
laria L. 



On voit par ce (jui précède combien riche est la 
flore de l'Asie antérieure et de quelle variété d'espèces 
elle se compose, même sans y comprendre les plantes 
de l'Iran dont il sera question plus loin. Pourtant je 
n'ai point encore mentionné les céréales et les légumes 
les plus recherchés pour l'alimentation, qu'on y trouve 
à l'état spontané, ainsi que les arbres fruitiers et 
quelques-unes des plantes oléagineuses et textiles les 
plus précieuses, sans parler des aromates qui ont 
joué de tout temps un si gi'and rôle dans la vie des 
Orientaux. On comprend qu'avec cette richesse de 
plantes alimentaires et industrielles l'Asie antérieure ait 
été, avec TEgypte, le berceau de la civilisation antique. 

Base, depuis un temps immémorial, de l'alimenta- 
tion des peuples de l'ancien monde, le froment est 
originaire de la région qui s'étend de la Caspienne et 
de la Perse à la Méditerranée ; Bérose affirmait déjà 
que le blé, ainsi que l'orge, croissaient à l'état sau- 
vage en Mésopotamie''; une variété de froment, l'en- 
grain. a été trouvée par Balansa sur le mont Sipyle ; 

1. BUdiothecd historien, lib. III, cap. 19, 'S. 

2. Bolnnische lirU'iulerurKjen zu Slraho's Geo;/rap/tic. Kô- 
iiiysborii'. 1852, in-8. p. 97. 

[i. liabi/lonica. E lihro ])rimo, 2. {Fragmenta histvr. (jrœ- 
roruni. éd. Mullcr-Didot, t. II, ]). 496.) 



3i8 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

Olivier a découvert aussi aux environs d'Anah, non 
loin de l'Euphrate, « dans une sorte de ravin », le blé, 
l'orge et Tépeautre, qu'il avait déjà vus, dit-il', plu- 
sieurs fois en Mésopotamie. Il semble d'après cela 
qu'il considérait ces céréales comme indigènes dans 
cette contrée. 

On n'a rencontré nulle part ailleurs le froment à 
l'état supposé spontané ; mais l'orge à deux rangs a 
été trouvé aux environs de la mer Caspienne entre 
Lenkoran et Bakou et dans le désert de Shirvan, ainsi 
qu'auprès du Sinaï et dans l'Arabie Pétrée^ ; toutefois 
on n'a point rencontré à l'état sauvage l'orge à quatre 
et à six rangs; ces formes pourraient bien dès lors n'être 
que des variétés de l'orge à deux rangs, produites par 
la culture à une époque très reculée, car on a trouvé 
des débris de la première dans des tombes égyptiennes 
de la XIP dynastie et dans les palaflttes de la Suisse. 

Pays d'origine du froment et de l'orge, l'Asie anté- 
rieure l'est aussi de plusieurs des légumineuses ali- 
mentaires ; on a trouvé sur divers points de l'Anatolie 
une forme voisine de la lentille cultivée ^ 11 est pro- 
bable que le petit pois, ainsi que la fève, sont éga- 
lement originaires de cette contrée, encore qu'on ne 
les y ait rencontrés nulle part à l'état spontané; 
ils ont au moins dii y être cultivés dès une haute 
antiquité, puisqu'on a trouvé des petits pois et des 
fèves dans les fouilles d'Hissarlick en Troade \ 



1. Voi/nye dans Vempire olhoman, etc., t. III, p. 360. 

2. A (le Candolle, Origine des plantes cullivérs, p. 295. 

3. Cf plus haut, p. 56. 

4. L. Wittmack, [Insère jelzige Kennlniss vorgeschichilicher 
Samen. (Berirhle der deulschcn botanisclwn Geselhchafl, t. IV 
(an. 1886), XXXIM.) 



LA b'UmE ItK LASIK ANTKKlKlHi:. 349 

Le lin, lui, n'a pas été seulement cultivé k une 
époque reculée dans l'Asie antérieure, il y croît aussi 
spontanément ; on rencontre le lin à feuilles étroites, 
dont le lin cultivé n'est peut-être qu'une variété ou 
une race particulière, depuis le Caucase jusqu'au 
Liban'; le lin « usité » lui-même aurait, dit-on', été 
trouvé à l'état sauvage sur la côte orientale de la mer 
Noire. 

Mais ce sont surtout les arbres à fruits dont l'Asie an- 
térieure est la vraie patrie. On y rencontre sur les points 
les plus différents plusieurs espèces de poiriers^; le poi- 
rier commun, souche de toutes les variétés cultivées, 
se trouve à la fois, à l'état spontané, en Mjsie, dans le 
Pont, le Lazisian, la Transcaucasie et la Perse septen- 
trionale. Le pommier commun croît de même dans le 
Pont, la Gis et la Transcaucasie, la Colchide et l'Ab- 
khasie*. On a trouvé également à l'état sauvage le co- 
gnassier dans la Transcaucasie, les provinces de Taljsch 
et d'Asterabad, l'Arménie'', etc. Plusieurs espèces de 
prunier croissent aussi spontanément dans l'Asie an- 
térieure ; le prunier domestique en particulier se ren- 
contre dans la région du Caucase, où il s'élève jusqu'à 
une hauteur de 4,000 pieds, surtout dans le Lazistan 
et l'Abkhasie, comme dans le Pont. Le prunier propre- 



1. Boissier. Flora orientalis. t. I, p. 861. 

2. A. de Candolle, op. laud., p. 97. 

:j. Boissier, op. laud., t. Il, p. 653-655. — Fr. Th. Koppen, 
Geofjfaphixche Verhreituny der Holzgeudchse des europdis- 
chen Huxalands und des Kanhasus. St. Petersburg, 1888, in-8, 
t. 1, p. 'lOO-'iO'i. 

4. Boissier, op. laud.. t. II, p. 657. — Koppen. op. laud., t. 
I, p- 409. 

5. A. de Candolle, op. laud., p. 188. — Koppen, oj). Utud., 
t. I, j). 'r2U. 



3;j(t LES PLANTES CIIF.Z LES SÉMLLES. 

meut dit — Pnnius insilitia L. — se trouve aussi dans 
cette région, ainsi que dans la province de Talysch, 
en Arménie et en Cilicie^ Diverses espèces de ceri- 
siers croissent également à l'état spontané dans la 
même contrée ; on rencontre le cerisier des oiseaux 
et le cerisier à fruits acides — Cei^asus caproniana L. 
— dans ribérie et les provinces de Lenkoran, de Ta- 
lysch et de Ghilan, dans le Pont et l'Arménie -. 

Le mûrier à fruits noirs paraît bien être aussi indi- 
gène dans les montagnes de l'Arménie, où M. de 
Tclîihatchef l'a rencontré à une hauteur de 1,000 à 
près de 1,800 pieds \ On l'a trouvé encore dans la 
Transcaucasio, en particulier dans la province de 
Talysch ; Koch l'a vu croître dans le Shirvan jusqu'à 
la hauteur de 2,500 pieds ; on l'a signalé aussi dans le 
territoire de Batoum et de Kars^. Le grenadier paraît 
également spontané dans l'Abkhasie, la Mingrélie et sur 
tout le littoral de la mer Caspienne^ comme il l'est cer- 
tainement, nous le verrons, sur presque tout le plateau 
de l'Iran. Le domaine de l'amandier n'est pas moins 
étendu ; de nombreuses espèces de cette rosacée sont 
répandues dans l'Asie antérieure tout entière ; le type de 
l'espèce cultivée a été trouvé, semble-t-il. à l'état sau- 
vage par Medwedew dans les provinces méridionales et 
orientales du Caucase jusqu'à une hauteur de 4,000 
pieds ; on l'a signalé aussi dans l' Aderbaïdjan et le Kour- 

1. A. de Caudolle, op. laud., p. 169-170. — Kc'lppen, op. 
laud., t. I, p. 261-265. 

2. Kôppen, op. laud., t. I, p. 280-292. — Boissier, op. laud., 
t. Il, p. 646-650. 

3. Asie Mineure. Botanique, t. H, p. 461. 

4. Kôppen, op. laud.. t. II. p. 14. 

5. Kuppen, op. laud., t. I,. p. 420. — Engler, ap. V. Hehn, 
Kulluvpflanzcn. p. 386. 



I.A I l.dllF. IiF. L'ASIR ANTl'l'.IFlîRK.. 351 

distan, dans la Mésopotamie au-dessus de Mardin et 
de Térek à 3,000 pieds d'altitude et sur l'Antiliban'. 

Croissant avant l'époque glaciaire dans toute la région 
tempérée de l'ancien monde, la Chine exceptée, le 
nojer vient encore spontanément aujourd'hui dans la 
Transcaucasie, la province de Talvsch, la Géorgie, le 
Pont, l'Arménie et la Perse septentrionale ^ Le châ- 
taignier qui, à l'époque tertiaire, était répandu sur 
une étendue de pays bien plus vaste, se rencontre 
de nos jours encore à l'état sauvage dans la Transcau- 
casie, en compagnie du hêtre et de divers chênes, ainsi 
que dans la région subalpine de l'Anatolie septentrio- 
nale et occidentale*. Le coudrier se trouve aussi dans 
toute la région du Caucase, ainsi que dans le Pont, la 
Cappadoce, la Cilicie et même la Syrie septentrio- 
nale''. 

On rencontre également le caroubier dans ces der- 
nières contrées ; arbre méditerranéen, il croît spontané- 
ment sur la côte méridionale de l'Anatolie, ainsi que sur 
celle de la Syrie ; on l'a môme trouvé dans une gorge du 
mont Sabor, près de Tâez dans l'Arabie heureuse ^ Le 
faux-jujubier ne croît que dans la vallée du Jourdain 
et dans l'Arabie; mais le jujubier ordinaire, que Bois- 
sier dit n'avoir pas rencontré en Syrie, où on l'a cru 
indigène, se trouve à l'état spontané dans l'Anatolie, 

1. Boissier, Flora orientalis, t. II, p. 640-645. — Engler, Ibid., 
p. 386. 

2. A.deCandolle.o;). law/.,\). 342. — Boissier, op. laiuL.X. IV, 
p. 1160. 

3. A. de CandoUe, op. /auiL, p 283. — Koppen. op. taud., 
t. II, p. 142. — Kngler, ap. V. Ilelin, p. 386. 

4. lioissier, op. laud., t, IV, p. 1176. 

5. Boissier, op. laud., t. II, p. 632. — Deflers, Voyai/e dans 
r Yémeii. p. ï'.Vt. 



3Ô2 LKS PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

l'Arménie, les provinces de la Transcancasie'. Quoique 
le pistachier ait été trouvé en Syrie dans l'Antiliban, 
il n'est point certain que cet arbre y soit indigène, sa 
patrie paraît plus orientale". Avec l'olivier et la vigne 
nous retrouvons deux des représentants les plus 
incontestables de la flore de l'Asie occidentale. 

Répandue dans toute la région tempérée de l'ancien 
monde avant l'époque glaciaire, la vigne est restée 
spontanée dans la Transcaucasie, oîi elle atteint 
d'énormes proportions, surtout dans la partie voisine 
de la mer Noire et dans la province de Talysch ; on 
l'a observée aussi dans la vallée d'Argouri, sur le ver- 
sant septentrional de l'Ararat, jusqu'à une altitude de 
5,000 pieds \ De là elle s'est répandue dans les contrées 
de l'ancien monde habitées par les Sémites, qui pa- 
raissent avoir découvert la culture de cet arbuste, 
avec la fabrication du vin. L'olivier a un domaine plus 
étendu et plus méridional ; on le rencontre à l'état 
spontané au sud de l'Asie Mineure, « où il forme de 
véritables forêts », dans la Mésopotamie, la Syrie, la 
Palestine, la presqu'île du Sinaï et dans l'Arabie méri- 
dionale jusqu'à Mascate\ Cette région, non seule toute- 
fois, est aussi la patrie du figuier. Cet arbre croît à l'état 
spontané dans la Transcaucasie, en particulier dans 
l'Abkhasie, l'Ibérie, la Mingrélie et dans la province 
de Talysch, ainsi que dans l'Anatolie occidentale et 
méridionale, la Syrie et la Mésopotamie septentrio- 



1. Boissier, op. laud., t. II, p. 12-13. 

2. A. de Candolle, op. laiuL. p. 252. — Kuppen, op. laud., 
t. I, p. 164. 

3. Kôppen, op. laud., t. I, p. 97. 

4. A. de Candolle, op. laud.. p. 233. — Engler, ap. V. llclin, 
p. 117. 



LA FLORK I)K L'ASIE ANTKRIEURE.- 3Ù3 

nale'. Le sycomore, espèce semi-tropicale, ne vient 
spontanément qu'au sud de la Palestine et dans l'Ara- 
bie. Là se trouve aussi le dattier; arbre de la flore 
saharienne, on le rencontre dans toute cette région, 
de la presqu'île du Sinaï au golfe Persique ; il appa- 
raît aussi plus au nord, dans la Mésopotamie méridio- 
nale, où sa culture, nous le verrons, avait pris dès la 
plus haute antiquité une grande importance. 

Les céréales, les légumineuses et autres plantes ali- 
montaires, ainsi que les arbres fruitiers, n'étaient pas 
les seuls représentants du règne végétal que la flore 
indigène offrait aux. habitants de l'.-Vsie antérieure ; elle 
leur fournissait aussi la plupart des aromates dont ils 
se servaient dans les usages ordinaires de la vie et 
surtout dans le culte : baume, myrrhe, encens, calame 
ou roseau aromatique, gall)anum, jonc odorant, la- 
danum, mastic, storax et térébenthine, ainsi peut-être 
que l'opopanax. La Carie, la Lycie et les montagnes 
de la Cilicie, d'où il semble avoir été importé dans 
l'île deCypre, produisaient le Liqiiidambar orienta lis-, 
bel arbre qui fournit le storax liquide. Dans l'Anatolie 
presque entière, en particulier dans la Cilicie, à Cypre, 
dans la Syrie septentrionale, la région inférieure du 
Liban et de l'Antiliban, ainsi que dans la Palestine, 
cro[ssa.\t \e S(f/rà.r of/icinalis'\ dont l'écorce exsude le 
storax proprement dit. On trouvait dans l'Anatolie 
méridionale et occidentale, les îles de l'Archipel, à 
Cypre et sur le littoral de la Syrie, le Pistacia lentis- 

1. A. de Candolle, op. Idud., p. 223. — K'nppen, op. laud.. 
t. II. p. 20. 

2. Grisebach, op. laud., t. J, p. 3G2. — Bois.sier, op. laud.. 
t. II, p. 8'j9. 

3. Boissier, op. laud.. t. IV, p. 35. 

I. 23 



354 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES, 

dis, dont on retire le mastic. Le Pistacia terehin- 
ihus et le Pistacia Palaestina, qui produisent l'un et 
l'autre la térébenthine, se rencontraient le premier en 
Bithynie et à Cjprc, le second dans le Pont, la Pa- 
phlagonie et la Pamphjlie, en Cilicie, en Syrie, sur 
les contreforts du Liban et de l'Antiliban, ainsi que 
dans la Galilée'. Les divers cistes, qui produisent le 
ladanum, croissent dans presque toute l'Anatolie, 
à Cjpre, dans la Syrie septentrionale et la Palestine ■\ 
D'après Théophraste^ la férule, qui fournissait le 
galbanum, aurait crû aussi en Syrie; mais on ignore 
l'espèce véritable dont on le retirait ; peut être était-ce 
la Feriila Uermonis et la Feriilago cassia, indigènes 
dans ce pays^; nous rencontrerons dans la flore de 
riran deux espèces de férules — la F. galbaniflua et 
la F. gommosa, erubescens ou rubricatilis Boiss., — qui 
fournissent certainement cette résine ^ Tliéophraste ® 
fait également croître en Syrie la plante qui donne 
Yopopanax ; mais les ombellifères de cette famille, 
qui passent pour le fournir, ne sont point indiquées 
par Boissier dans cette contrée; nous les rencontre- 
rons, quand nous étudierons la flore de l'Iran. On 
trouvait, au contraire, si Ton en croit Théopliraste ', 
en Syrie, au delà du Liban, aux bords desséchés d'un 



1. Boissier, op. laiid., t. II, p. 6-8. 

2. Boissier, op. laud., t. I, p. 436-441. 

3. Ilùtoria plaïUarum, lib. IX, cap. 2. 

4. Boissier, op. laud., t. II, p. 985 et 999. 

5. F. -A. Flùckiger et Dan. Hanbury, Histoire des drognes 
d'origine végétale, trad. parJ.-L.de Lanessan. Paris, 1878, in-8, 
t. I, p. 563. — Boi.ssier, t. II, p. 988-989 et 995. 

6. llisloria plantaruin, lib. IX, cap. 11. 

7. Ilistoria planlarinn, lib. IV, cap. 8, 4 et IX, cap. 1, 1. — 
Pline, op. lni(d., lib. XII, cap. 22. 



LA FLOUE ItE L'ASIE ANTÉlUEniE. 355 

lac, le calame et le Schœnus ou choin. On s'accorde 
généralement à voir dans le premier YAcorus calamus 
L.; quant au second ou jonc odorant, Sprengel' et Dier- 
bach', suivis par R. Sigismond^, l'ont regardé comme 
V Andropogon schœnanthus , plante indienne ; c'est en 
réalité V Andropogon laniger Desf., que Boissier* 
n'indique pas, il est vrai, en Syrie, mais qui est indi- 
gène dans les régions arides de la Mésopotamie et de 
l'Iran oriental, ainsi qu'en Arabie. 

C'est en Arabie aussi et sur les côtes de TAfrirpie 
orientale que croissent des arbustes de la famille des 
burséracées qui exsudent la myrrhe, le baume et l'en- 
cens. Le Bahamodendron myrrha Nées — B. hataf 
Kunth, Amijris kata fForsk. — qui fournit la myrrhe, 
se rencontre dans l'Yémen ', ainsi que dans l'Hadra- 
maout et dans le pays des Somalis. Sclnveinfurth a 
trouvé dans le paj'S des Bisharris, en Abyssinie, le 
baumier, Bahamodendron opobalsanium Kunth'', es- 
pèce qui ne semble pas différente du Balsauïodendron 
Ehrenbergianum Berg', découvert en Arabie, à Ghizan 
dans le Téhàma ; on l'a réunie aussi au Bahamodendron 
gdeadense DC, nom donné à cette burséracée, en sou- 



1. Gesc/iichle der Bolanik. Leipzig, 1817, in-8, t. I, p. 138. 

2. Die Arzneimittel des Ilippokrnles. Heidelberg, 1842, in- 
8, p. 160. 

3. Die Aromata in ihrer Bedeulunr/ fur Religion. Sillen. Gc- 
bniuche. llandel und Géographie des Alterlhuins. Leipzig;-, 188'», 
in-8. p. 3'i. 

4. Flora orienlalis. t. V, p. 4G3. Hoissier indi(iuc en Syrie 
r.4. hirlns. var. pubescens. 

5. Forskâl, Flora œgypliaco-arahica, p. 80. — A. Deflers, 
op. laud.. p. 120. 

6. Petermann s gcographi.'iclie Millheilnngen, an. 18G8, p. 127. 

7. F-A. Fliickiger et D. Ilanbury, op. laud., t. I, p. 269 et 
276. 



3Ô6 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

\eiiir d'un pays où les anciens la faisaient croître*. Des 
diverses espèces d'arbres à encens, le Boswellla pa- 
pyrifera, dont l'écorce s'enlève par feuilles et exsude 
une résine d'un parfum très agréable", se rencontre 
dans le Sennaar et en Abjssinie ; le BosweUia Fre- 
reana — le louban matti — vient dans le pays des 
Somalis ; plusieurs variétés du B. CarteriiYv., le vé- 
ritable encens ou olihan des Anciens, croissent éga- 
lement dans la même contrée; enfin une autre variété 
de cette espèce, le B. merci de FlLickiger^,est indigène 
dans THadramaout. 

Ainsi, on le voit par ce qui précède, la flore de l'Asie 
antérieure renferme les plantes les plus utiles et les 
plus propres à satisfaire à tous les besoins de l'homme; 
mais, avant de rechercher quelles ressources en ont 
tirées les habitants de cette vaste région, il importe 
de rappeler quels peuples l'ont occupée dans l'anti- 
quité. 



II. 



Depuis l'époque la plus reculée les contrées occi- 
dentales de l'Asie ont été successivement traversées 
par les peuplades les plus diverses d'origine. Après 
avoir été habité d'abord, plus ou moins complètement, 
par des tribus de race altaïque, le plateau de l'Iran a 



î. Pline. lUsl. naluralia, lib. XVI, cap. 32. 

2. A. Richard, Teiilamen florae abijssinicae. Paris, 1851, in- 
8, t. I, p. Ki8. 

o. F. -A. Flûckigcr et D. Hanbury, op. Inud., t. I, p. 260 et 
266-268. Il y a aussi dans l'Inde une autre espèce, le B. serrata 
Roxb., B. Ihurifcra Colebr., dont je parlerai ailleurs. 



LA FLOUK DK L'ASII': ANTERIEURE. 357 

été colonisé presque en entier par un peuple de la 
grande famille indo-européenne, les Iraniens, dont 
nous étudierons dans le livre suivant les mœurs et la 
civilisation. Ce sont des tribus indo-européennes aussi 
qu'on retrouve sur les bords asiatiques de la mer Egée, 
occupés par des colonies grecques. 

Les populations, d'origine thrace, de la Bitliynie, de 
la Mysie, de la Lydie et de la Phrygie, qui habitaient 
dans l'angle nord-ouest de la Péninsule, leur étaient 
étroitement apparentées' ; mais au sud et à l'est les 
peuplades primitives de la Lycie, de la Carie, de la 
Cilicie et de la Paphlagonie paraissent avoir appartenu 
à une race brachycéphale et par suite toute différente, 
répandue des bords de la mer Noire au nord de la 
Syrie. Les premiers habitants de l'Arménie se ratta- 
chent probablement au même type et n'ont été indo- 
germanisés qu'à la suite des invasions iraniennes du 
vif siècle avant notre ère^ Il faut peut-être voir dans 
ces diverses nations les débris d'un même peuple, les 
Hétéens ou Hittites — les Klieta ou Khiti des Égyp- 
tiens, les Khattides monuments assyriens. — Cantonnés 
d'abord dans la région du Taurus, les Hétéens en sor- 
tirent vers le xvf siècle avant notre ère, et s'avan- 
çant d'un côté jusqu'à l'extrémité occidentale de l'Asie 
Mineure, de l'autre jusqu'au Liban et à l'Euphrate^, ils 

1. Hérodote, Ilisloviœ, lib. I, cap. 171 et lib. VIII, cap. 138. 
— Strabon, Geu(/raphia. lib. XU, cap. 4. 4. — Edmond Texier, 
Asie Mineure. Paris, 1862, in-8, p. 46, 152, 232 61377. 

2. Félix von Lusclian, Reisen in fj/kicn, MiUjas nnd Kibij- 
ralis. Wien, 1889. in-t'ol. p. 205. — Fr. llommel, Ncuc Werke 
liber die àJlesle BeviillierinKj Kleinasiens. (Archiv. fiir Anthro- 
pologie, an. 1891, p, 251-260.) 

3. William Wright, The Empire of t/ie I/iUilfs. London, 
188'i, in-8. p. 12 63. — W. Max Mûiler, yis/<'/( iind Europa 
nach altiigi/ptischen Denkmdlern. Leipzig, 1893, in-8, p. 324. 



358 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

fondèrent sur cette vaste étendue de territoire un 
grand empire militaire, qui tint un instant en échec 
les forces des Raniessides et des rois d'Assyrie ^ Dé- 
pouillés par ces derniers de leurs possessions d'au delà 
de TAmaraus, ils subsistèrent longtemps encore, 
comme nation indépendante, dans la Cappadoce, ber- 
ceau de leur puissance, jusqu'au jour où, vaincus déjà 
par Crésus, ils furent définitivement subjugués par les 
Perses et absorbés dans leur monarchie. 

Au sud de l'Amamus, les Hétéens se trouvaient en 
contact avec les populations sémitiques de la Syrie 
et de la Phénicie, établies sur les deux versants du 
Liban et de l'Antiliban, dans les bassins de l'Oronte 
et du Jourdain, dont ils avaient asservi ou exterminé 
les premiers habitants. Des tribus sémitiques occu- 
paient aussi dans toute son étendue la presqu'île ara- 
bique", qu'on a considérée même parfois comme le 
berceau de leur race^; enfin on retrouvait encore 
des Sémites dans le double bassin du Tigre et de 
l'Euphrate, mais au sud, mêlés avec des peuples d'ori- 
gine et de langues différentes, les Sumériens*. Des 

1. A. H. Sayce, Lex Hétéens. Hisloire d'un empire oublié. Paris, 
1891, in-16, p. 79, 86, 91 et 103-108. — Léon de Lantsheere, 
De la race et de la langue des Hittites. Bruxelles, 1891, in-8, 
p. 89. 

2. M. J. Ilalévy toutefois la fait occuper d'abord par les 
Couschites, « peuple principal de la race hamitique », puis 
par les sémites Yoqtanides et enfin par les Abrahamides. Les 
anciennes populations de VArabie. {Mélanges de critique et 
d'histoire relatifs aux peuples sémitiques. Paris, 1883. in-8, 
p. 74-93.) 

3. Eberh. Schrader, Die Ahstammung der Chaldder und die 
Ursitze der Semilen. {Zcilschrift der deuischen niorgrnldndis- 
chen Gesellsrhaft. t. XVll (an 1873), p. 397-42i.) 

4. .1. Oitpcrt, nvt. Jiahglu lie ûslUh la Grande Kncgclopédic. — 
Fritz Hoinincl, Gcsrhichte liabgloniens und Assyriens. Berlin, 



LA 1-LOUI'; 1)K L'ASIE ANTERIEUR^. 359 

peuplades de race non sémitique, les Élamites, les 
Kashshou — les Cosséens ouCassii des auteurs grecs et 
latins — et les Namri' occupaient toute la région, qui 
s'étend à l'est de la vallée du Tigre, de la plaine que 
traverse son cours impétueux aux sommets neigeux de 
la chaîne du Zagros : negritos dans la contrée maré- 
cageuse des bords du fleuve, tribus de race altaïque, 
au contraire, peut-être apparentées aux Sumériens de 
la Basse-Mésopotamie ^ dans le massif montagneux, 
dont la partie la plus élevée a été plus tard occupée 
par les Iraniens. 

A quelle époque ces différents peuples pénétrèrent- 
ils dans les pays où nous les trouvons établis au début 
de leur histoire ? Nous l'ignorons et nous savons encore 
moins à quel degré de civilisation ils étaient arrivés, 
quand ils s'v fixèrent. Ils menaient sans doute alors 
la vie nomade, à laquelle sont restés fidèles une partie 
des Sémites; mais plus de quatre mille ans avant notre 
ère plusieurs d'entre eux y avaient renoncé et avaient 
formé des états, qui témoignent déjà d'une culture 
avancée. Tels étaient ceux que nous trouvons dans la 
Basse-Mésopotamie — la Chaldée — , où Sumériens et 
Sémites, déjà si intimement mêlés les uns aux autres 
qu'on a voulu n'en faire qu'un seul peuple', avaient 
fondé plusieurs villes bientôt florissantes. 



1885, in-8, p. 237. — Hugo Winckler, Geschichle Bahi/luniens 
und Ass;/riens. Leipzig, 1892. in-8. p. 20. 

1. Fritz Iloinmel, op. laitd.. p. 276. 

2. Fréd. Iloussay, Les races humaines de la Perse. Lyon, 
1887, in 8, p. 4-30. — A. Billerbeck, Siisa. Eine Sludie zur alten 
Geschichle Weslasiens. Leipzig, 1893, iii-8, p. 22-25. 

3. J. llalévy, lierherchcs criti(/ues sur Vori(jine de la civili- 
sation Ijahi/luiiienite. Paris, 187(), in-8, j). 1 et suiv. — Revue 
crili'jue, 1881.1, n'^ 8, p. 150-151. — Les lois suiitdriennes. (Me- 



360 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

Vers l'an 3800 régnait sur l'une d'elles, Lagash — 
Sirpourla ou Sirgoulla — , Ourou-Kaghina, le monarque 
peut-être le plus ancien dont l'histoire ait conservé le 
souvenir'. Le plus illustre de ses successeurs, le patési 
Goudéa, apparaît déjà comme un prince puissant, en 
relation avec les contrées lointaines de l'Occident. Une 
autre cité mésopotamienne, la seule qui soit située 
sur la rive droite de l'Euphrate, Ourou, ne joua pas, 
aux environs de l'an 2900, un rôle moins considérable, 
sous le gouvernement d'Ourbaou; les villes voisines, 
Lagash elle-même, reconnurent sa suzeraineté. Doun- 
ghi, fils d'Ourbaou, accrut encore la puissance du 
nouvel état, et Ourou resta la capitale du « Pays de 
Soumir et d'Akkad », jusqu'au jour où la prédominance 
passa d'abord aux princes de Nishin, puis aux rois de 
Nipour, auxquels une famille de Larsam devait à leur 
tour enlever la suprématie'. 

Celle-ci ne devait pas la garder longtemps. Après 
avoir réuni sous sa domination les tribus jusque-là 
indépendantes de l'Élam, le roi Koutournakhouta en- 
vahit la Mésopotamie méridionale et renversa le patési 
de Larsam. Son fils Rimsin continua ses conquêtes et 
il avait soumis à son pouvoir tout Soumir et Akkad, 
quand il entra en lutte avec Hammourabi, roi de Ba- 

langes de critique et dliistoire, p. 08- i5.) — I.cs nouvelles ins- 
criplions chaldéennes et la question de Sumer et d'Accad. 
{Ibid., p. 389-409.) 

1. M. E. Heuzey {Généalogie de Sirpourla, dans la Revue 
dWssyriologie,. t. II, p. 78-84) met en tête des rois de cette 
ville Ôur-Nina; M. Hommel(Gese/i/c7//e, p. 291) ne place ce prince 
qu'au troisième rang et le fait vivre vers 4200 avant notre ère. 
Cf. P. Jensen, Inschriften der Kônige von Lagnsh. (Keilins- 
cliriflliche Bibliothek, t. ill, 1, p. 8 et 11). 

2. II. Winckler, op. laud., p. 23-36. — Maspero, Histoire 
(uicicimc, t. 1. p. 617-619. 



LA ri.dlUi \)K LASIi: A.MKKIKlllt;. 361 

bylone (2394-2379), le sixième seulement, mais le plus 
illustre des princes de l'antique cité'. Le moment 
était A'enu où l'hégémonie politique allait passer dos 
ville sumériennes de la Chaldée méridionale aux villes 
exclusivement sémitiques du nord de cette province. 
Plusieurs siècles avant Hammourabi, Sharroukin et son 
fils Naramsin, rois de l'incertaine Agadé, avaient 
régné, dit-on -, sur « les quatre maisons » — Agadé, 
Babylone, Sippara et Ni pour, — et étendu 1-eur 
domination jusqu'au golfe Persique et à la mer de 
Cjprc. La puissance de Hammourabi fut moins 
grande, mais elle est plus certaine. Il affranchit le 
pays de Soumir de la suzeraineté de l'Élam, et, en sou- 
mettant toute la Rasse-Mésopotamie à ses lois, il 
fonda le premier royaume babylonien ^ 

Les successeurs d'Hammourabi ne gardèrent pas 
longtemps le pouvoir, et l'état puissant qu'il avait 
constitué fut mémo quelque temps asservi par des 
étrangers, les Kashshou\ Mais comme les Elamites, 
ceux-ci furent subjugués par leurs vainqueurs; l'élé- 
ment indigène reprit vite le dessus, et d'une petite 
ville voisine de Babylone, Pashi, sortit une dynastie 
nouvelle, dont Naboukodorossor — Nabuchodonosor — 
fut le premier roi. A'ainqueur des Kashshou et des 
Elamites, redevenus, indépendants, ce prince fut 
moins heureux dans la lutte qu'il engagea contre le 
royaume naissant d'Assyrie, et dut lui abandonner la 



1. Hugo \\'inckler, op. laud.. p. 58. 

2. Maspero, op. laud.. t. I, p. 596-602. 

3. ('. P. 'l'icle, /iabi/lonisc/i-Assi/rischc Geschic/tle. Gotha, 
1886, in-8, p. 12'i. 

'j. Winckler, op. laud., p. 77 et 106. — Masjjero, up. laud.. 
t. II, p. 116-120. 



362 LES i'LAiMES CHEZ LES SEMITES. 

suprématie, que Babylono exerçait depuis longtemps 
sur le nord de la Mésopotamie. Les successeurs de 
Nabuchodonosor étaient trop faibles pour la ressaisir ; 
ils furent même impuissants à arrêter l'invasion de la 
tribu sémite des Kaslidi — ■ les Khaldi des Babyloniens 
et des Grecs, les Kliasdim des Hébreux', — Partis des 
bords du golfe Persique, cette peuplade s'établit dans 
le pays de Soumir et d'Akkad, auquel elle donna son 
nom. 

D'autres Sémites, de la famille araméenne, vinrent 
encore au siècle suivant se fixer dans cette contrée ; 
affaiblis par des discordes intestines, les rois de Baby- 
lone non seulement ne purent empêcher ce nouvel 
établissement, mais ils tombèrent sous la suzeraineté 
de l'Assyrie, et, après le meurtre du dernier d'entre 
eux, Tiglathphalasar I s'empara de leur capitale et mit 
fin au premier royaume babylonien ^ L'hégémonie que 
la Basse-Mésopotamie avait exercée pendant de longs 
siècles lui échappait pour passer à l'Assyrie. 

Cantonnés d'abord dans le triangle formé par le petit 
Zab, le Tigre et la chaîne du Zagros, les Assyriens 
appartenaient à la même race que les Babyloniens et, 
comme eux, ils paraissent être descendus dii nord de 
la Mésopotamie dans la contrée qu'ils occupaient à 
l'aurore des temps historiques. Ashshour, leur capitale, 
était vers 1800 le siège d'un patési probablement 
vassal de Babylone\ Mais cette situation inférieure 
devait cesser. Fiers de leurs conquêtes dans le nord 



1. II. Winckler, oj). laud., p. 112. 

2. II. Winckler, op. laud., p. 125-135. — Tiele, op. laud., 
p. i:J8-147. 

3. llommel, op. laud., p. 'iSO. — Winckler, op. laud., p. 
Ii5 et 152. — Tiele, op. laud., p. 138. 



I.A Kl.itilK 1»E L'ASIK ANTKI'.lKlllK.. 363 

de la Mésopotamie restée jusque-là indépendante, 
quoique soumise à l'influence de la civilisation babylo- 
nienne, on voit cinq siècles plus tard les patésis assy- 
riens prendre le titre de « rois du monde », que 
Salinanasar I porta le premier. Ce prince guerrier 
poursuivit l'œuvre de ses prédécesseurs et poussa ses 
conquêtes jusqu'au delà de l'Euphrate; afin d'être plus 
rapproché de ses nouvelles possessions, il fixa sa rési- 
dence près du confluent du Tigre et du grand Zab, à 
Kalakh — Nimroud, — qui resta jusqu'à Sargon la capi- 
tale de l'Assyrie'. 

Après un siècle d'arrêt, l'Assyrie reprit avec Tiglatli- 
phalasar I le cours de ses victoires ; ce prince porta 
tour à tour ses armes à l'ouest dans le Naliarina et 
dans la Syrie septentrionale, au nord dans le pays des 
Moushkî et de Koumouk, situé entre l'Euphrate et 
l'Halys, à l'est jusqu'en Médie, enfin au sud en Baby- 
lonie'. Ses successeurs se montrèrent bientôt incapables 
de conserver tant de conquêtes; mais Ashshournazirpal 
mit un terme à la décadence ; non seulement il recouvra 
toutes les anciennes possessions de Tiglathphahi- 
sar I, mais il en acquit de nouvelles. Les guerres 
continuelles de Salmanasar II et de Tiglathphalasar II 
d'abord, puis celles de Sargon, d'Assarhaddon et d'Ash- 
shourbanipal reculèrent encore les limites do l'empire 
assyrien. L'Arménie reconnut, au moins un temps, sa 
suzeraineté; la Syrie, la Phénicie et la Judée furent 
asservies ou rendues tributaires, la Cilicie orientale 
annexée; le Taurus et l'Antitaurus devinrent au nord- 

1. Oppert. art. Assi/n'e dans la Grande Eiiryclopédie. — 
Tiele, op. laud., p. 141. — Winckler, op. laud., p. IGl. 

2. MasjXM'o, op. laud., éd. in-12, p. 295-300. — Tiele, op. 
laud.. p. 151-155. — \\inckk'r. op. (<iud., j). 170-1H2. 



36i LES l'LANTES CHEZ LES SÉMITES. 

ouest la frontière de l'empire, au nord-est le Zagros 
fut franchi et la Médie dut payer tribut, enfin l'Arabie 
et l'Egypte furent envahies '. 

La chute de Ninive, en 606, ne mit pas fin à la 
domination des Sémites dans l'Asie antérieure ; seule- 
ment ce fut la Chaldée qui, pendant deux tiers de 
siècle, y exerça la suprématie à la place de l'Assyrie. 
Sous Nabopolassar, Nabuchodonosor II, etNériglissor, 
le pays des Khaldi reprit les traditions glorieuses de 
l'antique Babylone'; ses mœurs, ses institutions firent 
loi et devaient survivre même à la perte de son indé- 
pendance (538). L'histoire de la civilisation de l'Asie 
antérieure se confond durant des siècles avec celle de 
l'Assyrie et de la Chaldée '\ Cependant il est un pays 
qui, grâce à sa longue indépendance, conserva, encore 
qu'il ait, lui aussi, subi l'influence des grands empires 
de la Mésopotamie, ses mœurs, ses institutions pro- 
pres et qui, par suite, demande à être étudié à part, 
c'est la Syrie et en particulier la Phénicie et la Judée. 

* 
* * 

Si la population primitive de la Syrie, celle qui fut 
contemporaine de l'âge de pierre, nous est 'inconnue, 
nous savons qu'à l'exception du bassin inférieur de 
l'Oronte, occupé par les Hétéens ou Hittites et du pays 
des Philistins, peuple d'origine inconnue^, tout le reste 
de la contrée était, vers l'an 2000 avant notre ère, 



1. Oppert, art. Assyrie. — Tiele, op. laud., p. 186. 
1. Oppert, art. Dabylone dans la Grande Encyclopédie. 

3. H. Winckler, op. laud., p. 320-325. 

4. R. Pietschmann, Geschichte der P/ucnizicr. Berlin, 1889, 
in-8, p. 93. 



LA FLUKK ItK L'ASIK ANTKllllîllU;. 365 

habité par des tribus sémitiques ; mais cette commu- 
nauté d'origine était le seul lien qui les unît; en tout 
le reste elles étaient divisées entre elles ♦et finirent 
par devenir étrangères les unes aux autres ; elles 
s'étaient d'ailleurs établies dans la Syrie à des époques 
■ diff'érentes. Parmi les premières peuplades qui s'y 
fixèrent furent les Amorrhéens et les Cananéens, qu'on 
trouve cantonnés d'abord dans la région montagneuse 
qui s'étend du Liban septentrional au sud de la mer 
Morte. En même temps qu'eux, les Phéniciens s'étaient 
établis dans la région côtière, à laquelle ils ont donné 
leur nom. Une tradition place leur berceau sur les 
bords du golfe persique ; chassés de cette région par 
un tremblement de terre, ils seraient allés d'abord se 
fixer près du « lac de Syrie » — peut-être la mer Morte — 
et auraient de là poussé jusque sur la côte située au 
pied occidental du Liban. 

Ce ne fut que longtemps après que les maîtres 
futurs de la terre de Canaan, les Hébreux, arrivèrent 
en Syrie. Suivant une tradition nationale, la grande 
famille à laquelle ils appartenaient aurait eu pour 
berceau le pays de Paddan-Aram, dans la Mésopota- 
mie septentrionale au pied du mont Masios ; mais 
Térakh, l'ancêtre direct des Beni-Israël, abandonnant 
cette contrée, se serait établi à Our-Khashdîm — l'Ourou 
des Chaldéens'; — il aurait toutefois bientôt quitté 
cette ville et se serait rendu au sud du Jourdain, où 
Abraham, son fils, aurait fixé un temps sa résidence. 
De là le-patriarche serait allé camper à l'ouest de ce 
fleuve, contrée qu'au bout de trois générations ses 
descendants abaïubjnnèrent pour se retirer en Egypte. 

1. Masjjero, llisloire ancienne, t. II, p. 6'i. 



366 I.KS TLANTES Cil HZ LKS SKMITES. 

Plusieurs siècles après, on le sait, ils revinrent s'éta- 
blir à l'est du Jourdain, au nord de la contrée occupée 
par les Édomites, les Ammonites et leurs proches pa- 
rents les Moabites^; c'est de là qu'ils marchèrent à la 
conquête du pays de Canaan, cette « terre Promise » 
à l'ancêtre de leur race. 

Désormais les Hébreux prennent place dans l'his- 
toire générale et, quand les différentes tribus, dont se 
composait leur nation, eurent été réunies sous le 
sceptre de David et de Salomon, ils formèrent un 
royaume un instant puissant; mais des divisions in- 
testines ne tardèrent pas à l'afi'aiblir et le livrèrent 
sans défense aux armes des rois d'Assyrie et de Ba- 
bylone. La Judée fut asservie et cessa d'exister comme 
nation indépendante; mais pendant les siècles qui 
avaient précédé sa conquête, elle avait joué, comme la 
Phénicie, quoique à un degré moindre et à d'autres 
égards, un rôle considérable dans l'histoire de l'Asie 
antérieure et en particulier des peuples sémitiques. 
La littérature qu'elle nous a laissée nous fait non seu- 
lement connaître ses mœurs, son industrie, son art et 
ses croyances religieuses mieux que ne le sont ceux 
d'aucun autre peuple de l'Orient ; mais elle nous per- 
met de pénétrer dans la vie intime et dans l'àme des 
anciens Sémites. Aussi la Judée doit-elle, avec la Phé- 
nicie, trouver place dans cette étude après la Chaldée 
et l'Assyrie, dont elles ont l'une et l'autre subi l'in- 
fluence, aussi bien que celle de l'Egypte. On com- 
prendra, au contraire, que je ne parle point de l'Ar- 
ménie ou de l'empire des Hétécns. 11 ne saurait 



1. B. Stade, Geschirhle des Volhes Israël. Berlin, 1887, in-8,t. 
I, p. 113-115. 



I.A FIJJRK 1»E I/ASIK A.NTKRIlil IIK. 367 

davantage être question ici de l'Arabie, habitée sur- 
tout par des nomades et qui n'a pas d'iiistoire avant 
Mahomet ; tout au plus aurai-je à mentionner quelques- 
uns des produits que lui demandaient les nations 
voisines. Quant à l'Asie Mineure occidentale occupée 
par des peuplades indo-européennes ou par des colonies 
lielléniques, elle est par là même, pour le moment, en 
dehors de mes recherches ; j'en parlerai dans le 
second volume, lorsque je m'occuperai de la Grèce 
ancienne. 



CHAPITRE II 

l'agriculture et l'horticulture dans l'asie anté- 
rieure. — les plantes dans l'alimentation et 
dans l'industrie des nations sémitiques. 

La culture du sol est le premier trait qui marque le 
passage de la vie nomade à la vie sédentaire ; dès que 
les habitants des déserts et des steppes en quittent les 
régions inclémentes et stériles pour se fixer dans des 
contrées au sol fertile et au climat régulier, ils re- 
noncent à la première pour se livrer à la seconde et 
se font agriculteurs. Les tribus sémitiques, qui sont 
restées en Arabie ou dans le désert de Syrie, ont gardé 
une existence nomade, celles qui s'établirent dans la 
Mésopotamie méridionale ou dans les bassins de l'Oronte 
et du Jourdain, ainsi que dans la région du Liban, sont 
devenues depuis la plus haute antiquité sédentaires et 
agricoles. Tels nous apparaissent, aussi loin que nous 
pouvons remonter dans leur histoire, les Sumériens et 
les Sémites de la Chaldée, ou les Assyriens des bords 
du Tigre. La fertilité du pays où ils étaient venus se fixer 
les invitait à cette vie nouvelle ; soumise à des inon- 
dations longues et périodiques, la Basse-Mésopotamie 
d'ailleurs ne peut convenir à l'existence nomade du 
pasteur, tandis que ses grasses et fécondes alluvions 
se prêtent à merveille aux travaux de l'agriculture. 
Populations sumériennes et sémitiques s'y livrèrent 



I.Ar.l'.ICl LTl UI-: HA.NS LA CIIAl.DKi;. IJO'J 

avec ardeur et, gràco à leurs efforts, la contrée 
qu'elles étaient venues habiter devint un véritable 
jardin. 

Nulle part, si ce n'est en Egypte, la culture était 
plus facile ; il suffisait de retourner avec une espèce de 
hoyau, traîné par des bœufs ', les alluvions molles 
et profondes de la plaine et de leur confier la semence, 
qui rendait au centuple, là où elle trouvait riiumidité 
nécessaire et n'était pas exposée à être emportée par 
les débordements du Tigre ou de l'Euphrate. Les ha- 
bitants de la Basse-Mésopotamie n'ont jamais pu, 
comme le faisaient ceux de TEgypte pour le Nil, laisser 
aux deux fleuves de leur pays le soin d'arroser leurs 
terres ; le sol est trop peu consistant, les crues sont 
trop subites et leur débit trop variable pour qu'il soit 
possible de s'en rapporter à elles de ce rôle bienfai- 
teur ■. Commençant d'ailleurs en mars pour se terminer 
au mois de mai, loin d'être favorables à la végétation, 
si elles n'avaient été réglées, elles n'auraient pu que 
lui nuire ; aussi, loin de les laisser venir à eux, les ha- 
bitants maintenaient les eaux à distance pendant les 
mois d'inondation. Des canaux creusés de main 
d'homme recevaient alors le trop plein des deux 
fleuves; « subdivisés en fossés, les uns grands, les sui- 
vants moindres et finissant par n'être que de simples 
rigoles»', ils sillonnaient toute la Babylonie et y ré- 
pandaient l'eau nécessaire à l'arrosage du sol; on l'y 



1. Layard. Introduction à r/iistoirc du culte de Mit/ira, pi. 
XXX1\', n" 5.— Hawlinson, o;3. Utud.. t. III, p. 18. — Maspero, 
Histoire ancienne, t. I, p. 761. 

2. Strabon, Georjraphio. lib. X\'1I, caj). i, 9. — Olivier, 
Voi/ar/e, t. H, p. 'IVS. 

'A. Xénophon. Annfiasis. lil). II, cap. iv, 13. 



370 Li:S l'LANTKS CIIKZ l.KS SKMITKS. 

puisait, dit HérodoteS à la main ou à Taide de slia- 
doufs. 

Ce système de canaux, dont la disposition frappa 
d'admiration les écrivains grecs, n'était pas de créa- 
tion récente ; ils étaient l'œuvre des premiers rois 
historiques de la Chaldée et leurs successeurs les 
entretinrent soigneusement. 

« Sinidinna, le puissant pourvoyeur sacré du pays d'Ourou, 
roi de Larsam, roi des pays de Souinir et d'Akkad, dit une ins- 
cription de ce prince-, le canal de délices qui fournit l'arro- 
sage de la région, il le creusa. Il donna une eau perpétuelle, 
richesse permanente à sa capitale, à son peuple. » 

Une autre roi de Larsam, Rimsin, suivit l'exemple 
de Sinidinna et « creusa le canal des dieux jusqu'au 
bord de la mer ». Mais Hammourabi de Babylone sur- 
tout s'est rendu célèbre par ses travaux hydrauliques 
et son soin pour ragriculture. 

Je suis Hammourabi, dit-il dans une inscription ^, le roi 
qui soumet à son obéissance les quatre régions... Lorsque les 
dieux Anou et Bel... eurent mis dans ma main le pouvoir, je 
creusai pour la population de Soumir et d'Akkad le canal de 
Hammourabi, la richesse de la population, le véhicule des 
eaux d'abondance. Je rendis partout ses rives propres à l'agri- 

1. Ilisloriœ, lib. I, cap. 193, 1. On voit sur un bas-relief 
de Koyoundjik une de ces shadoufs, auxquelles Hérodote 
donne le nom de ■/.iXwir^in-i . Layard, The monuments of Ni- 
neveh, 2= série, pi. 15. 

2. Fr. Lenormant, Éludes accadicnnes, t. H, p. 340. — A. 
Delattre, I.es travaux hydrauliques en Babijlonie. (Revue des 
questions scientifiqxies, t. XXIV (an. 1888), p. 481.) 

3. J. Menant, Inscriptions de Hammourahi, roi de Baby- 
lone. Paris, ISfilJ, iii-8, p. 6 et 21. — Id., Manuel de la langue 
assyrienne. Paris, 1886, in-8, p. 306. — Friedrich Delitsch, 

\Vo lag das Paradies. Leipzig, 1881, in-8, ]). 191. — \. De- 
lattre, op. laud.,/p. 482. 



I.AdlilCri.TL'RK DANS I,A CIIAI.DKR:. Mi 

culture. J'y élevai une paire de digues. Je fournis des eaux 
perpétuelles à la population de Soumir et d'Akkad... Je lui pro- 
curai la boisson et les aliments. Je l'établis dans la richesse et 
l'abondance. Je fis de sa demeure un séjour paisible. 

Le monarque babylonien ne se Ijorna pas à cette 
œuvre d'irrigation générale ; soucieux d'accroître sans 
cesse le bien-être de ses sujets, il construisit encore 
un autre canal, destinéplus particulièrement à Sippara*; 
aussi se vante-t-il avec un juste orgueil d'« avoir fait 
pour le dieu Shamash ce que, de temps immémorial, nul 
roi parmi les rois de sa ville n'avait fait ». Il n'était pas 
le premier prince de Soumir et d'Akkad toutefois, qui eût 
cherché par des travaux de canalisation à favoriser l'agri- 
culture dans son pays; il ne fut pas non plus le dernier; 
vers là même époque un autre roi, Samsouïlouna, fit, 
lui aussi, creuser un canal, « source de richesse », au- 
quel son nom resta attaché". Deux documents, qui 
remontent au règne de Mardoukidinakhi, roi do Ba- 
bylone, contemporain de Tiglathphalasar, parlent, l'un 
du Nàr Zalmani, l'autre du Nàr Mî-Dandan ; ce der- 
nier, « canal des eaux puissantes, qui vivifient tout être 
animé », fertilisait, à ce qu'il semble, la partie de 
la rive gauche du Tigre, en aval du Diyalah'. 

Après la conquête de la Babylonie par les rois de 
Ninive, les entreprises nationales de canalisation furent 
arrêtées dans ce pays ; les vainqueurs toutefois ne 
laissèrent pas tomber en ruines ce qui existait ; on 



1. U. \\"im-k\er, I:iiiii/e neuvero/fent/. Te.rle.elf. (Zn'larlirift 
fiir Assi/riologir, t. Il (an. 1887), p. 119-120.) 

2. A. Delattre. op. Inud., p. 485. 

3. J. OppertetJ. .Menant, Dûcumeiits jitridiqui's de rAssi/rii' 
et de la Cluddée. Paris. 1877, in-8. p. 83 et 92. — A. Delattre, 
np. laud., p. 486-487. 



372 LKS l'LANTKS CHEZ I-KS SKMITKS. 

voit Sargon, en particulier, faire rétablir le canal à 
moitié comblé de Borsippa\ Mais après l'affranchisse- 
ment de Babylone, les princes de la nouvelle dynastie 
qui régna en Clialdée renouèrent la tradition inter- 
rompue des premiers rois ; ils restaurèrent les anciens 
canaux et en créèrent de nouveaux. C'est ainsi que le 
premier d'entre eux, Nabopolassar, rappelle, dans 
une inscription'", qu'il avait fait creuser à nouveau le 
canal de Sippara, œuvre de Hammourabi, et « y avait 
amené l'eau en abondance ». Les successeurs de Na- 
bopolassar suivirent son exemple ; « le fossé oriental 
de Babylone en mauvais état depuis des jours reculés » 
fut réparé et consolidé tour à tour par Nabuchodonosor 
et Nériglissor, et « des eaux perpétuelles furent établies 
pour le pays )>. Babylone et sa banlieue étaient, nous 
le voyons d'après les actes de Nabonide, arrosées par 
six canaux, sans parler des fos.sés et des rigoles secon- 
daires, qui s'y rattachaient et portaient partout l'abon- 
dance et la salubrité ^ 

Pourvues ainsi de l'eau nécessaires à la végétation, 
jouissant d'un climat privilégié, les campagnes de la 
Babylonie, avec leur sol gras et profond, étaient d'une 
fertilité qu'ont célébrée à l'envi tous les écrivains de 
l'antiquité. 

De tous les pays que nous connaissons, remarque Héro- 
dote '% la Babylonie est, sans contredit, le meilleur et le plus 
fertile en fruits de Cérès... Le sol est si propre à toutes sortes 
de grains, qu'il rapporte toujours deux cents fois autant qu'on 

1. A. Delattre, op. laud.,]). 488. 

2. H. Winckler, Ein Text Nahopolassars. {Ibid., p. 69-75.) 
;i. A. Delattre, op. laud., p. 490-'i96. 

4. Ilistorid', lib. I, cap. 193, 3. « Ager totius Asia^ fertilis- 
simus », dit de son côté Pline, Ilisloria naluralis, \\h. VI, 
cap. 26. 



L'AGUICLLTIRK DANS LA CllALDKt;. 373 

a semé, et que, dans les années où il se surpasse lui-même, 
il rend trois cents fois autant qu'il a reçu. Les feuilles du fro- 
ment et de l'orge y ont bien quatre doigts de large'. Quoique 
je n'ignore pas à quelle hauteur y viennent les tiges de millet 
et de sésame, Je n'en ferai point mention, persuadé que ceux 
qui n'ont point été dans la Babylonie ne pourraient ajouter foi 
à ce que j"ai rapporté des grains de ce pays. 

En Babylonie, dit de son côté Théophrastc', on 
coupe deux fois les moissons, et on les fait paître par 
les trcjupeaux pour en arrêter la croissance excessive et 
permettre aux chaumes de se développer ; après cela, 
ajoute-t-il, « on récolte encore dans les terres mal 
travaillées cinquante pour un et cent pour un dans les 
terres bien cultivées ». Strabon affirme de son côté'\ 
ce qui confirme et dépasse même le dire d'Hérodote, 
que <' le rendement d'un champ d'orge en Babylonie 
était de trois cents pour un ». Les récits des voyageurs 
modernes ne donnent pas une idée moins haute de la 
fertilité de la Basse-Mésopotamie*. Mais quels grains 
produisait ce pays ainsi favorisé du ciel? Outre le fro- 
ment et l'orge, qui semblent bien avoir été, depuis les 
temps les plus reculés, les cultures principales de la 
Babylonie, Hérodote y fait croître aussi le millet et le 
sésame. Si ces plantes ont été, comme on n'en peut 
guère douter, cultivées dans cette contrée, vu leur 
origine étrangère, il est probable que leur culture y 



1. Un cylindre du Musée du Louvre représente des tiges de 
froment remarquables par leurs larges feuilles et dont les épis 
dépassent la tête des bœufs (jui se trouvent à coté. .J. Menant, 
Les pierrrs grav-'es de In Haute-Asie, fiec/ierclies sur la 'jlijp- 
lique orientale. Paris, 1883, in-8, p. 208. 

2. Ilistoria plantarum, iib. VI H, cap. 7. i. 

3. Geoyraphia, Iib. XVI, cap. 1, 1'». 

'i. Cf. Hawlinson, op. lauiL. t. I. p. 32. 



37i LES PLAiMES CHEZ LES SÉiMELES. 

était relativement plus récente ; celle du sésame, en par- 
ticulier, ne peut remonter qu'à l'époque où les monar- 
ques assyriens et chaldéens entrèrent en relation avec 
l'Inde; des échanges commerciaux, il est vrai, ont dû 
avoir lieu entre la péninsule liindoustanique et le bassin 
de l'Euphrate dès les temps les plus reculés'. 

Les habitants de la Babylonie cultivaient-ils d'autres 
plantes alimentaires ou industrielles que celles dont 
parle Hérodote ? Cela est vraisemblable, mais les his- 
toriens anciens ne nous l'apprennent pas et les inscrip- 
tions ne nous renseignent pas davantage à cet égard"; 
Bérose sans doute fait mention de Yochros parmi les 
plantes cultivées en Chaldée^; mais la nature véritable 
de Yochros n'est pas connue d'une manière certaine, 
et il semble être bien plutôt une plante fourragère — 
probablement une gesse \ — qu'une plante industrielle 
ou alimentaire. Quant « aux fruits de toute sorte » 
qu'on aurait, d'après l'historien de Babyloiie, trouvés 
aussi en Chaldée, ils ne pouvaient, en supposant cette 
assertion exacte, qu'y avoir été importés à une date 
peu ancienne, et l'on doit croire même qu'ils étaient 
plus rares et moins nombreux que ne le veut dire 
Bérose ; sinon on ne s'expliquerait pas qu'Hérodote eût 
pu affirmer « qu'on n'essayait même pas en Babylonie 
de faire porter à la terre des figuiers, des vignes et des 
oliviers ». 11 faut remarquer cependant que sur un cy- 
lindre chaldéen du Musée de la Haye', qui repré- 
sente un jardin dans lequel se trouvent debout trois 

1. A. de Candolle, op. UiiuL, p. 339. Cf liv. I, ch. il, p 'i8. 

'2. Hoivnnel, op. laud.. p. 191, note. 

3. FrcKjmcnta.Wh. 1,2. Ed. Miiller-Didot. 

4. Le Lal/ii/ncs ciccra ou ÏErviim cnnlia. 

5. J. Menant, Les pierres gravées de la llaule-Asie, p. 191. 



L'AGRIGULTL'llt: DANS LA CllALDKE. 375 

personnages auprès d'un dattier, on voit, outre cet 
arbre et un autre dattier ou palmier plus petit, un 
arbuste qui ressemble à un figuier, ainsi qu'un arbre à 
triple tige, mais sans caractère distinctif. Cette repré- 
sentation n'en prouve pas moins que des arbres à fruits 
autres que le dattier croissaient autrefois, comme 
aujourd'hui, en Babjlonie, bien que peut-être en petit 
nombre. 

Le dattier, au contraire, y abondait; toute la plaine 
de la Basse-Mésopotamie, nous apprend encore Héro- 
dote', en était plantée, et Ammien Marcellin parle de 
vastes forêts de dattiers, qui s'étendaient du nord de 
cette contrée aux bords du golfe Persiquc^ Nous ver- 
rons à combien d'usages variés servait cet arbre pré- 
cieux. Le climat chaud de la Babylonie et l'humidité, 
que le sol lui fournissait en abondance, favorisaient sa 
végétation et il y donnait les fruits les plus savoureux. 
Le dattier est-il indigène dans la Chaldée, comme il 
l'est en Arabie et dans laCarmanie? On peut le croire, 
mais il y fut aussi cultivé de temps immémorial. Des 
préceptes d'agriculture rédigés en accadien imposent 
au fermier l'obligation de planter des dattiers et de les 
arroser*. Des tablettes découvertes par M. de Sarzec 
à Telloh font mention d'un sanctuaire que le patési 
de Lagash, Entéména, éleva à la déesse Nina, « qui 
fait croître les dattes* ». Les mêmes tablettes nous 
apprennent que ce chef religieux avait fait deux 



1. Jlisturia'. lib. 1, cap. 19:i. 

2. Res (jeslne, lib. XXIV, cap. 3. 12. 

3. G. Hertin, Aiirienl Bahi/lonian affn'ciiUurdl pircepls. (Re- 
con/s of l/ie Pnst, t. III, p. 5)6.) 

4. L. Ileiizoy. Une villa roi/ale en Chaldée. {Comptes irnUiis 
(le rAcadriiiie des Iiiscriplions cl Relies- Lettres, 8 nov. 1894.) 



376 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

grandes plantations qui, suivant toute apparence, 
étaient composées de palmiers. On obtenait d'ordinaire 
les dattiers de semis ; mais on les propageait aussi à 
l'aide des drageons, qui poussent autour du collet de 
la racine \ S'ils ne l'ont pas inventée, comme on l'a 
prétendu ', les habitants de la Basse-Mésopotamie ont 
connu de bonne heure la fécondation des fleurs fe- 
melles de cet arbre si utile. On la trouve représentée 
sur des cylindres chaldéens ainsi que sur des bas-reliefs 
de l'Assyrie \ 

La partie dé l'Élam ou Susiane voisine du Tigre et 
de la mer ressemblait à la Chaklée par ses produits 
agricoles, aussi bien que par sa constitution géolo- 
gique, et sa fertilité n'était pas moins grande que celle 
de cette contrée; le froment et l'orge, rapporte Stra- 
bon\ y rendaient cent et même deux cents pour un. 
Les dattiers y croissaient aussi en abondance'. Quand 
on quittait la basse plaine, pour s'élever dans la région 
montagneuse traversée par le Pasatigris et le Choaspès, 
les produits du sol changaient, avec sa nature, et ils 
se rapprochaient de ceux de la Perse et de l'Assyrie. 

Les produits de cette dernière contrée différaient 
beaucoup de ceux que nous avons rencontrés dans la 
Chaldée; le climat y, était d'ailleurs moins chaud, sur- 
tout dans la partie montagneuse du nord-est et le sol 
tout autre ; là plus de ces alluvions grasses de la 
Basse-Mésopotamie, mais un terrain de formation ter- 

1. Théopliraste, llistoria plaii/arum, lib. II, cap. 6, 1 et 2. 

2. Cf. plus haut, liv. 1, chap. IV, p. 105. 

3. E.B.'l'ylor, 77<e loiitged fiQures of Ihe Assi/riait and othcv 
ancienl monumenls. (Proceedings of Ihe socieUj of Bihlical 
archacology, t. XII (an. 1890), p. 383-393). 

4. Geof/raphia, lib. XV, cap. 3, M. 

5. I/tid.. lib. X^'I, cap. I, 5. 



i-AciiiciLTriu-; iiA.Ns i;assviiii;. 377 

tiaire, que l'absence de pluies pendant plusieurs mois 
de l'année rendait impropre à la culture, si on ne lui 
fournissait l'eau que le ciel lui refusait. Aussi l'arro- 
sage artificiel y était-il une nécessité bien plus encore 
qu'en Clialdée ; les rois d'Assyrie le coniprii'ent. Tout 
guerriers qu'ils étaient, ces princes portaient un vif 
intérêt à l'agriculture. 

Sargon le Grand se représente, dans une inscrip- 
tion', comme « un roi qui a mis son soin à rendre à 
la culture les territoires voisins, à faire des planta- 
tions de roseaux sippalu, à faire produire des collines 
rocailleuses où de temps infini ne poussait aucune 
plante, qui s'est attaché à faire porter des moissons à 
maint lieu désert, lequel n'avait point eu de canal 
d'arrosage sous les rois précédents, à ouvrir les lits 
comblés des cours d'eau et à abreuver le pays d'en 
bas et d'en haut d'une eau abondante, semblable à la 
masse des flots de la mer >>, enfin comme « un roi qui, 
devenu grand dans le conseil et par la sagesse et 
plein de prudence, s'attache à remplir les greniers 
du vaste pays d'Ashshour de provisions et de vivres 
en abondance... à ne pas laisser renchérir l'huile, la 
vie (?j des hommes, à fixer le prix du sésame comme 
du blé. » 

On voit Ashshourbanipal rappeler aussi, dans une ins- 
cription", comme un do ses titres de gloire que, « les 
moissons réussirent et que l'abondance fut grande sous 
son règne ». « Le froment, ajonte-t-il, s'éleva de cinq 
coudées sur sa racine, l'épi atteignit einij sixièmes de 

1. Iiiscn'/jtidii du cijlinilre. .'>i-'il. Pavid-Gordon Lyon, 
KcilsrltrifUe.vtc Soj'fjvn's Kiinif/s vun .[xsurien (722-705 v.Clir.), 
p. 35. (Assi/riùluf/isc/ie Hihliolhok. t. V, an I880.) 

2. A. Deiattre, 0;). /«//(/.. j). 'i9'.(. 



378 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

coudées. L'orge (?) fut abondant. Les arbres à fruit ne 
cessèrent de produire. Les oliviers prospérèrent. » 
Rhapsacès, le général de Salmanasar, vantait aux Juifs 
l'Assyrie comme une terre de froment, d'huile et de vin\ 
Pour obtenir cette fertilité il fallait procurer au 
sol l'humidité qui lui faisait défaut. Afin de remédier 
à cette indigence, les monarques assyriens, comme les 
rois de Babylone, couvrirent leur pays de canaux qui 
portaient partout l'eau nécessaire à la végétation. 
Dès le commencement du xif siècle avant notre ère 
Ashshourdanan avait fait creuser un canal sur la rive 
droite du Tigre, pour arroser les campagnes de la ville 
d'Ashshour, comme nous l'apprend une inscription de 
son petit-fils Tiglathphalasar I -. 

Le canal qu'Ashshourdanan, roi du pays d'Ashshour, avait 
creusé — l'ouverture de ce canal n'existait plus. Pendant trente 
ans, les eaux n'y avaient plus coulé. Je fis renouveler et creuser 
l'ouverture de ce canal, j'y jetai l'eau et je plantai des jardins. 

Trois siècles plus tard, Ashshournazirpal, voulant re- 
lever la prospérité de Kalakh, qui tombait en ruines, 
ne trouva pas de meilleur moyen que de donner à cette 
ville et à sa banlieue un canal, « véhicule de fécon- 
dité ». Sennachérib poursuivit avec zèle ces travaux 
de canalisation et d'irrigation. « Pour féconder les 
champs, dit-il dans une inscription'', je dérivai du 
Khonsour le canal de Kharrou. Je fis couler des eaux 
perpétuelles dans son lit ». Et dans une autre ins- 
cription*, il se vante d'avoir « abreuvé la campagne de 

1. 2 liegiia, cap. X^'I11, vers. 32. 

2. A. De 1 att r e, oy>. taiu/., p. 501. 

;}. Ci/lindre de Bcllino, ap. A. Delattre, o/>. hiiid.. p. 502. 
4.-11. [^o'^non, L'inscription de Bnrian. Paris, 1879, in-8, 

p. y. 



LAGIUCLLTLIIK KA.NS LASSVIlli;. 37'J 

Ninive, qui dépérissait par le manque d'eau », et il 
rappelle les dix-huit canaux, dont il avait « dirigé les 
eaux vers le fleuve Khonsour », ainsi que le fossé qu'il 
avait fait « creuser depuis le territoire de Kisiri 
jusqu'à Ninive ». 

Ces textes peuvent nous donner une idée des tra- 
vaux considérables de canalisation entrepris par les 
rois d'Assyrie pour fournir à leur pays l'eau nécessaire 
à l'agriculture. Ainsi arrosée, l'Assyrie devint, comme 
la Chaldée, d'une merveilleuse fertilité. On y faisait 
deux récoltes par an, une au printemps et l'autre à 
l'automne'; mais la culture de la terre y demandait, 
ce semble, plus de travail qu'en Babylonie ; la charrue 
dont on se servait pour retourner le sol, quoique 
simple encore"; est plus solidement construite que 
celle des entailles chaldéennes. Mais quelles espèces 
végétales cultivait-on en Assyrie ? Nous avons peu do 
renseignements à ce sujet. On a supposé, non sans 
raison '\ qu'on y trouvait les cériéales cultivées en Ba- 
bylonie d'après Hérodote, qui ne paraît pas distinguer 
très nettement l'agriculture des deux pays, c'est-à- 
dire le froment, l'orge et le millet. M. Layard parle* 
d'un champ de millet qu'on verrait près d'une forte- 
resse sur un bas-relief de Koyoundjik ; mais on ignore 
où se trouvait cette forteresse. Plusieurs inscriptions 
assyriennes font expressément mention delà culture du 

1. J. Oppert et J. Menant. iJocumenls Juridiques, iv 31. p. 
219. 

2. Pli. Henry (lo.sse, Assyria; lier manners and cuslitms. arts 
andarms. London, 18.52, in-8. p. 567. — Rawlinson, op. laud., 
t. 1, p. 567. 

."i. Rawlinson, op. laud.. t, 1, p. 272. 

'i. Layard, Ninivek and ils remaiu.'i. London, 18'i8. iii-8, t. 
Il, p. l'iO. 



380 LKS l'LA.MES CHEZ LES SÉMITES. 

froment et probablement de l'orge ' ; colles de Sargon et 
de Sennachérib parlent aussi de la culture du sésame. 

Ce ne sont pas là les seules plantes alimentaires ou in- 
dustrielles dont on a jusqu'ici rencontré la mention dans 
les textes cunéiformes ; mais on n'en a encore identifié 
qu'un bien petit nombre. Curieux, comme ils l'étaient, 
des produits de l'étranger, que plusieurs de leurs rois 
se vantent d'avoir importés dans leur pays, les As- 
syriens ne purent manquer, quand ils eurent étendu 
leurs relations commerciales et leurs conquêtes dans 
presque toute l'Asie antérieure, d'acclimater chez eux 
quelques-unes des plantes utiles à l'alimentation. ou à 
l'industrie, cultivées dans les pays, visités par leurs 
armées ou par leurs marchands; tels que l'oignon, 
l'ail, le poireau, diverses légumineuses et cucurbitacées 
— laitue, bette, rave, radis, concombre, coloquinte — 
des condiments comme l'aneth, la coriandre, l'assa 
fœtida; enfin le lin, ia luzerne, le safran et peut-être le 
carthamme'. 

Ils acclimatèrent surtout aussi, les textes nous l'ap- 
prennent, les arbres à fruits ou d'ornement des pays 
qu'ils parcoururent. 

Des cèdres, des ourkarinu, des allakani. disait déjà Ti- 
glathphalasar I à la fin du xn'^ siôcle-', arbres des contrées que 
j'avais soumises, que personne parmi les rois mes pères n'avait 

1. Par exemple l'inscription do Sennachérib à Bavian et celle 
d'Ashshourbanipai. 

2. B. Meissner. Babj/lonisr/ie l'flanzennamcii. (Zeilsrhri/Ï f. 
Assyriolni/ie, t. VI (an. 1891), p. 289-298.) 

3. F. LenormantelE. Babelon, llisloire ancienne. Paris, 1889, 
in-'i, t, V, p. 24. — A. 11. Sayce, Inscription of TiglaLh-Pileser 
I.hing of Assyria. {Records of the past, t. I, p. 115.) — A. De- 
lattre, op. In ml., p. 500. Lenormant traduit ourhannu et 
alldliani par « pins et lentisques ». — KeHsclirifllirhe Biblio- 
Ikcli, t. 1, (an. 1889), p. 41. 



l/lloliTlClLTI r.i; liA.NS LASS\IIIK. 3Sl 

plantés, je les pris et les plantai dans les jardins de mon pays. 
Des plantes de jardin que mon pays ne produisait point, je les 
pris et les plantai dans les ])arcs de mon pays. 

Aslishournazirpal parle également de plantations 
« d'arbres fruitiers de toute sorte et de vignes » qu'il 
avait faites sur les bords du canal de Kalakli '. Senna- 
chérib s'étend aussi avec complaisance, dans l'inscrip- 
tion malheureusement mutilée de Bavian, sur les plan- 
talions de vignes, de « plantes de tous lieux », de 
forêts (?) faites par lui dans les environs de Ninive^ 
Il est aussi question, sur le cylindre de Bellino'', pro- 
bablement de plants d'oliviers, qui se trouvaient dans 
la banlieue de la capitale. 

Sur les bas-reliefs de répo([iie des Sargonides on 
voit souvent des vignes, soit isolées, comme une vigne 
de Kojoundjik qui grimpe sur un pin^, soit formant 
un berceau de verdure, tel que celui à l'ombre duquel 
l'artiste assyrien a représenté Aslishourbanipal couché*. 
On y voit aussi des palmiers; le dattier fut, en effet, 
cultivé en Assyrie, comme il l'est encore aujourd'hui ; 
mais ses fruits, nous le savons par le témoignage des 
anciens", y étaient d'une qualité inférieure; ils ne 
mûrissent même plus au nord du continent du petit 
Zab et du Tigre '. Des bas-reliefs, reproduits par 

1. A. Delatire, op. laud., p. 501. 

2. H. Pognon, op. laud.. p. il. 

3. Ap. A. Delattre, op. laud., p. 502. 

4. Rawlinson, op.. laud.. t. 1, p. 353. On voit aussi deux 
vignes couvertes de raisins sur un bas-relief reproduit par 
Layard. Nineveh and Bahylon, p. 341. 

5. .Musée britanni(|iie. Rawlinson, o/>. laud.. 1. 1, p. 493. Porrot 
et Chipiez, I/islotrc de l'art, t. II, [). 107 et (352. 

6. Pline, llisioria nattiralis. lib. XIII, cap. 9. 

7. .\. H. I.ayard, Ninrveh and ils remains, t. II, p. 'i2o. 
Layard ajoute, il e.-^t vrai, ([ue cela tient au manque de soin. 



3S2 LKS l'LANTi:S CIH'Z LKS SKMITES. 

Layard ', représentent des grenadiers ; on voit aussi des 
fruits de cet arbre portés par des serviteurs sur divers 
bas-reliefs de Kojoundjik ; on ne peut guère douter 
d'ailleurs que cet arbre, indigène dans les contrées 
voisines de l'Assyrie, n'y ait été cultivé de bonne 
heure. Il faut en dire autant du figuier, qui croît 
spontanément dans les mêmes pays. 11 a été représenté 
souvent sur les bas-reliefs assyriens ^ On peut ad- 
mettre encore que l'amandier, le mûrier à fruits noirs, 
ainsi peut-être que le caroubier, le pistachier, qui 
vient à l'état sauvage dans la région montagneuse 
d'Orfah à Térek^ et le noyer furent également plantés 
dans les jardins ou dans les parcs assyriens. L'olivier 
y était cultivé dès longtemps ; le cédratier, au con- 
traire, n'y prit vraisemblablement place qu'après la 
conquête perse, et l'abricotier, ainsi que le pécher, 
encore plus tard. 

Y cultivait-on aussi des arbres d'ornement? 11 est 
impossible d'en douter ; l'inscription de Tiglatlipha- 
lasar, citée plus haut, en mentionne trois espèces, 
malheureusement non identifiées avec certitude. Dans 
une de ses inscriptions'^, Sargon nous apprend qu'il 
« créa un grand parc » et qu'il « y fit planter toute 
espèce d'arbres du pays des Khatti et toutes les plantes 
de la montagne >k Quels étaient ces arbres et ces 



1. The monuments of Nineveh, ser. II, pi. 15. — E. Bonavia, 
The flora of Ihe Assyrian monuments, p. 12. 

2. Layard, The monumenls of Nineveh, ser. II, pi. 15, 20, 
22. — Bonavia, The flora, p. 14. On voit aussi un figuier sur 
une brique émaillée de Khorsabad. Pcrrot et Chipiez, op. 
laud., t. H, pi. XV, 

3. Boissier, Flora orientalis, t. II, p. 6. — Rawlinson, op. 
lawl., t. I, p. 217. 

'i. Inscription du taureau, 'lO. D. G. Lyon, op. laud., p. 43, 



I. iioiiTicri/n i!i-; ka.ns i;assyiui:. ss-ô 

plantos ? Le, monarque assyrien n'a pas crn devoir le 
dire ; mais les bas-reliefs assyriens, encore que repré- 
sentant souvent des paysages non niésopotamicns, 
nous en font connaître quelques-uns; il y avait d'abord 
les cèdres, dont parle ïiglathphalasar, des pins, dont 
il paraît aussi faire mention, et qu'ont si souvent re- 
présentés les artistes assyriens soit alternant avec 
des palmiers, soit formant des espèces de bosquets '. 
M. Bonavia a supposé qu'ils appartenaient à respéce 
Pi?ms bmilia^ ; mais la forme qu'ils affectent n'a rien 
de caractéristique, et tous n'ont pas d'ailleurs le même 
aspect^ On ne peut douter non plus que le cyprès, si 
répandu dès la plus haute antiquité dans toute l'Asie 
antérieure, fut également cultivé dans les parcs assy- 
riens*. On y plantait aussi sans aucun doute des arbres 
fruitiers en même temps que des arbres purement 
d'ornement. 

Si nous ne pouvons dire au juste quels étaient les 
arbres cultivés dans les jardins mésopotamiens. un bas- 
rolief de Koyonndjik', qui représente un parc du temps 
des Sargonides, nous donne une idée assez juste de ce 
qu'était à cette époque un jardin de plaisance assvrien. 
Les arbres du parc de Koyoundjik nous apparaissent, 
comme dans les jardins pharaoniques, disposés en 



1. Botta et Fiaiidin, Monument de Ninive. Paris, 18'i9. in- 
fol., t. II. p. 108-111, salle VII. 

2. The florn of ihc Assyrian monumenls, p. 29. 

.'{. Les conifères des planches 'i() et 81, en particulier, des 
Monumeiils of Xineveh de Layard ne sont pas de la même es- 
pèce, ni peut-être du même genre. 

'i. Les conifères du jardin d'Aslishourbanipal, entre autres, 
me paraissent être des cyprès. Uawiinson, t. I, p. 'iDS. 

5. Layard, Nincveh and liahyhm, p. 232. — liawlinson, op. 
Inud.. t.'l, p. 22'.». 



384 I.KS I'l.A.\Ti;s ClIKZ I.KS SKMITKS. 

rangs, composés les uns d'arbres de même taille et 
probablement de même espèce, les autres d'arbres 
alternativement grands et petits, de port et on peut 
ajouter d'espèce dijfférents ; des canaux sillonnent ce 
parc, au milieu duquel est aménagée une vaste pièce 
d'eau remplie de poissons. 

Quand l'espace manquait pour faire ces parcs éten- 
dus, on se contentait de « jardins suspendus », établis 
sur des espèces de terrasses, supportées par des co- 
lonnes ou des arcades \ Sur un bas-relief du palais de 
Sennacbérib à Koyoundjik on voit à côté d'un temple 
une rangée de pins ou de C3^près, alternant avec des 
arbres qui ressemblent à des grenadiers, se dresser sur 
une terrasse que supporte une série d'arcs aigus^ Cette 
invention devait passer en Babylonie, après que cette 
province eut recouvré son indépendance. Lorsque Na- 
buchodonosor le Grand eut rebâti sa capitale et l'eut 
entourée de ces murs, flanqués do tours, qu'on considéra 
comme une des sept merveilles du monde, il y construi- 
sit également un jardin suspendu non moins admiré. 
« C'est, dit Strabon', un immense carré de quatre plè- 
thres de côté, composé de plusieurs étages de terrasses 
supportées par des arcades, dont les voûtes reposent sur 
des piliers de forme cubique. Ces piliers sont creux et 
remplis de terre, ce qui a permis d'y faire venir les plus 
grands arbres. » Malheureusement, le géographe grec 
ne nous apprend pas de quelle espèce étaient ces arbres. 
On ne peut guère douter qu'il ne s'y trouvât des pal- 



1. Rawlinson, op. laud., t. I, p. 585. — Perrot et Chipiez, 
op. laud., t. II, p. 445. 

2. Musée britannique. Hawlinson, op. laud., t. I, p. 310. — 
Perrot et Chipiez, op. laud., t. II, p. 153. 

3. Geographia, lib. XVI, cap. i, 5. 



L'IIORTICULTIRR DANS L'ASSYRIE. 385 

raiers, qu'on voit d'ailleurs si souvent dans les parcs, 
représentés sur les bas-reliefs. Une tradition veut aussi 
qu'un athel ou tamaris, qui se dresse au l)ord septen- 
trional des ruines de Rabylone et au tronc duquel, dit- 
on, Ali attacha son cheval après la défaite des ennemis 
du Prophète à Hillah, ait été un des arbres du jardin 
suspendu de l'antique cité'. 

Cultivait-on aussi des fleurs dans les jardins et les 
parcs de l'Assyrie ou de la Chaldée ? On peut le croire, 
il en fut ainsi du moins dans les derniers temps ; un 
contrat contemporain d'Ashshourbanipal fait mention 
d'un jardin portant des tleurs tous les ans '. Il semble 
même y être question d'un champ de parfums ■\ Dans 
un autre acie, contemporain d'Ashshournirar et par con- 
séquent plus ancien, il est déjà parlé aussi de la vente 
d'un champ produisant neuf aplia de parfums '*. Il 
semble donc bien que les Assyriens et sans doute aussi 
les Chaldéensdu nouvel Empire aient cultivé des fleurs 
d'agrément ou aromatiques. Tels furent, nous le savons^ 
l'hysope et le thym ; tel fut sans doute aussi, à l'époque 
assyrienne, le lotus; sur les bas-reliefs deXinive, nous 
voyons le roi, ici sacrifiant, là se rendant à la chasse, 
une tige de lotus à la main ' ; telles durent être 
probablement encore ces fleurs placées dans des vases, 

1. Layard, DIscoveries. p. 507. 

2. Kiru tabriru shusliu. J. Oppert et J. Menant, Documents 
juridiques, p. 198. 

3. Ekil nl-ru. MM. Op])ert et Menant toutefois remaniuent, 
p. 201. que le motrt//'M pourrait encore s'expliquer par troupeau. 

'». liil IX ha al-ru. Ihid.. p. 150. MM. Oppert et Menant raj)- 
prochent, p. lôo.lemota/r/derarabea/rt/etsedemandentsilne 
s'agit point de «rose.s, de safran ou d'autres produits semblables ». 

5. 15. .Meissner, op. laud. (Zeitsc/iri/'t fin- As.si/rioloyie. t. VI, 
p. 292). 

6. Botta, Monument de Xinive. t. II. pi. 105 et 113, salle 7. 

I. 25 



386 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

que des serviteurs, sur les mêmes bas-reliefs, portent 
dans la salle du festin ^ Mais quoi qu'il en soit, on 
peut affirmer que les plantes d'ornement cultivées par 
les Assyriens et les Chaldéens furent toujours en petit 
nombre. Comme tous les peuples anciens, ils durent se 
contenter avant tout de celles qui, en si grande abon- 
dance, croissaient au printemps dans leur pays. 



Si la connaissance que nous avons de la culture des 
champs et des jardins dans la Chaldée et l'Assyrie est 
à bien des égards incomplète, nous sommes un peu mieux 
renseignés sur ce qu'elle était en Syrie ou du moins 
dans une partie de cette contrée, la Palestine. J'ai 
dit plus haut quelles étaient la variété et la richesse 
de la flore syrienne. Si l'on excepte la région aride du 
sud et de l'est limitrophe du désert et la région boisée 
et couverte de pâturages des montagnes, tout le pays 
était de la plus grande fécondité et cultivé avec le 
plus grand soin ; la fertile vallée de l'Oronte, le lit- 
toral de la Phénicie aux jardins s'élevant en étages 
sur les coteaux, la plaine si bien arrosée de Damas, la 
Cœlé-Syrie, le plateau de Giléad, également propre, 
avec ses magnifiques forêts et ses riches prairies, à 
l'élevage du bétail et au labourage^; la plaine fécondée 
par les eaux du Kishon, celle de Sharon au sud du 
Carmel, pour me borner aux plus célèbres, invitaient 
les peuples qui s'y établirent à la vie sédentaire et 
agricole. Nous ne savons rien du parti que les popu- 

1. Layard, The monuments of Nineveh, ser. II, pi. 8, 1. 

2. B. Stade, Geschichte des Volkes Israël. Berlin, 1887, in-8, 
p. 107. 



L'AGRICUF.TURK DANS LA SYRIE. 387 

lations primitives tirèrent du sol ; mais les tribus 
cananéennes et amorrbéennes, qui les asservirent ou 
les remplacèrent, le cultivèrent avec le plus grand 
soin. 

Si l'on admet avec HommeP, que les Héroushà, 
contre lesquels Ouna, général de Pépi, pharaon de la 
VI* dynastie, fit la guerre et dont il se vante d'avoir 
coupé les figuiers et les vignes, habitaient le sud de 
la Palestine, on voit que ces arbres à fruit auraient 
été cultivés dans cette contrée trois mille ans et plus 
avant notre ère, ce qui n'aurait d'ailleurs rien qui 
doive surprendre. Ils l'y étaient certainement du moins 
aux xxif et xxiii" siècles. A cette époque, le fugitif 
égyptien Sinouhit parle dos vignes et des figuiers qu'il 
avait vus en Kadouma — le pays d'Edom. — « Le vin 
y est en plus grande quantité que l'eau, dit-il'; nom- 
breux y sont les fruits de moringa et toutes les pro- 
ductions des arbres ; on y a de l'orge et du froment en 
abondance. » 

Quand un peuple, qui habitait à la limite du désert, 
s'adonnait ainsi déjà à l'agriculture, on doit penser que 
les tribus qui occupaient les plaines et les vallées fer- 
tiles du pays de Canaan s'y livraient bien plus encore. 
Le Deutéronome '' représente cette contrée comme une 
terre de blé — khittah — et d'orge — çeorah. — La 
culture de ces deux céréales y devait remonter à la 
plus haute antiquité. Celle de l'épeautre — koiissemeth 
— et du millet — doh/ian — y est peut-être moins 

1. Die semitischen Vôlker tind Sprachen. Leipzig, I88;{. in-8. 
p. 105. — Maspero, Ilisloire aitcie/nif, t. I, p. 420. 

2. Maspero, Histoire ancienne, t. I, p. 471. M. Maspero a tra- 
duit par olives, au lieu de noix de moringa. 

3. Cap. V. verset 8. 



388 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

ancienne. A côté de la culture des céréales avait pris 
place celle des plantes alimentaires et industrielles. 
Les lentilles — adashitn — y étaient connues dès l'é- 
poque la plus reculée ' ; les fèves — pol — ne durent 
guère y être cultivées moins anciennement. Si les 
Hébreux regrettaient dans le désert les oignons, l'ail 
et les poireaux, les concombres et les pastèques d'E- 
gypte, on peut affirmer qu'ils les retrouvèrent dans le 
pays de Canaan. La culture du lin, nous le savons, 
existait aussi déjà dans celte contrée. Ce fut sous des 
tiges de cette plante, entassées sur son toit, que Rahab 
cacha les deux espions envoyés par Josué à Jéricho et 
que le roi de cette ville voulait faire périr". 

Reçues par les Hébreux, ces diverses cultures fu- 
rent soigneusement conservées et développées par eux. 
Sous leur domination la Judée devint un vrai grenier 
d'abondance. Salomon fournissait par année à son 
allié Hiram, roi de Tyr, 2,000 co)'s ou mesures de fro- 
ment, et il donna 20,000 cors de froment et autant 
d'orge aux ouvriers phéniciens chargés de couper pour 
lui des cèdres sur le Liban ^ La Judée resta longtemps 
legrenier où Tyr s'approvisionnait*. Les pays des Phi- 
listins et des Ammonites n'étaient pas moins féconds 
en céréales. On voit le roi des Ammonites payer à 
Joatham un tribut annuel de 10,000 cors de blé et 
d'orge'". Les Hébreux semaient le froment et l'épeautro, 
ainsi que l'orge, avant l'hiver ; au mois d'avril ils 



1. Il en est question déjà dans la Genèse, chap. xxv, 
vers. 32. 

2. Jésus Nave, cap. n, vers. 6. 

3. 2 Paralipomena, cap. u, vers. 10. 

4. Ezechiel, cap. xxvu, vers. 17. 

5. 2 Paralipomena, cap. xxvn, vers. 5. 



L'AGRICULTL'RK DANS LA SYlUf:. 389 

faisaient la récolte de l'orge, celle du froment et de 
l'épeautre cinq ou six semaines plus tard. Les gerbes 
étaient aussitôt après portées sur l'aire et foulées aux 
pieds des bœufs et des ânes'. Avec ces céréales on 
semait encore en automne d'autres plantes, telles que 
la nielle ou carvi — qcznkh — et le cumin — kam- 
mon — , « Quand le laboureur a aplani le champ, dit 
Ézéchiel', no va-t-il pas semer la nielle, répandre le 
cumin, planter le froment en lignes, l'orge au lieu 
désigné, l'épeautre tout autour? » 

S'il n'est point question du millet dans ce passage 
d'Ézéchiel, c'est que cette céréale se semait proba- 
blement à une époque différente ; mais la culture de 
cette graminée, si elle était moins importante que 
celle des autres céréales, n'en était pas moins, nous le 
savons par le témoignage du même prophète ^ prati- 
quée en Judée. L'usage considérable du lin — pisli- 
laJi — dans l'industrie doit faire supposer que les 
Hébreux n'avaient fait que développer la culture de ce 
précieux textile. Se livraient-ils aussi à celle du car- 
thame, du sésame et du ricin ? Cela n'est pas impos- 
sible; mais aucun texte ancien ne nous renseigne à 
cet égard, d'où on pourrait inférer que cette culture, 
si elle exista en Judée, n'y prit peut-être naissance 
qu'assez tard. Il semble bien, au contraire, qu'on y 
ait assez tôt, ainsi qu'en Assyrie, cultivé le safran 
— héb. karkom, ass. karkouma'^ — dont on retirait 
une couleur jaune très recherchée. 

Les oignons — betsalim, — l'ail — shoumim, — le 

1. B. Stade, op. laiul., t. 1, j). 369. 

2. Cap. xxvni, vers. 25-27, trad. d'Ed. Reuss. 

3. Cap. IV, vers. 9. 

4. Muss-Arnolt, Transactions. 1. XXIII (an. 189 ), p. 116. 



390 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

poireau — khatsir, — les pastèques — abattikhim, — 
ainsi que les concombres ou melons chate — kisshouim, 
— durent être l'objet d'une culture assidue en Judée, 
comme en Egypte, mais les anciens textes ne nous en 
font pas connaître la nature et l'importance ; ils ne 
nous apprennent rien non plus de celle des lentilles, 
des fèves et des autres légumes. Les Hébreux connais- 
saient dès longtemps la coriandre, à laquelle font allu- 
sion l'Exode et le livre des Nombres * ; ils durent cultiver 
de bonne heure ce condiment, ainsi que l'aneth, la 
menthe et la rue, dont on voit les Pharisiens payer la 
dîme, avec celle des autres plantes de leurs jardins". 
Il est probable que les plantes fourragères ne furent 
pas plus inconnues aux habitants de la Syrie qu'elles 
ne l'étaient aux Égyptiens et probablement aux habi- 
tants de la Mésopotamie ; mais nous ne connaissons 
rien de leur culture. Nous ne savons rien non plus 
de celle du roseau, qui, s'il croît à l'état spontané 
en Syrie % devait y être cultivé aussi. Nous ne sommes 
pas mieux renseignés au sujet du papyrus — gome, — 
qui y fut probablement importé, mais qui aussi s'accli- 
mata sur les bords marécageux des lacs de Tibériade 
et de Mérom, auprès de Jaffa et sur les rives du Nahr- 
el-Aoudja, où on le trouve encore aujourd'hui\ 



Les arbres à fruits furent dès longtemps cultivés 

1. Cap. XVI, vers. 31. — Cap. xi, vers. 7. 

2. Mathias, cap. xxiii, vers. 23. — Lucas, cap. m, vers. 
42. 

3. Doissier, Flora, t. V, p. 564. 
'i. Boissier, Flora, t. V, p. 375. 



L'AGRICULTURE DANS LA SYRIE. 391 

dans le pays de Canaan et des Amorrhéens ; plusieurs 
y étaient indigènes, comme l'amandier, le poirier', le 
caroubier et probablement le figuier et l'olivier; 
d'autres, qui croissaient dans les contrées voisines, y 
pénétrèrent de bonne heure ; les Hittites en importèrent 
probablement quelques-uns avec eux, quand ils s'éta- 
blirent dans le bassin de l'Oronte ; les Araméens 
durent aussi en introduire plusieurs dans le Hauran, 
lorsqu'ils vinrent s'y fixer. Aussi la plupart des arbres 
fruitiers de l'Asie antérieure que nous avons vus cul- 
tivés dans la vallée du Nil, l'ont été, et sans doute 
plus anciennement, dans le pays de Canaan. Quand les 
Egyptiens envahirent la Syrie, ils furent frappés de 
la beauté des fruits de cette contrée, dont la plupart 
leur étaient encore inconnus; on le voit au soin que, 
au retour de son expédition, Thoutmès III prit de les 
faire peindre sur les murailles du temple de Karnak". 
Parmi ceux que le Pharaon semble avoir le plus 
admirés sont les raisins et les grenades, tant ils sont 
représentés de fois sur les bas-reliefs du monument 
égyptien. On y voit' trois vignes entières, couvertes 
de grappes de raisin et dont les feuilles trilobées éton- 
nent, mais qu'on reconnaît aux vrilles, qui terminent 
les rameaux. Des grappes énormes ont été en outre 
représentées à part pour donner une idée de leur gros- 
seur aux habitants de la capitale égyptienne. Les gre- 
nades, qui devaient être encore rares à cette époque 

1. Boissier, Flora, t. II, p. 642 et 655. — Rich. E. Burton 
and Cil. F. Tyrrwhit Drake, Unexplored Syria, t. I, p. 68. 11 
y a deux espèces de poiriers indigènes en Syrie, le P. Sijriaca 
et le P. lioveana. 

2. A. Mariette-Bey, Karnak. Elude lopographique et archéo- 
logique. Leipzig-Paris, 1875. iii-fol. 

3. Karnak. pi. '6\ a. 



392 LES l'LANTES CHEZ LES SEMITES. 

en Egypte, j sont aussi reproduites en grand nombre*. 
A côté d'elles je serais tenté de voj[r des olives ^ L'oli- 
vier a existé de temps immémorial en Syrie, qu'on a 
voulu regarder comme son pays d'origine ou du moins 
celui où il a été d'abord cultivé. Mais à l'époque de 
Thoutmès 111, cet arbre n'avait pas encore probable- 
ment été importé en Egypte ^ ; il n'en devait que da- 
vantage attirer l'attention des conquérants. 

Il y a bien d'autres plantes et d'autres fruits repré- 
sentés sur les bas-reliefs de Karnak ; mais à part ceux 
que je viens de nommer et du lotus, il en est peu 
qu'on puisse reconnaître avec certitude. J'inclinerais 
cependant à voir des poires dans deux fruits de la 
planche 28 a\ un fruit de la planche 29 h pourrait, lui, 
passer pour un melon et divers autres ressemblent à 
des concombres ; si ce ne sont là que des conjectures, 
il ne saurait e'uère, au contraire, y avoir de doute au 
sujet d'une plante figurée au haut de la planche 31 a; 
MM. Bonnet et Poisson du Muséum ont été unanimes 
à l'identifier avec la colocase ; cette aroïdée aurait 
donc déjà pénétré en Syrie 1500 ans avant notre ère\ 

Les renseignements fournis par les peintures de 
Karnak sont complétés et confirmés par ceux que nous 
donne l'Ancien Testament. Les émissaires envoyés par 
Moïse dans le pays de Canaan coupèrent, dit le texte 
sacré ^ dans la vallée de la Grappe, ainsi nommée des 
vignes qui y croissaient, un pampre, garni d'une énorme 



1. Karnak, pi. 28 a, 30 a et />, 31 a. 

2. Karnak, pi, 30 a. 

3. Voir pi. haut liv. I, chap. iv, p. 131. 

4. Quant aux fleurs de la même planche 31 a et b, il m'a 
été impossible d'en identifier aucune. 

5. Numeri, cap. xni, vers. 2'j. 



LAGI'.ICI i;ri liK KA.NS I.A SYlilK. 303 

grappe de raisin, et ils le rapportèrent à leurs compa- 
triotes avec des grenades et des figues. On voit par là 
que la vigne, le figuier et le grenadier étaient alors 
les principaux arbres fruitiers du pays de Canaan et 
[)robablement de toute la Svrie. La vigne — gepltcn — 
qui y produisait déjà (kî si beaux fruits, y était cultivée 
sans doute dès longtemps, et elle continua de l'être 
encore plus sous la domination hébraïque. Isaïe parle 
dos nombreux vignobles de l'ancien pays de Moab ' et 
le Cantique des Cantiques vante ceux d'Engaddi'. La 
culture du figuier — tcenuJi — que la Bible associe 
sans cesse à celle de la vigne, n'était pas moins 
ancienne en Syrie. La Terre Promise était, d'après le 
Deutéronome\ un pays riche en figuiers, et elle resta 
telle après l'occupation des Hébreux ; sa prospérité était 
liée à la culture du figuier et do la vigne. Les ennemis 
les détruisent pour punir Israël'; ces arbres pro- 
diguent de nouveau leurs richesses, quand Isiarl est 
pardonné. Le grenadier n'était guère moins répandu 
en Judée que le figuier; un grand nombre de localités 
de cette contrée tiraient leur nom de celui de cet 
arbuste, rimmon\ 

La mention si fréquente dans l'ancien Testament de 
Tolivier et de l'huile que fournissent ses fruits, fait 
pressentir l'importance qu'en avait prise la culture 



1. Cap. XVI, verset 8. 

2. Cap. I, verset 13. 
o. Cap. vni, vers. 8. 

4. llosea, cap. n, vers. 12. — Jocl, cap. i, vers. 7. 

5. Olaus Celsius, Ilirroholaniron sive de plantis acu-rdc scrip- 
lierai' disserlationrs brèves. Upsaliao, 1745, in-8. t. I, j). 272. — 
Hosenniiiller, liiblische Xalurgeschichle. p. 275. 11 y avait entre 
autres, un Uimmon dans les tribus de Juda, de Benjamin et 
de Zabulon. 



304 LES l'LANTRS CHEZ LES SÉMITES. 

dans la Palestine. Sous la domination des Hébreux, 
comme avant leur conquête, le pays de Canaan fut 
véritablement une « terre d'huile et de miel' ». Les 
vallées du Liban et de la Galilée, les flancs du Carmel 
et du Thabor, les collines d'Éphraïm et de Garizim, 
la plaine de Jéricho et de Sharon, étaient couvertes 
d'oliviers ; David avait nommé un intendant, chargé 
de veiller sur les plantations qu'il avait faites de cet 
arbre précieux". 

Si c'étaient là les principaux arbres à fruits de la 
la Syrie, ce n'étaient pas les seuls, les bas-reliefs de 
Karnak nous l'ont montré, qu'on y rencontrât; mal- 
heureusement les textes ne nous donnent que peu de 
renseignements sur la nature de ceux qui y pouvaient 
être cultivés. On a traduit parfois par poiriers le mot 
bekaim, qu'on trouve dans un passage des livres de 
Samuel ^ ; mais cette interprétation a été contestée et 
avec non moins de raison la signification de mûriers, 
attribuée à ce mot'*. 11 n'est guère douteux toutefois 
que le poirier, dont deux espèces y sont indigènes, et 
le mûrier à fruits noirs n'aient été, ainsi que le pom- 
mier, cultivés en Syrie. Importé en Egypte dès la 
XVllP dynastie, ce dernier, indigène en Asie Mi- 
neure et dans la région du Caucase, dut l'être plus tôt 
encore dans les vergers de la Phénicie et du pays de 
Canaan. Joël en parle en même temps que de la vigne, 
du figuier, du grenadier et du dattier ^ 



1. Deuteronomium, cap. vni, vers. 8. 

2. Paralipomena, cap. xxvi, vers. 28. 
o. 2. cap. xxin, vers. 24. 

4. W. H. Groser, The trees and plants menlioncd in thc 
Bible, p. 63. 

5. Cap. I, vers. 12. 



L'AGKIGLLTLUt; l»ANS LA SVRli;. 395 

On a parfois voulu trouver dans le Cantique des 
Cantiques une mention du cognassier', mais le mot 
tappuuakh, qui le représenterait, semble bien n'avoir 
d'autre signification que « pommier' ». Si on a cru 
([ue le vocable khoakh désignait en hébreu le prunier 
sauvage, on ne connaît point dans cette langue de nom 
pour le prunier cultivé ; mais on ne peut en conclure 
que cet arbre n'existait pas en Syrie, ainsi que le 
cerisier. Deux espèces comestibles indigènes de cerisier 
et de prunier' se rencontrent d'ailleurs dans cette 
contrée, avec l'azarolier. Quant au prunier et au cerisier 
cultivés, ils n'ont dû y être importés qu'assez tard ; 
l'abricotier et le pêcher le furent à une époque encore 
postérieure, probablement pas avant celle de la domi- 
nation romaine. 

On traduit d'ordinaire le mothébreu ^^o; par noyer* 
et shaqed par amandier"; ces deux arbres, on n'en 
peut douter, étaient cultivés dans la Syrie ancienne ; 
mais l'amandier, indigène dans le Liban, a du l'être 
sans doute plus anciennement que le noyer, espèce 
exotique. Des amandes figuraient parmi les présents 
que les fils de Jacob portèrent à JosephenÉgypte^ S'il 

1. Cap. n, vers. 3 et 5. — Celsius, op. laud., t. 1, p. 25i. — 
Rosenmiiller, op. laud., p. 309. 

2. W. H. Groser, op. laud.. p. 89. 

3. Les Prunus ursina et montirola et les Cerasus mahaleb et 
proslrata. Boissier, Flora, t. H, p. 648-652 et 662. 

4. RosenniùUer, op. laud.,"^. 224. — Fr. Hamiltoii, o/j. laud.. 
n" 15. — W. H. Groser, op. laud., p. 108. 

5. 0. Celsius, o/>. laud., t. I,p. 297. — W. H. Groser, op. laud.. 
p. 87. L'amandier portait aussi le nom de lou:-. O. Celsius, op. 
laud., t. I, p. 253. Genesis, cap. x\x, vers. 37. 

6. Genesis, cap. XLUr, vers. II. On leur fait aussi parfois y 
porter des noix, botnim. mais ce mot signifie plutôt « pts- 
taches ». 



396 LES l'LANTKS CHEZ LES SÉMITES. 

n'est pas indigène en Syrie, le pistachier a dû néan- 
moins y être cultivé à une époque reculée. Il en est 
de même peut-être du caroubier, si commun en Galilée 
sur les collines d'au delà du Jourdain et dans les gorges 
du Liban'; mais il n'en est fait mention que dans le 
Nouveau Testament. Le sj-comore — héb. shiqmaJi — 
s'était, des bords méridionaux de la mer Morte, ré- 
pandu dans toute la région occidentale de la Syrie, en 
particulier en Phénicie", oîi on le plantait, il est vrai, 
plus à cause de l'usage que l'on faisait de son bois 
que pour ses fruits. Cet arbre n'était pas moins fré- 
quent dans les plaines de la Judée ^ et David avait 
nommé un intendant chargé de veiller à sa conser- 
vation''. 

Le dattier — lo.mar — indigène, comme le syco- 
more, au sud de la mer Morte, fut cultivé dans toute 
la région avoisinante. Jéricho est appelée dans le Deu- 
téronome^ la ville des palmiers. Dans la plaine, au 
milieu de laquelle elle est située, se trouvait, dit 
Strabon®, le PJiœnicôn, verger de cent stades de long, 
arrosé d'eau courante et rempli d'arbres fruitiers de 
toute espèce, mais principalement de dattiers, qui 
fournissaient une abondante récolte. C'était là seule- 
ment et en Babylonie que l'on trouvait les célèbres 
dattes caryotes. Des confins delà mer Morte, le dattier 
fut importé sur tout le littoral sj-rien'', particulière- 

1. W. II. Groser, op. laud., p. 107. 

2. Pietschmann, Geschichle der Phœnizier. p. 22. 

3. 1 Régna, cap. x, ver.s. 27. — 2 Pnralipomena, cap. I, 
vers. 15, et cap. l\, vers. 27. 

4. 1. Paralipomenn, cap. xxvu, vers. 28. 

5. Cap. XXXI v, vers. 3. 

6. Geographin , lib. XVI, cap. 2, Vl. 

7. C'e.st de là qu'il a été porté dans les île& de rArcliipel. 



I/IIOllTICl LTl r.i: DANS LA SYUIK. 397 

ment en Phénicie, encore que ses fruits n'y pussent 



mûrir. 



* * 



Près du bois de palmiers de Jéricho se trouvait 
aussi, d'après Strabon, un château royal avec un parc 
appelé le « Jardin du baumier «, du nom d'un « arbuste 
odoriférant assez semblable au cytise et au téré- 
binthe ))\ Grisebach a supposé, évidemment à tort, 
que cet arbuste était le chalef-; il s'agit du Balsamo- 
dendron opobahamuni , qui avait été importé d'Arabie 
aux environs de Jéricho. Une tradition, rapportée par 
Josèphe'\ voulait que le premier pied de cet arbuste 
précieux eut été donné par la reine de Saba ù 
Salomon. 

Le jardin du baumier est le seul verger de l'an- 
cienne Syrie sur lec^uel nous ayons quelques renseigne- 
monts précis; mais il est fait, dans le Cantique des 
Cantiques, allusion à un jardin planté d'arbres à fruits 
exquis et d'aromates et arrosé d'eaux vives*. L'Ecclé- 
siaste parle aussi de jardins et de parcs, où il avait 
planté toutes sortes d'arbres fruitiers ' ; mais il ne dit 
pas quels étaient ces arbres. Dans le <( jardin clos «, 



1. Pline, qui dit, lib. XII. cap. 54 (25). que le baumier « res- 
semble plutôt à la vigne qu'au myrte », le fait croître seule- 
ment en Judée et dans les deux jardins royaux. Justin, lib. 
X.X.WI, cap. 3, prétend que cet arbuste ressemble à un pin de 
petite taille, mais qu'on le cultive comme la vigne. 

2. l)ie Végétation der Erde, t. I, p. 403. Le chalef {Elaea- 
r/nm augustifoUus L.) est répandu dans toute la Judée. 

3. Antiquitates Judaicae, lib. VIII, cap. 6, 6. 

4. Cap. IV, vers. 13 et 14. 

5. Cap. n, vers. 5. 



398 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

auquel l'auteur du Cantique des Cantiques compare son 
épouse, croissent, en même temps que des grenadiers, 
l'arbre au henné — kopher — , le nard et le safran, la 
cannelle et le cinnamome, avec tous les arbres qui 
donnent l'encens, la myrrhe, le santal ou l'aloès et les 
plus excellents aromates \ 

Le henné étant, il semble, indigène au sud de la mer 
Mortel put bien être cultivé dans les jardins de Salo- 
mon; il en fut de même du baumier, compris peut-être 
parmi les aromates ou arbres à encens du Cantique; 
mais il est trop évident que le cinnamome et l'aloès ou 
le santal, produits delà presqu'île hindoustanique, sont 
mis ici d'une manière figurée et n'ont pu être plantés 
dans les parterres juifs. Il faut en dire autant du nard, 
autre plante de l'Inde; le safran, au contraire, a bien 
pu y trouver place, ainsi que le calame aromatique — 
kaneh — , si l'on entend par là Y Acorus calanius. 

Rencontrait-on dans les jardins de la Syrie — hé- 
breux ou phéniciens — d'autres arbres ou d'autres 
fleurs d'agrément? On peut supposer qu'il y avait au 
moins un certain nombre d'arbres. Le cyprès, en par- 
ticulier, si intimement associé au culte d'Astarté, et 
comme tel planté dans les bois sacrés, qui environ- 
naient ses temples, le fut probablement aussi dans les 
jardins des princes et des grands ; on y plantait sans 
doute également le pin pignon à cause de son port 
majestueux et de ses fruits comestibles, ainsi peut- 
être que le genévrier thurifère, le cèdre, le lentisque 
et quelques espèces de chênes verts. A l'époque des 
Séleucides on y dut joindre le laurier — ezrakh — et 



1. Cap. IV, vers. 13 et 14. 

2. Boissier, Flora, t. II, p. 744. 



L'HORTICULTURE DANS LA SYRIK 399 

peut-être aussi le myrte — hadas — , tout répandu 
qu'il était dans la contrée. A cette époque aussi le 
rosier prit vraisemblablement place dans les jardins 
syriens; la comparaison de la sagesse, par l'auteur de 
l'Ecclésiastique', à un rosier de Jéricho pourrait faire 
croire que cet arbuste était, au second siècle avant 
notre ère, cultivé dans les jardins de la ville biblique. 
Quant à la mention de la rose, qu'on a cru trouver 
dans Isaïe" et dans le Cantique des Cantiques'*, elle 
est au moins douteuse; le sens du moi khabalseleth, 
qui la représenterait, n'est point certain, et les Sep- 
tante l'ont traduit par lis — y.pîvcv ; — les traducteurs 
arabes ont, de leur côté, rendu ce mot par narcisse*. 
Quoi qu'il en soit, la rose véritable finit par être cul- 
tivée en Judée et sans aucun doute dans toute la Syrie; 
le traité de la Maaseroth, qui remonte au commence- 
ment de notre ère, parle d'un jardin situé près de Jé- 
rusalem, où croissait la reine des fleurs ^ 

On n'est pas mieux fixé sur l'introduction de la cul- 
ture du lis — shoshcm — que sur celle de la rose; non 
seulement le mot shoshan n'a point de sens bien dé- 
terminé — tout au plus peut-on dire qu'il désigne une 
liliacée ou une plante analogue — ; mais là où il est 
employé, il ne s'agit pas d'une fleur des jardins, mais 
d'une fleur des champs : « Je suis le lis des vallées ». 
— « Comme un lis au milieu des épines, telle est mon 

1. Cap. XXIV, vers. 18. 

2. Cap. XXXV, vers. 1. 

3. Cap. H, vers. 1. « Je suis la rose de Saron ». 

4. W. H. Groser, op. laud.,'^. 184. C'est aussi le sens adopté 
par Heuss ainsi que par M. Renan, Le Cantique des cantiques 
traduit de Vlu'-hreu. Paris, 1870, in-8, p. 155. 

5. Charles Joret, La rose dans l'antiquité et au moi/en âge, 
p. 124-125. 



400 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

amie au milieu des jeunes filles'. » Aussi a-t-on parfois 
identifié le shoshan de l'Ancien Testament avec un 
iris ou un glaïeul ^ Quant au lis blanc — Lilium can- 
didum L. — , que Boissier a cru indigène dans le 
Liban, rien n'indique qu'il ait été cultivé en Syrie 
avant notre ère et même beaucoup plus tard. Mais y 
cultiva-t-on d'autres plantes d'agrément. On voit des 
lotus sur les bas-reliefs de Karnak, ce qui pourrait 
faire supposer que cette plante était du temps de 
Thoutmès III cultivée en Syrie; mais peut-être ces 
lotus ne sont-ils rien autres que des nymphéas blancs. 
L'origan, au contraire, si c'est bien l'iiysope de la 
Bible ■\ paraît avoir pris place dans les jardins de la 
Judée, comme dans ceux, dé l'Assyrie. Toutefois on peut 
affirmer que, jusqu'à l'époque de la conquête grecque, 
on ne connut guère en Syrie d'autres plantes d'orne- 
ment que celles des champs; ce fut seulement sous 
la domination hellénique, quand le goût des fleurs se 
fut répandu dans cette contrée, comme dans les autres 
parties du monde grec, que la culture des plantes 
d'agrément y prit véritablement naissance. 



II 



Comme chez les- Égyptiens, les végétaux jouaient 
chez les Sémites de la Mésopotamie et de la Syrie 
un rôle considérable dans l'alimentation ; les Chaldéens 



1. Canticum, cap. ii, vers. 1. 

2. Il faut ajouter que le mot shoshan désigne aussi le lotus, et 
que son dérivé shosluinnah est employé comme nom propre. 

3. Rosenmiiller, op. laïuL, p. 108. — W. H. Groser, op. hmd., 
p. 180. 



LKS l'LANTKS DANS LAF.IME.NTATION. 401 

et les Assyriens se nourrissaient de blé et d'orge, mais 
plus particulièrement de blé, à en juger par les docu- 
ments contemporains, où il est surtout question de 
champs de froment'. Le blé et l'orge entraient également 
dans l'alimentation des anciens Hébreux; il est souvent 
fait mention de pain d'orge dans la Bible ^, mais il était 
réputé plus grossier'; ce peuple se nourrissait aussi 
d'épeautre. Les Sémites de la Mésopotamie et de la 
Syrie faisaient encore usage du millet comme aliment, 
mais peut-être seulement depuis une époque récente \ 
Quel qu'il fût, le grain était sans doute écrasé entre 
deux pierres, comme on le fait encore aujourd'hui en 
Orient; la farine passée au tamis, puis mélangée d'eau 
était pétrie sur une table ou dans une auge ; ensuite la 
pâte, façonnée en pains plats et ronds, était portée au 
four". 11 semble que le plus souvent chez les Chaldéens, 
parfois aussi chez les Hébreux, l'eau était remplacée 
par de l'huile, dans la fabrication du pain. Dans les 
« Comptes de dépenses » pour l'entretien des serviteurs 
de la cour des patési chaldéens, on voit qu'on remettait 
à chacun d'eux en même temps de la farine et de 
l'huile ^ Parmi les oblations, prescrites aux Israélites, 



1. Caillou de Michaux, Contrat de Ada, Contrat de Hankas, 
Inscription de Mardouk-Abal-Idin, Actes assyriens, XI\, XXV, 
etc. J. Oppert et J. Menant, Documents juridiques, p. 92, 106, 
122, 136, 185, 200, etc. 

2. Judices, VII, 17. — 2 Beyna. I\', 42. — Jolunines. cap. 
VI, vers. 9. 

3. Rosenmûller, op. laud., p. 87. 

4. La première mention qu'en fasse l'Ancien Testament se 
trouve dans Kzéchiel, cap. iv, vers. 9. Cf. A. de Candolle, op. 
laud., p. 302. 

5. H. Stade, op. laud.. t. I, p. 367. 

6. Fr. Thureau-Dangin, La complalnliti' ntjricole en Chaldée 

1. 26 



4Ô2 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

figurait aussi en premier lieu de « la lieur de farine 
pétrie avec de Tliuile et sans levain' ». 

Les grains de froment et probablement d'orge ser- 
vaient aussi d'aliment aux populations sémitiques, 
sans avoir été réduits en farine. Dans les « Comptes 
de dépenses » que je viens de citer, au lieu de farine, 
qimoii, il est question de gar, remis aux serviteurs 
royaux, M. Fr. Tliureau-Dangin attribue à ce mot, qui 
apparaît plus tard sous la forme gar-zoun, la signi- 
fication de « grains rôtis «^ On devait les préparer 
avec de l'huile, qui était donnée en même temps 
qu'eux. Dans quel état ces grains étaient-ils employés 
en Chaldée? Nous l'ignorons; mais chez les Hébreux 
on n'attendait pas leur entier développement. Les 
épis, coupés avant la complète maturité, étaient séchés 
et légèrement grillés ; après cette simple préparation 
on mangeait les grains — on en apporta de pareils à 
David dans sa fuite' — , ou bien on les écrasait et on 
les faisait cuire avec la viande \ 

L'orge n'entrait pas seulement dans l'alimentation des 
hommes, elle servait aussi à la nourriture des animaux. 
Les chevaux de Salomon étaient nourris avec de l'orge''. 
Les Comptes de dépenses étudiés par M. Fr. Thureau- 
Dangin font mention de 900 qa d'orge pour la nourri- 
ture des flnes^ Il y est aussi question de 280 qa de 



au troisième millénaire. (Pevue d'Assi/riolor/ie et d'Archéologie 
orientale, t. III, fasc. 4, p. 133-135.) 

1. Leviticus, cap. n, vers. 5. 

2. La comptabilité agi'icole. {Ibid., p. 137.) . 

3. 2 Samuel, cap. xvn, vers. 20. 

4. Rosenmûller, op. laud., p. 81. 

5. 1 Régna, cap. iv, vers. 28. 

6. La comptabilité agricole. (Ibid., p. 135.) 



LES PLANTES DANS L'ALIMENTATION. 403 

grains pour celle des canards ; on pourrait supposer 
qu'il s'agit ici de millet. 

Outre les céréales, les plantes herbacées et les lé- 
gumes proprement dits entraient aussi, avec les fruits, 
pour une part considérable dans l'alimentation des 
nations sémitiques; malheureusement nous ne possé- 
dons sur leur emploi que des rensignements incom- 
plets. Bérose dit' qu'il croissait dans les marécages 
de la Chaldée des plantes aquatiques appelées (/ojig, 
dont les racines, propres à la nourriture, avaient le 
goût du pain d'orge ; il est probable qu'il désignait 
ainsi le souchet esculent, indigène dans la Basse-Mé- 
sopotamie, comme en Syrie, où l'on en faisait aussi 
sans doute usage. On mangeait encore en Chaldée et 
peut-être en Judée la m'jelle ou le cceur du palmier, 
mets dont la douceur surprit agréablement les soldats 
de Xénophon". La colocase, que j'ai cru reconnaître 
parmi les plantes syriennes figurées dans un bas-relief 
de Karnak, entrait peut-être aussi dans l'alimentation 
des habitants de la Syrie. Ce n'est là toutefois qu'une 
conjecture. 

Des documents contemporains, au contraire, nous 
apprennent que les lentilles étaient un aliment re- 
cherché des populations sémitiques. On sait qu'Ésaii 
vendit pour un plat de lentilles son droit d'aînesse^ 
Les Hébreux connurent aussi très anciennement les 
fèves; elles figurent, avec des lentilles et des pois 
grillés, au nombre des aliments qu'on apporta à David, 
obligé de fuir devant son fils Absalon*. Les Hébreux 



1. Fragmenta, lib. I, cap. 2. 

2. Anabasis, lib. II, cap. 3, 16. 

3. Gettesis, cap. xxv, vers. 32-34. 

4. 2 Samuel, cap. xvii, vers. 28. 



404 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

les mêlaient, ainsi que les lentilles, avec de la farine 
de froment, d'orge, d'épeautre et de millet, et en fai- 
saient une espèce de pain'. Il est impossible de douter 
que les Assyriens n'aient pas aussi fait usage pour 
leur alimentation des lentilles, des fèves et de ces 
pois apportés grillés à David. 

Ce ne furent pas les seuls légumes qui entrassent 
dans l'alimentation des Sémites de la Mésopotamie et 
de la Syrie ; tous ceux qui, originaires de l'Asie anté- 
rieure, pénétrèrent dans la vallée du Nil devaient servir 
aussi à la nourriture des habitants de la Syrie et pro- 
bablement des Clialdéo-Assyriens : comment les Égyp- 
tiens les auraient-ils connus, si ces peuples, qui seuls 
purent les leur transmettre, n'en avaient fait usage 
eux-mêmes? Oignons, ail, poireaux, concombres, pas- 
tèques, melons chate, cultivés, au moins pour la plu- 
part, dans leurs jardins, figurèrent, dès la plus haute 
antiquité, au nombre des mets des nations sémitiques. 
11 en fut de même des principaux condiments et lé- 
gumes verts en usage chez les Égyptiens, qui avaient 
du les leur emprunter en partie avec les précédents, 
tel que le cumin, le carvi', la coriandre et l'aneth; il 
faut ajouter les légumes verts — oroth — et les endives 
ou laitues sauvages — merorim'^ — , dont parle l'An- 
cien Testament, et sans doute plusieurs autres plantes 
alimentaires dont il ne fait pas mention. 

Les fruits occupaient avec les légumes une place im- 
portante dans l'alimentation des peuples sémitiques. 
Les dattes constituaient en grande partie celle des Chal- 

1. Ezechiel, cap. iv, vers. 9. 

2. Esaïas, cap. xxvin, vers. 25. 

3'. 2 Régna, cap. iv, vers. 39. — Exodus, cap. xii, vers. 8. 
— Nume.ri, cap. ix, vers. 11. 



LES PLANTES DANS L'ALLMENTATION. 405 

déens; ils les mangeaient fraîches ou sèches, en guise 
de pain. Secs, ces fruits à la couleur ambrée, dont la 
beauté fit l'admiration de Xénophon', servaient plutôt 
de dessert. Les Assyriens et les Hébreux en man- 
geaient aussi ; mais chez ceux-ci les dattes étaient 
plutôt une friandise, comme chez nous, qu'un aliment 
véritable. Des autres fruits, les raisins, les figues et les 
grenades furent connus des Sémites delà Mésopotamie 
septentrionale et de la Syrie dès l'antiquité la plus 
reculée ; leur mention fréquente dans l'Ancien Testa- 
ment prouve à la fois l'emploi qu'on en faisait en Judée 
et le prix qu'on y attachait. On mangeait les figues et 
les raisins, non seulement frais, mais encore et surtout 
conservés en gâteaux. Pour apaiser David, réfugié 
dans le désert, Abigaïl lui offrit, outre cinq mesures 
de grains grillés, cent gâteaux de raisins et deux cents 
gâteaux de figues. Les compagnons du roi prophète 
donnent à un égyptien, qu'ils avaient trouvé abandonné 
dans les champs par les Amalécites, du pain à 
manger, avec une tranche de gâteau de figues et deux 
gâteaux de raisins'. Parmi les vivres, que les habitants 
du voisinage apportèrent aux guerriers réunis à Hé- 
bron, afin d'établir David roi sur tout Israël, figu- 
raient aussi, avec de la farine, des gâteaux de figues 
et des raisins secs'. Les bas-reliefs de Ninive et de 
Koyoundjik représentent souvent des vignes chargées 
de raisins\ D'autres bas-reliefs montrent des servi- 

1. « Pulcritudine... admirabiles, specie ab electro niliil dif- 
ferebant. » Anahasis. lib. II, cap. ;J, 13. 

2. 1 Samuel, cap. .\.\v, vers. 18 et cap. xxx, vers. 11 12. 

3. 1 Paralipomena, cap. xn, vers. 40. 

4. Rawlinson, op. laud., t. I, p. 349 et 353. On voit même 
sur un fraf;ment d'ivoire assyrien du Musée britannique des 
femmes qui cueillent des raisins. Ibid., t. II, p. 205. 



406 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

teurs qui portent sur la table royale des plateaux 
chargés de grappes de raisin, de grenades et de figues 
ou même, il semble, de cônes de pin'. Si nous trou- 
vons là les principaux fruits connus des Assyriens et 
des habitants de la Syrie, nous sommes loin de les 
avoir tous; ces peuples en connaissaient bien d'autres, 
telles que les pistaches — hébr. botnirn^, ass. boutnou^, 
— les amandes et les noix, 

Les Sémites occidentaux mangeaient probablement 
aussi les graines du pin pignon, de même peut- 
être, au moins en Galilée, que les glands du chêne 
égilops, comme les Arabes le font aujourd'hui \ Ils 
durent faire également usage des caroubes ; mais elles 
servaient surtout, comme nous le montre la parabole 
de l'Enfant prodigue\ à la nourriture des animaux. Oh 
consommait aussi sans doute en Palestine les figues 
du sycomore. Les poires et les pommes, sinon les 
coings®, durent figurer de bonne heure sur les tables 
syriennes etmésopotamiennes'. On y vit peut-être aussi, 
mais beaucoup plus tard, des fruits du prunier et du 
cerisier cultivés ; ils ne durent pas y paraître avant 

1. Layard, The monuments of Nineveh, ser. II, pL 8. 

2. Rosenmûller, op. laud., p. 246. 

3. E. Schrader, Monalsberichte der Akademie der Wlssen- 
schnften zu Berlin, (an. 1881), p. 419. 

4. W. H. Groser, op. laud., p. 58 et 68. 

5. Lucas, cap. xv, vers. 16. 

6. « Dieser Baum scheint dem aegyptisch-semitischen Kul- 
turkreis urspriinglich gefehlt zu haben ». Schrader, ap. V, 
Hehn, p. 243. Il faut dire toutefois que Celsius, I, 254, et Ro- 
senmiiUer, 308, voient dans le lappovaUi le cognassier et non 
le pommier. Cf. W. Houghton, The tree and the fruit repre- 
scnted hij the Tapuakh nf Iho Ilebrew Scriptures. (Proceedinfjs, 
t. XII, p. 42-48.) 

7. Nous avons vu que les pommes furent connues en l">gypte 
dés la XVIII« dynastie. 



LLS l'LANïES DANS L'ALIMENTATION. i07 

l'époque de la domination grecque*; les abricots et les 
pèches y figurèrent plus tard encore. 

Aux substances alimentaires dont je viens de parler 
il faut ajouter la manne, qui pendant quarante ans 
servit de nourriture aux Hébreux dans le désert, 
ff Quand la rosée était tombée', une graine petite et 
comme pilée, ressemblant à la gelée blanche, appa- 
raissait sur la terre. » La manne se rencontre encore 
de nos jours en Arabie, en Syrie et en Mésopotamie ; 
elle est produite par diverses espèces d'arbres ou d'ar- 
bustes, en particulier par le chêne ballout, qui croit 
en abondance aux environs de Mardin et dans le Za- 
gros, ainsi que par une espèce de tamaris, le tarfah 
— Tamaris nilotica — , très commun aux environs du 
Sinaï, et même par Xaqoul — VAlhayi Maurorum DC. 
ou tnaimifera Desv.^ — Au mois de mai ou de juillet, 
suivant la région, surtout par un temps humide ou de 
brouillard, la manne se forme sur ces divers arbres ; on 
la recueille en secouant les branches. Dès que le soleil 
a lui, elle fond et coule sur le sol. Elle n'est point 
perdue pour cela; les habitants la ramassent avec les 
détritus auxquels elle adhère, la font bouillir et la 
passent à travers un tamis. Elle peut se garder alors 



1. Il est à remarquer que Théophraste ne parie pas des fruits 
(lu prunier et que, s'il fait mention, lib. III, cap. 13, des fruits 
du cerisier, il parle de celui-ci comme d'un arbre forestier. 

2. Exudiis, cap. xvi, vers. l'i. 

3. Rosenmiiller. op. laud., p. 317, fait aussi mention de 
(d hadacli : mais cotte plante ne paraît autre que Vaqoul. D'a- 
près Burckhardt. Travels in Sj/n'a, London, 1822, in-4, p. 393, 
il y aurait aussi dans la vallée du Jourdain un arbre à manne, 
appelé {ihnrrab. qui, de la grandeur d'un olivier, a les fouilles 
semblables à celles du peuplier: serait-ce le f/harrfnd. dont 
il sera question plus loin ? 



408 LES PLANTES CHEZ LES SÉiMlTES. 

pendant des mois. On la mange, comme le miel, en 
l'étendant sur le pain. 



Nous n'avons que des renseignements incomplets 
sur la nature des substances liquides : boissons, huiles 
ou essences, que les Sémites demandaient au règne 
végétal. Les documents nous apprennent que les Chal- 
déens connaissaient quatre espèces de boissons fer- 
mentées, « faites avec des éléments différents ou mé- 
langés dans des proportions diverses »^. L'une d'elles, 
qui passait, ce semble, pour être d'une qualité infé- 
rieure, était probablement fabriquée avec de l'orge et 
analogue dés lors à la bière des Égyptiens. Mais la 
plus ordinaire était le vin de palmier, le kas/t ou ski- 
korou. On ignore jusqu'à présent ce qu'étaient les 
deux autres. Les boissons fermentées étaient d'un 
grand usage en Chaldée; on les trouve constamment 
mentionnées avec la farine ou les grains rôtis, qui 
formaient la base de l'alimentation du peuple. 

La fabrication du vin de palmier en Chaldée est 
mentionnée par les écrivains grecs et latins"; elle re- 
monte à la plus haute antiquité. Il est question dans 
une inscription de Nabonide de 6 gour de dattes remis 
à un personnage du nom de Shamashsharousour « pour 
en faire du shikarou ))\ Dans la ville royale d'Enté- 
ména, patési de Telloh, on a découvert des celliers, 
dont les murs sont creusés de cavités bitumineuses en 

1. PY. Thureau-Dangin, op. laud., p. 135. 

2. Hérodote, lib. I, cap. 193. — Strabon, lib. XVI, cap. 1, 
l'i. — Pline, lib. IX, cap. 9. 

3. Fr. Thurcau-Dangin, Op. laïuL, p. 136, note 3. 



LES PLANTES DANS L'ALLMENTATION. 409 

forme d'amphores; c'étaient là, on n'en peut douter, 
des réservoirs où se conservait ce précieux liquide'. 
Comment le faisait- on? Rawlinson a cru' que ce 
n'était autre chose que la sève ferraentée du palmier, 
assertion rien moins que vraisemblable. Les documents 
indigènes nous apprennent que ce vin était fabriqué 
avec des dattes soumises à une espèce de cuisson. Il 
était agréable au goût, mais portait à la tête'. Exposé 
à l'air, il donnait le vinaigre dont parlent Hérodote et 
Strabon. En poussant plus loin sans doute la cuisson, 
on obtenait le miel, dont ces historiens font également 
mention, ainsi que Xénophon. 

Avec les grenades on fabriquait aussi, en Assyrie et 
en Syrie, une liqueur fermentée; il en est question 
dans le Cantique des Cantiques*. Mais c'était le raisin 
qui servait dans ces deux pays à faire la boisson 
la plus recherchée et le plus en usage. S'ils n'ont 
pas inventé la fabrication du vin de raisin, les 
Sémites la connurent dès l'époque la plus reculée ; la 
légende de l'ivresse de Noé, qui l'a en quelque sorte 
symbolisée, la reporte aux premiers temps de leur 
histoire. Meikiçédeq, roi de Salem, offre déjà du pain 
et du vin \ La Judée et la Palestine avaient des crus 
renommés. Damas exportait à Tyr le vin de Khelbôn ^ 

Outre ces diverses boissons, les Sémites tiraient du 
règne végétal les huiles dont ils avaient besoin pour 

1. L. Ileuzey, fine villa roijnle chaldéenne, environ (î,000 
ans avant noire ire. (ficvue dWssi/riologie. t. III, fasc. 2, p. 02.) 

2. The (ive greal monarcliies. t. I, p. 35. 

3. Anabasis, lib. II, cap. 3, 15. 

4. Cap. vni, vers. 2. 

5. Genesis, cap. ix, vers. 20-21, et cap. xiv, vers. 18. 

6. Ezechiel. cap. x.wii, vers. 18. Cf. Franz Delitzscli, Die 
Dibel und dcr W'ein, p. 12. 



410 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

l'assaisonnement des mets et la préparation des par- 
fums. Le sésame fournissait exclusivement aux Chal- 
déens l'huile dont ils se servaient'. Les Assyriens, au 
contraire, et surtout les habitants de la Sjaie deman- 
dèrent de temps immémorial aux fruits de l'olivier 
celle qui leur était nécessaire. La Terre promise est 
représentée comme un pays où l'huile abondait\ Après 
l'invasion de la Syrie par les Égyptiens, on voit les 
villes conquises offrir ou obligées de donner en gage 
de paix de l'huile et du vin aux vainqueurs ^ Salomon 
fournit 20,000 mesures d'huile aux ouvriers que le roi 
Hiram lui avait envoyés pour couper du bois sur le 
Liban*. Cette denrée était une de celles dont les Israé- 
lites approvisionnaient les marchés de Tyr'. L'huile 
d'olive jouait un rôle considérable dans les prépara- 
tions alimentaires des Sémites. Elle servait, nous 
l'avons vu, à pétrir la farine ou à arroser les grains 
rôtis, dont se nourrissaient les Chaldéens. Les Hébreux 
aussi en faisaient usage. Quand Moïse consacra Aaron 
et ses fils, il offrit à Dieu des gâteaux sans levain pétris 
à l'huile et des pâtes également sans levain, arrosées 
de ce même liquide \ 

Les habitants de l'Asie antérieure firent-ils aussi 
usage, comme les Égyptiens, de l'huile de ricin? Cela 
est probable ; mais ce ne dut être qu'assez tard ; du 
moins les anciens textes n'en font pas mention, pas 

1. Hérodote, lib. I, cap. 193-4. 

2. Deuleronmm. cap. vni, vers. 8. 

3. A. H.Sayce, Correspondance belween Palestine and Egypt 
in the fifleenlh century B. G. {Records of the Past. t. V, p. 74 
et 75.) 

4. 2 Paralipnmenn , cap. n, vers. 10. 

5. Ezechiel, cap. xxvu, vers. 17. 

6. Exodus, cap xxix, vers. 2. 



LES l'LANTKS DANS L'INDLSTlUt;. ill 

plus d'ailleurs que de l'huile de carthanie, en usage en 
Egypte, comme celle de ricin . 



L'industrie des Sémites, comme celle des Égyptiens, 
tirait du règne végétal les produits les plus divers. 
C'était lui qui leur fournissait en particulier le com- 
bustible, le tanin et quelques-unes des matières colo- 
rantes dont ils faisaient usage. Les essences forestières 
les plus diverses, cèdres, pins, cyprès, chênes, bien 
d'autres encore, étaient, partout oii on les rencontrait, 
« destinées au feu de l'homme pour préparer sa nour- 
riture »'. En Chaldée, où les arbres manquaient, on 
employait cà cet usage, d'après Hérodote', les noyaux 
de dattes, ainsi sans doute que les broussailles et les 
racines. 

Nous sommes mal renseignés sur les espèces de 
tanin, qui servaient pour l'apprêt des cuirs chez les 
nations sémitiques. En Mésopotamie, on paraît avoir 
extrait cette substance du sumac — R/ius cofimis ou 
coriaria — ; en Syrie et en particulier en Phénicie, on 
la retirait, il semble^ de l'écorce du grenadier, qui la 
renferme en grande quantité. Il est probable que l'écorce 
et même les glands de chêne la fournissaient égale- 
ment, comme aujourd'hui. Nous ne savons que fort 
peu de chose do l'emploi, dans l'Asie antérieure, des 
matières colorantes tirées du règne végétal. On a cru 
qu'une inscription d'Ashshournazirpal faisait mention 

1. Esaias. cap. XLiv, vers. 15. 

2. /fistorid'.Ub. I, cap. 193. 

3. Pietschmann, Gescliichle dcr Phœnizier. p. 22. On la 
retirait aussi probablement de l'écorce du sumac. Pline, iib. 
Xlll, cap. 13. 



412 LES TLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

» d'étoffes teintes en herom et en safran », données 
comme tribut par les habitants de la ville de Sour, 
voisine de TEuphrate ' ; en réalité il s'agit de robes 
bariolées de lin^ Toutefois, elles pouvaient bien être 
teintes avec du safran, puisqu'il était cultivé en Méso- 
potamie, et nous savons par le témoignage des anciens 
écrivains quel usage fréquent on faisait dans la tein- 
ture des étoffes de cette plante asiatique. On donne 
à Bacchus, le dieu oriental, un vêtement couleur de 
safran'^ — le 7.pcz.ojT5^ — ; Virgile montre les Phry- 
giens fiers de leurs robes teintes en safran et en pour- 
pre^. Les Sémites faisaient-ils, comme les Égyptiens, 
usage de l'indigo et du carthame dans la teinture? 
Cela est probable, au moins pour le carthame; mais 
aucun texte ne nous renseigne à cet égard. 

Mais c'étaient surtout des matières textiles et des 
bois de construction que les Sémites de la Mésopo- 
tamie et de la Syrie demandaient aux essences végé- 
tales de leur pays ou des contrées voisines. L'emploi 
du textile le plus précieux de l'antiquité, le lin, fut 
connu chez les Israélites et sans doute aussi chez les 
Chaldéenset les Assyriens dès l'époque la plus reculée. 
Les Araméens en fournissaient la ville de Tyr°. On en 
faisait des tissus et les objets les plus divers. Les 
draperies du tabernacle étaient de lin fin^ C'était en 



1. J. Oppert. Histoire des empires de Chaldée et d'Assyrie 
d'après les monuments. Versailles, 1865, in-8, p. 79. 

2. « Lubulti bir-ini. » Eb. Schrader, Inschriflen von Ashur- 
nâzirabal. {KeilinschrifllicJie Bihliothek, t. I, p. 65.) 

3. V. Helin, Kullurpflanzen, p. 256. 

4. Aeneis, lib. IX, vers. 614. 

5. Ezechiel, cap. xxvn, vers. 16. 

6. Exodus, cap. xxvi, vers. 1. 



Li:S PLANTES DANS I/INFiUSTlUK. 413 

lin aussi qu'étaient faites les voiles des vaisseaux 
phéniciens V 

Les anciens Chaldéens portaient une courte tunique 
probablement de lin^; sous le nouvel empire baby- 
lonien, elle fut remplacée, dans les classes aisées, par 
une longue robe do même étoffe'. Le lin entrait aussi 
dans la composition du costume des Hébreux*; les 
Proverbes nous montrent la « femme forte » vêtue 
d'étoffes de lin qu'elle a fabriquées elle-même '. 

Lorsque les lévites franchissaient les portes du 
sanctuaire, ils devaient être vêtus de robes de lin ; 
des bandelettes de lin étaient sur leurs têtes, et ils 
avaient des ceintures de lin autour des reins''. Le ra- 
tional, l'éphod, la robe, la tunique et la tiare du grand 
prêtre Aaron étaient de fin lin retors, et tissus de fils 
de diverses couleurs ; et pour entrer dans le tabernacle, 
il se revêtait, avec ses fils, de vêtements de lin depuis 
les reins jusqu'aux cuisses '. 

Il est souvent question dans l'Ancien Testament de 
ceintures de lin*; on faisait également avec ce textile 
des liens et des cordages. On les fabriquait aussi en 
Chaldée avec des fibres de palmier. On faisait encore 
avec les feuilles de cet arbre et avec les tiges de diverses 
plantes aquatiques, joncs, cypéracées et roseaux, des 
nattes, des treillages, des corbeilles'. Il est probable 

1. Ezechiel, cap. xxvn, vers. 7. 

2. Rawlinson, op. lamL, t. I, p. 105. 

3. Hérodote, /lisloritc, lib. I, cap. 195. 

4. Lucas, cap. xvi, vers. 19. 

5. Cap. .\x.xi, vers. 22 et 24. 

6. Ezechiel, cap. xuv, vers. 17-18. 

7. Exodus. cap. xxvin, vers. 4, 8, 39 et 42. 

8. Celles de .Jérusalem et d'Ascalon étaient renommées. 
Movers, Dna plwnizisehe Allerl/ium, t. III, 1, p. 218. 

9. Strabon, Geographica. lib. XA'II, cap. r, 9. 



414 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

qu'on employait encore ù ces derniers usages les ra- 
meaux flexibles du saule et du peuplier, ainsi que 
diverses plantes sarmenteuses. Les roseaux et les 
feuilles de palmier entrelacés durent aussi servir aux 
premiers habitants de la Basse-Mésopotamie à faire 
les huttes sous lesquelles ils vécurent d'abord'. Quand 
ils les dédaignèrent pour des maisons en briques, ils 
demandèrent au règne végétal les matériaux nécessaires 
pour faire la toiture et les portes de leurs nouvelles 
demeures. 

Dans la Chaldée, où les espèces arborescentes man- 
quaient, à l'exception du palmier, ce fut cet arbre qui 
fournit d'abord aux habitants tout le bois dont ils avaient 
besoin pour les travaux de charpente et la fabrication 
des objets les plus divers. Théophraste dit^ qu'ils en 
faisaient même des idoles. Mais ils ne s'en conten- 
tèrent pas longtemps. Lorsque leurs rois eurentétendu 
au loin leurs conquêtes et leurs relations, ils firent 
venir des contrées étrangères des bois plus résistants 
ou plus précieux. On voit déjà Nianâour, patési de 
Sirpourla, importer <( toutes sortes de bois de la 
montagne de Màgan^ ». Goudéa, un autre patési de la 
même ville, pour construire le temple Eninnoù, fait 
couper dans l'Amamus, « la montagne des cèdres », 
des poutres et des madriers, longs de 50 et de 70 em- 
pans, de ce bois précieux, ainsi que des solives à'our- 
karinou'* d'une longueur de 25 empans. Le même 

1. C'est dans de pareilles huttes que vivent encore les Arabes 
de la Basse-Mésopotamie. 

2. Ilistoria plantanim, lib. V, cap. 3, 6. 

3. Arthur Amiaud, The inscriptions of Telloh. (Records of 
the Past, t. 1, p. 65.) 

4. Die Inschrift B von Gudéa. {Keilinschrift. Bibliothek, 
t. III, p. 33.) Le révérend C.-J. Bail croit que le mot ourkarinou 



I.F.S l'LANTKS DANS L'INDl STIUK. 415 

patési fit aussi abattre sur le territoire d'Ibla ou de 
Tilla des solives de zabanoum, des grands arbres sha- 
kou — ass. ashoihhou — , de touloiiboum et de gin. 
Enfin il importa de la contrée de Mélouggha des arbres 
hala — ass. mishoû — et de Goubin, « pays de l'arbre 
ghaloukon », du bois de cet arbre, tandis que ses vais- 
seaux lui apportaient du pays de Nitouk — peut-être 
Tilmoum sur le golfe Persique — les essences de bois 
les plus diverses'. Ces matériaux servirent non seule- 
ment à foire les portes et les planchers du temple et sans 
doute du palais construit pur le célèbre patési, mais 
encore à en lambrisser les murs et à construire, dans le 
sanctuaire même de Nin-Ghirsou, le grand dieu de Sir- 
pourla, la chambre du « lieu du jugement », chambre 
en bois de cèdre, où se rendaient les « arrêts divins »'. 
Les rois du nouvel empire chaldéen ne firent pas, on 
le comprend, moins usage des bois les plus variés dans 
leurs constructions. « Le temple Esagil, que mon 
père n'avait pas achevé, dit Shamashshouuioukin 
dans une inscription*, je l'ai mené afin; je l'ai couvert 
de longues poutres de cèdres et de cyprès du mont 
Amamus et du mont Liban; j'ai fait faire et dresser 

désigne une espèce de buis, probablement le R. balcarica ; 
mais ce n'est là qu'une ingénieuse hypothèse. Proceeditif/s of 
Ihe Socieli/ of Bihlical Archaclogij. t. XI, p. 143. Vourkarinou 
servait en particulier dans les travaux d'ébénisterie ; il est ques- 
tion dans une hymne d'un trône en bois de cet arbre. A. H. E. 
Brunnow, Assyrian hijmns. (Zeitschr. f. Assyr., t. V, p. 70.) 

1. Amiaud, op. (aud. {Records of Ihe Past, t. II, p. 79-91.) 
M. Sayce croit qu'au lieu de ghahmiiou on peut lire ghaloup 
— ass. hoiilouppou. » 

2. L. Heuzey, Un palais chaldéen d'après les dernières dé- 
couvertes de M. de .Sarzec, Paris, 1888, in-18, p. 53. 

3. C. J. Lehinann, Shumashshumukin. Kunig von Babylo- 
nien (666-648). Leipzig. 1892, in-4, 2e partie, p. 17. 



416 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

les portes en bois de palmier, de cyprès et de cèdre ». 
Nabuchodonosor le Grand, à son tour, dans l'énumé- 
ration des travaux exécutés à Babylone', dit qu'il avait 
rapporté pour ses constructions les plus beaux cèdres 
des forêts du Liban. C'était avec leurs énormes poutres 
recouvertes d'or qu'il avait fait faire le toit d'Ékoua, 
sanctuaire de Mardouk, « le raaitre des Dieux ». 
C'était aussi avec des solives de cèdre et de cyprès 
qu'était façonné le toit du palais qu'il s'était élevé et 
les portes étaient en bois de palmier — mismakanna — , 
de cèdre, de cyprès et à'oushoù. Et Nabonide nous 
apprend qu'il fît amener tout ce qui était nécessaire 
pour la construction de l'Ébabbara : cèdres superbes, 
pins (?) énormes, hauts palmiers ^ 

Encore que l'Assyrie ne fût pas aussi dénuée de 
bois de charpente que la Chaldée, les rois de ce pays 
ne se contentèrent pas de ceux qu'ils y trouvaient et 
ils firent venir de l'étranger la plupart des bois néces- 
saires à leurs constructions. Ashshournazirpal imposa 
au roi Akhouni, qu'il avait vaincu, un tribut de poutres 
de cèdre, et les rois de la Phénicie durent lui envoyer, 
de leur côté, du bois d'oushoû. 

Étant' monté aux montagnes de Khamani, dit-iP, 
j'y fis couper des solives de cèdre, de sherbin — J. oxy- 
cedrus — , de genévrier et de cyprès. Je fis transporter 

1. C J. Bail, The India Ilouse inscriptions of Nebucha- 
drezzar the Great. (Records of the Pnst, t. III, p. 107-120.) 

2. Fr. V. Scheil, Inscription de Nabonide. (Zeitschrift filr 
Assyriologie, t. V, p. 403.) M. Scheil donne ici au palmier le 
nom de mussuhkanna ; dans rinscription deSalmanasar, il l'ap- 
pelle muskanna. 

3. A. H. Sayce, The inscription of Assurnatzirpal. (Re- 
cords of the Past, t. I, p. 168-173.) Cf. S. Arthur Strong, A 
votive inscription of Assurnatsirpal. (Records, t. IV, p. 85.) 



LKS l'LANTKS DANS L'INDUSTRIE. 417 

(lu mont Araamus à É-Sarra des solives de cèdre, 
matériaux destinés au temple que j'y élevai... J'allai 
dans la contrée des Pins... J'y coupai des solives de 
pin... Je les transportai à Ninive. Je les offris à Ishtar, 
dame de Ninive. 

Ashshournazirpal parle aussi* des « palais en bois de 
cèdre, de cyprès, de genévrier, diowkarinou, de pal- 
mier, de pistachier et de tarpi >->, qu'il avait élevés, et 
de leurs portes en bois de cèdre, de cyprès, de gené- 
vrier, de palmier. Salmanasar II rappelle également et 
les solives de cèdre et de genévrier, qu'il avait fait 
couper lui-même sur l'Amamus, et les nombreuses 
bûches de cèdre, qu'il avait reçues du roi Khayànou, 
qui habitait au pied de cette montagne, ainsi que le 
bois de palmier rapporté de la Chaldée ". Tiglathpha- 
lasar II, au milieu de ses expéditions, n'oublie pas de 
monter sur l'Amamus pour y couper des poutres de 
cèdre^ et parlant du palais qu'il avait bâti à Kalakh 
« avec un portique à la mode hittite », énumère lon- 
guement les poutres de cèdre, « produits du Khamani, 
du Liban et de l'Amamus », qu'il y avait employées, 
et les portes en bois d'oushoi), à.'ou7'karmou, de pal- 
mier et de pin — doupràn, — incrusté d'ivoire, ainsi 
que de cèdre et de cyprès, « dont l'odeur réjouit le 
cœur* ». 

1. Inscription ap. Homme), Geschichle Babyloniens und As- 
syriens, p. 481, note 1. 

2. Sclieil, Inscription of Shalmnneser II. — The monolilh- 
inscriplion ofSh. II. — Inscription of Balawal. {Records, i. IV, 
p. 39 et 44, 63 et 79.) 

3. J. Oppert, Histoire des empires de Chaldée et d'Assyrie. 
p. 114 et 121. Die Thoninxchrift von Nimrùd. (Keilinschriftl. 
liihliotheL t. II, p. 23-25.) 

4. S. Arthur Strong, The Nimroud inscription of Teglith- 
pileser III. (Records, t. V, p. 126-127.) 

I. 27 



418 LES PLANTES CHEZ LES SÉMEFES. 

Les Sargonides, qui furent aussi grands construc- 
teurs que conquérants, importèrent également d'im- 
menses quantités de bois de l'étranger, pour les édi- 
fices qu'ils élevèrent. Le fondateur de la dynastie, 
Sargon le Grand, s'étend avec complaisance sur les 
palais en ivoire et en bois à'oushoû, à'ou?'ka)'moi(, de 
palmier, de cèdre, de cyprès, de genévrier, de pin et de 
pistachier' « qu'il construisit sur l'ordre auguste des 
dieux ». Il énumère longuement les immenses poutres 
de cèdre, avec lesquelles il les couvrit, les battants de 
portes en bois de cyprès et de palmier, revêtu de 
bronze brillant, ainsi que les quatre colonnes en bois 
de cèdre, hautes de douze empans, qu'il y fit placer. 
Assarhaddon parle dans les mêmes termes des diverses 
espèces de bois que le roi de Syrie, « serviteur de son 
règne », lui envoya des montagnes de Sirar et du Liban 
pour la construction de ses palais, des poutres de cèdre 
dont il les couvrit et du bois de cyprès, plaqué d'ar- 
gent et de cuivre, qui servit à en faire les portes". 

Ces bois importés de la Syrie, dont les monarques 
clialdéens et assyriens faisaient usage dans leurs 
constructions, les habitants de ,ce pays s'en servaient 
aussi depuis longtemps pour leurs travaux de char- 

1. J. Oppert, Les inscriptions assyriennes des Sargonides et 
les fastes de Ninive. Versaille.s. 1862, in-8, p. 32. — D.-G- 
Lyon, Keilschrifttexte Sargon's, p. 37, 45 et 53. — H. Winck- 
1er, Die Keilinschrifllexle Sargotis. Leipzig, 1889, in-8, p. 91, 
129, 141, f53 et 161. 

2. J. Oppert, op. laud.. p. 58. — B. Meissner u. P. Rost, 
Die hischriflen Asnrhaddons. (Beitràgc zur xissijriolofjie u. 
senu'lischen Sprachen, t. III, 2, p. 199.) Les bois débités en 
longues pièces étaient charriés à travers le désert jusqu'aux 
bords de l'Euphrate, d'où les bas-reliefs de Khorsabad nous les 
montrent transportés sur le fleuve à Ninive. Botta et Flandin, 
Monument de Ninive. Paris, 1869, in-fol., t. 1, pi. 34 et 35. 



I.r.S PLANTES DANS LINDISTIUE. 419 

pentage, de charronnage et d'ébénisterie. Los bois de 
cèdre et de cyprès en particulier durent entrer dans 
la construction des palais phéniciens', comme dans 
celle des palais chaldéens et assyriens. Les habitants 
de la Phénicie les employaient aussi, avec plusieurs 
autres essences, dans la construction de leurs flottes. 
« Les flancs de tes vaissaux, dit Ézéchiel s'adressant 
à Tyr-, sont construits avec les cyprès de Sénîr; les 
cèdres du Liban en ont formé les mâts; les chênes de 
Bashan, les rames; les bancs en sont faits de bois in- 
crusté d'ivoire. » 

A l'exemple des Phéniciens, les Hébreux employèrent 
ces divers bois dans leurs édifices. « La parure du 
Liban viendra vers toi, dit Isaïe s'adressant à Jéru- 
salem', le cyprès, le platane, le sapin orneront le lieu 
qui m'est consacré. » Lorsque David résolut de s'élever 
un palais, le roi de Tyr, Hiram, lui envoya du bois de 
cèdre avec des charpentiers et des tailleurs de pierres, 
pour le bâtir*. Ce furent aussi des ouvriers phéni- 
ciens qui dirigèrent les travaux du temple, que Salo- 
mon éleva à Jahveh, et les bois de cèdre et de cyprès, 
qu'on employa dans sa construction ou pour le meubler, 
lui furent donnés par le même roi Hiram et coupés sur 
le Liban". 

Cet édifice fut couvert de poutres et de planches 
en bois de cèdre ; des lambris de cèdre en revêtirent 

1. Ezéchiel, cap. xxvii, vers. 5-6. Les Phéniciens devaient 
aussi, comme les Kgyptions, se servir du bois de sycomore. 

2. Cap. xxvn, vers. 5-6. 

3. Esatas, cap. lx, vers. l.'{. 

4. 2 Samuel, cap. v, vers. II. — Josèplie, Anliq. Judaicae. 
lib. VII, cap. 4, 2. 

5. 1 Reyna, cap. v, vers. 3-10. — Josèplie, o/j. /«w^/.. lib. VIII, 
cap. ir, 6 et 9. 



420 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

les parois intérieures; le Saint des Saints fut égale- 
ment fait avec ce même bois. « Tout ainsi à l'intérieur 
était en cèdre, » L'autel aussi en était fait. Mais le sol 
était recouvert de planches de cyprès ; les battants des 
portes étaient encore faits de ce même bois\ Dans le 
palais de Salomon — la maison du Bois-Liban — , les 
bois de la montagne, dont ce palais avait pris le nom, 
étaient également prodigués. Il était bâti sur quatre 
rangs de colonnes de cèdre, sur lesquelles reposaient 
des poutres également de cèdre ; ce bois en formait 
aussi les plafonds". 

Le cèdre et le cyprès, qui jouaient, le premier sur- 
tout, un rôle si important dans les constructions, étaient 
loin d'être, avec le pin, le chêne et le buis, les seuls 
bois dont fissent usage les Sémites ; ces peuples em- 
ployaient bien d'autres essences indigènes ou exotiques 
dans leurs travaux de charpentage, d'ébénisterie ou de 
sculpture. Les inscriptions des patési de la Basse-Mé- 
sopotamie et des Sargonides nous ont montré de com- 
bien d'espèces de bois, la plupart restés inconnus, se 
servaient les Chaldéens et les Assyriens. Les habitants 
de la région syrienne n'en utilisaient pas un moins 
grand nombre. 

Moïse avait fait faire en bois d'acacia — shittim — 
l'arche d'alliance ^ Salomon plaça dans le temple deux 
kéroubs en bois d'olivier sauvage — ets shemen — . A 
l'entrée de l'arrière-pièce se trouvait une porte à deux 
battants en bois du même arbre \ Le bois de caroubier 
était encore très employé dans l'ébénisterie. D'après 

1. 1 Begna, cap. vr, vers. 9-33. 

2. 1 Heu lia, cap. vn, vers. 2-7. 

3. Exodus, cap. xxv, vers. 10. 

4. 1 liegna, cap. vi, vers. 21 et 33. 



LKS n.ANTKS DANS L'INDlSTlilE. 421 

M. Victor LoretS dans le récit de la bataille de Ma- 
geddo, il est question de six grands coffres en bois de 
caroubier « orné d'or et d'émaux divers ». 

Le caroubier et l'olivier sont des bois indigènes en 
Syrie; on se servait également dans ce pays, ainsi 
qu'en Assyrie, de bois venus des régions les plus 
lointaines du Midi et de l'Est. Les balustrades du 
temple et du palais de Salomon étaient faites en bois 
de santal, rapporté d'Ophir par la Hotte de Hirani". Ce 
bois toutefois, s'il n'y a pas erreur sur son identifica- 
tion, était une rareté, et l'écrivain sacré dit lui-même 
qu'on n'en vit plus depuis lors. Il n'en est pas de môme 
de l'ébène, importé dans l'Asie occidentale par les 
vaisseaux des Phéniciens ■\ il fut dès la plus haute an- 
tiquité employé dans l'ébénisterie de toutes les nations 
de cette vaste région. On le plaquait et on l'incrustait, 
ainsi que l'ivoire", sur le cèdre, le cyprès, le carou- 
bier, l'acacia, etc. Dans le butin rapporté de Syrie par 
Thoutmès III, se trouvaient, entre autres, « six sièges 
du chef de Mageddo avec les six tabourets qui leur 
appartenaient, (en) ivoire, ébène et caroubier avec 
ornements d'or^ ». 



1. Bccherches sur plusieurs plantes. VIII. Le hois de carou- 
bier. (Recueil de travaux, t. XV, p. 14.) — iM. .Maspero, liccit 
de la campagne contre Maijeddo. [Recueil de travaux, t. II, 
p. 148), a substitué Ib bois de cèdre au bois de caroubier. 

2. 1 Régna, cap. \, 11 12.-2 Paralipomenn . cap. i.\, vers. 10. 

3. Ezechiel. cap. x.wn, vers. 15. 

4. Dans les palais assyriens, des « plaques d'ivoire ciselées, 
émaillées et dorées s'encastraient dans les lambris de cèdre ou 
de cyprès ». Perrot et Chipiez, Histoire de l'art, t. II, p. 315. 

5. Victor Loret, Le bois de caroubier, p. 14. 



CHAPITRE III. 

LES PLANTES DANS l'aRT ET DANS LA POESIE DES 
SÉMITES. 

De même que l'industrie des peuples sémitiques 
trouva, nous venons de le voir, dans le règne végétal 
les matières premières les plus indispensables, leurs 
arts, comme ceux des Égyptiens, lui empruntèrent de 
nombreux motifs de décoration. L'absence de pierres 
en Chaldée et par suite la nécessité d'employer exclu- 
sivement la brique dans les constructions empêchèrent 
longtemps les architectes do cette contrée d'emprunter 
au monde des plantes les formes d'où sont sortis la 
stèle et le pylône égyptiens. Des murs massifs, percés 
de voûtes énormes, telles furent les formes caractéris- 
tiques de leurs premiers édifices. Ils n'ignorèrent pas 
entièrement toutefois la colonne, ou du moins le pilier, 
s'ils ne s'en servirent qu'exceptionnellement. M. de 
Sarzec a trouvé à Telloh les débris d'un énorme pilastre 
formé de quatre colonnes en briques juxtaposées * ; 
mais il est peu vraisemblable que ce pilastre pût se 
terminer par un chapiteau fait en forme de tieur, 
comme les chapiteaux latiformes ou papyriformes dos 
édifices égyptiens. En Assyrie même, où la pierre 



1. L. Heuzey, Un palais chahU'cn. Paris, 1888, in-18, p. 37- 
49. — Id., Découvertes en Chaldée par M. de Sarzec. Paris, 
1884, in-fol.,p. 52. 



1,ES F'LANTKS KA.NS l.'AliT. 423 

n'était pas inconnue comme en Chaldée, la colonne fut 
toujours d'un emploi assez rare', au moins dans les 
palais royaux, ot les chapiteaux, quand il y en a, 
sont ornés do dessins géométriques, non de formes 
empruntées au monde des plantes'. 

11 existe toutefois des colonnes où l'artiste semble 
avoir voulu reproduire des formes végétales, ce sont 
celles du sanctuaire clialdéen de Shamash, qu'on voit 
sur une tablette découverte à Sippara et qui représente 
l'hommage rendu au dieu par le roi Nabou-abal-iddin '; 
l'espèce de chapelle où se trouve Shamash repose sur 
deux colonnes élancées, dont le fût est garni d'imbri- 
cations semblables à celles d'un tronc de palmier; ces 
colonnes étaient sans doute en bois recouvert d'une 
feuille métallique, dont les saillies voulues imitent les 
rugosités de la tige dépouillée de ses frondes. Un 
autre exemple de formes empruntées au monde des 
plantes, cette fois par des architectes assyriens, est 
fourni par une stèle ({ue M. Place a découverte à Khor- 
sabad* ; cette stèle dont on ignore la vraie destination 
est cannelée dans toute sa longueur et se termine par 
une palmette. Toutefois ces imitations de la nature vé- 



1. A. -II. Layard, Nineveh and ils remaitis. Lomlon, 18'i9, 
in-8, t. H, p. 27'i. 

2. Victor Place, Ninive et r.[ssi/rie. Paris, IStî?, in-fol., 
t. III, pi. 35. — Perrot. Histoire de l'art, t. Il, p. 216. On voit, 
au contraire, des formes décoratives empruntées au règne 
animal, comme dans une colonne du temple de Koyoundjik. 
dont le chaj)iteau e.st orné de deux paires de cornes (rii)ex sii- 

v])erpusées. Rawlinson, op. laud.. t. I, p. '.i'i'.i. — Perrot, op. 
laud., t. II, p. 219. 

3. Perrot, op. biwl.. t. il, p. 211, ]>[. 71. — .Maspero, Hia- 
loire ancienne, t. I, p. G57. 

4. Ninive et l'Assi/rie, t. 1. pi. Oti; l. H, p. 71-73. — Perrot, 
op. laud.. t. II, p. 270. 



424 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

gétale étaient en quelque sorte accidentelles dans 
l'architecture chaldéenne ou assyrienne; on ne les ren- 
contre d'ordinaire sur les édifices de la Mésopotamie 
que dans les ornements employés par la sculpture des 
bas-reliefs, dans l'émaillerie, ainsi que dans la bijou- 
terie et l'orfèvrerie. 

Les architectes de la Chaldée et de l'Assyrie durent 
être frappés de bonne heure de la nudité déplaisante 
de leurs larges murs de briques, aussi s'appliquèrent- 
ils à la dissimuler aux yeux en la faisant disparaître 
sous une couche d'enduit ou de peinture ' ; mais si cet 
enduit était suffisant pour les parties élevées, il eût été 
trop fragile pour les parties basses de l'édifice; on 
garnit celles-ci de pierres plates calcaires ou même 
basaltiques d'une hauteur variant de un à trois mètres, 
de deux à quatre de largeur. Ce revêtement, destiné 
à consolider le mur de brique, autant qu'à le dissi- 
muler, reçut bientôt une autre destination plus artis- 
tique; elle servit à transmettre à la postérité la mé- 
moire du souverain dont il entourait le palais ^ Des 
sculpteurs furent chargés de cette besogne délicate, et 
ainsi prirent naissance ces bas-reliefs, dont les repré- 
sentations parlantes nous font assister aux guerres des 
conquérants assyriens et à quelques-uns de leurs di- 
vertissements favoris. 

Dans ces tableaux variés et d'un réalisme si sai- 
sissant les plantes avaient leur place marquée ; dans les 
scènes de chasse des bas-reliefs de Koyoundjik^ par 
exemple, les artistes assyriens ont représenté les ar- 

1- Rawlinson, op. laïuL, t. I, p. 104. — Perrot, op. laud., 
t. II, p. 285. 

2. Perrot, op. laud., t. II, p. 280. 

3. Victor Place, op. laud., t. III, pi. 48, 50 6/s, 51, 53 et 56. 



LKS l'I.ANTES DANS l.'AHT. 425 

bres divers, au milieu desquels passent les chasseurs 
ou fuient les fauves effrayés. Ils les ont également 
figurés dans les scènes guerrières: batailles, sièges de 
villes, défilés de troupes ou de prisonniers, qu'ils ont 
si souvent sculptées. C'est ainsi qu'on voit sur un bas- 
relief de Koyoundjik, les captifs de la ville de Lakliish 
défiler au milieu des vignes, des figuiers et proba- 
blement des grenadiers qui l'entouraient', qu'un autre 
bas-relief qui représente Sennachérib subjuguant une 
peuplade établie au milieu des marécages', nous montre 
les immenses roseaux qui les couvrent et les dattiers qui 
en garnissent les bords. Des dattiers se dressent aussi 
sur les bords d'une rivière qui coule au pied d'une 
ville dont un autre bas-relief représente le siège \ Sur 
d'autres bas-reliefs encore on voit ici la conquête 
d'une contrée montueuse plantée de conifères, de vignes 
et d'arbres sans caractère précis, là le siège d'une 
ville entourée des mêmes arbres \ Un bas-relief de 
Koyoundjik, dont j'ai déjà parlé, représente^ Asshour- 
banipal se livrant, sous une treille, dans un jardin 
planté de conifères et de palmiers, aux joies d'un 
festin avec la reine favorite. Il faut encore mentionner 
un autre bas-relief, également de Koyoundjik, au- 
jourd'hui au Musée britannique% qui représente un 
lion et une lionne, couchés au pied d'un palmier et 

1. Layard, T/ie monuments, ser. H. pi. 22. 

2. Layard, T/ie monuments, ser. Il, pi. 25-27. 

3. Layard, The monuments, ser. II, pi. 42-43. «^ 

4. Layard, 77(e monuments, ser. II. pi. 37-39. 

5. Victor Place, op. (auii., t. Ill, pi. 57, 2. — Babelon, Ma- 
nuel d'arrhéuhxiie orientale. Paris, s. d., in-8, p. 113. 

6. Botta, Monument de Ninive, t. I, pi. 52 his. — Victor 
Place, ojK loud., t. Ill, pi. 52 bis. — Perrot, op. laud., t. II, 
p. 567. 



426 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

d'un conifère — pin ou cyprès, — sur lequel grimpe 
une vigne, tandis que derrière eux se dresse une com- 
posée corymbifère à tige nue et à feuilles radicales 
entières. 

Si l'idée de ces bas-reliefs a été inspirée aux artistes 
chaldéens par les peintures des temples égyptiens, ils 
n'en ont pas moins un incontestable caractère d'origi- 
nalité et sont des œuvres essentiellement nationales 
par l'inspiration et par l'exécution; on trouve, au con- 
traire, l'imitation évidente du style égyptien dans un 
fragment d'un seuil de Koyoundjik \ dont la décoration 
consiste en lotus réunis par quatre dans des espèces de 
carrés que séparent des rangées de fleurons ; tout au- 
tour règne une bordure composée de fleurs et de bou- 
tons de lotus alternant entre eux, non isolés toutefois, 
comme dans les peintures pharaoniques, mais reliés par 
une tige commune. Un seuil de Khorsabad" présente 
également une bordure de fleurs et de boutons de lo- 
tus, mais la partie centrale qu'entoure aussi une rangée 
de marguerites est occupée par des fleurons étoiles à 
six pétales, ingénieusement combinés entre eux. 

Comme sur les bas-reliefs, les formes végétales se 
rencontrent sur les sculptures des cylindres ; elles y 
apparaissent dès l'époque cbaldéenne, moins comme 
motifs de décoration toutefois que comme éléments ■ 
des scènes mises sous nos yeux. Sur un cylindre de la 
collection de Clercq", on voit, il est vrai, une rosace 
ornementale à neuf rayons, mais M. Menant incline à 
le croire d'origine phénicienne; ce motif de décoration 

1. Layard, t. II, pi. 56. — Rawlinson. op. Inud., t. 1, p. 350. 
— Perrot et Chipiez, op. Inud., t. II, p. 31(). 

2. Perrot et Chipiez, op. lawl., t. II, p. 251 et 319. 

3. lÀUaloQue méthodique. Pai'is, 1888, in-fol., Hg. 27, p. 41. 



LES IM.ANTKS DANS l/AKT. 427 

ne peut donc être attribué avec certitude à l'art chal- 
déen. Il n'en est pas de même des trois arbres, dont 
un palmier, aux frondes arquées et marquées en des- 
sous par un simple zigzag, représentés sur un autre 
cylindre de la même collection'; mais ils ont un ca- 
ractère symbolique, non ornemental. Tel encore le 
palmier, qu'on voit sur deux autres cylindres chal- 
déens souvent reproduits ; le palmier du premier cy- 
lindre' s'élève entre deux personnages assis, qui éten- 
dent la main pour en saisir les fruits ou les spatlies 
pendants, tandis qu'un serpent se dresse derrière le 
personnage de gauche, scène qu'on a eu le tort de re- 
garder comme représentant la tentation dans le Pa- 
radis terrestre^ Sur le second cylindre*, qui symbolise 
la fécondation du dattier, on voit encore deux person- 
nages, probablement féminins, cueillant les spathes 
d'un iialmier, que l'un de ces pecsonnages offre à un 
troisième. Un autre cylindre" représente, lui, deux 
chevreaux, (luisemblentvouloirbrouter le feuillage d'un 
arbre sans caractère distinctif, placé derrière chacun 
d'eux. Sur un cylindre babylonien, d'origine récente 
— il est peut-être contemporain des Achéménides — 
et (jui représente un roi luttant contre deux êtres fan- 
tasti(iues*, on voit aussi se dresser de chaque côté de 
ces derniers un dattier à huit frondes, au-dessous des- 



1. X" 26, p. 40. 

2. Lajard, Le culte de Milhi-a. pi. XVI, n" ». — Tr. Lenor- 
mant. I/isloirc nncietiii''. t. 1, p. 35. 

•i. G. Smitl), The Chnhleah nccounl ofGcnesis. London, I87G, 
in-8, ]). yi. — J. Menant, Les pierres (jravces de la I/aule-Asie. 
Cylindres de la Chaldoe. Paris, 1883. in-4, lig. 120. p. 190. 

4. J. .Menant, Les pierres f/rarees, tig. 121. p. l'Jl. 

5. (loUectiun de CJercq. fig. 312. 

6. Colteclion de Cleraj, tig. 377. 



428 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

quelles pendent quatre régimes de dattes ou quatre 
spathes. Sur un cylindre de Sennachérib ', au con- 
traire, sont gravées, simple motif de décoration, deux 
fleurs de lis ou de lotus. 

Les ornements tirés du règne végétal se retrouvent 
sur les enduits coloriés des murs en briques, ainsi que 
sur les briques émailiées qu'on appliquait souvent, au 
lieu d'enduit, sur ces murs. Telle est la double ligne 
de fleurons, qui encadre la porte nord du palais de 
Koyoundjik", ainsi que la bande horizontale déboutons 
et de fleurs de lotus qui la surmonte et les rangées de 
marguerites dont toute la muraille est couverte. Telle 
encore la bordure de fleurons qu'on voit sur une archi- 
volte émaillée de Khorsabad^ dont le champ ofl"re une 
large rosace entre deux personnages ailés. On peut 
mentionner aussi les palmettes qui se dressent sur les 
murs du palais nordrouest de Nimroud entre des cônes 
ou des ornements de fantaisie \ Il faut ajouter la dé- 
coration murale de diverses chambres du même palais, 
formée de demi-cercles, soutenant, par leurs extré- 
mités réunies, un ornement arrondi simulant une gre- 
nade ^ La palmette, qui semble bien n'avoir été pour 
les artistes assyriens qu'une reproduction plus ou 
moins conventionnelle de la cime du dattier, se ren- 
contre, ingénieusement combinée avec la grenade, sur 
des briques émailiées quadrangulaires ou ovales pro- 

1. Rawlinson, op. laud.. t. I, p. 475. 

2. Rawlinson, op. laud.. t. I, p. 335. — Perrot, o}). laud., 
t. 11, p. 326. 

3. Victor Place, t. 111, op. laud., pi. 15. — Perrot, op. laud., 
p. 308. 

4. Layard, The momunenls, ser. 1, pi. 86, plan 3. 

5. Layard, Tke momunenls, ser. 1, pi. 86, cli. C, plan 4, et 
pi. 87, ch. B, plan 4. 



I.KS l'I,ANTi;S DANS LAIIT. 429 

venant du palais d'Ashsbournazirpal ' . Au lieu de simples 
motifs de décoration, les artistes représentèrent aussi, 
sur les briques émaillées, des scènes étendues et va- 
riées ; telle est cette chasse de Sémiramis, dont parle 
Diodore d'après Ctésias^ ; le monde des plantes y avait 
naturellement trouvé sa place, ainsi que sur les sculp- 
tures des bas -reliefs assyriens. 

Tandis que les plantes occupent une si grande place 
dans la sculpture et la peinture décoratives, elles no 
jouent qu'un rôle exceptionnel dans la céramique; les 
rares ornements dont se servaient d'ordinaire les po- 
tiers chaldéens et assyriens sont empruntés à la géo- 
métrie ^ non aux formes végétales'. M. G. Smith, tou- 
tefois, a trouvé à Koyoundjik des poteries*, qui sont 
ornées de figures, dont quelques-unes sont tirées du 
monde des plantes. Les formes végétales, qui ne sont 
ici qu'exceptionnelles, apparaissent, au contraire, cons- 
tamment dans la sculpture sur bois ou sur ivoire, ainsi 
que dans les ouvrages de bijouterie ou d'orfèvrerie. 

Les Assyriens et tous les Sémites septentrionaux 
avaient poussé fort loin le luxe de l'ameublement et 
ils y ont montré le goût le plus délicat'; ils em- 
ployaient dans la fabrication de leur mobilier les bois les 
plus précieux ouvrés avec soin, et pour on rehausser la 
valeur, ils les incrustaient d'ivoire, nous l'avons vu. 



1. Perrot, op. laud.. t. IL p. 310, fig. 127 et 128. 

2. Bihliollii'ca. lib. II, cap. 8, 6. Sur les murs du liarem de 
Khorsabad, Perrot, t. II, pi. XV, p. 707, on voit une vigne ou 
un figuier. 

3. Layard. The monuments, ser. I, pi. 85. — Rawlinson, op. 
laud., t. I, p. 479-481. — Birch, Ilislory of anciènt potlcri/, 
p. 85 et 19. 

4. Assyrian discoveries. London, 187», in-8, p. 141. 

5. Layard, Nineveh and ils remains, t. Il, P- 293 et suiv. 



430 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

OU les plaquaient en bronze ou en or. Ces différentes 
matiè.res se prêtaient au travail des artistes et à l'or- 
nementation végétale. Layard a reproduit un fragment 
de meuble en bronze, qui a la forme d'une palraette'. 
Un panneau d'ivoire, conservé au Musée britannique, 
présente dans sa partie inférieure une double rangée 
de fleurons, séparés par une espèce de balustrade 
formée de palraettes et de grenades alternant entre 
elles ^ genre d'ornementation que nous avons déjà 
rencontré sur les briques émaillées. 

On voit aussi des palmettes et des grenades sur la 
garniture d'un sceau en métal, reproduit par Layard ■\ 
Mais c'est sur les cbupes surtout que les artistes assy- 
riens ont prodigué l'ornementation végétale et ils en 
ont tiré les plus beaux effets. Ici nous avons un champ 
orné de fleurons à six pétales aigus, entourés d'une 
quadruple rangée de palmettes, reliées entre elles par 
des courbes gracieuses \ Là sont figurées en relief des 
montagnes, sur lesquelles le burin a gravé, motif bien 
indigène, des arbres et des cerfs ^ Ou a encore, ce 
semble bien, une œuvre d'inspiration exclusivement 
assyrienne dans une coupe du Musée britannique, qui 
représente, sur des montagnes que le marteau a fait 
saillir en léger relief, des arbres et des animaux gravés 



1. The monuments, ser. I, pi. 96, 6. 

2. Perrot et Chipiez, op. laud., t. II, p. 730. 

3. The monuments, ser. I, pi. 51. 

4. Layard, The monuments, ser. II, pi. 62 A. 

5. Layard, The monuments, ser. Il, pi. 66. Sur une autre 
coupe, pi. 61 B, on voit au centre quatre figures coiffées à 
l'égyptienne', en même temps que dans la bordure se trouvent 
des personnages dont le costume et la pose semblent bien aussi 
empruntés aune peinture pharaonique, d'où on peut conclure 
à une influence étrangère. 



LES PLANTES DANS L'ART. 'i3l 

au trait', et entourés d'une bordure alternative d'ihex 
et d'arbres. 

Les motifs de décoration fournis par le règne vé- 
gétal se retrouvent sur les parties les plus diverses 
du costume ; mais ils consistent presque exclusivement 
en fleurons ou rosaces et en palmettes. On aperçoit 
également des fleurons sur les bracelets, les tiares 
royales ou les bandeaux des grands, les ceinturons et 
les baudriers, les boucliers, les carquois, les manches 
de poignards, même sur les masses d'armes et le har- 
nachement des chevaux ". Sur le haut d'une bride 
figurée dans Ra\vlinson ^ sont aussi dessinées deux 
Heurs, qui ressemblent à un lotus ou à une liliacée. 
Enfin on rencontre les formes si décoratives du règne 
végétal brodées sur les étoffes \' palmettes et rosaces 
ou fleurons émai liaient les vêtements et les tapis ; la 
robe de Sennachérib et son trône sont couverts de ran- 
gées innombrables de rosaces, il en est de même de 
la robe du roi babylonien Mardouk-iddin-akhi'; mais 
sur le manteau royal et le pectoral, les rosaces sont 
en grande partie remplacées par des palmettes de 
formes diverses ; les unes d'aspect ordinaire se dres- 
sent ici entre deux ibex, là entre deux taureaux af- 
frontés*, les autres laissent passer entre leurs feuilles 



1. Perrot et Chipiez, op. laud., t. il, p. 751, fig. 408. 

2. Botta, Monument, t. II. pi. 118, 160, 161, 18'». — Rawlin- 
son, op. laiu/., t. I, p. 4'»", 452, 487. 490. 

:}. Tfw fivc ijreal monarchies, t. I, p. 417. 

4. Layard. The monuments, ser. I, pi. 8. — Franz Reber, 
[Jchcr (iltchnidiiisrhe Kunst. (Zeitschri/'t fiir .Assi/riolof/ie, t. I, 
p. 292.) — |{a\vlinson, t. I, p. '486. 

5. Rawlinson, op. laiicl.. t. I, p. 398 et t. II, p. 560. 

6. Layard, The monuments, scr. I, pi. 43, 2 et 4. — Peri'ot, 
op. laud., t. Il, p. 321 et 322. 



432 LES PF-ANTKS CHEZ LES SÉMITES. 

arrondies des tiges recourbées, que terminent des bou- 
tons ou des espèces de cônes \ Sur le pectoral et le 
manteau royal, 'a pris place aussi l'arbre de vie lui- 
même ^ qui n'est, nous le verrons, qu'une transfor- 
mation de la cime du palmier. 

Les plantes figurées sur les monuments chaldéo- 
assjriens ou employées dans la décoration n'étaient 
pas nombreuses et n'ont pas toujours été reproduites 
avec une fidélité qui permette de les reconnaître sans 
peine. A l'époque accadienne en Chaldée et en Assyrie 
avant les Sargonides la représentation en était fruste 
et conventionnelle ; c'est ainsi que, sur les cylindres 
chaldéens et même encore sur les bas-reliefs assyriens 
de Nimroud, le palmier est représenté sous la forme 
d'un tronc droit et massif avec deux ou quatre appen- 
dices de forme ovale, destinés à figurer les spathes ou 
les régimes de dattes, et trois ou quatre paires de 
frondes, grossièrement simulées par des arcs de cercle, 
unis d'un côté, mais pourvus de l'autre de dentelures 
en scie pour représenter les folioles ^ On voit aussi 
sur un bas-relief de Nimroud un arbre au tronc 
énorme, divisé en trois maîtresses branches, dont cha- 
cune est garnie de rameaux entiers, légèrement renflés 
à l'extrémité ^ représentation informe dans laquelle 
l'imagination trop complaisante de M. Bonavia a voulu 
voir un baobab ^ Mais tout change à l'époque suivante ; 

1. Layard, The monuments, ser. I, pi. 47, 1. 

2. Layard, The monuments, ser. I, pi. 8 et 9. — Rawlinson, 
op. laud., t. II, p. 399. — Perrot, op. laucl., t. II, p. 443-445. 

3. J. Menant, Les pierres gravées, pi. III, fig. 5. — Layard, 
The monuments, ser. I, pi. 33. 

4. Rawlinson, op. laud., t. I, p. 348. 

5. The flora oftJie Assyrian monuments. London, 1894, in-8. 
p. 37. 



LES PLANTES DANS L'ART. 433 

les bas-reliefs de Koyoundjik nous offrent des pal- 
miers, des vignes et des figuiers d'une ressemblance 
saisissante; les conifères sont aussi sculptés avec un 
grand soin ; la convention toutefois a pris place dans 
leur représentation ; aussi est-il difficile de dire à 
quelle espèce ou même à quel genre ils appartiennent'. 
Quant aux arbres, dont les rameaux étalés offrent l'as- 
pect de longues feuilles pinnatifides, à en juger par 
ceux d'un bas-relief de Koyoundjik", auxquels l'artiste 
assyrien a donné des fruits, ils doivent être des gre- 
nadiers. 

La flore herbacée des monuments assyriens est peu 
riche ; on n'y voit guère que trois ou quatre plantes -, 
l'une, une fleur de six à dix pétales, dont les serviteurs 
royaux portent, dans des vases, des rameaux dans la 
salle du banquet, m'est inconnue ' ; l'autre, corymbi- 
fère à tige nue et à feuilles radicales entières, dont j'ai 
déjà parlé, a le faciès d'un doronic*; une troisième, 
figurée sur la façade septentrionale du palais de Ko- 
youndjik ^ à la tige feuillée et aux fleurs peu nom- 
breuses en forme de fer de lance, est évidemment une 
liliacée ; mais il est impossible de dire au juste à quelle 
espèce elle appartient*. 

1. M. Bonavia, op. laud.. p. 28, les regarde comme apparte- 
nant à l'espèce Pinus lirulia. 

2. Layard, The monuments, ser. II, pi. 14. 

3. Layard, T/ie monuments, ser. II, pi. 8. — Rawlinson, op. 
laud., t. I, p. 581. 

4. M. Bonavia, qui n'hésite jamais dans ses identifications, 
dit. lui, p. 34, (jue « c'est sans aucun doute ï Hieracium panno- 
sum », encore que cette plante soit une flosculeuse, non une 
corymbifcre. 

5. Rawlinson, op. laud., t. I, p. 354. 

6. M. Bonavia, p. 32, affirme, après Rawlinson d'ailleurs, 
que c'est le IJlium cnndidum L. 

I. 28 



434 LES PLANTES CIH^Z LF<:S SEMITES. 



Les arts ne prirent naissance chez les Sémites de la 
Syrie qu'à une époque relativement récente et il ne 
nous en reste que peu de monuments; mais ces rares 
débris et le témoignage des Anciens nous montrent 
qu'ils s'y développèrent sous l'influence de l'Egypte et 
de la Mésopotamie ; cela n'a rien qui doive surprendre, 
puisque au moment où la Syrie prit place dans l'his- 
toire générale elle subissait la suprématie politique de 
ces deux puissants états. Il faut donc nous attendre à 
rencontrer sur les monuments ou les objets d'art des 
Sémites de la région du Liban et du Jourdain des mo- 
tifs de décoration végétale analogues à ceux que nous 
ont offerts les monuments ou l'industrie artistique de 
l'Egypte ou de la Mésopotamie. 

Quelques-unes des populations syriennes vivaient 
encore de la vie nomade et les autres étaient à peine 
sorties de la barbarie, quand elles entrèrent en relation 
avec les habitants du bassin du Tigre et de l'Euphrate 
et du bassin du Nil, arrivés depuis longtemps déjà au 
plus haut degré de civilisation ; elles subirent leur 
double ascendant, et de même qu'elles s'inclinèrent 
devant leur puissance militaire, elles acceptèrent leur 
influence artistique. 

Nous ignorons jusqu'où avait pu être porté le goût 
des arts dans le pays de Canaan avant la conquête 
des Hébreux ; pour ceux-ci, restés nomades jusque-Là, 
ils y étaient encore étrangers et ils ne s'y livrèrent 
même que beaucoup plus tard ; mais les Phéniciens les 
cultivaient sans doute déjà depuis longtemps, nous ne 
pouvons dire toutefois jusqu'à quel degré de perfection 



ij:s plantes dans lart. 435 

ils en avaient poussé la pratique ; les rares débris qui 
nous restent de leurs monuments civils ou religieux 
sont trop récents et sont trop mutilés pour que nous 
puissions nous en faire une idée complète et exacte. 
Heureusement les ruines considérables, éparses sur le 
sol des nombreuses colonies, que les navigateurs in- 
trépides de Tyr et de Sidon fondèrent sur presque 
tous les rivages de la Méditerranée, en particulier 
dans l'île de Cypre et en Mauritanie, nous permettent 
d'entrevoir quels motifs de décoration étaient employés 
par les architectes phéniciens. A en juger par ce qui 
nous reste des monuments de la Phénicie proprement 
dite, ils ne connurent cà l'orisrine d'autres ornements 
que les formes géométriques ; les fûts des colonnes 
étaient lisses, les chapiteaux font pressentir ceux de 
l'ordre toscan, seulement avec un galbe et des pro- 
portions différentes '. Il en est tout autrement dans les 
monuments des colonies. A Cypre, en particulier, les 
lignes droites des chapiteaux phéniciens font place aux 
volutes savamment combinées, en même temps que 
dos tiges et des fleurs de lotus remplissent l'espace 
libre laissé par leurs courbes élégantes'; sur le cala- 
thos d'une colonne de même origine on voit des tiges 
feuillées ou des palmes à folioles ovales, ornement qui 
semble bien indigène '\ 

Les colonnes elles-mêmes empruntèrent dès lors 
leurs formes au règne végétal ; les plates-formes du 
célèbre temple de Paphos, représenté sur une mon- 

1. Perrot et Chipiez, op. laud., t. III, p. 115. 

2. Chajjiteaux cypriotes du Musée du Louvre. Perrot, op. 
laud.. t. m, p. llfl 

3. G. Colonna-Ceccaldi, Monuments antiques de Cypre. 
Paris, 1882, in-8, p. 43. — Perrot, t. III, p. 118. 



436 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

naie de Cypre', étaient soutenues par des colonnes si- 
mulant un tronc de palmier. Les chapiteaux des co- 
lonnes du temple de Byblos étaient, elles, formées par 
deux rangs de pétales de lotus, et l'arc de cercle qui 
réunissait les deux parties de l'entablement, supportait 
une palmette semblable à celle des monuments assy- 
riens ^ Une palmette analogue, mais formée de quatre 
feuilles régulières, reposant sur une triple volute qu'en- 
veloppe une espèce de demi-cercle aux extrémités ar- 
rondies et recourbées, ce qui lui enlève presque tout 
caractère végétal, se rencontre aussi sur plusieurs 
dalles phéniciennes ^ On voit encore trois palmettes 
superposées se dresser entre deux sphynx affrontés 
sur le chapiteau de deux stèles, qui se faisaient pen- 
dant aux extrémités d'un beau sarcophage d'Athiénau''. 
On retrouve, au contraire, la vraie palmette assy- 
rienne à la base des anses d'un vase d'Amathonte ■'. 

Les rosaces et les fleurons étaient souvent employés, 
ainsi que les palmettes, comme motifs de décoration 
par les artistes phéniciens ; au bord d'une dalle d'al- 
bâtre au Musée du Louvre, on voit en particulier des 
fleurons à seize rayons alternant avec des rosaces, à 
quatre rayons à angle droit, séparés par des palmettes 
à cinq folioles ^ Ces ornements décoratifs se rencon- 
trent sur les monuments les plus divers; tels ces fleu- 

1. T. L. Donaldson, Architeclura numismatica . London, 1859, 
in-4 pL 91. — Perrot, t. III, p. 120. 

2. Donaldson, op. Umd., pi. 20. — Perrot, op. Inud., t. III, 
p. 126. 

3. Musée du Louvre. Perrot, op. lawl., t. IIl, p. 129, 131 
et 133. 

4. Perrot, op. laud., t. III, p. 217, pi. 152. 

5. Musée du Louvre. Perrot, t. III, p. 280 et 281. 

6. Musée du Louvre. Perrot, t. III, p. 132 et 133. 



LES PLANTES DANS LAIST. 437 

rons à douze pétales, placés de chaque côté d'uu lion 
sur un marchepied cypriote ' en pierre, ou la rosace à 
cinq rayons, sculptée au-dessus de la porte d'un caveau 
giblite \ Sur un sarcophage de même origine sont 
ciselées aussi des guirlandes, des palmes, une couronne 
et un arbre, indiqué sous la forme d'une large feuillet 
On voit encore sur un bas-relief d'Ascalon, peut-être, 
il est vrai, postérieur à l'ère chrétienne, représentés 
assez grossièrement deux ceps de vigne, qui ombragent 
deux femmes accroupies*. 

Les stèles votives de Carthage étaient souvent aussi, 
comme les colonnes phéniciennes, ornées de motifs 
végétaux ; c'est, ici une fleur de lotus, là un grenadier 
chargé de fruits, .\illeurs on reconnaît un tamaris à 
ses branches élancées et grêles, des fleurs de courge 
et des épis de blé''. Le palmier aussi est représenté avec 
son tronc massif, ses feuilles en volutes et ses spathes^ 
Sur une stèle d'Hadrumète, deux colonnes, dont le fût 
cannelé sort d'un bouquet de feuilles et se termine par 
un buste de femme, supportent un entablement très 
riche et très compliqué ; il se compose en bas d'une 
rangée de fleurons et de boutons alternatifs de lotus 
renversés; au-dessus s'étale le disque solaire; puis 
vient un rang d'ura?us'. Nous avons là des motifs de 

1. Louis Palma di Ccsnola, Ci/pnis: ils ancient ciliés, lomhs 
and letnptcs. l.ondon, 1877, in-i. p. 159. — Perrot, t. III, 
p. 284. 

2. E. Renan, Missioti de Phénicie. Paris, ISfJi, in-fol., pi. 
27. — Perrot, t. III, p. 169. 

3. Renan, op. laud., pi. 29. — Perrot, t. III, p. 175. 

4. Musée du Louvre. Perrot, t. III, p. 441. 

5. Pli. Merger, Les ex-voto du lem/tle de Tanil à Carthage. 
Paris, 1877, in-4", p. 20-22. 

6. Bibliothèque nationale. Perrot, t. III, p. 'i60 et 461. 

7. Musée du Louvre, Perrot, t. III, p. 461. 



438 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

décoration presque exclusivement égyptiens ; on les re- 
trouve aussi dans les monuments cypriotes, mais mêlés 
à l'ornementation assyrienne, ce qui ne doit pas sur- 
prendre, puisque l'île de Cypre fut au viii" et au 
vu" siècle avant notre ère tributaire de Ninive. C'est 
ainsi que sur un sarcophage d'Amathonte on voit, de 
chaque côté des faces principales, trois palmettes assy- 
riennes superposées, tandis qu'au-dessous de l'enta- 
blement règne un cordon de Heurs et de boutons de 
lotus '. 

Les motifs de décoration, empruntés au règne vé- 
gétal, que nous venons de rencontrer sur les monu- 
ments de l'architecture et de la sculpture de la Phé- 
nicie, de Cypre et de Carthage, se retrouvent aussi 
dans les produits des arts industriels de ces diverses 
contrées : fleurs et boutons de lotus, palmettes, ro- 
saces y apparaissent dans les combinaisons les plus 
ingénieuses et parfois les plus fantaisistes. Telles sont 
les palmettes que l'on voit sur un disque sarde en 
terre cuite, surgissant d'une espèce de bourrelet entouré 
d'un croissant, tandis que des fleurs conventionnelles 
de lotus se dressent entre chacune d'elles et qu'une 
rosace en occupe le centre; telles sont encore les 
deux, palmettes opposées d'un autre disque de même 
origine avec leurs volutes recourbées'. Ici une double 
rangée de rosaces orne le goulot d'un vase d'Ormidia, 
tandis qu'une guirlande de fleurs et de boutons de lotus 

1. Perrot, op. laud., t. III, p. 608 et 609. Un sarcophage 
d'Athiénau, Perrot, t. III, p. 613, n'ofïVe, au contraire, aucun 
motif de décoration végétale, mais on voit plusieurs arbres 
dans la scène de chasse qui est représentée sur sa face prin- 
cipale. 

2. Crespi, Catalogo, pi. E, fig. 1 et 2. — Perrot, t. III. 
p. 672. 



LKS l'LANTliS DANS L'AllT. 439 

entoure le haut de la panse'. Là encore, des fleurs de 
lotus se dressent verticalement sur les flancs d'un cra- 
tère. On voit également, sur une coupe cypriote, les 
mômes lotus surgissant, flanqués de volutes et agré- 
mentés d'une rosace, entre des oiseaux de fantaisie '. 
Il faut citer encore les tiges couvertes de feuilles et 
de boutons de la même nymphéacée, qu'un personnage, 
debout sur une œnochoé du Musée de New-York ^ 
semble défendre contre un oiseau de fantaisie, ainsi que 
les guirlandes de feuillages qui ornent les parties ren- 
flées d'un autre vase cypriote, avec les tiges fleuries, 
qui se dressent de chaque côté d'un personnage, te- 
nant lui-même une fleur à la main '*. 

Quoique la décoration des verres et des émaux phé- 
niciens consiste surtout en ornements de forme géo- 
métrique, on y rencontrait aussi des motifs empruntés 
à la nature végétale: telles ces tiges feuillées ou ces 
palmes qu'off"re un verre antique de la collection Gréau; 
telles encore ces rosaces que présentent des pâtes de 
verre dessinées par Elson^ Mais c'est dans l'orfèvrerie 
phénicienne que la décroration végétale a joué le rôle 
le plus considérable : fleurons et rosaces, palmettes, 
fruits, tiges de papyrus, fleurs ou boutons de lotus, 
isolés ou groupés artistement entre eux, servent éga- 
lement à orner les coupes, les bracelets, les anneaux, 
les pendants d'oreilles®. Des paysages entiers avec des 

1. Perrot, u]). law/., t. III, p. ô'jy et 711. 

2. Catalogue Barre, pi. 1, ap. Perrot, t III, p. 700. fig. 508 
et 509. 

3. Perrot, cp. laud., t. III, p. 709. 

4. Cesnola. Cfipnif. p. :{94. — Porrot, t. III, p. 710. 

5. Perrot. oy)./rt/<r/..l. lll.pl. VII, 1 et 2, et p. 74G,fig. 539-5'il. 

6. Cesnola, Ci/prus. p. 311, 312. 317, 319. — Perrot. t. III 
p. 798, 817, 819,' 823, 833, 83'j. 835 et 836. 



4i0 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

scènes de guerre ou de chasse ont même été gravés sur 
le pourtour ou au fond des coupes. Tel est le tableau 
gracieux de la « Journée du chasseur », représenté dans 
la seconde zone d'une coupe de PrénesteS avec l'arbre 
derrière lequel il se cache pour abattre sa proie, et le 
bois de palmiers et de grenadiers (?), où il se repose 
après sa chasse. 

Tels encore la chasse au lion qu'on voit sur un plat 
d'argent de Céré, le siège d'une ville gravé sur une 
patère d'Amathonte ou la marche triomphale figurée 
au pourtour d'une patère de Dali. L'artiste phénicien 
ne s'est pas borné à représenter les scènes de la chasse, 
du siège ou de la marche triomphale, il y a joint des 
motifs divers empruntés au monde végétal, ainsi qu'à 
la mythologie assyrienne ou égyptienne. C'est ainsi 
que, sur le plat d'argent de Céré^ des arbres, dattiers 
ou conifères, séparent les différents épisodes de la 
chasse. Des palmiers et autres arbres, que les assié- 
geants abattent, se voient dans la zone extérieure de 
la patère d'Amathonte ^ tandis que sur la seconde 
zone sont représentés entre autres l'arbre de vie, que 
viennent adorer deux génies ou divinités, ainsi qu'Ho- 
rus, assis sur le lotus symbolique, et accompagné par 
Isis des lotus à la main, en même temps qu'une large 
rosace occupe le centre de la patère. Sur la zone exté- 
rieure de la patère de Dali \ quelques arbres sans ca- 



1. Clermont-Ganneau, La coupe de Paleslrina. (Etudes 
d'archéologie orientale. L'Imagerie phénicienne. Paris, 1880, 
in-8, p. 16-39, et pi. I.) — Perrot, t. III, p. 759. 

2. Grifi, Monumenti di Cereanlica, pl.'V, 1, ap. Perrot, t. III, 
p. 769. 

3. Ceccaldi, Monuments, pi. VIII. — Perrot, t. III, p. 775. 

4. Musée du Louvre. Perrot, t. III, p. 779. 



Li:S l'LA.NTliS DANS L'AllT. 441 

raclère défini s'élèvent au milieu du terrain sur lequel 
défilent les troupes ; la seconde zone, au contraire, oii 
quelques végétaux apparaissent encore, est surtout 
occupée par des arbres de vie, qui alternent avec des 
génies en lutte contre des lions ou des guerriers qui 
égorgent un animal fantastique ; quant au fond de la 
patère, il est rempli par un entrelacs de fleurons à 
six pétales, qu'entoure une double rangée de fleurs et 
de boutons de lotus reliés par un cordon continu. 

La zone extérieure d'une patère de Curium ' nous 
ofi're une scène analogue à celle de la patère de Dali ; 
mais les lions sont remplacés par des griff'ons, et l'on 
voit ici des spliynx, là des ibex, ailleurs encore des 
griff'ons venir se rafraîchir à l'arbre de vie ; dans la 
seconde zone alternent, séparés par des espèces de 
conifères, des lions, des taureaux et des chevaux, et 
au centre est sculpté le dieu Ashshour, perçant un lion 
de son glaive. Enfin le médaillon d'une coupe de Géré 
représente un fourré de papyrus au milieu desquels se 
cache une génisse et deux bouvillons ", scène qui en 
rappelle une semblable que nous avons vue sur un dal- 
lage de Tell-el-Amarna. Des motifs décoratifs de na- 
ture végétale, fleurons et rosaces, se voient aussi sur 
des tablettes d'ivoire^; on rencontre même des lotus 
et des palmettes de fantaisie gravés sur des œufs 
d'autruche \ 

Ces motifs de décoration, qu'on retrouve sur les mo- 



1. Ceccaldi, Monumenls. ])1. X. — Cesnola. Cyprus. p. 329. 
— Perrot, t. JII, p. 789. 

2. Grili, Monumeuli, pi. .\, l,ap. Perrot, t. III, p. 790. 

3. Renan, Missions de P/trnicie, p. 500. — Perrot, t. III, 
p. 847. 

4. Perrut, op. laud., t. III, p. 856 et 857. 



442 LES l'LAMES CHEZ LES SÉMITES. 

numents de toutes les colonies fondées par les Phé- 
niciens, furent importés en Judée par les artistes 
chargés de construire le palais de David et le temple 
de Salomon. En interdisant de faire des images taillées 
ou des représentations des êtres qui existent', le Dé- 
calogue avait en quelque sorte condamné les Israélites 
à rester étrangers aux arts plastiques; aussi quand 
David voulut se bâtir un palais, ce furent des ouvriers 
phéniciens, envoyés par Hiram, qui l'édifièrent. Sa- 
lomon fut également obligé d'avoir recours à des ar- 
tisans phéniciens pour la construction du Temple et de 
la « Maison du bois du Liban ». On ne doit dès lors 
pas être surpris que les motifs de décoration propre 
aux monuments phéniciens se retrouvassent dans les 
éditîces des deux rois juifs. Tels étaient les palmiers 
et les fleurs épanouies sculptés, avec des figures de 
Kéroubs, sur les deux battants en bois d'olivier sau- 
vage de la porte du sanctuaire'. Tels étaient encore 
les ornements des chapiteaux des deux colonnes de 
bronze, Iakin etBo'az, fondues par Hiram, le fameux 
toreuticien de Tyr, et placées dans le vestibule du 
temple. Haut de cinq coudées, chaque chapiteau avait 
la forme d'une fleur de lotus épanouie ; la partie infé- 
rieure renflée en était décorée par un ornement réti- 
culé, compris entre deux rangées, chacune de cent 
grenades ^ MM. Perrotet Chipiez supposent que quatre 
de ces grenades, « sans doute plus grosses que les 
autres* », étaient fixées aux points oii se rencontrent 
les lignes qui dessinent les différentes faces. 

1. Exodus, cap. xx, vers. 4. 

2. 1 Régna, cap. vt, vers. 32. 

3. 1 Rcfjna, cap. vu, vers. 18-20. 

'i. Ilisluirc de Vart, t. IV, p. 318 et pi. VII. 



LES l'LAMES DANS L'AIIT. 4i3 

Les sculptures qu'on voyait sur le bord de la mer 
d'airain offraient sans doute des motifs de décoration 
analogues. On retrouvait ces mêmes motifs dans les 
divers produits des arts industriels et les monuments 
dos derniers siècles de l'histoire juive. C'est ainsi 
qu'un vase en terre trouvé à Jérusalem, mais qui est 
peut-être de l'époque gréco-romaine, offre ea saillie 
sur sa panse des grenades et des grappes de raisin 
alternant entre elles'. On voit aussi des grappes de 
raisin, des fleurons ou rosaces de fantaisie, des ra- 
meaux d'olivier, des fouilles et des fruits divers, mais 
sans caractère déterminé, sur l'entablement d'un 
sarcophage juif, dit le Tombeau des Rois, mais proba- 
blement peu ancien, ainsi que des rosaces de forme 
variée sur la convexité du couvercle et un fleuron entre 
deux lotus héraldiques à son extrémité ^ La surface de 
ce sarcophage offre une décoration végétale encore 
plus riche; c'est d'abord deu.K longues bandes, ornées 
chacune d'un double rang de feuilles d'olivier réunies 
par trois, avec deux fruits longuement pédoncules ; 
puis, à droite et à gauche, un cnguirlandement de fan- 
taisie, composé de fleurs ouvertes et de boutons de 
lotus, de fruits et de feuilles de cucurbitacée, de glands 
de chêne et de grappes de raisin; enfin, au milieu, des 
entrelacs composés de feuilles de vigne, do grappes de 
raisin, de fieurons, de cônes de pin, de glands, etc. 
Les monnaies juives, postérieures également à l'épotjue 
de la conquête grecque, portent aussi des emblèmes 
tirés de la nature végétale : dattiers avec leurs fruits, 

1. Musée du Louvre. Perrot et Chipiez, t. I\', p. i6l. 

2. V. De Saulcy, Voyat/e nulonr de la mer Mûrie. Paris, 
1853. Atlas pi. XXX, X:XXII et XXXIII. — Cf. Perrot, t. IV. 
p. :J89. 



4ii LKS PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

palmes, feuilles de vigne, grappes de raisin, grenades, 
épis de froment \ On voit également un palmier qui 
se dresse derrière un cheval, sur une monnaie cartha- 
ginoise ^ 

L'influence de l'Assyrie et de l'Egypte ne se fit pas 
sentir seulement sur l'art des Phéniciens et des Juifs, 
les Hétéens, pour ne pas parler des Grecs et des autres 
populations indo-européennes de l'Asie-Mineure, la 
subirent aussi ; on en trouve la preuve dans l'orne- 
mentation des rares monuments, que nous ont laissés 
cette nation. C'est ainsi que sur un bas-relief de Sak- 
tchégheuksou en Syrie, qui représente une chasse au 
lion, l'artiste liétéen a sculpté des rosaces, motif do 
décoration assyrien, dans le champ resté libre du pay- 
sage'*. On voit également des rosaces sur deux dos 
quatre faces d'un cachet, probablement cappadocien, 
tandis que sur une autre face sont gravés deux tau- 
reaux, debout de chaque côté d'un arbre de vie^ Il est 
un monument hétéen de l'Asie Mineure qu'il faut en- 
core mentionner ici, moins pour son ornementation 
qu'à cause du caractère symbolique des végétaux qu'on 
y trouve figurés ; c'est la sculpture rupestre d'Ibriz 
ou Ivriz dans l'ancienne Lycaonie', qui représente un 

1. J.-J. Scheuchzer, Physique sacrée ou Histoire naturelle 
de la Bible. Amsterdam, 17o2, in-foL, t. I, p. 99. — De Saulcy, 
Recherches sur la numismatique judaïque. Paris, 1854, in-'i, 
pi. I, 6; II, 1, 2; III, 9, 10, 11, 12, 13; VII, 5, 6, 8; VIII, 1, 2, 
3, 4, 5, 7, 10; IX, 5, 11, 12. — Babelon, Catalogue des mon- 
naies grecques de la Bibliothèque nationale. Les rois de Syrie. 
Paris, 1890, in-4, p. 75, 99, 104, 109, 110, 120, 161, 164, 168- 
171, etc. 

2. Pietschmann, op. laud., p. 14. 

3. Perrot et Chipiez, op. laud., t. IV, p. 555. pi. 279. 

4. Musée du Louvre. Perrot, t. IV, p. 772. 

5. E. J. Davis, On a neiv Ilamathite inscription at Ibreez. 



LES PLANTES DANS LA POKSIE. 445 

personnage, prêtre ou roi, en adoration devant un 
(lieu champêtre, lequel tient d'une main un faisceau 
d'épis, tandis que l'autre soutient les rameaux, chargés 
de raisins, d'un cep de vigne qui sort du sol derrière 
lui. 



II. 



Les arts du dessin n'ont pas seuls, chez les Sémites, 
emprunté au monde des plantes les formes et les mo- 
tifs de décoration les plus gracieux, la poésie de ces 
peuples en a tiré aussi de nombreuses comparaisons 
et elle y a puisé d'ingénieuses fictions. Dans l'épopée 
d'Izdoubar, le poète chaldéen raconte un débat entre 
deux arbres, le cyprès et le laurier (?)* : « Tes racines 
ne sont pas assez robustes, dit le premier au second ; 
ton ombre n'est pas assez fraîche, ton écorce pas assez 
forte. » Le laurier s'irrite, mais le fragment mutilé 
de ce curieux dialogue ne renferme pas malheureuse- 
ment sa réponse. « Semblable à l'herbe fauchée, 
Ishtar est descendue ; d'une lèvre semblable au 
roseau languissant, elle implore (les eaux de vie) », 
dit Allât de la déesse "\ dont le portier des Enfers 
vient de lui annoncer l'arrivée ; et dans l'hymne 



(Transaclions, t. IV, 2 (an. 1876), p. 336-346). — W.-M. Ram- 
say, Bnsrelief of Ibriz. (Aî'chaeotof/ische Zeitung, t. XLIII(an. 
1885), p. 203-208, pi. 13. — Perrot, t. IV, p. 725. 

1. .\. .leremias, Izdubar-Nimrod. Eine alfbdljjjlonisc/te llcl- 
densat/e. Leipzifj:, 1891, in- 4, p. 28. 

2. A. -H. Sayce, Lectures on the origin and groirth of reli- 
gion as illitslraled by the religion of the ancient liabglunians. 
3'' éd. Loiidoii, 1891, in-8, p. 222." — M. J. Oppert, Fragments 
myl/tologiffues, Paris, 1882, in-8. p. 9. traduit: «Nous sommes 
comme l'herbe coupée, nous sommes comme la plante fanée. » 



446 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

désolé qu'il composa à roccasion de l'enlèvement 
de la statue de Nanâ par le roi élamite Koutourna- 
khounta, au xxiif siècle avant notre ère, un prêtre 
d'Ourouk s'écrie ' : « L'impie tout puissant m'a brisé 
comme un roseau, comme une roselière je gémis 
nuit et jour. » « Que par le charme d'Éa le sortilège 
soit enlevé comme la peau d'une gousse d'ail, coupé 
comme un régime de dattes, arraché comme une 
branche d'arbre », dit le père des dieux à son fils Mar- 
douk", en lui enseignant le mojen de guérir un 
homme frappé par une malédiction funeste. 

Mais c'est surtout dans la Bible que les images et 
les comparaisons tirées du monde végétal occupent 
une place considérable. La fable des arbres par la- 
quelle Joatham voulait montrer aux habitants de Sékem 
la faute qu'ils avaient commise en nommant roi Abi- 
mélek, est célèbre. 

Un jour, leur dit-il-', les arbres voulurent oindre l'un d'eux 
pour être leur roi et ils dirent à l'olivier : Sois notre roi ! Mais 
l'olivier leur dit: Cesserais-je de produire mon huile, que les 
dieux et les hommes prisent en moi, pour aller planer au- 
dessus des arbres? Alors les arbres dirent au figuier: Eh bien, 
toi, sois notre roi ! Mais le figuier leur répondit : Cesserais-je de 
produire mon doux et bon fruit, pour aller planer au-dessus 
des arbres? Et les arbres dirent à la vigne : Eh bien, toi, sois 
notre roi! Mais la vigne leur répondit: Cesserais-je de produire 
mon jus, qui réjouit les dieux et les hommes pour aller planer 
au-dessus des arbres ! Alors tous les arbres dirent au buisson 
épineux: Eh bien, toi, sois notre roi! Et le buisson répondit 

1. Hommel, Geschiclite Babyloniens und Assyriens, p. 345. 
— Maspero, Histoire ancienne, t. 11, p. 37. 

2. Jensen, De incantamenlorian sumerico-assyriorum seriei 
quae dicilur shur/m tabula VI. {Zeitsclvift filr Keilseliriftfor- 
schuny, t, 1, p. 280.) — Sayce, Lectures, p. 472. 

3. Judices, cap. lx, vers. 8-15, trad. d'E. Iteuss. 



LKS PLANTKS DANS I,A IMIKSIK. 447 

aux arbres : Si c'est de bonne foi que vous voulez m'oindre 
pour être votre roi, venez donc vous abriter sous mon ombre ; 
si non, un feu sortira du buisson pour consumer les cèdres du 
Liban. 

Dans la vision souvent citée que lui envoya l'Eternel, 
pour lui révéler le sort différent qui attendait les Israé- 
lites, emmenés par Nabuchodonosor à Babjlone et ceux 
qui étaient restés en Judée avec Sédécias, Jérémie 
voit deux corbeilles pleines de figues placées devant le 
temple' ; l'une renfermait de très bonnes figues, comme 
le sont celles de la première saison ; l'autre des figues 
très mauvaises et qui n'étaient même pas mangeables. 
Et l'Éternel lui dit : « Tels que ces bonnes figues, je 
reconnaîtrai à bonnes fins les déportés de Juda, que 
j'ai chassés de ce pays-ci dans la terre des Chaldéens; 
je les ferai revenir; je les replanterai et ne les arra- 
cherai point. Et tels que les figues mauvaises, qui ne 
sont pas mangeables, je ferai de Sédécias et des restes 
de Jérusalem demeurés en ce pays ou établis en 
Egypte, un objet d'horreur pour tous les royaumes de 
la terre. » * 

Non moins célèbre est l'allégorie dans laquelle le pro- 
phète Ezéchiel représente sous la figure de deux aigles 
Nabuchodonosor et le roi d'Egypte, sous celle d'un cèdre 
Jéchonias et d'une vigne Sédécias ■. Le premier aigle 
l'avait mise dans un sol fertile, « pour qu'elle poussât et 
devînt une vigne plantureuse, humble de taille, de ma- 
nière que ses branches se tournassent vers lui. » Mais 
après avoir poussé ses rameaux et s'être couverte do 
feuillage, cette vigne recourbe ses racines vers le se- 



1. Cap. xxiv, v»rs. 1-9. 

2. Cau. .wii, vers. 3-10. 



448 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

cond aigle et étend vers lui ses branches. Aussi au lieu 
de pousser de vigoureux sarments et de porter des 
fruits, elle est coupée, son feuillage se fane et elle se 
sèche complètement. 

C'est aussi par des images empruntées au règne végé- 
tal, qu'Isaïe dépeint la ruine qui allait fondre sur Moab ' : 

Elles languissent les campagnes de Heshbôn, les vignes de 
Sibmah, dont les nobles ceps enivraient les rois, qui pous- 
saient jusqu'à Jazer, erraient à travers la savane, et dont les 
pampres s'étendaient au-delà de la mer. Je pleure les vignes 
de Sibmah avec les larmes de Jazer; je vous arrose de mes 
larmes, Heshbôn et Éléaleh, car le cri de guerre est venu 
fondre sur votre récolte, votre vendange. La joie et l'allégresse 
sont bannies des vergers; dans les vignes plus de chants, plus 
de cris ! Personne ne foulera plus le vin dans les cuves. 

Zachariea recours aux mêmes images pour annoncer 
la désolation qui menace Israël ^ : 

Ouvre tes portes, ô Liban, pour que le feu dévore tes cè- 
dres! Lamentez- vous, cyprès, de ce que les cèdres tombent, 
de ce que les puissants sont abattus ! Lamentez-vous, chênes de 
Bashan,de ce que la forêt inaccessible estmiseàbas !... Ecoutez! 
les jeunes lions rugissent, car elle est détruite, la parure du 
Jourdain. 

Dans Osée\ une allégorie semblable montre ce 
qu'Israël, qui, avant sa faute, était « une vigne cou- 
ronnée de pampres et chargée de raisins », redeviendra 
une fois pardonné par Dieu : 

Je serai pour Israël comme la rosée ; il fleurira comme le 
lis et jettera des racines comme celles du Liban ; ses rejetons 
s'étendront, sa beauté sera comme celle de l'olivier; son par- 

1. Cap. XVI, vers. 8-10, trad. d'Ed. Reuss. 

2. Cap. XI, vers. 1-2. 

3. Cap. X, vers. 1 et cap. xiv, vers. 6-8. 



LKS PLANTES DANS F.A POKSIl-:. 449 

fum sera pareil à celui du Liban. Ceux qui s'assiéront sous son 
ombre produiront de nouveau du blé, ils fleuriront comme la 
vigne et leur renom cela celui du vin du Liban. 

Olivier verdoyant, beau et couvert de fruits magnifiques, 
tel était le nom que te donnait l'Eternel, s'écrie Jérémie* en 
parlant d'Israël coupable; mais au milieu d'un grand fracas sa 
foudre est tombée sur toi et tes branches sont brisées. 

Isaïe en particulier affectionne ces images tirées du 
monde végétal ; c'est ainsi que réprimandant Israël au 
sujet de son polythéisme : 

En ce jour, dit-il 2, la gloire de Jacob sera obscurcie...: il 
sera, comme le champ de la plaine de Réfaïm, dont le mois- 
sonneur a ramassé les chaumes, après avoir coupé les épis, et 
où vient glaner misérablement le glaneur. Il sera comme 
l'olivier, où, après la récolte des olives, il reste à peine à gra- 
piller deux ou trois fruits dans les hautes branches... Il a oublié 
le dieu de son salut, il a planté un jardin à sa guise, y a mis 
des ceps étrangers, et les a entourés d'une haie; de bonne heure 
il a vu fleurir ses plants, mais la récolte lui échappe au jour du 
malheur. 

Et opposant à la fragilité des choses humaines l'im- 
mutabilité de la parole divine, le môme prophète 
s'écrie'': « Tous les mortels sont comme l'herbe et 
toute leur beauté comme la fleur des champs : l'herbe 
se dessèche, la fleur se fane ; mais la parole de notre 
Dieu subsiste à jamais. » « Les hommes, dit de même 
le Psalmiste*, croissent comme l'herbe; elle fleurit et 
pousse au matin, le soir on la coupe et elle sèche. » 

Pour caractériser la conduite du dieu des armées et 

1. Cap. .\i, vers. 16. 

2. Cap. .wii, vers. 4-6 et 10-11. 

3. Esaias, cap. .\l, vers 6-7. • 

4. Psalmus LX.\.\ix, vers 5-6. 

l. 29 



450 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

la prudence de ses conseils, le premier Isaïe le com- 
pare' au laboureur qui, après avoir aplani son champ, 
y sème, au temps voulu, la nielle et le cumin, le blé, 
le millet et Forge. L'Écriture, voulant peindre la paix 
dont jouissait le peuple juif « durant les jours de Sa- 
lomon », dit que" <( chacun reposait sous sa vigne et 
sous son figuier depuis Dan jusqu'à Bersabée » ; et afin 
de donner une idée de la prospérité qui régnait alors, 
elle ajoute^ que « les cèdres étaient devenus aussi 
communs que les sycomores, qui croissent dans les 
champs. » Pour montrer qu'il lui a pardonné, le Sei- 
gneur dans Joël '' promet à Israël de lui envoyer du 
blé, du vin et de l'huile. » Les prairies, ajoute-t-il, 
vont reprendre leur éclat, les arbres porteront leurs 
fruits, le figuier et la vigne prodigueront leurs ri- 
chesses. » C'est dans le même sens que l'Éternel dit 
dans le second Isaïe " : « Je mettrai dans la steppe le 
cèdre et le cassie, le myrte et l'olivier ; je planterai 
dans la lande le cyprès, le platane et le sapin. » Et 
ailleurs : « Les cyprès s'élèveront à la place des ronces, 
le myrte croîtra à la place de la bruyère. » « Leur 
vigne », dit Moïse ^ parlant des peuples idolâtres, 
« provient de celle de Sodome et des campagnes d'A- 
morah ; leurs raisins sont des raisins vénéneux, ils ont 
des grains amers. Leur vin, c'est du fiel de serpent. » 
Jacob mourant compare Joseph à un (( sarment fé- 

1. Cap. xxvin, vers. 24-25. 

2. 1 Régna, cap. iv, vers. 25. — 2 Régna, cap. xvin, vers. 
31. — Esaias, cap. xxxvi, vers. 16. — Mich., cap. iv, vers. 4. 

3. 1 Régna, cap. x, vers. 27. — 1 Paralipvmena, cap. i, 
vers. 15. 

4. Cap. II, vers. 19 et 22. 

5. Cap. xi.i, vers. 19; cap. i.v, vers. 13. 

6. D'enter onomium, cap. xxxii, vers. 32. 



LES PLANTKS DANS LA POKSIE. 45i 

cond, planté près de la fontaine et dont les branches 
couvrent la muraille' », et il dit de Juda qu' « il liera 
son ànon à la vigne, et lavera sa robe dans le vin, son 
manteau dans le sang de la vigne. » Pour le Psalmiste' 
Israël est « un cop de vigne, qui, apporté d'Egypte, 
a poussé des racines, remplit la terre et couvre les 
montagnes de son ombre » ; et l'homme juste est 
« comme l'arbre planté près du cours des eaux. » « Il 
croît, dit-il encore, comme le palmier ; il s'élève 
comme le cèdre du Liban. » Le poète sacré dit de lui- 
même qu'il est semblable à un « olivier, qui se couvre 
de feuilles dans la maison de Dieu'. » Jahveh, dans 
Osée\ se compare à un « cyprès toujours vert ». « Je 
suis la vraie vigne », dit Jésus \ « et mon père est 
vigneron. » Pour ÉzéchieP Ashshour est « un cèdre 
du Liban, aux branches belles et touffues, magnifique 
de hauteur et élevant sa cime jusqu'aux nues. » 

On retrouve ces mômes images, mais développées, 
dans la belle allégorie du livre de Daniel ^ qui peint 
la grandeur et la puissance de Nabuchodonosor, puis- 
sance auquel un lamentable abaissement devait mettre 
un terme : 

C'était un arbre d'urfe grandeur prodigieuse au milieu de 
la terre, arbre grand et fort, dont la cime touchait aux deux 
et était visible jusqu'aux extrémités de la terre. Son feuillage 
était beau et ses fruits abondants; il y avait là de quoi nourrir 
le monde entier. Les animaux de la campagne s'abritaient 

1. Genesis, cap. xlix, vers. 22 et 11. 

2. Psnimi lxxx, vers. 8; i, vers. 3, xcn, vers. 15. 

3. Psalmuti Li, vers. 8. 

4. Cap. XIV, vers. 9. 

5. Johannes, cap. xv, vers. 1. 

6. Cap. XXXI, vers. 3. 

7. Cap. IV, vers. 7-9. 



452 LES l'LAMES CHEZ LES SEMITES. 

SOUS son ombre, dans ses branches se logeaient les oiseaux du 
ciel et tout ce qui vit s'y rassassiait. 

Il faut rapprocher de ce portrait celui que la Sa- 
gesse trace d'elle-même dans l'Ecclésiastique* : 

Je m'élevai comme le cèdre du Liban, comme le cyprès 
sur les hauteurs de THermon. Je grandis comme le palmier 
sur le rivage, comme les rosiers de Jéricho, comme un bel 
olivier dans la plaine, comme un platane aux bords des eaux. 
J'ai répanda l'odeur du cinnamome et de l'aspalathe ; j'ai exhalé 
les parfums de la myrrhe. 

Je ne puis m'empêcher de citer encore cette belle 
apostrophe du même écrivain s'adressant aux hommes 
pieux^ : « Croissez comme la rose au bord du ruisseau ; 
répandez une suave odeur comme l'encens ; faites éclore 
des fleurs comme le lis. » 

La Bible est remplie de ces comparaisons et de ces 
allégories empruntées au monde des plantes et partant 
bien faites pour frapper des populations agricoles ou 
pastorales. Pour annoncer la venue du Messie, Isaïe 
dit'^ qu'un « rejeton sortira de la tige de Jessé et qu'une 
fleur s'élèvera de ses racines. » Les tentes d'Israël ap- 
paraissent à Biléam « comme des aloès plantés par Jah- 
veh, comme des cèdres sur le bord des eaux\ » Vou- 
lant rappeler à quel point étaient redoutables les 
Amorrhéens, Amos dit^ que « leur taille égalait celle 
des cèdres et leur force celle des cyprès. » Parlant du 



1. Cap. XXIV, vers. 17-23. 

2. Cap. xxxLX, vers. 17-19. 

3. Cap. XI, vers. 1. Et parlant du « serviteur de Dieu » 
opprimé: « Il poussait, dit le second Isaïe, cap. lui, vers. 2, comme 
un arbrisseau languissant, comme un rejeton, qui sort d'un sol 
aride. » ('f. le portrait de Simon dans l'Ecclésiastique, l. 8-11. 

4. Numeri, cap. xxiv, vers. 6. 

5. Cap. II, vers. 9. 



LES PLANTKS DANS l,A POKSIE. 453 

jour OÙ Dieu huniiliora la fierté des mortels, « Jahveh, 
dit le premier Isaïe, aura son jour... sur tous les cè- 
dres du Liban, hauts et élevés, et sur tous les chênes 
de Bashan. » Ailleurs il compare ceux qui abandonnent 
l'Éternel à des « térébinthes dépouillés de leurs 
feuilles'. » Le second Isaïe, par une figure analogue, 
appelle les Israélites affranchis des « térébinthes de 
justice, plantation de l'Éternel. » p]t, dernier trait au 
tableau de la béatitude future qu'il leur promet, il 
ajoute : « Comme la terre fait pousser ses germes, 
comme un jardin fait germer ses graines, ainsi le Sei- 
gneur fera germer le bonheur et la gloire*. » D'après 
les Proverl)es ^, la femme étrangère devient à la fin 
« amère comme l'absinthe ». La hâte avec laquelle 
l'amandier fleurit est dans Jérémie* le sj-mbole de la 
promptitude que l'Éternel met à accomplir ses me- 
naces. Leur prêtant du sentiment, Isaïe dit que « les 
cyprès et les cèdres du Liban se réjouissent de la 
chute de Babjlone ». Ailleurs montrant les montagnes 
et les collines qui éclatent d'allégresse au retour des 
exilés, « tous les arbres de la campagne, ajoute-t-il, 
tressailleront de joie. Les cyprès s'élèveront à la place 
des broussailles et à la place des ronces croîtra le 
myrte ^ » 



1. Cap. II, vers. 11-12 et cap. i, vers. 30. 

2. Cap. LXi, vers. 9 et 11. 

3. Cap. V, vers. 4. 

4. Cap. i, vers. 11-12. 

5. Cap. XIV, vers. 8 et cap. lv, vers. 12-13. 



CHAPITRE IV. 

LES PLANTES DANS LES LEGENDES DIVINES, DANS LES 
CÉRÉMONIES PROFANES ET RELIGIEUSES ET DANS LA 
MÉDECINE. 

Au temps où en haut il n'y avait rien qui s'appelât ciel, 
où en bas rien n'avait reçu le nom de terre', Apsou, l'Océan, 
qui le premier fut leur père, et Tiàmat, le chaos, qui les en- 
fanta tous, mêlaient ensemble leurs eaux... Rien n'existait en- 
core ; enfin les dieux se manifestèrent. Loukhmou et Lakhamou 
parurent les premiers, puis Anshar et Kishar se produisirent. 
Après une longue suite de jours Anou, Bel, Éa, naquirent à 
leur tour, car Anshar et Kishar les avaient enfantés. 

C'est en ces termes que les tablettes du palais d'Aslu 
shourbanipal racontent la lente genèse des dieux. Avec 
le temps leurs formes, confuses et incertaines tout 
d'abord, devinrent plus précises et leur individualité 
s'accrut avec leur fécondité. Anou, « le père des 
dieux » et le ciel divinisé, Bel — Inhil, — « le roi 
de la terre », Éa, le souverain des eaux et le sage par 
excellence, se dédoublèrent, Anou en Anat, Bel en 
Bélit — la Beltis des Grecs — , Éa en Damkina, et 
s'uuissant aux épouses qu'ils avaient déduites d'eux- 

1. Fr. Leiiormant, Les origines de Vhistoive d'après la Bible. 
Paris, 1880, in- 12, t. I, p. 495. — A.-II. Sayce, Lectures on the 
origin and f/rowth of religion as illusLraled bg Ihc religion of 
the ancienl Babglonians. Londoii, 1891, in 8, p. 384. — Mas- 
pero, Histoire ancienne, t. I, p. 537. 



LES PLANTFS DANS I.KS MYTIIKS. 455 

mêmes, donnèrent naissance à d'autres divinités; le 
monde entier fut bientôt peuplé de leur descendance. 
Ce fut d'abord Sin, qui préside à la lune, Shamash, 
le dieu du soleil, le « messager des dieux », Ramman, 
souverain de l'atmosphère, Adar, le « dieu puissant », 
puis Ninib, Mardouk « l'interprète des esprits du ciel 
et de la terre », Nergal « le roi de la bataille », Ishtar 
« la première née du ciel et de la terre »\ et Nébo 
« seigneurs des planètes »: Saturne, Jupiter, Mars, 
Vénus et Mercure, enfin l'armée des « 65,000 dieux 
du ciel et de la terre, » dont parle Ashshournazirbal- . 
Ce vaste panthéon ne prit pas naissance en une fois ; 
formé de la réunion des divinités sumériennes et sé- 
mitiques, il n'arriva à sa constitution définitive qu'après 
de longs siècles, pendant lesquels plus d'une divinité 
primitive se transforma, se confondit avec une autre 
plus jeune ou s'effaça devant elle. Chaque ville avait 
son dieu tutélaire, qui pour elle était aussi le dieu su- 
prême. Ourouk honorait surtout Anou; Bel était le su- 
zerain de Nipour; Éa, le protecteur" d'Éridou ; Sin trô- 
nait dans Our, Shamash à Larsa, Nergal était le dieu 
de Koutha, Nébo celui de Borsippa. Anou, Bel et Éa 
formaient une première triade de dieux; une seconde 
était composée de Sin, de Shamash et de Ramman. 
Ishtar, la « dame des dieux », finit par se substituer 
à ce dernier; Éa la chargea avec Sin et Shamash de 
régir le firmament. A la fois « l'étoile du soir, qui pré- 
cède l'apparition de la lune et l'étoile du nuitin, qui 
présage la venue du soleil », le double caractère de 



i. II. Wincklor, Inachriflrn Snlmnnaa^ar's II.^Keilinschrifl- 
liche llihliollipli. t. I (an. 188'.»), p. 131.; 
2. Sayce, Leclures, p. ilG. 



456 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

l'astre reparaît dans sa nature divine; comme étoile du 
soir et sous le nom de Bélit-Ilanit — la Mylitta d'Hé- 
rodote. — elle était la déesse de Tamour et de la fé- 
condité; comme étoile du matin et confondue avec 
Anounit, elle présidait, froide et chaste, aux combats. 
Cette seconde qualité devait la rendre chère à la race 
guerrière des Assyriens ; elle prit place avec les prin- 
cipaux dieux chaldéens dans leur panthéon présidé par 
AshshourS « le maître des dieux », dont le globe ailé, 
avec la figure auguste, se voit sur tous les monuments 
de Ninive, menaçant de son arc vainqueur les ennemis 
de sa nation ^ 

Seule des déesses du panthéon chaldéen, Ishtar 
n'était point, comme Bélit ou Damkina, l'incarnation 
féminine d'un dieu plus grand ; mais elle ne vécut pas 
renfermée dans un farouche isolement; elle s'était 
éprise du berger Doumouzi, fils d'Éa et de Damkina, 
tandis qu'il paissait ses troupeaux sous l'arbre mysté- 
rieux d'Eridou, qui couvre la terre de son ombre. Son 
bonheur fut de courte durée; un sanglier blessa mor- 
tellement le doux pâtre et le précipita au royaume 
d'AUat, la déesse implacable des Enfers ^ Ishtar ne 
craignit pas de pénétrer dans ces sombres demeures et 
elle ramena son époux à la lumière du jour. 

Nous n'avons ici qu'une face, la meilleure de la my- 
thologie chaldéenne et assyrienne ; à côté des dieux 



1. Ashshour, que MM. Peiser et Winckler appellent Ashour, 
avait épousé Nin-lil. Hyinne K 100. Sayce, Lectures, p. 128. 

2. Rawlinson, op. laud., t. II, p. 3 et 4; Une inscription de 
Salmanassar II fait aussi mention de Nouskou, « le dieu sage ». 

3. A. Jeremias, Die IluUenfahrl der Islnr. (Die Ija/ji/lonisch- 
assyrischen Vorstellungen vom Leben nach don Tode. Leipzig, 
1887, in-8, p. 11-23.) 



I.KS IM.ANTKS DANS LKS MYTHES. 457 

bienfaisants et promoteurs des choses bonnes, les Sé- 
mites de la Mésopotamie, comme les Sumériens avant 
eux, croyaient aussi à l'existence de génies malfaisants 
et instigateurs des choses mauvaises *, les Anounaki 
ou esprits de rEnfer\ Jalouse des dieux, dont l'activité 
créatrice restreignait son domaine, Tiâmat les avait 
appelés à la vie, et, à leur tête, elle était partie en 
guerre contre ses redoutables ennemis. Les habitants du 
ciel s'effrayèrent à son approche ; seul Mardouk — le 
Mérodakh de la Bible, — fils d'Éa et de Damkina, ne 
craignit pas d'affronter la reine du chaos ; armé par 
son père de la foudre et de la harpe, il l'attaqua, la 
vainquit et dispersa son armée ^; puis de son couteau 
il fendit le cadavre du monstre, « suspendit en haut une 
des moitiés qui forma le ciel, étendit l'autre sous ses 
pieds pour en faire la terre et constitua l'univers, tel 
que les hommes l'ont connu depuis lors'*. » 

La victoire de Mardouk en fit le représentant le plus 
auguste du panthéon chaldéen, « le roi de la terre, le 
seigneur du monde »'; sous le nom de Bel-Mardouk, 
il devint le dieu suprême de Babylone*^; on le regar- 
dait comme l'organisateur du ciel, le dieu qui en avait 
réglé les mouvements et avait frayé leur route aux 



1. Fr. Lenorinant, Les Dieux de Babi/lone et de r Assyrie. 
Paris, 1877, in-8, p. 13. 

2. Les esprits du ciel, eux, s'appelaient Igigi.— C-P. Tiele, 
Histoire comparée des ancietmes religions de l Egypte et des 
peuples sihniliipies, trad. Cl. Collins. Paris, 1882, in-8. p. 169. 

3. Lenormant et iUibelon. Histoire ancienne, t. V, p. 2'i3- 
245. — Sayce, Lectures, p. 102. 

4. .Maspero, op. lauiL, t. 1, p. 542. 

5. I/ijmne, vers. 1. Sayce, Bel-Merodach of liabijlon. {Lec- 
tures, p. 99.) 

6. Sa femme était Zarpanit et Nébo son fils. 



45S LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

astres ; c'est lui aussi qui aurait songé d'abord à 
peupler la terre; mais pour cette dernière œuvre, les 
autres dieux lui prêtèrent leur concours ; ils couvrirent 
le sol de verdure, et tous ensemble fabriquèrent les 
êtres de toute espèce qui habitent le monde : animaux 
domestiques, bêtes sauvages, reptiles, hommes enfin. 
Ces derniers menèrent d'abord une existence assez mi- 
sérable et « vécurent sans règle, à la manière des 
bêtes », jusqu'au jour où, sorti de la mer Erythrée, un 
monstre doué de raison, Oannès, entreprit de les civi- 
liser. Il leur enseigna les principes des lois, la pra- 
tique des sciences et des lettres avec l'art de bâtir les 
villes, et leur apprit à semer et à récolter, ainsi que 
tout ce qui peut contribuer à la douceur de la vie \ 

Mais séduits par Tiàmat, les hommes se corrom- 
pirent et cessèrent de sacrifier aux dieux, à qui ils de- 
vaient leur heureuse existence. Mécontent de leur 
indifférence, Bel résolut de les exterminer; mais Ea, 
mù de pitié, avertit le vertueux Shamashnapishtim — 
le Xisouthros de Bérose — du péril qui menaçait ses 
semblables. Sur l'avis du dieu bienfaisant, le héros 
construisit une arche de 140 coudées de long et y entra 
avec sa famille, ses serviteurs et des bêtes de toute sorte. 
Bientôt la pluie commença à tomber; quand elle eut 
cessé et que l'inondation diminua, l'arche s'arrêta sur 
le mont de Nisir. Le septième jour Shamashnapishtim 
lâcha une colombe, puis une hirondelle, qui revinrent, 
ne sachant où se poser; un corbeau, qu'il lâcha en- 
suite, revint aussi vers le navire, en battant de l'aile, 
mais il n'y rentra pas\ Le déluge était fini. Shamash- 

1. Bérose, Fraf). I, .3. (Fragmenln hislon'rorum gnccoriim, 
éd. Car. et Th. Mulleri, t. II, p. 496). 

2. George Smitli, The C/ialdean nccount of ycncsis, con- 



LES PLANTES DANS LES MYTHES. 459 

napishtim sortit alors de l'arche et offrit un sacrifice 
que les dieux acceptèrent. Bel lui-même, qui avait 
juré la perte du genre humain, s'apaisa et il récom- 
pensa le pieux patriarche, en lui accordant, ainsi qu'à 
sa femme, l'immortalité, Shamashnapishtim, enlevé par 
le dieu du milieu des siens, « fut transporté au loin, à 
l'embouchure dos fleuves '. » 

,Les dieux et les légendes de la théogonie babylo- 
nienne n'étaient pas particuliers à la Chaldée et à l'As- 
syrie ; on les retrouve en partie chez toutes les nations 
sémitiques. Là toutefois les mythes ne s'étaient pas 
combinés savamment, comme dans les sanctuaires de 
la Chaldée, et si la croyance au chaos et aux divinités 
qui en sont sorties y exista également, on ne trouve 
plus, à l'époque oii nous reportent les monuments, que 
la notion d'un dieu suprême, dont le nom, sinon les 
attributs, varie quand on passe d'un peuple à l'autre; 
« monolatrie » locale, qui ne devait arrivera la forme 
pure et vraiment élevée du monothéisme hébreu, 
qu'avec le Yaveh des prophètes, « le dieu qui trône au 
milieu des éclairs et des tonnerres '. » Appelé El « le 
Fort )•, dénomination qui n'est qu'une autre forme du 
nom chaldéen 11 ou llou, chez les Sabéens et dans une 
partie do la Syrie, Allah dans le Hedjaz et Hadad chez 
les Araméens, ce dieu suprême portait le nom.de Baal 

laint'n;/ llie deseriplian of the création, Ihe déluge, etc., éd. by. 
.\.-n. Sayce. London. 1880, in-8, p. 279 et suiv. — Id., ûbers. 
V. Henn. Delitzscli nobst ErlaïUerungen v. Fr. Delitzsth. 
Leipzig, 1876. iii-8. p. 227 et suiv. — .\. Jeremias, lzdi(b(n'- 
Nimrod. p. 35. 

1. Paul liaupt, Der lieilinxchriflliche Sirttflutherichl. dans 
Ebcrb. Scbrador, Die KeiUnsckriflen und das aile Tesla- 
ment. Giessen, 1883. in-8, p. G4. 

2. Tiele, Ilistori'e des anciennes religions, p. 3i3. 



460 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

chez les Cananéens et dans quelques villes de la" Phé- 
nicie, tandis que les Moabites lui donnaient celui de 
Kémosh et que les Ammonites l'appelaient Milkom '. 
Chaque ville ajoutait d'ailleurs au nom de son « sei- 
gneur » particulier une épithète, qui le distinguait des 
dieux des autres villes; ainsi à Tyr Baal prenait le 
surnom de Melqarth « le roi delà ville », à Éqrôn celui 
de Zébout, à Gébal, le surnom d'Adôn « le maître ». 

De même qu'à côté de chaque dieu chaldéen se 
trouvait une déesse issue de lui, auprès de Baal avait 
pris place également sa sœur germaine et son épouse 
A-starit — TAshtoret des Hébreux, TAstarté des 
Grecs, l'Ishtar assyrienne. — Comme la déesse titté- 
laire d'Ashshour s'était éprise du berger Doumouzi, 
l'Astarté phénicienne s'unit au chasseur Tammouz — 
Adonis — qui, lui aussi, fut mortellement blessé par 
un sanglier". Entin, autre trait de ressemblance avec 
le panthéon chaldéen, la mythologie phénicienne con- 
naissait aussi des espèces de triades; à Sidon, il y en 
avait une composée d'Astarit, de Baal et d'Eshmoun ; 
la triade de Carthage était formée de cette dernière 
divinité, de Baal-Hamon et de Tanit. 

Créateurs du monde des plantes, comme de tout 
l'univers, les dieux du Panthéon sémitique en étaient 
aussi le§ protecteurs ^ ; ils leur avaient communiqué 
quelque chose de leur nature auguste et les avaient 



li Lenormant et Babelon, IlisUnre ancienne, t. VI, p. 566. 
— Stade, Geschichte des Vo/kes Israël, t. I, p. 429. — Tiele, 
op. laud., p. 285-287. 

2. Sayce, Leriures, p. 227. — Maspero, Histoire ancienne, 
t. II, p. 175. 

3. Il est question dans plusieurs incantations du « Dieu des 
herbes ». Sayce, Mar/ical lexts. (Lectures, p. 468 et 476.) 



LES PI.ANTKS IlANS LKS MYTHES. 461 

associés à leur existence et à leurs pensées. Un ancien 
hymne salue Sin, le dieu-lune, comme faisant germer 
la terre par son ordre et la couvrant de verdure'. Dans 
un « psaume » Shamash, le Dieu-Soleil, est repré- 
senté comme habitant à l'ombre des cèdres, les pieds 
reposant sur la brillante verdure de l'herbe -. On le 
regardait parfois aussi comme le patron et le maître 
des plantes marécageuses, qui croissaient dans le voi- 
sinage deTelloh^ Le nom d'Éa passait pour être ins- 
crit sur le cône du cèdre*. Quand ce dieu voulut faire 
connaître à Shamashnapishtim l'approche du déluge, 
que Bel allait déchaîner sur la terre, il confia aux ro- 
seaux, qui devaient le lui* révéler, le redoutable 
secret ^ 

Dans leur expédition contre Khoumbaba, roi élamite 
de la Babylonie ^^ Izdoubar — Gilgamès — et Éabani 
arrivent à un bois sacré, qui environne la ville du 
conquérant et dont l'étendue et les arbres magnifiques 
les remplissent d'admiration ; une colline couverte de 
cèdres, séjour des dieux, sanctuaire d'irnini, les frappe 
surtout; au pied se dresse un cèdre majestueux, à 
l'ombre puissante et plaisante, arbre dont ils célèbrent 
à l'envi la beauté, le bois odorant et l'imposante gran- 
deur. C'est là le Tin-tir « bocage de vie », voisin du lieu 
oùDelitzsch a placé le Paradis terrestre ', et qui pour- 
rait bien aussi avoir été un de ces bois de la Babylonie, 

1. Lenormant et Babelon, Histoire ancienne, t. V, p. 249."" 

2. A. -H. Sayce, Lectures, p. 173. 

3. Sayce, op. laud., p. 2'i'i. 

4. Sayce, op. laud., p. 242. 

5. Jensen, Die Kosmologie der Babylonier. Strassburg, 1890, 
in-8, p. 369. — Masi)ero, Histoire ancienne, t. I, p. 567. 

• 6. A. Jeremias, hduhor-Nnnrod, p. 23. 

7. Fr. Delitzsch, U'o lag das Paradicsf. p. 141. 



462 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

dont Alexandre, au rapport dWrrien', fit couper les 
cyprès pour construire une flotte ! 

Une légende donnait, pour premier séjour à Dou- 
mouzi, le jardin d'Édin, que la tradition babylonienne 
plaçait dans le voisinage d'Eridou, et au centre de la 
terre. Dans ce jardin se trouvait un arbre merveilleux 
aux racines de cristal blanc, qui s'étendaient jusque 
dans l'abîme, et dont la tête répandait une ombre sem- 
blable à celle d'une forêt ; là aimaient à se reposer la 
déesse puissante, qui vogue à travers le ciel — Ishtar 
— et Douniouzi^ 

La légende de l'arbre d'Eridou est comme le sym- 
bole du culte que les Sêmites-Mésopotamiens avaient 
pour le monde végétal et en particulier pour les arbres. 
Dans la Chaldée, surtout dans la Chaldée méridionale, 
le palmier, cet arbre si précieux pour cette contrée, 
était devenu un objet général de vénération ; aussi le 
voit-on souvent sur les cylindres, surmonté de l'em- 
blème du dieu suprême et placé entre des génies qui 
l'adorent. Dans l'Assyrie, au contraire, c'est le cyprès 
qui semble avoir revêtu ce caractère sacré. On le ren- 
contre au milieu de scènes d'initiation, et Lajard a 
voulu en faire un emblème de la déesse Mylitta *. Dans 
la plante vénérée sur un bas-relief de Ninive ^ on a 
même cru reconnaître, bien qu'à tort, YAsclepias acida 
dont on extrayait dans l'Inde le breuvage divin du 
soma®. 

1. Anahasis, lib. VII. cap. 19, 4. 

2. Sayce, Lectures, p. 238 et 471. 

3. Lenormant, Les origines de Vhisloire. t. I, p. 82. 

4. Recherches sur le culte du cyprès pi/ramidal. (Mémoires 
de r Académie des Inscriptions, t. XX, 2« partie, p. 62.) 

5. Botta, Monuments de Ninive, t. II, pi. 150. • 

6. Lajard, Culte de Mithra, pi. LXI, n° 6. 



LKS F'LA.NTKS DANS LKS MYTHKS. 403 

Mais l'arbre sacré des Chaldéo-Assyriens offrait 
le plus souvent un aspect purement conventionnel et 
décoratif; la forme la plus ordinaire qu'il présente est 
celle d'une tige surgissant du milieu des cornes d'un 
ibex et projetant autour d'elle une série de rameaux 
plus ou moins simples, droits ou recourbés, dont chacun 
se termine, soit par une espèce de cône végétal', soit 
par des grenades " ou même par un triple bouton ou 
ovaire ^ D'autres fois encore les rameaux de l'arbre 
sacré s'entrecroisent et se terminent par des palmettes 
de fantaisie\ Surmonté d'ordinaire de l'image du dieu 
suprême, il apparaît tantôt entre deux génies le plus 
souvent ailés et ayant parfois une tête d'aigle, tantôt 
placé entre un génie ou un dieu — par exemple Dagon, 
le dieu-poisson " — un roi, un pontife ou un simple 
adorateur. Quant au cône que les dieux et les génies 
des bas-reliefs tiennent à la main, on a voulu }• voir 
une pomme mystique de pin ou de cèdre ; on s'accorde 
aujourd'hui à la regarder comme le spathe mâle du 
palmier" ; les cônes végétaux, qui terminent les bran- 
ches de l'arbre sacré sont, eux, les spathes femelles et 
la représentation générale n'est autre chose que le 
symbole de la fécondation artificielle du dattier, opé- 
ration dont l'importance explique qu'on l'ait repro- 

1. Layard, The mo/iuments, ser. I, pi. 9. 

2. Cylindre du Musée britannique de l'époijue des Sargo- 
nides. Perrot et Chipiez, op. laud., t. 11, p. 685. 

3. Musée du Louvre, Bas-relief de Sargon. 

4. E. Boiiavia, The sacred Irees of Ihe Assi/rian monuments. 
(The liabiiloninn and oriental Record, t. III (an. 1888-89), p. 7, 
35. 56.) — Id., The flora of Ihe Assi/rian mnnumcitts. p. 41- 
60. — Hawiinson. op. laud., t. Il, p. 7-8. 

5. Layard, Discoveries, p. 3'i3. 

6. Edw. B. Tylor, The winged fujures itf the Assyrian tnonu- 
ments. {Proceedin(js, t. XII (an. 1890). p. 388.) 



46i LES PLANTES CIIIIZ LES SEMri'ES. 

duite si souvent et qu'elle soit devenue un emblème 
sacré. 



Les plantes n'occupaient pas une place moins consi- 
dérable dans les traditions et les croyances religieuses 
des Sémites occidentaux que dans celles des Chal- 
déens et des Assyriens. La Genèse nous montre l'Éter- 
nel plantant un « jardin de délices » — l'Éden — vers 
l'Orient, et y mettant l'homme qu'il venait de former '. 
Et parmi les arbres « agréables à la vue et bons pour la 
nourriture », qui s'y trouvaient d'après le récit biblique, 
s'élevaient <( l'arbre de vie et l'arbre de la science du 
bien et du mal », du fruit desquels il lui était interdit 
de manger. C'est de feuilles de figuier' qu'Adam et 
Eve, après leur désobéissance, couvrirent leur nudité, 
et un rameau verdoyant d'olivier, rapporté par la 
colombe à Noé, annonça au patriarche la fin du déluge ^ 
Quand l'Éternel se manifesta à Abraham dans la vallée 
de Mambré, ce fut sous un arbre, nn chêne ou un téré- 
binthe, que le patriarche reçut les envoyés du Sei- 
gneur*^. Après s'être séparé d'Abimélek k Bersabée, 
Abraham planta un tamaris en ce lieu °. C'est sous le 
térébinthe de Sékem que le fondateur du peuple d'Israël 
cacha ses idoles^ Ainsi les lieux les plus vénérés de l'his- 
toire des patriarches étaient marqués par des arbres. 



1. Cap. H, vers. 8-9. 

2. Genesis, cap. m, vers. 7. 

3. Genesis, cap. vni, vers. 11. 

4. Genesis, cap. .wni, vers. 1 et 4. 

5. Genesis, cap. xxi, vers. 33. 

6. Genesis, cap. .\x.\v, vers. 4. 



LES PLANTES DANS LES MYTHES. 465 

Le rôle que les arbres jouèrent ainsi clans l'histoire 
ancienne des Hébreux survécut à l'époque des pa- 
triarches ; c'est sous un chêne près de Sékem que 
Josué dresse la pierre, signe de l'alliance, qu'il re- 
nouvela avec le Seigneur, g-près l'entrée des Hébreux 
dans le pays de Canaan'. C'est sous un térébinthe, 
près d'Ofrah, que l'ange de Jahveh apparut à Gédéon, 
et celui-ci, à l'exemple des patriarches, éleva en ce 
lieu un autel '. C'est encore sous le térébinthe de Sé- 
kem que les habitants de cette ville proclament Abi- 
mélek roi '\ On voit la prophétesse Déborah rendre la 
justice sous un palmier entre Ramah et Bèt-El\ comme 
si c'eût été un lieu saint et consacré; le livre de Sa- 
muel nous montre également Saiil se reposant sous 
un grenadier à Gabaa% ou délibérant sous un tamaris 
à Ramah", et les habitants de Jabès enterrèrent les 
restes de ce prince et de son fils sous un tamaris^ ou 
un térébinthe**, voisin de leur ville. 

Si les arbres occupent une place aussi considérable 
dans l'histoire des Hébreux, c'est que ce peuple leur 
accorda longtemps un caractère mystérieux et surna- 
turel. Il en était de même chez tous les Sémites de la 
Syrie et de l'Arabie ; c'était une tradition chez ces 
peuples que les âmes des défunts aimaient à se reposer 
au milieu de leurs rameaux; dans les arbres aussi, 

1. Jésus Nave, cap. xxiv, vers. 26. 

2. Judices, cap. vi, vers. 11 et 19. 

3. Judices, cap. ix, vers. 6. 

4. Judices, cap. iv, vers. 5. 

5. 1 Samuel, cap. .\iv, vers. 2. 

6. 1 Samuel, cap. xxii, vers. 6. 

7. 1 Samuel, cap. xxxr, vers. 12. 

8. 1 Paraliptmena, cap. x, vers. 12. Les Septante ont traduit 
par chêne. 

I. 30 



4G6 LES PLANTES CITEZ LES SKMITES. 

pensaient-ils, résidaient des esprits secourables aux 
mortels qui les imploraient. Ils allèrent plus loin, et les 
regardèrent comme des symboles de vie, des ashéras, 
animés par une divinité et doués d'un esprit prophé- 
tique'. Les Nabatéens croyaient entendre des voix an- 
nonçant l'avenir sortir des buissons appelés gharqaâr. 
Jahveh reproche aux Hébreux, par la bouche d'Osée ^ 
(( d'interroger le bois pour qu'il leur prédise l'avenir ». 
Ils pratiquaient la divination en interprétant le murmure 
du vent dans les branches ; un chêne de Sékem, qui ser- 
vait à cet usage, portait le nom de Chêne des voyants\ 
« Le bruit de pas dans la cime des peupliers » annonce 
â David que l'Éternel marche contre les Philistins". 

On comprend que, doués de telles prérogatives, les 
arbres aient pris place dans le culte des peuples sé- 
mitiques. Les habitants du pays de Canaan adoraient 
leurs dieux sous des arbres touffus, comme sur les 
hauts lieux^ et les Hébreux eux-mêmes y sacrifièrent 
longtemps. Abraham invoque le nom de Jahveh sous 
le tamaris, qu'il avait planté à l'endroit où il s'était 
rencontré avec Abimélek\ et plus tard Jacob y fit un 



1. F.-K. Movers, Das phœnizische Allerlhum. t. I, p. 562 
et suiv. — Stade, Geschichte des Volkes Israël, t. I. p. 454. — 
Pietschmann, op. laud., p. 203. 

2. Lenormant, Les origines de V histoire, t. I, p. 87. Le 
gharqad est, d'après Ascherson et Schweinfurth, la Nilraria 
relusa, plante de la famille des zygophyllacées. Mémoires de 
rinsiitut du Caire, t. Il, p. 57. 

3. Cap. IV, vers. 12. 

4. Jndices, cap. ix, vers. 37. Ed. Reuss traduit par « chêne 
aux sorciers ». 

5. 2 Samuel, cap. v, vers. 2'{. Le mot beliaiut, que je traduis 
par peupliers, n'a point été identifié avec certitude. 

6. Deuteronomium, cap. xn. vers. 2-3. 

7. Genesis, cap. x.\i, vers. 33. 



m:s plantes pans \a-.s mythes. 46T 

sacrifice au dieu de son père Isaac. L'Éternel dans 
Osée' reproche aux Israélites de sacrifier « sons le 
chêne, le peuplier et le térébinthe, parce que l'omljre 
en est agréable » ; Salmanassar envahit le royaume 
de Samarie, sous le règne d'Osée, pour punir les ha- 
bitants d'avoir élevé des Astartés sur les collines et à 
l'ombre des arbres touffus et d'y avoir brûlé de 
l'encens '. 

Les arbres toujours verts en particulier: palmiers, 
cyprès, yeuses, térébinthes, étaient chez les nations 
sémitiques un objet de vénération. Chez les Phéniciens 
le palmier surtout était en honneur^ ; il paraît avoir été 
consacré à Astarté; peut-être aussi fîgurait-il dans lé 
culte de Baal ; dans le Hedjaz il était^ en beaucoup d'en- 
droits, l'objet d'un culte véritable \ Les Qoreyshites 
adorèrent, jusqu'au temps de Mahomet, la déesse Al- 
lât, dans le dattier Dhàt-anwàt^ Les habitants de 
Nadjran, dans le Yémen, avant leur conversion au 
christianisme, vénéraient comme un fétiche divin un 
immense dattier, qui se trouvait près de leur ville; ils 
l'ornaient de colliers et d'étoffes précieuses ; chaque 
année, après avoir déposé leurs idoles sous son ombre, 
ils faisaient tout autour une procession solennelle, 
accompagnée de chants et de prières et ils croyaient 



1. Cap. IV, vers. 13. 

2. 2 liegna, C3ip. xvu, vers. 10-11. 

3. W. I3audissin, Sludien zur semitischen Religionsge- 
schichle. Leipzig, 1876. in-8, t. II, p. 201 et 212. 

4. Osiander, Studien ûher die vorislamischc Religion der 
Araher. (Zeilsc/irifl der deii/schen morgenldndi^chen Geselt- 
sc/iap, t. \'II (an. 185:!), p- '»81.) 

5. L. Krelil, Ucber die Religion der vorislamischen Araber. 
Leipzig, 18G3, in-4, p. 73. — Fr. Lenormant, Les origines de 
ihisloire, t. I, p. 82, note 2. 



i68 LES l'LAXTES f.IIKZ LES SÉMITES. 

alors entendre du milieu des branches un esprit leur 
parler'. 

Les BeniGhatafân vénéraient un samourah — A cacia 
arablcaV\f'\\\à. — comme l'image de la déesse El-Ouzzà^ 
Cet arbre était également sacré pour les Nabatéens, 
qui le regardaient comme l'arbre de Bel, et ils en por- 
taient des épines en guise de talisman ^ Mais nul arbre 
ne joua un rôle plus considérable que le cyprès dans 
la croyance des Sémites occidentaux. Emblème d'As- 
tarté\ on le rencontre fréquemment sur les monu- 
ments de la Phénicie et de la Syrie. C'est ainsi que, 
sur la face postérieure de l'autel d'Hiéropolis au Musée 
capitolin, on voit représenté un cyprès couvert de 
fruits ; le monument de Palmyre du même musée nous 
montre cet arbre se dressant entre les divinités Aglibol 
et Malakhbel, qui se tendent la main ; enfin un trône 
votif en bronze d'origine syrienne a sur sa face anté- 
rieure trois cyprès pyramidaux en relief, symboles 
vraisemblables d'Astarté, du soleil et de la lune". On 
rencontre également le cyprès sur les monnaies d'Hé- 
liopolis, entre un taureau et un cheval, et sur des mé- 
dailles phéniciennes du temple d'Arados, entre un tau- 
reau et un lion, symboles encore du soleil et de la 

1. Caussin de Perceval, Essai sur V histoire des Arabes avant 
Vislamisme. Paris, 1847, in-8, t. I, p. 125. — Sir William 
Ouseley, Travels in varions countries of the Easl. London, 
1809, in-4, t. I, p. 365. 

2. Osiander, op. laud., p. 486. — Krehl, op. laud., p. 75. — 
Fr. Lenorinant, Les origines de l'histoire, t. I, p. 86. 

3. Félix Lajard, Recherches sur le culte du cyprès pyra- 
midal. (Mémoires de l'Académie des Inscriptions, t. XX, 2 
(an. 1854), p. "S). 

4. W. Baudissin, op. laud., t. II, p. 193. 

5. F. Lajard, Recherches sur le culte du cyprès pyramidal, 
p. 19 et 43. — Baudissin, op. laud., t. Il, p. 195. 



LES l'LANTKS DANS LKS MYTIIKS. 469 

lune, ainsi que sur des médailles de Damas, où il est 
représenté se dressant à l'entrée d'un temple '. 

Les Phéniciens portèrent le culte du cyprès dans 
leurs colonies de l'Occident ; en Crète il y avait un 
bois de cyprès près de Gnosse^; on en voyait un 
aussi à Corinthc auprès du sanctuaire do Bellérophon 
et du temple d'Aphrodite''. Le myrte et le grenadier 
prirent place aussi, quoique moins souvent, dans les 
pratiques ou les croyances religieuses des Sémites 
occidentaux. Le myrte, attribut d'Aphrodite en Grèce, 
semble l'avoir été aussi d'Astarté, sa sœur phéni- 
cienne. Le caractère sacré que les anciens Grecs at- 
tribuaient au grenadier avait vraisemblablement une 
origine sémitique, comme cet arbre lui-même, dont la 
culture fut probablement importée par les Phéniciens 
et les Carthaginois en Grèce et en Italie. 

Mais les arbres isolés n'étaient pas seuls un objet de 
vénération pour les Sémites, les bois aussi et surtout 
étaient sacrés à leurs yeux ; ils les regardaient comme 
le séjour favori des Dieux; aussi leur en consacraient- 
ils partout où ils s'établissaient. Ils abondaient en 
Arabie, en Mésopotamie, en Syrie, dans les pays co- 
lonisés par les Phéniciens. Nous verrons les rois de 
Chaldée et d'Assyrie en consacrer à leurs dieux*. Nous 
avons, dans la légende d'Izdoubar, rencontré un bocage 
sacré près de Babylone ; un bois de cyprès se trouvait 
aussi dans le voisinage d'Arbelles ^ ; les Hébreux 
eurent jusqu'à l'époque de la conquête assyrienne 

1 . Lajard, Le Culle ducyprônpuraiaidal, p. 52, 57, 61, 83 et85. 

2. Diodore, Bibliotheca. lib. V, cap. 66, 1. 

3. Pausanias, Descriplio Gracciap, lib. Il, cap. 2, i. 
'i. KeHinschriflUche Bibliolliek, t. III, p. 191. 

5. Lajard, Le culte du cyprès pyramidal, p. 58. 



470 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

des bosquets sacrés*; Eshmoun, l'Asklépios phéni- 
cien, avait près de Bérjte un bois qui fut longtemps 
célèbre ; celui d'Aphaka dans le Liban n'était pas 
moins connu ; dans l'ile de Cjpre des bois nombreux 
étaient consacrés à Aphrodite-Astarté, et Rékhouf, 
l'Apollon phénicien, était vénéré dans un bois voisin 
de Curium^ Il y avait dans le voisinage du temple 
de Kronos, c'est-à-dire de Baal, à Carthage, des arbres 
sacrés auxquels, nous apprend Tertulhen'*, Tibère fît 
pendre les prêtres du dieu, et l'on parle d'un bois de 
pins et d'ifs, qui se trouvait dans le voisinage de la 
même ville ^ et où des sacrifices humains étaient offerts 
à Didon. 



Les plantes ne furent pas seulement revêtues, aux 
yeux des Sémites, d'un caractère religieux, elles pri- 
rent place dans leur culte, comme dans celui des 
Égyptiens. C'était là ane conséquence naturelle de 
l'anthropomorphisme, qui était au fond des croyances 
religieuses de ces peuples. Regardant les dieux comme 
semblables à eux, leur attribuant les mêmes besoins 
qu'ils avaient eux-mêmes, il n'est point surprenant 
qu'ils aient songé à leur offrir les mêmes mets dont ils 
se nourrissaient, les breuvages qui servaient à les dé- 
saltérer, ainsi que les aromates dont le parfum les 
charmait. C'est ainsi que tout acte d'adoration fut ac- 



1. Esaias, cap. i, vers. 29. 

2. Pietschmann, op. laud.. p. 213, note 2. 

3. Apolofjeiica, cap. ix, 73 (315). 

k, « Taxi circum et piceae squalentibus umbris. » 
Siiius Italicus, Punica. lib. I, vers. 83. 



I.i:s PLANTES DANS LK Cl'I/Ii:. 471 

compagne d'une offrande, de libations, d'encens brûlé 
sur l'autel du dieu que l'on vénérait. 

Ces pratiques remontaient à la plus haute antiquité. 
Après être échappé au déluge, Shamashnapishtim lit une 
libation sur le sommet de la montagne où l'arche s'était 
arrêtée*, y dressa sept vases et y plaça du jonc odo- 
rant, avec du bois de cèdre et de genévrier. Pour 
assurer le succès de leur entreprise contre Khoumbaba, 
Éabani, le campagnon de Gilgamès, offre à Shamash 
un sacrifice d'encens et une libation-. Sur une intaille 
chaldéenne on voit, debout devant un autel, un per- 
sonnage tenant, de la main droite, une tige à trois 
branches qu'il semble présenter à deux autres per- 
sonnes en adoration. <( A Mardouk, roi de la ville de 
Sirpourla, dit la légende, pour la conservation de Doun- 
ghi, le héros puissant, roi de Our, fils de Our-Gour, 
j'ai fait uneoffrande^ » Et sur une autre pierre gravée 
de la même époque, qui représente Ourou, patési de 
Nipour sacrifiant, on lit : « A Nouskou, l'intelligence 
suprême, notre roi, pour le salut et la vie de Dounghi... 
Ourou, patési de Nipour, a consacré ceci*. » 

L'inscription G de Goudéa, patési de Sirpourla, 
nous le montre, le premier jour de l'année, fête de 
Baou, faisant des offrandes à cette déesse ; il en 
faisait également d'abondantes au dieu Ningirsou '. Il 



1. Le mont de Msir. P. Jensen, Die Kosmuloyie der Baby- 
Iniiier. Strassburg, 1890, in-8, p. 381. — Maspero. Histoire 
ancienne, t. I, p. 570. 

2. \. Jercmias, Izdubar-Nimvad. p. 21. 

3. Menant, Les pierres f/ravi'es. p. 140. lip. 86. 

4. .Menant, Les pierres gravées, p. \'t2, fig. 87. 

5. A. Aniiaud, L'inscription G de Goudéa. (Zeitsrhrift fiir 
Assi/rivlogie, t. 111, p. 31.) — A. Amiaud, Inscription de la 
statue li de Goudéa. ap. K. De Sarzec, Découvertes en (^haldée, 



472 LES PLAxNTES CHEZ LES SÉMITES. 

en institua même, ce qui peut surprendre, en l'honneur 
de sa propre statue, qu'il avait fait faire en pierre de 
Mâgan — la presqu'île de Sinaï — et placer dans le 
temple de Ningirsou. L'inscription B de cette statue 
nous apprend qu'on lui faisait des offrandes, ainsi qu'à 
celle de Dounghi, pour la néoménie de janvier'. 11 est 
question dans la table liturgique de Sippara, qui ne 
date, il est vrai, que du ix^ siècle, d'offrandes desti- 
nées à Sliamash par le roi de Babjlone Éoulbarshà- 
kinshoum ". Son successeur Naboupaliddin institua 
aussi, en l'honneur du même Shamash et des autres 
grands dieux'\ ainsi que pour l'entretien de leurs prê- 
tres, de nombreuses et riches offrandes. 

Les bas-reliefs assyriens représentent souvent les 
dévots, prêtres ou rois, faisant des offrandes ou des 
libations aux dieux*, et les inscriptions en font aussi 
fréquemment mention. Ashshournazirbal parle des 
fruits et du vin qu'il offrit à Aslishour, son maître ^ Une 
inscription de Salmanassar II rappelle les présents 



3* livr., p. VII. — P. Jensen, Inschriflen aus der Regierungs- 
zeit Gudeas. {KeilinschriflUche Bibliothek, t. III. 1, p. 27, 
61 et 63.) 

1. P. Scheil, Le culte de Gudéa sous la iv* dynastie d'Ur. 
(Recueil de travaux, t. XVIII (an. 1896), p. 64-69.) 

2. Joh. Jeremias. Die Cullustafel von Sippar. (Beitràge zur 
Assgriologie und vevgleichenden semitischen Sprachwissen- 
schaft, t. I (an. 1890), p. 271.) 

3. Jeremias, Die Cullustafei p. 274. — P>.-V. Scheil, Ins- 
cription de Nabû-abil-iddin. (Zcilschrift fiir Assgriologie, 
t. IV (an. 1889), p. 330). — F.-E. Peiser, Inschrift von Nabu- 
abaiiddin. {Keilinschri flliche Bibliothek, t. III, 1, p. 173.) 

4. Botta et Flandin, Le monument de Ninive, t. I, pi. 43, 57, 
75; t. Il, pi. 105,150, etc. 

5. F.-E. Peiser, Inschriften Ashournazirpal' s. (KeHinschrift- 
liche Bibliothek, t. I (an. 1889), p. 117.) 



I,ES PLANTES HANS LE CULTE. 473 

qu'il institua en l'honneur du grand Dieu'. Sargon men- 
tionne également les nombreuses offrandes qu'il fît à 
Bel, Zarpanit, Nébo et à tous les dieux, « qui habitent 
les villes de Sourair et d'Akkad » ^ Les rois du nouvel 
empire babylonien se signalèrent surtout par leurs riches 
offrandes envers leurs dieux nationaux. Dans l'ins- 
cription du Cylindre de Grotefend, Nabuchodonosor, le 
plus célèbre d'entre eux, énumère avec complaisance 
celles qu'il faisait tous les jours en leur honneur^ : 

Chaque jour j'ai prodigué ail, pilou, parure des prairies, 
huile épurée, vin épicé, kourannou, sirash. ashpa, boisson de 
la montagne, vin clair, vin des cantons d'Izalla, Touimou, Sisf- 
mounini, Hilbouni, Aranabani, Souharn. Bitkoubati, Bitati, 
comme l'eau du fleuve, sur la table de .Mardouk et de Zerpanit, 
mes maîtres. 

Plus loin ^ Nabuchodonosor rappelle les offrandes 
qu'il avait faites sur l'autel de Nébo et de Nana et sa 
constante fidélité envers les temples Ésagila et Izida, 
où il sacrifiait tous les jours de fêtes. Un des temples 
de Babylone recevait de Nabonide un don annuel do 
six boisseaux do dattes'. Ce n'était pas seulement tou- 
tefois en des occasions solennelles qu'on faisait des 
offrandes, les dieux babyloniens en recevaient chaque 
semaine et même chaque jour. Le livre de Daniel nous 



1 . 11. Winckler, Inscliviflen Salinanassar's II. {Keilinschrif'l - 
liche liihiolheli, t. 1, p. 139.) 

2. F.-E. Peiser, Insc/triflen Sargon's. {KeUiiischriflliche 
liililiotheh. t. 11 (an. 18l»0), p. 7;i.) 

:j. Lenormant et Babelon, Ilisloiie ancienne, t. \', p. 30V». 
— H. Winckler. In.^chrifleii Nebnkaditezar's. (h'eilinsc/trifl- 
liche nibliothcli, t. 111, 2 (an. 1891), p. 33.) 

4. 11. Winckler. ibid.. p. 37, 38. 

5. .\.-H. Sayce, Social li/'c among llie Assijrians and Baby 
lonians. London, 1893, in-16, p. 12. 



474 LES PLAMES CHEZ LES SEM[TES. 

apprend* qu'on offrait tous les jours au dieu Bel douze 
mesures de fleur de farine et six amphores de vin avec 
quarante brebis. 

Les produits végétaux les plus divers figuraient 
dans les offrandes sacrées, qui étaient faites aux dieux 
de la Chaldée et de l'Assyrie ; mais la richesse et la 
variété en augmenta avec les siècles. Goudéa offre à 
la déesse Baou sept pats de dattes et sept cœurs de pal- 
mier". Sur une pierre gravée, qui représente Beltis 
assise sur un trône devant un autel, sur lequel sont dé- 
posés les objets destinés au sacrifice, on voit un pon- 
tife présenter de la main droite à la déesse un rameau 
couvert de fleurs''. Sur un bas-relief de Ninive un génie 
ailé, qui tient du bras gauche un chevreau, semble offrir 
de^^la main droite une palme \ Éoulbarshâkinshoum 
octroie à Shamash un qa de vivres et un qa de boisson 
fermentée ; à son exemple Naboupaliddin son successeur 
institue en l'honneur du dieu et pour l'entretien de ses 
prêtres des offrandes considérables de viandes, de bière 
de Nideà et de légumes ^ Ashshournazirpal offre à Bel 
des fruits et du vin ; Sargon fait don aux dieux d'A- 
shshcTlu' de bois d'ourkarinou, de cèdre et de cyprès, 
ainsi que des u parfums de toute sorte, produits du mont 
Amamus ». Quant aux offrandes de Nabuchodonosor, 
ou a vu quelle en était la variété et la richesse ^ Na- 



1. Cap. XIV, vers. 2. 

2. Amiaud, ap. De Sarzec, Découvertes en Chaldée, p. XM. 
— KeiUnschriflliche Bihliolhek,\. III, 1, p. 61. 

3. .1. Menant, Les pierres r/ravées, t.' I, p. 168, flg. 100. 

4. Layard, The monuments, ser. I. pi. 35 rt. 

5. Zeilschrifl f. Ass'jriohfjie, t. IV, p. oiiO. — Krilinschrifl. 
Mibliolhek, t. III, l, p.' 177. 

6. Ke.ilinschriftliche Bibliolhch, t. I, p. 117; t. 11, p. 73 et 
t. 111, 2, p. 33. 37 et 38. 



LKS l'LANTKS DANS I.I-; ClLTi:. i75 

Ijonide, renchérissant sur lui, souhaite de faire entrer 
chaque année à l'Ésagil, « tempte des cieux et de la 
terre », le tribut des quatre régions, l'abondance des 
mers, les produits des monts et des plaines'. Mais'ce 
n'étaient pas seulement des produits végétaux qu'on 
offrait aux dieux et à leurs prêtres, on leur offrait éga- 
lement en don des vergers, des plantations d'arbres à 
fruits. On voit Eoulbarshàkinshoùra donner en l'honneur 
de Shainash, un jardin au grand prêtre de Sippar, Ekour- 
shoumoushabshi ^ et Mardouk-Baliddîn offrir au même 
dieu un bois de palmiers'". 

Comme les offrandes, les libations en l'honneur des 
dieux occupaient une place considérable dans la litur- 
gie chaldéenne et assyrienne. Les pierres gravées et 
les bas-reliefs de Khorsabad, de Nimroud et de Ko- 
joundjik nous offrent de nombreuses scènes où elles 
sont représentées ; ici c'est une libation que Ourou 
répand sur l'autel deNouskou pour le salut de Dounghi'; 
là c'est Ashshoifrnazirpal qui offre aux dieux une liba- 
tion pour les remercier de la victoire qu'il a remportée 
sur un taureau sauvage'. Ailleurs Sennachérib, une 
coupe à la main, fait une libation sur le corps des lions 
(pril a tués à la dTasse". Sur un obélisque de Koyoun- 

1. Fr.-A'. Scheil. Inscriplion de Nabnnidc. {Zcilschrifl fin' 
Assi/n'olof/ie, t. V (an. 1890), p. 405.) 

2. Fr.-V. Scheil. Inscription de Nabi(-((J)il-iddin. (Zeitschrifl 
fin- Assi/riolof/ie, t. IV (an. 1889), p. 330.) — V.-E. Peiser, Iii- 
sfhrift von Sahn-abal-iddiii. {Keilinsclir. Bibliolhcli. t. III, 1. 
p. 179.) 

3. Peiser u. Wincklei-, Insrhrift Merodach-Baladan's IL 
(Kcilinschr. liibliothek, t. III, 1, p. 191.) 

'i. Menant, Les pierres f/rav'es. t. I, p. I'r2, fig. 87. 

5. Musée l)ritanni(iue. Pcrrot et Chipiez, ojk laud.. t. II, 
p. iS'i, pi. 205. 

6. Botta, Monument de Xinive, t. I, pi. 57. — Mctor 



476 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

djik on voit le même roi verser une libation dans une 
large jatte, placée Sur un support, qui se dresse de- 
vant un autel, d'où s'élèvent des flammes, tandis que 
les prêtres amènent la victime destinée au sacrifice'. 

Les inscriptions des monuments assyriens et baby- 
loniens mentionnent aussi et fréquemment les libations 
et les aspersions, qui précédaient ou accompagnaient 
le sacrifice. Quand on élevait un temple, on en arrosait 
les fondements avec diverses substances consacrées; 
on en aspergeait également les murs, le seuil et même 
les serrures et les verrous ^ « Avec de l'huile par- 
fumée, du miel, dé la crème, du vin de sésame, du vin 
de montagne, j'en arrosai les fondements », dit l'ins- 
cription de la pierre noire ^ Nabopolassar nous apprend 
qu'il mit de l'huile excellente et des aromates, etc., 
sous les fondements des murs du temple de Mardouk''. 
Naboupaliddin, dans son inscription, rapporte aussi 
qu'il aspergea le seuil du temple de Shamash avec du 
miel, du vin et de l'hydromel ^ et Nàbonide dit qu'il 
arrosa les murs du même temple avec du vin de pal- 
mier, du vin, de l'huile et du miel. Quand il eut édifié 
en l'honneur de Shamash le temple Ibarra, ce prince 
en aspergea aussi soigneusement les seuils, les ser- 
rures, les verrous et les portes avec de l'huile, et « à 



Place, Ninive et V Assyrie, t. III, pi. 57, 1. — Rawlinson, t. I, 
p. 515. 

1. Musée britannique. Rawlinson, op. laud., t. II, p. 35. 

2. .leremias, Die CuUustafel von Sippar, p. 273. 

3. Beitràf/e zur Assyriologie, t. III, 2, p. 223. 

4. J. N. Strassmaier, Inscriflen v. Nabopalassar. (Zeilschr. 
f. Assi/riologie, t. IV, p. 110.) — H. Winckler, Ibid. (Keilin- 
.sr/iriftlicheBihliothek, t. III, 2, p. 5). 

5. Peiser, Inschrift von Nabû-abal-iddin. (KeiUnschriftlichc 
Bibliotheli, t. III, 1, p. 179.) 



\J.S PLANTES DANS LK (:[ LTK. 417 

l'entrée de sa sublime diviinié, pour la dignité du 
temple, il le remplit de bonne odeur'. » 

Ces libations, les onctions d'huile et les fumigations 
qui les accompagnaient parfois, étaient un symbole ou 
un moyen de purification. Après avoir répandu l'eau 
lustrale sur celui qu'on voulait purifier et offert en son 
nom une libation de vin pur, on lui oignait le corps 
sept fois ". On oignait aussi les statues et les pierres 
sacrées, ainsi que les inscriptions des rois. Tiglath- 
phalassar rappelle qu'il fit nettoyer avec de l'huile l'ins- 
cription de Shamsi-Ramman, son prédécesseur, après 
quoi il sacrifia \ Nabonide, ayant retrouvé l'inscription 
de Karam-Sin, fils de Sargon, la fait restaurer et 
oindre d'huile, puis il offre un sacrifice, et il adjure 
quiconque régnera "après lui de respecter aussi son 
épitaphe, de l'oindre d'huile et d'y joindre son propre 
nom ''. Shamashshoumoukin recommande également, 
dans une inscription, à celui de ses successeurs qui 
trouvera sa statue de l'oindre d'huile, lui promettant 
en retour la protection de Nébo ■'. 

A côté des libations et des offrandes prenaient place 
les fumigations ; comme en Egypte, elles consistaient 
en aromates qu'on brûlait devant ou sur l'autel. Dans la 
scène du sacrifice représenté sur un obélisque de 
Koyoundjik, dont j'ai parlé plus haut, le roi semble jeter 
de l'encens sur la flamme allumée devant la chasse du 

1. Peiser, Inscrift von Nabonid. (KeiU'nschr. Bibliothek, 
t. III, 2, p. 101 et 116.) 

2. Sayce, Lectures, p. 62. , 

3. H. Winckler, Inschriften Tiglath-Pilescr's II. {Keilinschr . 
Bibliothek, t. I, p. 45.) 

4. Keilinschriftlic/w Bibliothek, t. 1II,*2, p. 106-107. 

5. F. Lehmann, .Shamashshumitkin, KiJnig von Babylonien, 
p. 11, 13 et 77. 



/ 



478 LES PLANTF;S CHEZ LES SÉMITES. 

dieu. Les aromates occupaient une grande place dans 
les tributs que les monarques assyriens réclamaient 
des peuples vaincus; ils en offraient aux dieux* la 
plus grande partie et on en consommait d'énormes 
quantités dans le culte ; Hérodote rapporte qu'à la 
fête du premier jour de l'année on brûlait mille talents 
d'encens dans le temple de Bel'. 

Les libations et les offrandes dont je viens de parler 
n'étaient pas particulières aux Babyloniens et aux As- 
syriens ; on les retrouve chez toutes les nations sémi- 
tiques. La Genèse nous montre Caïn offrant déjà au 
Seigneur les prémices des fruits de la terre et Jacob 
oignant d'huile la pierre sur laquelle il avait reposé sa 
tète, quand il vit en songe l'Éternel'. A son retour de 
Damas, le roi Akhaz offrit un sacrifice et fit des liba- 
tions sur l'autel qu'Ouriyah avait construit par ses 
ordres^. Sirach nous montre le grand prêtre Simon 
faisant des libations de vin sur l'autel en présence du 
peuple ^ Les libations et les offrandes des produits du 
sol étaient une partie importante du culte juif; elles 
constituaient les sacrifices non sanglants — minha 
— et accompagnaient souvent aussi les sacrifices 
sanglants — zébah^ . 

Les Juifs offraient à Jahveh les prémices de tous les 



1. Inscriptions d'Asshournazirpal et de Sargon. {Keilinschr. 
Bibliothek, t. I, p, 67 et t. II, p. 73.) 

2. Ilistoriœ, lib. I, cap. 183. 

3. Genesis, cap. iv, vers. 3 ; cap. xxxv, vers. 14. 

4. 2 Régira, cap. xvi, vers. 13. M. Sayee, The Life and Times 
of Isaiah, Loiidon, 1889, in-16, p. 47, suppose que cet autel 
était fait à l'imitation de celui du dieu solaire de Syrie. 

5. Snpientia Siracn, cap. L, vers. 16. 

6. W. Robertson Smith, Lecliires on the relifjion of the 
Sémites. London, 1889, in-8, p. 218-227. 



LKS l'I.ANTKS DANS I.K Cl I.TK. 479 

fruits de la terre': aromates, huiles, vin, farine, 
pains, etc. L'huile servait à la fois à alimenter les 
lampes sacrées et à la préparation des parfums des- 
tinés au culte ". On l'employait aussi pour faire les 
pains ou arroser les gâteaux sans levain offerts en ac- 
tions de grâces'. Il v avait dans le tabernacle un^utel 
particulier, sur lequel on mettait sur deux rangs douze 
de ces pains azymes, dits pains de proposition ; chacun 
d'eux était de deux dixièmes d'éfah et fait de la farine 
la plus fine ; à chaque jour de sabbath ils étaient re- 
nouvelés \ Matin et soir le grand prêtre faisait une 
oblation d'un dixième d'éfah de fleur de farine pétrie 
avec un quart de hin d'huile vierge, et un quart de 
hin de vin comme libation "\ Une offrande fréquente 
consistait en farine fine, sur laquelle on versait de 
l'huile, en y joignant de l'encens ; on la portait aux 
prêtres, qui en brûlaient la part réservée au sacrifice. 
Au lieu de simple farine, on offrait aussi des gâteaux 
ou des galettes plates sans levain, pétris ou arrosés 
avec de l'huile. On offrait encore « comme prémices » 
des épis grillés au feu ou des grains broyés ; on répan- 
dait de l'huile dessus avec de l'encens, puis on les 
remettait aux prêtres pour être brûlés ^ 

C'était surtout dans les trois grandes fêtes juives, la 
Pâque, la fête des Semaines ou la Pentecôte et la 

« 

1. Exo'Uts, cap. xxni, vers. H). 

2. Exodus, cap. xxv, vers. 6, cap. xxvn, vers. 20. — Levi- 
licus, cap. XXIV, vers. 2. 

3. Exodus, cap. xxix, VQfs. 2. — Levitinni. cap, vu, 
vers. 12. 

4. Exodus, cap. xxv, vers. 30. — Lcvilicus, p. xxiv, 
vers. 5-6. 

5. Exodus, cap. xxix, vers. 40. 

6. Leviticus, cap. n. vers. 1-2 et 14-16. 



480 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

fête des Tabernacles ', que les plantes et leurs produits 
jouaient un rôle prédominant. Le lendemain de la 
Pàque, « au mois des nouveaux blés », on apportait au 
prêtre comme prémices une gerbe qu'il agitait devant 
l'Étornel. Ce même jour on immolait en holocauste un 
agnegtu d'un an ; puis on offrait deux dixièmes d'éfah 
de fleur de farine pétrie avec de l'huile, qu'on brûlait 
« comme un sacrifice d'une odeur agréable à l'Eter- 
nel » ; on faisait de plus une libation d'un quart de 
hin de vin, et pendant sept jours le peuple ne mangeait 
que du pain sans levain ^ 

Au bout de sept semaines, à la Pentecôte, on faisait 
à l'Éternel une nouvelle offrande publique; elle consis- 
tait en deux pains, faits de deux dixièmes d'éfah de 
farine fine, que l'on portait au prêtre, et l'on y joignait 
la libation ordinaire ^ La fête des Tabernacles, qui 
commençait le quinzième jour du septième mois, alors 
que tous les fruits de la terre étaient récoltés, était, 
comme les deux précédentes, une fête de l'agriculture 
et de la vie champêtre. Pendant huit jours le peuple 
habitait sous des tentes faites de branches d'arbres''. 
Le premier jour, portant dans leurs mains le fruit 
d'un bel arbre — hadar — , des frondes de palmier, des 
rameaux au feuillage touffu et des saules du ruisseau, 
tous se réjouissaient devant l'EterneP. 

1. J. Wellhausen, Prolegomena zur Geschichte Israels. Ber- 
lin, 1886, in-8, p. 84. — W. Smith, A dictUmary of Ihe Bible. 
London, 1863, in-8, art. Feslivals. 

2. Leviticus, cap. xxni, vers, (jet 10-13. 

3. Lcviticus, cap.xxni, vers. 15-17. 

4. Néhémie, cap. vu, vers. 15, ordonne de faire ces tentes 
avec des rameaux d'olivier, de cyprès, de myrte, des frondes 
de palmier et des branches au feuillage touffu. 

5. LevilicKS, cap. xxni, vers. 40-42. — Deuleron., cap. xvi, 



LliS ri.ANTKS DANS LK CULTE. 481 

Les offrandes étaient le plus souvent accompagnées 
de fumigations et de libations ou d'onctions ; mais 
celles-ci étaient aussi, depuis un temps immémorial, 
employées seules. Jacob, nous l'avons vu, versa, à 
son réveil, de l'huile sur la pierre qui lui avait servi 
de chevet pendant la nuit où l'Eternel lui apparut. 
Moïse ordonne d'oindre avec l'huile sainte l'arche d'al- 
liance et tout ce qu'elle renfermait: tabernacle, autels, 
vases sacrés, etc.; c'estavec elle aussi qu'il consacra 
Aaron et ses fils '. Cette huile servit également à Sa- 
muel pour oindre Saiil et David ^ et à Sadoc pour sa- 
crer Salomon ''. Chaque fois qu'on portait aux prêtres 
des gâteaux sans levain, ils les brûlaient avec l'encens 
qu'on y joignait. Un autel particulier était réservé 
dans le tabernacle pour les parfums ; matin et soir le 
grand-prètre brûlait des aromates d'une odeur agréable*, 
au moment où il préparait les lampes sacrées. Après 
le sacrifice expiatoire, il jetait aussi deux poignées 
d'encens odoriférant sur de la braise placée derrière 
le voile du sanctuaire ^ 

Comme dans le culte, les plantes avaient, chez les 
Sémites, leur place marquée dans les cérémonies fu- 
nèbres. Chez les Assyriens et les Chaldéens, des pleu- 
reuses à gage lavaient et oignaient de parfums le corps 

vers. 13-15. — Joséphe. Antiq. jud.. lib. III, cap. 10, 4, parle 
d'un faisceau formé de branches de myrte et de saule auquel 
on joignait un spathe de dattier et un fruit de perséa. D'après 
le Talmud, ce fruit aurait été un citron, ce qui ne peut se rap- 
porter qu'à une époque récente. 

1. Exodus, cap. .\.\x, vers. 26-30. 

2. 1 Samuel, cap. x, vers. 1 et cap. .\vi, vers. 13. 

3. 1 Reyna, cap. i, vers. 39. 

4.. Exodus, cap. xx.x, vers. 1 et 7. 

5. Levilicus, cap. xvi, vers. 13. Cf. Esains, cap. .\lvu, vers. 
2324. 

I. 31 



482 l-ES PLANTKS CHEZ EES SÉMITES. 

du défunt ; elles le revêtaient ensuite d'une robe d'ap- 
parat ; enfin elles retendaient sur un lit et dressaient 
à son chevet un petit autel, où étaient placées les of- 
frandes ordinaires d'eau, d'encens et de gâteaux. On 
croyait que l'esprit du mort — Yékimmou — avait 
besoin de subsistances dans sa nouvelle demeure ; le 
priver- des offrandes et des libations qui lui étaient 
dues, c'était le condamner à une vie errante et mal- 
heureuse ' ; aussi était-il reconnaissant à ceux qui les 
lui donnaient et il s'en faisait le protecteur'. Dans le 
tombeau où le défunt était déposé, des jarres et des 
plats d'argile et parfois de métal, rangés autour de lui, 
lui fournissaient sa nourriture et ses boissons journa- 
lières, lé' vin qu'il préférait, des dattes et divers autres 
mets^ Des flacons à parfums et des objets de toilette 
— plus tard on y mit aussi des fleurs — étaient placés 
près du corps des jeunes filles et des femmes ^ D'après 
la croyance chaldéenne £t assyrienne les âmes ordi- 
naires étaient reléguées dans « le pays où l'on ne voit 
rien », le sombre royaume do Nergal et d'Allat; mais 
les âmes de ceux qui s'étaient distingués par leur 
bonté ou par leur valeur étaient accueillies par les 
dieux dans les « bocages merveilleux d'une île for- 
tunée, dont les arbres, comme celui d'Éridou, por- 
taient des pierres précieuses en guise de fruits » ; là 

1. Inscription d'Ashshourbanipal. Amiaud, Journal asiati- 
que, an. 1881, p. 237. 

2. Perrot et Chipiez, op. laiid., t. Il, p. 357. 

3. Sayce, Social life among the Assyi^ians and Babylonians. 
London, 1893, in-16. p. 55. — Maspero, Ilisloire ancienne, t. I, 
p. 684. 

4. J. E. Taylor, Notes on the ruins of Muqeijer et Note^ on 
Abu-Shahrein and Tell-el-Lahm. {Journal of the Royal Asialic 
Society, t. XV, p. 271-274 et 413-415.) 



LF.S PLANTES DANS LE CULTE. 483 

les héros, tombés sur le champ de bataille, reposaient 
sur des couches moelleuses et se désaltéraient à des 
sources éternellement limpides '. 

Le culte des morts chez les Sémites occidentaux of- 
frait de grandes ressemblances avec ce qu'il était chez 
les habitants de la Mésopotamie ; parfois leurs tombes 
étaient, comme chez ces derniers, des caveaux arti- 
ficiels'; mais d'ordinaire elles étaient creusées dans le 
roc et placées souvent à l'ombre d'un arbre, qui de- 
venait par là sacré. C'est ainsi que la nourrice de Ré- 
becca fut enterrée sous le « chêne des pleurs, » à 
Bôt-ÉP, et que les restes de Saiil et de ses fils furent 
déposés sous un térébinthe à Jabès \ Il semble qu'on prît 
de bonne heure l'habitude d'oindre d'huile les pierres 
funéraires, comme on le faisait pour celles qui avaient 
ou rappelaient quelque de chose remarquable''. On 
plaçait aussi des fioles d'huile dans la tombe du dé- 
funt; on voit même l'image du mort, sculptée sur le 
couvercle du sarcophage, tenir une fiole d'huile à la 
main'''. On plaçait encore dans les tombes des amu- 
lettes, des vases contenant des cosmétiques ; dans une 
tombe phénicienne de Tharros, en Sardaigne, on a 
trouvé aussi des amphores, bouchées avec de l'argile, 
et qui semblaient avoir été remplies de vin \ 



1. Hommel, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 400. 
— Ilaupt, Sinlflulberichl, p. 10. — Cf. Karppe. Le royaume 
des huirts. (Journal asiatique, n'« série, t. IX (1897), p. 107 
et suiv.) 

2. Perrot et Chipiez, Histoire de l'art, t. III, p. 163 et 173. 

3. Genesis. cap. xxxv, vers. 8. 

4. 1 Parnlipomena, cap. x, vers. 12. Cf. plus haut, p. 465. 

5. Pietschmann, Geschirhte der Phônizier, p. 196-198. 

6. Pietschmann, op. laud.. p. 207. 

7. Perrot et Chipiez, op. laud., t. III, p. 234. 



484 LL;S plantes CIII'.Z LKS SEMITES. 

Les corps des défunts, en Mésopotamie, paraissent 
avoir été enveloppés de bandelettes bituminées, pour 
en assurer la conservation ; la Genèse rapporte « que 
Joseph fut embaumé' ; mais il était mort en Egypte; il 
n'y a rien là par suite qui prouve que l'embaumement 
fût usité en Palestine; les autres patriarches, les juges 
et les rois sont presque tous représentés comme dé- 
posés seulement dans leur ville ou le tombeau de leurs 
pères" ; toutefois il est dit d'Asa qu'on « le déposa 
sur un lit couvert d'aromates et de parfums habi- 
lement préparés » \ On dut prendre en effet l'habitude 
de placer à côté du mort des substances aromatiques 
destinées à en conserver les restes. L'Évangile de 
Marc et de Luc nous montrent les saintes femmes 
achetant des aromates pour embaumer le corps du 
Christ*; et, dans l'Évangile de Jean, Nicodème ap- 
porte un mélange de myrrhe et d'aloès du poids d'en- 
viron cent livres, et, avec Joseph d'Arimathie, il enve- 
loppe de linges le corps du Sauveur avec des aro- 
mates, « selon la coutume d'ensevelir parmi les Juifs ^ » 

A ces fêtes funèbres il faut en ajouter une d'un 
caractère particulier, célébrée en l'honneur d'Adonis; 
ici point de sacrifices ou de libations, mais des graines 
hâtives, ou des plantes délicates, semées ou déposées 
dans des vases en terre, des corbeilles, etc. Ces plan- 
tations improvisées, appelées « Jardins d'Adonis », se 

1. Genesis, cap. l, vers. 26. 

2. 1 Régna, cap. ii, vers. 10; cap. .\i, vers. 43; cap. xiv, 
vers. 31; cap. xv, vers. 24. — 2 Paralipomena, cap. xxi, vers. 
26; cap. xxxn, vers. 33; cap. xxxv, vers. 24. 

3. 2 Paralipomena, cap. xvi, vers. T4. Le livre des Rois ne 
fait pas mention de ces aromates. 

4. Cap. XVI, vers 1 et cap. xxiv, vers 1. 

5. Cap. XIX, vers. 39-50. 



LES PI,ANTi;S MANS LK GUI.Ti:. 485 

fanaient vite, image de l'arrêt de la végétation au 
milieu des chaleurs de l'été; on les jetait alors, avec 
toutes sortes de manifestations de douleur, dans les 
sources ou dans la mer'. 

Les fêtes des dieux et les cérémonies funèbres 
n'étant d'ordinaire que la reproduction de ce qui se 
passe dans la vie commune, les plantes avec leurs 
produits prenaient place dans les fêtes profanes, comme 
dans les solennités religieuses. Après s'être construit 
un palais, Assarhaddon rapporte qu'il invita les grands 
de son royaume à un banquet; « De vin, dit-il", de vin 
de sésame, je réjouis leur cœur, d'huile excellente 
j'abreuvai leur tête. » Cette dernière phrase nous 
montre qu'on oignait de parfums la tête des con- 
vives. Gilgamès, déplorant la mort de son compagnon 
d'armes Éabani, dit qu'il ne s'oindra plus de parfums 
odorants '. Cet usage était ou devint général chez tous 
les Sémites. David s'oint d'huile; Ruth et Judith se 
parfument lé corps ^; Amos reproche aux grands -de 
Sidon de s'oindre d'huiles parfumées^ Alors que Jésus 
était à Béthanie dans la maison de Simon, une femme 
vint à lui, ajantun vase d'albâtre plein de parfum, et 
le répandit sur sa tète". 

On brûlait et on répandait aussi des aromates dans 
la salle du banquet, ainsi que dans les appartements 
qu'on habitait. « Les parfums réjouissent le cœur », 

1. Clermont-Ganneau, La stèle de Bi/blos. (Éludes d'arc/iro- 
logie orientale. Paris, 1880, in-8, t. [, p. 27.) 

2. B. .Meissner und P. Rost, Die Bauinsrhrift Asavhad- 
dons. {lieilrdge z-iir Assi/riolar/ir. t, III, 2, p. 201.) 

'S. Maupt. I)ie ztrnlfle Ta fil dcv B(tU\jUtn. Ninirodepos, p. 57. 

4. 2 Samuel, xn, 20. — Jinth. m, 3. — Ji(dit/i. x, 3. 

5. Amos, cap. vi, ver.s. 6. Cf. Psnlmus xxni, vcm's. 5. 

6. Mathaeus, caj). xxvi, vers. 6-7. — Lucas, cap. xiv, vers. 3. 



486 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

remarquent les Proverbes. « J'ai parfumé ma couche 
de myrrhe, d'aloès et de cinnamome », dit la femme 
adultère \ On s'oignait aussi le corps de parfums pour 
l'embaumer, ainsi que l'air ambiant. « Le nard répandu 
sur moi a exhalé son parfum », dit la bien-aimée du 
Roi dans le Cantique des Cantiques. Et « ses mains 
distillent la myrrhe et répandent les plus doux parfums 
sur les verroux »^ quand elle va lui ouvrir. 

En même temps qu'on les parfumait avec des aro- 
mates, on ornait aussi et on embellissait les appar- 
tements avec des fleurs. Parmi les serviteurs qui, sur 
un bas-relief de Koyoundjik, portent dans le palais les 
apprêts d'un festin ^ on en voit plusieurs chargés de 
vases remplis de fleurs ; on disposait ces vases sur des 
supports autour de la salle ; on ne paraît point les 
avoir mis sur la table du festin ; encore moins, les con- 
vives portaient-ils des couronnes de fleurs. Il faut ar- 
river à l'époque grecque pour que cet usage s'éta- 
blisse''; mais on voit les rois assyriens, imitation 
peut-être de ce qui se faisait en Egypte, porter dans 
certaines circonstances des lotus sacrés à la main '\ 

II. 

Au-dessus des Dieux les Chaldéens admettaient 
l'existence d'innombrables esprits, les uns bienfaisants, 
les autres malfaisants. Les premiers étaient les pro- 
tecteurs de toutes les choses créées et en particulier 

1. Proverbin, cap. vu, vers. 6-7 et cap. xxvir, vers. 9. 

2. Canlicuin, cap. i, vers. 12 et cap. v, vers 5. 

3. Layard, The monuments, ser. I, pi. 8, 1. 

4. Si le livre de la Safjesse blâme ceux qui se couronnent de 
roses, c'est qu'il a été écrit au second siècle avant notre ère. 

5. Botta, Monument de Ninive, t. 11, pi. 105. 



LES l'LA>ri;S DANS LA PIIAHMACOI'KE. 487 

des hommes; les seconds, « ennemis d'Éa, comme dit 
un chant magique', ne se plaisaient qu'à porter le 
trouble dans la création ; ils ne quittaient les lieux sau- 
vages et déserts, leur résidence habituelle, et ne ve- 
naient dans les endroits habités que pour tourmenter 
les hommes. Les maladies les plus terribles étaient leur 
œuvre ; chacun d'eux s'attaquait de préférence à 
quelque partie du corps ; Idpa ou Asakhou, la fièvre, 
agissait plus particulièrement sur la tète, Alou sur la 
poitrine, Gighn sur les entrailles, ISamtar, personni- 
fication de la peste, s'en prenait à la source même de 
la vie^ Pour se soustraire à leur influence funeste, il 
fallait s'adresser à un esprit plus puissant. De là ces 
incantations que le malade prononçait après s'être pu- 
rifié et avoir bu certaines boissons enchantées. 

La peste — Namlar — , la fièvre qui emporte les hommes, 
la consomption qui trouble le genre humain, douloureuse à la 
chair, injurieuse au corps, l'incube mauvais, le mauvais alou, 
le mauvais maskim. les maladies des yeux, de la bouche, de 
la langue, tous, qu'ils soient expulsés, qu'ils soient chassés de 
mon corps. Qu'ils ne reviennent jamais contre mon corps, qu'ils 
n'injurient plus mon œil, qu'ils ne pèsent plus sur mes épaules, 
qu'ils n'entrent jamais dans ma maison! esprit du ciel, con- 
jure-les! esprit de la terre, conjure-les ! ^ 

Au lieu d'être envoyée par un esprit mauvais, la ma- 
ladie pouvait être l'œuvre d'un magicien, la consé- 

1. Lenormant, Éludes accadiennes. t. III, p. 83. — Sayce, 
Lectures, p. 458. 

2. A. Laurent, La mat/ie et la divination chez les Chaldéo- 
Assijriens. Paris. 1894, in-8, p. 33-34. 

3. Lenormant, /.a mngie chez les Cluildéens. p. 15. — Sayce, 
Lectures, j). 455. Cette incantation se termine par une invoca- 
tion adressée successivement à tous les dieux. D'autres incan- 
tations ne visaient qu'une maladie ou une soullVance parti- 
culière. 



488 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

qiience d'une imprécation malfaisante, prononcée en 
l'absence du dieu (jui veillait sur le patient. Parfois le 
sorcier appelait, il semble, à son aide, la vertu des 
plantes : 

La magicienne m'a ensorcelé par son sortilège, lit-on dans 
une incantation du Musée britannique ', le jeteur de sorts a tiré 
et a imposé -son fardeau de peine, le faiseur de philtres a 
percé, s'est avancé et s'est mis en embuscade en cueillant son 
herbe, que le dieu du Feu, le héros, dissipe leurs enchan- 
tements. 

L'intervention seule des dieux pouvait lutter contre 
de tels maléfices et guérir les maux qu'ils causaient ; 
c'étaient eux aussi qui venaient au secours du malade. 
Dans un vieux texte Mardouk va demander à son père 
la délivrance d'un homme frappé par un sortilège, et il 
en apprend un charme qui fera cesser le mal qui tour- 
mente le patient". C'était ce dieu qui avait enseigné 
aux hommes les incantations toutes puissantes qui dé- 
livrent du démon et des sortilèges des magiciens. Une 
de ces incantations consistait à prendre une gousse 
d'ail, des dattes, un rameau chargé de fieurs, et à les 
jeter au feu morceau à morceau, en murmurant une 
oraison appropriée à l'opération '\ 

De même que cet ail pelé et jeté au feu, la flamme ardente 
le consume, il ne sera point planté au jardin potager,... sa 
racine ne s'implantera pas en terre, sa tige ne poussera pas et 
ne verra pas le soleil; il ne servira pas à la nourriture des 
dieux ou du roi, de même puisse-t-il emporter l'incantation 

1. Lenormant, La magie chez les CJuddéens, p. 48. 

2. Jensen, Zeilschvift fur Keilschrifïf'orschiuuj, t. I, 4, t. II, 
1. — Sayce, Lectures, p. 471. — Maspero, Ilisloire ancienne, 
t. I, p. 780.' 

3. Sayce, Lectures, p. 472-473. — Maspcro, op. laud.. t. I, 
p. 781. 



IJ'IS PLANTES DANS LA l'IL\l!MAC(U'LE. i89 

mauvaise, puisse-t-il dénouer le lien de la maladie du péché, 
de la faute, de la perversité, du crime ! La maladie qui est en 
mon corps, en ma chair, en mes muscles, ainsi que cet ail, soit- 
elle pelée et qu'en ce jour la flamme ardente la consume; 
puisse sortir le sortilège, que je voie la lumière ! 

Le malade mettait de même en pièces et le feu dé- 
vorait le régime de dattes, la branche fleurie, etc. 
Mais ces végétaux n'agissent ici que comme symboles; 
l'incantation, qui accompagne leur destruction, seule 
est efficace. C'est aussi moins par leurs vertus curatives 
que comme talisman qu'agissent les aromates dans un 
remède prescrit contre la peste'. 

Le docteur dit : Assieds toi et pétris une pâte d'aromates et 
fais-en Limage de sa ressemblance (du Namtar, démon de la 
peste). Applique-la sur la chair de son ventre (du malade), 
toui'ne la face de cette image vers le coucher du soleil. Alors 
la force du mal s'échappera en même temps. 

Même quand on attribuait quelque vertu curative aux 
plantes, le charme magique, qui en accompagnait ou 
suivait l'emploi, en assurait à lui seul l'efficacité; c'est 
ce qu'on voit dans cette formule enseignée par Ea à 
son fils": c Prends-un vase et mets-j de l'eau... mets 
dedans du bois de cèdre blanc, introduis-y le charme 
qui vient d'Éridou, et complète ainsi puissamment la 
vertu des eaux enchantées. » 

On comprend que, avec une telle conception de la 
cause des maladies et des moyens de les guérir, la thé- 
rapeutique eût été poussée peu loin dans l'Assyrie et 
la Chaldée; si Hérodote a eu tort de dire qu'il n'y 



1. Lenormant, La magie cite: les Chaldeens, p. 48. 

2. (]iin. inurriplions of \V. Asia. ap. Lenormant, ()rigines 
de ritisloire, t. I, p. 84, note. 



490 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

avait pas de médecins à Babylone', l'art de guérir y 
était bien plutôt une branche de la magie que de la 
pharmacopée; il consistait surtout, suivant la remarque 
de Diodore', en purifications, sacrifices ou incantations 
et était dans la main des prêtres ; la pratique en re- 
venait à la seconde classe du corps sacerdotal. 

Ce n'est pas à dire toutefois que les habitants de la 
Mésopotamie aient entièrement et toujours dédaigné les 
remèdes de la pharmacopée ou les vertus des plantes''; 
le Musée britannique possède des fragments de l'édi- 
tion faite pour la Bibliothèque de Ninive d'un vieux 
traité de médecine babylonien, qui semble sorti de 
l'école de Borsippa*. A côté d'une tentative pour clas- 
sifier et décrire les différentes maladies, on y trouve 
l'énumération des divers remèdes destinés à les com- 
battre. Quelques-unes des recettes sont d'une longueur 
extraordinaire, comme la plupart de celles de la phar- 
macopée des Anciens, et renferment un mélange des 
drogues les plus hétérogènes ''. D'autres fois aussi le 
remède est d'une grande simplicité ; ainsi pour stimuler 
l'appétit le vin de dattes est seul prescrit. Ce liquide 
entrait dans la composition de la plupart des remèdes, 
soit comme ingrédient particulier, soit comme diluant. 
Dans les maladies bilieuses, par exemple, on mêlait en- 
semble du lait de chèvres, du vin de dattes avec du 



1. Ilistoriœ, lib. I, cap. 197. 

2. Bibliotheca, lib. Il, cap. 29. 

3. Il est question dans une incantation d'une « plante qui 
égaie la vie «. Sayce, Magical Icxts 111. (Lectures, p. 459.) 

4. Sayce, An ancienl BabyJoiiian ivork on Medicine. (Zeil- 
schriflfûr Keilschri/tforsrhung und verwandle Gebiele, t. H 
(an. 1889), p. 1-14 et 207-216.) — Id., Social li/'e among Ihe 
Assyrians and Bahylonians, p. 98. 

5. Sayce, Social life, p. 98. 



LES PLANTES DANS LA IMIARMACOl'EE. 491 

cyprès, de l'orge et nombre d'autres ingrédients in- 
connus ; contre la fièvre on écrasait ensemble la racine 
de la « plante de la destinée humaine' » — serait-ce la 
mandragore ? — • la racine de l'arbre soiisou, du 
sisi, du simafi et la langue d'un chien, et l'on buvait cette 
mixtion singulière dans de l'eau ou du vin de dattes ^ 
Ce qui est fait pour surprendre, c'est que le choix 
était parfois laissé au malade entre les divers remèdes 
qu'il devait employer ; ainsi contre une attaque d'hy- 
pocondrie, il pouvait, soit prendre des semences de 
roseau et des dattes écrasées dans du vin de dattes, 
soit du lait de génisse et des amers mélangés dans ce 
même liquide, soit encore boire une décoction d'ail et 
d'amers dans du vin de dattes '. On a là un exemple de 
l'emploi fréquent de ce vin si estimé en Babylonie; il 
servait de dissolvant à bien d'autres remèdes : cyprès 
et amers, bois de soiisou et amers, feuilles de chêne et 
amers, d'autres ingrédients encore étaient bus dans ce 
même vin. On y ajoutait parfois de l'huile; dans un 
mélange de ce genre on buvait une préparation d'ex- 
trait de bois de sousou et d'amers '\ Parmi les remèdes 
de cet antique traité, ceux qui sont indiqués contre le 
mal de dents ou les aphtes à la bouche^ méritent une 

1. Shaminou halàti. « L'homme (jui peut la cueillir, si vieux 
qu'il soit, peut rajeunir; s'il est mourant, il revient à la vie », 
dit, dans une insignifiante étude, M. A. Boissier, qui parait 
confondre cette herbe avec la plante merveilleuse, indi(iuée 
par Shamashnapishtim à Gilgamès. Liste de plantes médicinales. 
(Hevue sémitique d'épigraphie et d'histoire antienne, t. 11 
(an. J89i), p. 145). 

2. Zeitsrhrifl fiir Keilsehriflforschun;/. t. II, p. 8-13. 
;>. Sayce, Social life. p. 99. 

4. Zeitsckrifl fiir Keilsc/triftforschunfj, t. 11, p. 207. 

5. « For a sore mouth », traduit M. Sayce. Zeitschrift. 
p. 215. 



i92 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

mention spéciale. On employait également pour les 
combattre la racine de la « plante de la destinée hu- 
maine », le fruit de la serpentaire jaune ou les racines 
d'une épine', qui avait crû sans voir le soleil. Placés 
sur une dent malade, ces ingrédients la guérissaient. 
On voit par ce qui précède que les Assyriens et les 
Chaldéens croyaient aux propriétés curatives des 
plantes, mais qu'ils n'en avaient aussi qu'une connais- 
sance bien incertaine ; ils attribuaient même des vertus 
surnaturelles à quelques-unes d'entre elles, rares, il 
est vrai, et inaccessibles aux mortels. Quand Gilgamès 
eut été frappé de la lèpre par la vengeance d'ishtar, 
le héros se rendit dans l'île fortunée où résidait son 
ancêtre Shamashnapishtim ; celui-ci lui donne le brouet 
magique, qui doit préparer sa guérison ; puis, avant de 
le renvoyer, il lui fait cueillir une plante, « semblable 
à l'aubépine par sa fleur et dont les aiguillons piquent 
comme la vipère, mais qui assure une jeunesse éter- 
nelle ))^ plante merveilleuse qu'un serpent lui ravit". 
Elle n'était pas la seule que les dieux tinssent cachées 
aux mortels. Telle était encore celle qui facilitait les 
naissances et qu'on ne rencontrait qu'au ciel d'Anou. La 
femme d'Étana ne pouvant enfanter, le héros demande 
à l'aigle Zou de le porter au lieu où elle croissait ; 
bientôt effrayé toutefois des difficultés de l'ascension, 
il prie le divin oiseau de redescendre; mais épuisé il 
tomba brisé sur le sol, sans avoir atteint la plante mi- 
raculeuse ^ 



1. Sayce, Social li/'e, p. 99. Dans la Zcitschrifl le savant 
assyriologiie traduit par « racines de l'arbre d'Klam ». 

2. Haupt, Dio Bnhijlonische Nimrodcpox, p. 147. — Maspero, 
Histoire ancienne, t. I, p. 527. 

3. Ed.-J. Harper, Die Im/jijloaischen Legenden von Etana, 



LES PLANTi:S DANS I.A l'IlAI'.MACOr'KF,. 493 



Comme les Assyrio-Chaldéens, les Hébreux, il en 
était sans doute de même des autres Sémites occi- 
dentaux, attribuaient les maladies aux puissances di- 
vines ; c'était Jahveli qui les envoyait, c'était Jabveh 
aussi qui les guérissait. « Je frappe et je guéris », dit-il 
dans le Deutéronome'. « Si vous écoutez la voix de 
l'Éternel votre Dieu », lit-on dans l'Exode", « et que 
vous obéissiez à ses commandements, je n'enverrai sur 
vous aucun des maux dont j'ai affligé les Égyptiens; 
car je suis l'Éternel et je vous guérirai. » Le livre de 
la Sagesse, à une époque oii la médecine était connue 
et pratiquée depuis des siècles chez les Juifs, n'attribue 
encore qu'à Dieu seul les maladies et leur guérison. 
« Ce n'est ni une herbe, ni un,remède appliqué sur 
leur plaie, qui les a guéris, mais votre parole, à Sei- 
neur, qui guérit toutes choses^. » 

D'après cette conception, c'était à Dieu qu'il fallait 
s'adresser dans les maladies, c'était lui qui faisait con- 
naître les remèdes qui les guérissaient. Asa, tombé 
malade, est blâmé de n'avoir point cherché le Seigneur 
dans son infirmité, mais de s'être confié davantage en 
l'art des médecins \ Quand le peuple murmure, dans 
le désert, contre l'amertume des eaux de Marah, 
Moïse crie vers l'Éternel, et l'Éternel lui montre un 



Zm. Adana und Dibbara. (Beilrai/e zur Assyriologie, t. II, 
p. ;i95 et suiv.) — Maspero, t. I, p. 699, 

1. Cap. xxxn, vers. 39. 

2. Cap. XV, vers. 26. 

3. Cap. XVI, vers. 12. 

4. 2 Paralipomena, cap. xvi. vers. 12. 



49i LES PLAiNTES CHEZ LES SÉMITES. 

bois qui, jeté dans ces eaux, les rendit douces aus- 
sitôt*. On comprend d'après cela que la médecine et 
la pharmacopée furent à l'origine chez les Juifs entre 
les mains des prêtres ; c'était à eux que les malades 
devaient demander leur guérison, surtout s'ils étaient 
atteints de maladies contagieuses ou réputées impures, 
comme la lèpre. Le Lévitique ordonnait de mener 
devant Aaron ou ses fils l'homme dont la peau en était 
m arquée ^ C'étaient eux qui devaient suivre les progrès 
de ce mal terrible, en reconnaître et déclarer la souil- 
lure. Quand le lépreux était guéri, il devait encore se 
présenter devant le prêtre, puis offrir deux passereaux, 
un morceau de bois de cèdre, du fîl de couleur écarlate 
et de l'hysope. Alors le prêtre le purifiait sept fois en 
l'aspergeant avec le bois de cèdre et l'hysope trempés 
dans le sang de l'un des passereaux; puis il l'oignait 
avec le sang d'un agneau immolé pour racheter son 
offense^; car son mal était considéré comme la puni- 
tion d'une faute ; ensuite il faisait une aspersion avec 
de l'huile et en faisait une onction sur le bout de 
l'oreille droite de celui qui venait se purifier, sur le 
pouce de sa main droite et sur le gros orteil de son 
pied droit, ainsi que sur sa tête, et en arrosait sept 
fois la maison. 

Le traitement de la lèpre, à ses divers degrés, res- 
semblait, on le voit, à une cérémonie sacrée, dont tous 
les détails étaient minutieusement réglés. Toutes les 
maladies cependant n'étaient pas l'objet de soins pa- 
reils, et leur traitement n'était pas toujours entre les 



1. Exodus, cap. xv, vers. 23-25. 

2. Cap. XIII, ver.s. 2. 

3. Levilicus, cap. XIV, vers. 10, 15, 17, 26, 28, 29, 49 et 51. 



LES PUNTKS DANS L\ PIIARMACOPER. 495 

mains des prêtres ; l'Exode fait déjà mention de mé- 
decins'; mais nous ignorons quels remèdes, surtout 
quels remèdes végétaux, ils employaient. Salomon qui 
« parla, dit l'Écriture ^ de toutes les plantes depuis 
le cèdre jusqu'à l'hysope », dut connaître quelques- 
uns des simples en usage dans la pharmacopée con- 
temporaine ; une tradition veut qu'il les ait recueillis 
et consignés dans le Sepher Rephuot, livre souvent cité 
dans le Talmud '. Une autre tradition faisait, au con- 
traire, un mérite au pieux Ézéchias d'avoir caché les 
livres qui renfermaient des recettes pour la guérison 
de toutes les maladies, sans doute parce qu'il voyait 
dans leur composition un acte de méfiance envers 
l'intervention divine *. 

Ce dédain pour la médecine ne devait pas durer ; 
elle participa à l'essor que les sciences prirent en 
Judée après le retour de la captivité de Babylone ; dé- 
sormais elle fut universellement pratiquée et honorée; 
sans doute la guérison est toujours considérée comme 
venant du Très-Haut ; c'est lui que le malade doit 
d'abord invoquer ; mais comme « Dieu fait produire à 
la terre des médicaments », le sage, dit l'Ecclésias- 
tique', ne doit pas les rejeter; la vertu des plantes 
est faite pour être connue des hommes ; Dieu lui-même 
leur en a donné la science ; c'est avec elles que le mé- 
decin guérit et enlève le mal, que le pharmacien pré- 
pare ses potions salutaires. 

On peut juger d'après cela des progrès que la méde- 

1. Cap. .\xi, vers. 19. 

2. 2 Régna, cap. iv, vers. 32. 

^. lîerendcs, Die Pharmacie hei den alten Cullurvôlkern, p. 88. 

4. Talrnud Miscknah II, ap. Berendes, ibid.. p. 89. 

5. Cap. .xxxvni, vers. 1-7 et 9. 



496 LES- PLANTES CHEZ EES SEMITES. 

cine et la pharmacopée avaient faits en Judée dans les 
derniers siècles qui précédèrent notre ère. L'établis- 
sement d'un collège de médecins à Jérusalem ^ dut en- 
core en favoriser le développement. L'art de guérir ne 
ressemble plus à ce qu'il était à l'époque des Juges et 
des Rois; la thérapeutique chaldéenne et grecque 
gavaient transformé. Quant aux remèdes de l'ancienne 
pharmacopée juive, ils étaient peu nombreux et fort 
simples ; la plupart étaient empruntés au règne vé- 
gétal ettirés des substances ahmentaires elles-mêmes : 
vin, bière, vinaigre, huile, figues, dattes, farine de 
froment, graine de lin, ail, ainsi sans doute que les 
divers condiments. 

Le vin est souvent mentionné comme tonifiant dans 
l'Ancien Testament; « il réjouit les dieux et les 
hommes », dit le livre des Juges"; non seulement bu 
avec sobriété, il est « la santé de l'âme et du corps n'\ 
mais il était recommandé comme stomachique : « Usez 
d'un peu de vin à cause de votre estomac et de vos fré- 
quentes infirmités », écrit Paul à Timothée\ Le vin de 
dattes fut probablement aussi employé de bonne heure 
dans la pharmacopée juive; le Talmud, du moins, en 
prescrit l'usage comme laxatif. On ne peut guère 
douter que la bière n'ait été en usage dans la thérapeu- 
tique des Sémites occidentaux, comme elle l'était dans 
celle des Égyptiens; le vinaigre y dut figurer éga- 
lement. Mais l'huile surtout y occupait une place con- 



1. Berendes, op.laud., t. I, p. 90. 

2. Cap. IX, vers. 13. 

3. EcclesiaslicHS, cap. xxxi, vers. 37. « Il est à Thomme 
comme la vie. » « C'est la joie du cœur et le contentement de 
l'esprit. » Ibid., vers. 32 et 36. 

4. Epislola, cap. v, vers. 23. 



LES PLANTES DANS LA PHARMACOPÉE. 497 

sidéralîle ; on l'employait contre l'esquinancie, les 
douleurs intestinales et même la constipation. On s'en 
servait aussi mêlée avec du vin pour laver les plaies, 
comme on le voit par la parabole du bon Samaritain'. 
L'huUe la plus usitée était celle d'olive ; mais on se 
servit aussi dans les derniers temps de celle de sé- 
same et de ricin. On employait encore en Judée une 
huile extraite des graines de la coloquinte". 

Les fruits: dattes, grenades, figues, raisins, etc., 
n'étaient pas moins usités dans la pharmacopée que 
dans l'alimentation des Sémites occidentaux ; mais nous 
savons peu de chose de leur emploi ; il fut sans doute 
chez eux à» peu près le même que chez les Égyptiens. 
Les figues, en particulier, passaient pour émoUientes 
et résolutives; Isaïe guérit les ulcères d'Ezéchias en 
faisant appliquer des figues fraîches sur ses plaies \ 

Comme les fruits, les feuilles étaient aussi employées 
dans la médecine sémitique, mais nous ignorons sous 
quelle forme. « Leurs fruits serviront pour nourrir les 
peuples et leurs feuilles les guériront », dit Ézéchiel\ 
en parlant des art)res de la Jérusalem nouvelle. Les 
résines et les gommes aromati(|ues prenaient également 
place dans la pharmacopée des Chaldéo-Assyriens et 
des Juifs ; la myrrhe était regardée comme tonifiante ; on 
l'employait aussi, probablement dissoute dans l'huile, 
comme émolliente. Le baume de même, si l'on en croit 
Jérémie'', devait être un spécifique précieux. « N'y 

• 

1. Luc(fs, cap. X. vers. 3'». 

2. Berendes, op. laud., t. I, p. 95. 

3. 2 Refjna, cap. x.\, vers. 7. — Esnias. caj). xxxvill, 
vers. 21. 

4. Cap. XLVii, vers. 12. 

5. Cap. VMi, vers. 24 et cap. xlvi, vers. 11. 

I. . 32 



498 LES PLANTES CHEZ LES SEMITES. 

a-t-il plus de baume en Giléad? N'y a-t-il plus la de 
médecin? « dit-il en faisant allusion à la plaie mortelle 
dont avait été frappée la fille d'Israël. Et ailleurs s'adres- 
sant à la fille d'Egypte, blessée elle aussi : « Monte à 
Giléad, s'écrie-t-il, et prends-y du baume. » 

A côté de ces remèdes d'origine végétale, il faut 
placer la mandragore, solanée à la racine fusiforme et 
bifurquée, aux feuilles radicales d'un vert sombre, 
aux fleurs purpurines et dont les fruits rouges, sem- 
blables à une petite pomme, exhalent une odeur 
agréable. Cette plante possède des propriétés stupé- 
fiantes et narcotiques'; mais les Hébreux paraissent 
avoir surtout estimé ses prétendues vertus aphrodi- 
siaques. La Genèse raconte ^ que Ruben ayant trouvé 
des mandragores — doudaim — dans les champs, au 
temps de la moisson, les apporta à Léa, sa mère; 
mais Rachel, qui était stérile, les demanda à celle-ci. 
Dans le Cantique des Cantiques^ la bien-aimée du Roi 
lui réserve, avec d'autres fruits, des mandragores par- 
fumées, sans doute afin de se l'attacher davantage. 



L'emploi des parfums était trop grand et trop gé- 
néral chez les nations sémitiques pour que l'art de la 
droguerie n'y eut pas été pratiqué de bonne heure, 

1. D'après H. Brugsch, Die Alraune als altligyptische Zau- 
berpflanze. (Zeitschrift fur àgyptische Sprache, t. XXIX, p. 31- 
33), c'était une mandragore que la plante dont Ra donna à boire 
une décoction à la déesse chargée de faire périr le genre humain; 
enivrée par ce breuvage, celle-ci ne reconnut plus les hommes, 
qui échappèrent ainsi à la destruction. Cf. Pline, xxv, 94. 

2. Cap. XXX, vers. 14. 

3. Cap. vu, vers. 13. 



LES PLANTES DANS LA DROGLERIE. 499 

mais nous rîe savons à peu près rien des progrès qu'il y 
put faire. Ce que les textes cunéiformes et hébraïques 
nous apprennent toutefois, c'est que les aromates les 
plus variés étaient en usage chez les Sémites de la 
Mésopotamie, comme de la Syrie: résine de cèdre, gal- 
banum, ladanum', roseau aromatique, fleurs parfumées 
du henné, safran, baume, myrrhe et stacte', encens, 
cinnamome et cassie, bois d'aloès et nard, aspahxthe. 
Les Assyriens recevaient la résine de cèdre des forêts 
de l'Amanius et du Liban'; le galbanum et le ladanum 
se trouvaient en Syrie ; le henné se rencontrait dans 
la Judée méridionale, ainsi que le roseau aromatique'*; 
le safran ^ était cultivé dans toute l'Asie antérieure ; le 
baume "^i acclimaté dans les jardins de Jéricho, était 
importé de là en Phénicie. L'encens ou oliban et la 
myrrhe, avec le stacte, venaient d'Arabie". 

Les « parfuips exquis », que les Sabéens fournis- 
saient àTyr, d'après le témoignage d'ÉzéchieP, étaient 
probablement de la myrrhe et de l'encens; eux-mêmes 
recevaient, pour la plus grande partie, ces aromates 
du pays des Somalis : précieux produits que leurs 
caravanes portaient ensuite dans toute la Syrie, ainsi 

1. Le galbanum. liébr. khelhoiah: le ladanum. hébr. lot. 

2. Hél»r. nataph, liquide (jui e.x.sude spontanément deTarbre 
à myrrbe. 

3. V. Scheil, Tkc monolilh inscription of Shalinasar II. 
(Records of Ikc Pasl, t. IV, p. 63.) 

4. Cf. plus liaut, p. 253-355. Le nom hébreu du henné est 
koplier, celui du roseau aromatique kaneh. 

5. Hébr. karkom. 

6. Hébr. tsitri. — Ezcchiel, cap. xxvn, vers. 17. 

7. L'encens, hébr. lehônàli, la myrrhe, hébr. mor. VA. Schaer. 
Die (illeslen Ileilmillel ans dem Orienl, Schafi'hausen, 1877, 
in-8, p. 16. 

8. Cap. xxvii, vers. 22. 



500 LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

que sur les marchés de l'Assyrie et de la Châldée. Quant 
au cassie, hébr. kiddâh — Cinnamomiim cassia Bl. 

— au cinnamome, hébr. kimiamon — Cinnamomum 
zeylanicum Br. — au nard, hébr. nêrd — Nardosta- 
chys Jatamansi DC. — et au bois d'aloès, hébr, ahàlhn 

— Aloexylon agallochwn Lour., — ils étaient importés 
dans l'Asie antérieure, ainsi que raraomum ou carda- 
mome de Malabar — Elettaria cardamomum Mat. — 
et peut-être aussi l'énigmatique aspalathe*, par les 
navigateurs qui faisaient le commerce entre l'Inde et 
les ports du golfe Persique^ De là ils étaient transportés 
en Assyrie et en Syrie, d'où ils se répandaient, avec 
les autres parfums, jusqu'en Grèce et môme plus tard 
en Italie. C'est ainsi que les poètes de ces contrées ont 
pu parler du nard et de l'amomum d'Assyrie^, ainsi 
que de l'encens et de la myrrhe de Syrie *. 

Ces aromates, à cause même de leur rareté, aussi 
bien que de l'usage qu'on en faisait étaient singuliè- 
rement recherchés ; aussi étaient-ils considérés comme 
le présent le plus agréable et le plus précieux qu'on 
pût faire aux hommes et aux dieux. Pour se concilier 
la faveur de leur frère Joseph, qu'ils n'avaient point 
reconnu, les fils de Jacob lui portent du baume, de 
la gomme et du ladaniim^; les Mages, en signe d'hom- 



1. Royle incline à voir dans cette plante un Myn'ca de 
l'Hindoustan, le M. sapida \V. Cf. W. Smith, Dictionanj, s. v. 
J'ai, p. 319, identifié l'aspalathe avec le Convolvulus scopa- 
7'ii(s I; mais cette plante, d'après De Candolle, n'existant qu'à 
Ténériffe n'a pu être connue des Anciens. 

2. Rawlinson, op. latid., t. I, p. .^57. 

3. « Assyriàque nardo ». Hor., 2 Od., XI, v. 16. — « Assyrium 
vulgo nascetur amomum ». 'Virg., Ed. IV, v. 25. 

4. Eurip., Dacch., v. 144. — Theocr., Idyll. XV, v. 114. 

5. Genesis, cap. .xlmi, vers. U. 



LES PLANTES DANS LA DllOGUERIE. 501 

•mage suprême, offrent à l'enfant Jésus de l'encens et 
de la mjrrhe'. 

Si nous connaissons les noms et l'origine de la plu- 
part des aromates dont faisaient usage les Sémites 
occidentaux, nous ignorons presque complètement les 
préparations dans lesquelles ils entraient. Les'parfums 
d'Assyrie étaient renommés -; mais c'est tout ce qu'on 
en sait. Nous sommes plus heureux en ce qui concerne 
ceux des Hébreux ; si nous ne pouvons dire de quoi se 
composait au juste l'huile de myrrhe, dont il est sou- 
vent question dans l'Ancien Testament, l'Exode nous 
fait connaître^ les divers ingrédients qui servaient à 
fal)riquer le parfum employé dans les onctions saintes, 
ainsi que celui qu'on brûlait dans le sanctuaire. Le 
premier se composait de myrrhe, de cinnamome, de 
roseau aromatique et de cassie, dissous dans un hin 
d'huile d'olive ; le second était fart avec du stacte, du 
galbanum et de l'encens pur, mêlés 'par portions 
égales, broyés e'hsemble, puis réduits en poudre \ 

1. Matlhœus, cap. ii, vers. 11. 

2. « Non soror, Assyrios cineri quae dedat odores. » 

Cl Tib., Elerj. III, vers. 7.) 

3. Cap. x.\x, vers. 23-25 et 34-36. 

4. D'après Joséphe, De bello judaico, lib. V, cap. 5, 5, ce 
parfum aurait renfermé treize aromates ; c'étaient, si l'on 
en croit Maïmonide, outre les précédents, la myrrhe, le cassie, 
le nard, le safran, le costus et l'iierbc maalek ûshân, connue 
des seuls initiés, avec quelcjues substances minérales. Cf. W. 
Smith, A diclionary uf t/ie Bible, s. v. Incense. 



FIN l)V TD.Mt: PRE.M1ER. 



TABLE 



Pages. 

Préface i 

Additions et corrections mx 

LIVRE PHEMIER. 

LES PLANTES CHEZ LES ÉGYPTIENS. 

Chapitre I»"". — La flore pharaonique 1 

CnAPiTRfi II. — L'agriculture dans l'Égyptc ancienne. . 21 

1" Céréales 26 

2" Plantes fourragères 36 

,3" Plantes industrielles 41 

Chapitre III. — L'horticulture dans riJgypte ancienne. 54 

1° La culture des plantes potagères 54 

2" Le jardin pharaonique 77 

Chapitre IV. — Les arbres fruitiers et les arbres d'orne- 
ment. Les plantes d'agrément. . . . 104 

1° Les arbres fruitiers 104 

2" Les arbres d'ornement 141 

30 Les fleurs d'agrément 557 

(.'hapitre V. — Les plantes dans l'alimentation et dans 

l'industrie des Egyptiens 170 

1° Les plantes dans l'alimentation 170 

2" Les plantes dans l'industrie 192 

Chapitre VI. — Les plantes dans l'art et dans la poésie 

des Egyptiens 218 

1" Les plantes dans l'art 218 

2" Les plantes dans la poésie 2'j5 

Chapitre VII. — Les plantes dans les légendes divines 
et dans les cérémonies profanes et 

religieuses des Egyptiens 252 

4" Les plantes dans les mythes 252 

2" Les plantes dans le culte 272 

:j" Les plantes dans les fêtes profenes 301 

Chapitre \\U. — Les plantes dans la pharmacopée et la 
droguerie égyptiennes. Les aromates 

et leurs usages 304 

1° Les plantes dans la pharmacopée 304 

2" Les plantes dans la droguerie 317 

3" Les plantes dans les funérailles 322 



bU TABLE. ■• 

LIVRE SECOND. 

LES PLANTES CHEZ LES SÉMITES. 

Chapitre I^^'". — La flore de l'Asie antérieure 327 

1° La flore de l'Asie mineure 329 

2o La flore de la Syrie 334 

3" La flore de la Mésopotamie 339 

4° La flore de l'Arabie , 342 

5" Les plantes aliment«iires et industrielles. Les 
arbres fruitiers et les aromates de l'Asie anté- 
rieure 347 

6» Les peuples de l'Asie antérieure 356 

Chapitre IL — I^agriculture et l'horticulture dans l'Asie 
antérieure. Les plantes dans l'alimen- 
tation et dans l'industrie des Sémites. 368 

368 
376 
381 
386 
397 
400 
411 



1° L'agriculture dans la Chaldée 

2° L'agriculture dans l'Assyrie 

3° L'horticulture dans l'Assyrie et la Chaldée. 
4° L'agriculture dans la Judée et la Syrie. . 
5"^ L'horticulture dans la Judée et la Syrie. . 
6° Les plantes dans l'alimentation des Sémites 
7" Les plantes dans l'industrie des Sémites. 
Chapitre 111. — Les plantes dans l'art et dans la poésie 

des Sémites 422 

* 1° Les plantes dans l'art des Chaldéens et de^As- 

syriens 422 

2° Les plantes dans l'art des Hébreux, des Phéni- 
ciens et des Hittites 434 

3° Les plantes dans la poésie des Sémites. . . . 445 
Chapitre IV. — Les plantes dans les légendes divines, 
dans les cérémonies profanes et reli- 
^gieuses, dans la pharmacopée et dans 

la droguerie des Sémites 454 

i° Les plantes dans les mythes des Chaldéo-As- 

syriens _ . • 454 

2° Les plantes dans les mythes des Sémites occiden- 
taux 464 

3° Les plantes dans le culte des Chaldéo-Assyrieni, 

et des Hébreux 470 

4° Les plantes dans la pharmacopée des Sémites. . 486 
5° Les plantes dans la droguerie des Sémites. . . 498 



CIIAItTRKS. — IMI'HIMEHIE DURAND, RUE KULHEliT. 



SB71 J65pt.1tome1 ^ ,, ..9»" 

JoreV Chahes/ Les plantes dans I antjqu 



3 5185 00000 4059